ALPHONSE ENTRE ES RELIGION
des désirs d'Alphonse : il paraissait peu propre aux fonctions du ministère , qui exigent des connaissances dont il était privé , n'ayant eu jusque-là que peu de succès dans l'étude de la langue latine , et n'étant plus d'âge à donner là-dessus de grandes espérances pour l'avenir ; mais l'humilité d'Alphonse leva bientôt celte première difficulté , et il déclara que toute son ambition était d'être reçu parmi les frères coadjuteurs temporels , qui sont appliqués aux emplois domestiques. Ce grade , peu éclatant aux yeux des hommes , était plus conforme à son inclination pour la vie cachée et aux bas sentiments qu'il avait de lui-même. L'âge d'Alphonse formait l'obstacle le plus sérieux ; il avait alors quarante ans , et les mortifications l'avaient beaucoup affaibli. Les Pères du collège consultés furent partagés de sentiments : d'un côté , ils reconnaissaient dans le sujet proposé un mérite peu commun ; de l'autre , ils craignaient qu'un homme de quarante ans , qui n'était pas exempt d'infirmités , ne fût à charge a la communauté, et ne lui rendît aucun service ! Le Provincial décida enfin la question en déclarant qu'il recevait Alphonse pour que la compagnie ne perdit pas un Saint. «Je crois, ajouta-t-il, qu'il nous sera utile à tous par ses prières et ses exemples. » Ces paroles , dans la bouche d'un
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homme aussi éclairé que le P. Cordèses, entraînèrent tous les suffrages , et on les considéra dès lors comme un présage certain des vertus éminentes qui devaient illustrer le nouveau frère. Jamais prophétie ne fut mieux justifiée par l'événement.
Alphonse , au comble de tes \oeux , rendit mille actions de grâces au Dieu de bonté qui lui ouvrait enfin le port de la religion . et le 31 janvier de l'année 1571 ii entra au collège de Valence , où , d'après les intentions du Provincial , il devait faire son no\iciat. Il ne tarda pas à s'y montrer l'exemple de ses frères , par la pratique exacte et fervente de toutes les vertus propres de son état : on admirait sa profonde humilité , sa patience à toute épreuve , son recueillement continuel , et il n'était pas difficile de juger à sa conduite qu'en quittant le monde il s'était encore quitté lui-même , tant il paraissait en lui d'oubli de son propre jugement , de mépris pour son corps et d'estime pour la perfection ; mais la vertu dans laquelle il commença dès lors à exceller (et qui fut toujours son caractère distinctif) était l'obéissance : elle crût en lui avec les années , et le fit croître aux veux de Dieu jusqu'à la plénitude de cet âge parfait qui est la consommation de sa sainteté.
Alphonse ne passa que six mois à Valence: