‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 44 sur 149 · SES SENTIMENTS SUR L AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

SES SENTIMENTS SUR L AMOUR DE DIEU

ne puis-je mourir d'amour pour vous , ô mon Dieu ! Vous savez que je voudrais souffrir tous les travaux et toutes les peines du monde , et même les tourments de l'enfer pour l'amour de vous. Comment ne suis-je pas mort d'amour en reconnaissance de vos bienfaits ? où trouveraije un amour infini comme vous le méritez?» 1! demeurait ensuite absorbé en Dieu sans pouvoir proférer une seule parole.

Nous citerons ici quelques faveurs bien étonnantes que reçut Alphonse et qui feront encore mieux connaître quelle était l'excellence de son oraison. 11 lui arriva plusieurs fois pendant son sommeil de continuer celle qu'il avait commencée pendant le jour : une nuit, lorsqu'il dormait, et c'est lui-même qui le raconte , il se trouva tout embrasé de l'amour divin , et demeura une heure dans cet état . semblable au repos mystérieux de l'Epouse des Cantiques (*). S'étant éveillé et rendormi , son oraison recommença avec son sommeil et dura jusqu'au moment du lever : son corps n'en fut nullement abattu ni incommodé , mais au contraire plus disposé pour agir que s'il n'y avait rien eu que de naturel dans son repos. Alphonse remarque que c'est là une grâce bien particulière, parce que

* Ego dormio , et cor meum vigilat. (ant., c. Y. v. i.

GRACES PART1C. QUI LDI SONT ACCORDÉFS. 83

alors l'âme s'unit à Dieu avec d'autant plus de perfection que les sens qui sont assoupis ne peuvent mettre un obstacle à ce commerce ineffable. 11 y a dans l'Ecriture des exemples de prières adressées à Dieu par des personnes endormies ; telle fut celle de Salomon : le Seigneur communiqua lui-même assez souvent ses volontés aux patriarches et aux prophètes pendant leur sommeil , et on lit plusieurs traits semblables dans le saint Evangile.

Alphonse reçut dans l'oraison des grâces encore plus étonnantes : il fut ravi un jour jusque dans le ciel, et se trouva au milieu des Bienheureux, les distinguant tous les uns des autres comme s'il eût déjà passé un grand nombre d'années avec eux ; il lui arriva fréquemment dans la prière d'être tout à coup enlevé en esprit avec une vitesse inexprimable, en sorte qu'il croyait avoir traversé les cieux , et alors il se voyait environné d'une lumière plus éblouissante que celle du soleil. Au commencement de janvier de l'année 1614- , le saint frère fut ravi dans le ciel , et il passa plusieurs jours dans une sorte de contemplation qui semble plutôt appartenir aux esprits bienheureux qu'aux hommes mortels, se trouvant placé entre Jésus et Marie, et conversant avec eux, non pas comme il le faisait ordinairement par un senti-

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ment très-intime de leur présence, mais d'une manière toute spirituelle qui tient en quelque chose à l'état de la gloire : enfin , il lui fut donné de contempler l'essence divine, non pas face à face comme les élus. ruais, ainsi qu'il l'explique, de la même manière que si de deux voiles qui la couvraient on en eût retiré un pour la lui faire apercevoir ; et quoique cette vue fût imparfaite , et que Dieu ne se montrât à son serviteur qu'à travers un nuage , Alphonse n'hésitait pas à assurer qu'il est impossible d'exprimer et même de concevoir le bonheur qu'il éprouva dans cet heureux moment.

C'était surtout au pied des autels que le fervent religieux puisait le feu divin qui brûlait dans son âme. Jésus caché dans l'eucharistie était l'objet de ses plus chères affections : dès que ses emplois le laissaient un instant libre, ii allait le passer devant le très-saint Sacrement ; là son âme se répandait dans les sentiments de la plus tendre dévotion : deux ruisseaux de larmes coulaient souvent de ses veux, et il semblait se consumer d'amour comme une lampe ardente devant le sacré tabernacle qui renfermait tout son trésor. On ne pouvait s'empêcher d'éprouver quelque chose de la foi vive et de la charité céleste qui ranimaient . lorsqu'on le contemplait dans sa vieillesse avec un corps débile et qui se

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soutenait à peine , prosterné cependant dans l'attitude la plus respectueuse, et ne pouvant s'arracher du saint temple. Alphonse aurait bien voulu se nourrir tous les jours du Pain de vie; mais les directeurs de sa conscience ne lui permettant pas de communier aussi souvent , il tâchait de se dédommager en appelant Dieu dans son cœur par l'ardeur de ses désirs : jamais il n'assistait à la sainte messe sans y faire la communion spirituelle avec toute la ferveur dont il était capable ; mais s'agissait-il de s'unir sacramenleliement à Jésus-Christ, alors il mettait tout en œuvre pour préparer à ce divin Hôte une demeure qui lui fut agréable ; il s'y prenait vingtquatre heures d'avance , formant des actes continuels de toutes les vertus ; et quelle que fût la pureté de cette âme innocente , jamais il n'o sait se présenter à la table sainte sans s'être purifié des moindres souillures par la confession la plus exacte et la plus amère douleur : à le voir s'avancer vers le tribunal de la pénitence , la componction peinte sur la figure, on aurait pu croire que c'était non un saint qui allait s'accuser de légères imperfections, mais un grand pécheur tout chargé du poids de ses crimes. Enfin le moment si désiré approchant , l'humble Alphonse , bien persuadé que malgré toute sa préparation il serait toujours indigne de la grâce

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