SON AMOUR POUR LA PAUVRETÉ
lorsqu'il changeait de chambre , on en conclut sans hésiter qu'elle devait lui être chère à cause de quelque grâce qui lui avait été accordée a son occasion , tant on connaissait son détachement absolu.
Il arriva que des Pères venus de Rome firent à toute la maison une distribution de croix , de médailles et de chapelets : Alphonse reçut la part qui lui était échue ; mais il obtint bientôt du Supérieur de remettre le tout entre ses mains, ne voulant rien posséder au delà de l'absolu nécessaire. 11 trouvait un secret plaisir à porter des vêtements usés et raccommodés en plusieurs endroits. Un jour cependant le Recteur lui ordonna de prendre une soutane neuve; ce fut une véritable mortification pour l'ami de la sainte pauvreté : il ne trouva de consolation qu'en s'apostrophant lui-même comme s'il eût été indigne de porter la livrée de Jésus-Christ . « Voilà , se disait-il avec un ton d'insulte et de mépris , voilà qui te sied bien , ô méchant disciple du meilleur des maîtres! ainsi au milieu de tant de serviteurs de Dieu qui imitent la pauvreté du Sauveur un misérable comme toi est habillé de neuf? Comment oseras-tu paraître devant eux dans le ciel, puisque tu leur ressembles si mal sur la terre? Hé bien ! puisque tu es condamné à porter cet habit qui te convient si
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peu , marche la tète baissée en rougissant de honte , et qu'au moins l'humiliation te dédommage de ce que tu perds du côté de la pauvreté.» C'était ainsi que le saint homme profitait de tout pour acquérir de nouveaux mérites , montrant en sa personne que les vertus sont sœurs , et qu'elles s'aident mutuellement les unes les autres. Une exactitude aussi scrupuleuse dans les moindres observances suppose une attention continuelle à la présence de Dieu; aussi notre Bienheureux ne la perdait jamais de vue , et la longue habitude quil avait acquise de s'entretenir continuellement avec la majesté divine le mettait dans une heureuse impossibilité de l'oublier un seul instant. Dans une conférence sur cette matière , le P. Barthélémy Coccius , qui était alors Becteur, après avoir entendu discourir diversement quelques Pères du collège , finit par dire que la vue de Dieu non interrompue lui paraissait un privilège des Anges et non des hommes, et que notre fragilité naturelle, les assauts du démon et les images des créatures étaient pour nous une source de distractions inévitables : il conclut en ajoutant que ces obstacles pouvaient être surmontés en grande partie avec le secours de la grâce de Dieu. La conférence étant terminée, le P. Aguire , qui était un des confidents les plus intimes d'Alphonse ,