IL SOUFFRE PLUSIEURS PEINES
volonlé , quoi qu'il m'en coûte. » Pendant qu'il s'exprimait ainsi , il fut subitement environné d'une clarté éblouissante , et se vit comme plongé dans un océan de lumière : au même instant la paix rentra dans son cœur , Dieu lui faisant voir par une connaissance claire et distincte , semblable à celle des bienheureux dans le ciel , qu'il était dans sa grâce et dans son amour. Il lui paraissait que s'il eûl été alors sur le point de mourir , et que des milliers de démons l'eussent environné . il n'aurait ressenti ni trouble, ni tristesse, tant était grande la confiance que Dieu lui inspirait. Une troisième épreuve par laquelle il passa, fut une vive crainte pour son salut. Dieu, qu'il invoqua avec sa ferveur accoutumée , I éclaira d'un rayon de feu, qui , pénétrant jusqu'à son cœur, y imprima tout ensemble la crainte du Seigneur, et une confiance sans bornes en sa miséricorde infinie. Ces sentiments n'abandonnèrent plus Alphonse , et il connut qu il n'aurait rien à redouter tant que cette crainte salutaire persévérerait dans son âme , et qu'elle lui servirait d'un rempart inaccessible contre tous les retours de l'amour-propre.
Alphonse , étant bien affermi dans la sainte humilité tant par ses efforts que par les grâces qui en avaient été le principe et la récompense,
IL S OCCUPE DES MYSTERES DE J.-C. t i
entra dans une voie plus parfaite; les mystères de Jésus-Christ devinrent sa grande occupa* ion, et il s'attacha surtout à ceux de la passion et de la mort du Sauveur : son oraison consistait plutôt alors en affections qu'en raisonnements ; à peine l'avait— il commencée , qu'il se trouvait intimement uni à Dieu , et ne s'occupait plus qu'à lui demander avec tendresse ce qu'il désirait : «La meilleure oraison, disait -il, est celle où l'âme, portant ses regards intérieurs sur Dieu qui lui est présent , comprend qu'elle ne peut espérer que de lui le remède à ses maux , et, se défiant entièrement d'elle-même, ne compte plus que sur son Créateur. Cette sainte défiance et cette confiance parfaite obligent Dieu à lui accorder ce qu'elle demande ; car il promet dans l'Ecriture d'accomplir les désirs des pauvres d'esprit et des humbles de cœur. Le Seigneur, dit-il encore, veut que nous demandions sa gloire et le salut de notre âme , afin de nous accorder clans cela même tout ce qui nous est nécessaire. Le moyen de tout obtenir de lui , c'est de l'aimer tendrement , d'aimer notre prochain et de souhaiter sincèrement notre bien spirituel : alors Dieu nous accordera infailliblement l'effet de nos demandes, parce qu'il nous aime d'un amour infini , et qu'il sait ce qui nous convient. A cela près , il n'y a rien à
78 SON OIÀISON
demander ni à désirer ; il faut laisser à Dieu le soin de tout. »
Les communications que le Ciel entretenait avec Alphonse devenaient plus intimes à mesure que sa fidèle correspondance aux faveurs déjà reçues lui en méritait de nouvelles : il ne tarda pas , comme il nous l'apprend , à être élevé au plus haut degré de contemplation et à l'union parfaite. « Quand cette personne se mettait en la présence de Dieu , c'est Alphonse qui parle , elle se trouvait à l'instant transportée au-dessus de toutes les créatures , et tellement perdue dans l'Etre divin, qu'elle était , pour ainsi dire, dans un nouseau monde, où le Seigneur lui communiquait une connaissance très-claire de ses perfections en même temps que cette âme se vovait distinctement elle-même ; et cette double connaissance n'était plus l'effet du raisonnement , mais d'une lumière céleste : de là naissait en elle un amour toujours nouveau , accompagné d'une humilité toujours profonde ; en sorte qu'il y avait comme un combat entre Dieu et cette âme, le souverain bien l'élevant de plus en plus dans sa connaissance et dans son amour , et l'âme s'abaissant de plus en plus dans son néant. L'amitié et la familiarité de l'un et de l'autre étaient si grandes qu'il semblait que Dieu voulait se faire voir à elle comme
DEVIENT ENCORE PLUS PARFAITE. i\i
aux Bienheureux. Quelquefois en disant seulement : 0 mon Bien-Aimé ! vous êtes tout à moi et je suis tout à vous, cette personne était ravie et absorbée dans l'être infini de Dieu : Où estce , s'écriait-e!!e au milieu du feu de l'amour, que les ardeurs de mon âme me conduiront? Qui pourra expliquer cet état? L'âme alors goule Dieu , se transforme en Dieu ; elle jouit avec lui d'un grand silence et d'une solitude merveilleuse : c'est un festin céleste où l'âme se nourrit des perfections divines , choisissant celles qui lui sont les plus agréables. Mais comment se nourrit-elle de son Bien-Aimé ? en le mettant dans son cœur , en le logeant au fond d'elle-même, car la pureté du cœur voit Dieu , et la dévotion s'en rassasie. Comment l'âme parlera-t-elle à celui qu'elle possède ? Ce ne sera pas avec le bruit des paroles, mais avec les désirs ardents de son cœur. Lorsqu'on est élevé à ce degré si sublime , continue Alphonse , on prie avec une grande tranquillité d'esprit sans se lasser, en trouvant le repos où les autres se fatiguent beaucoup ; la conversation avec Dieu fait goûter à l'âme des douceurs ineffables , et soulage même l'abattement du corps. »
Il nous apprend encore qu'il avait trois exercices principaux de l'amour de Dieu : le premier consistait à s'occuper de sa grandeur , et cette