SON ORAISON
vue le jetait dans une admiration si extraordinaire qu'il restait sans aucun sentiment dan* une profonde extase; il pratiquait !e secon I exercice en ouvrant son cœur à Dieu , qui entrait alors dans son âme comme les ravons du soleil entrent dans un appartement dont la croisée est ouverte. Il expliquait ainsi les effets de cette union : l'amour que l'on éprouve alors sort de Dieu et vient dans I âme. et l'âme qui le reçoit le dirige vers Dieu par une espèce de retour. Il se servait d'une comparaison pour expliquer le troisième exercice : « il ressemble, dit-il, à celui d'un petit enfant qui se jette dans les bras de sa mère , et y trouve sa joie et son repos , surtout lorsque celte bonne mère le presse tendrement et lui fait mille caresses , que l'enfant lui rend à sa manière. Alors l'âme est si élevée au-dessus des créatures qu'elle les méprise toutes , quelque parfaites qu'elles soient , parce qu'il n'y a que Dieu seul qui soit infini dans ses perfections : plus elle connaît qu'il est incompréhensible , plus elle en a de la joie : et en cet état elle demeure dans une certaine ignorance de Dieu , qui lui laisse néanmoins sentir combien il est doux ; moins elle le comprend , plus elle se trouve aimable ; car l'âme qui est renfermée dans cet Être infini le voit tout entier sans le comprendre par la communication d'une lumière divine.