‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 70 sur 149 · AUPRÈS DE QUELQUES ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

AUPRÈS DE QUELQUES ÉTUDIANTS

depuis à la Nouvelle-Espagne , où il souffrit et travailla beaucoup dans la prédication de l'Évangile. Enfin, comme il l'avait toujours désiré, il arrosa de son sang la terre de son apostolat , ayant é(é massacré par les barbares ie 49 novembre de l'an 4 616. Le second fut Salvator Casturer , dont la vocation coûta bien des soins à Alphonse , parce que ce jeune homme ne pouvait se résoudre à écouter la voix de Dieu qui le sollicitait de quitter le monde. Enfin , la grâce triompha dans son cœur , et il devint la conquête du bon frère , qui n'avait cessé de s'intéresser pour lui auprès du Seigneur , et qui l'appelait l'enfant de ses prières. Celui-ci mourut avant d'avoir achevé le cours de ses éludes, laissant après lui la bonne odeur de ses vertus ; et Dieu voulut donner des signes non équivoques de la gloire dont il jouissait dans le ciel, Le troisième fut le P. Raphaël Oller . qui , après avoir enseigné avec distinction les hautes sciences , se livra tout entier au ministère des missions , et mourut dans l'exercice de son zèle en odeur de sainteté. Enfin , le P. Diego Saura dut aussi à Alphonse son entrée en religion : brûlant du désir de verser son sang pour Jésus-Christ , il passa aux Philippines , où il supporta avec une constance héroïque de très-grandes fatigues et de cruelles infirmités : il mourut saintement

\ï'2 PIERRE CLAVER ARRIVE A MAJORQUE ;

avec le regret de n'avoir pu obtenir la palme du martyre , mais avec la consolation d'expirer dans les souffrances les plus excessives , supportées pour son divin Maître.

Mais l'enfant de prédilection d'Alphonse fut le vénérable P. Pierre Gaver , cet homme des miracles , appelé à juste titre l'Apôtre des Nègres , puisqu'il en a baptisé deux cent mille de sa main. Il est vrai que quand il entra dans la compagnie de Jésus il ne connaissait encore le bon frère que par sa réputation alors répandue dans toute l'Espagne. La Providence, qui voulait établir les rapports les plus intimes entre ces deux grandes âmes , permit que le jeune Oaver fût envoyé à Majorque (*) pour y suivre son cours de philosophie. Il se proposait bien , en s'appliquant aux sciences , de ne point négliger le soin de la perfection ; et la haute estime qu'il avait conçue pour le saint portier avant même de lavoir vu , lui faisait désirer avec ardeur de se former sous un tel maître aux exercices de la vie intérieure. Les Supérieurs auxquels il s'adressa , lui permirent volontiers de conférer des choses spirituelles avec Alphonse ; et quelle que fût l'humilité de ce dernier , il sentit au fond de son âme un mouvement inté-

(*) En l'année 4605.

rieur de l'Esprit-Saint qui le portait à répondre sans difficulté à l'empressement de Claver ; i! le reçut donc, non pas comme un disciple, mais comme un ami et un confident, auquel il Gt part sans réserve des trésors di- grâce qu'il tenait de !a libéralité divine. Le jeune étudiant ne perdait rien des leçons du saint vieillard ; il les gravait si bien dans son cœur , et les mettait si généreusement en pratique qu'il fit en peu de temps les plus rapides progrès dans le chemin de la perfection. Sa tendresse et sa vénération pour celui qu'il regardait comme son père, ne sauraient s'exprimer ; il ne pouvait se séparer de lui. « 0 mon cher Alphonse ! lui disait-il souvent , comment m'y prendre pour aimer véritablement mon Sauveur Jésus-Christ ? enseignez-le-moi , car j'ai un grand désir de lui plaire. » A ces mots le bon frère versait des larmes de joie ; et bénissant le Seigneur des heureuses dispositions de son élève , il lui découvrait tous les secrets divins , fruit de sa longue expérience et de ses communications continuelles avec Dieu. Non content de recevoir avidement ses précieuses instructions, le fervent disciple ne quittait son maître que pour transcrire fidèlement toutes ses paroles dans un petit cahier qui ne sortit pas de ses mains jusqu'à sa mort. Alphonse se réjouissait de confier la pa-

'124 PIERRE CLAVÈR ARRIVE A MA.ÎORQDE ;

rôle du saint à un cœur si bien disposé, et ses prières attiraient la rosée du ciel sur une plante qui donnait de si grandes espérances. Le Seigneur voulut lui montrer dans une vision l 'éminente sainteté à laquelle devait parvenir dans la suite son enfant spirituel , et le haut degré de gloire qui lui était réservé dans les cieux. Dans une de ces extases qui lui étaient ordinaires , l'Ange Gardien d'Alphonse lui découvrit un horizon immense et lumineux , à l'extrémité duquel , au milieu d'une clarté ineffable , étaient disposés dans le plus bel ordre ces trônes célestes que saint Jean décrit dans son Apocalypse : sur chacun d'eux il aperçut un personnage majestueux , environné d'un appareil vraiment rovaî. Un seul des sièges était vide, quoiqu'il se distinguât entre tous les autres par sa richesse et son éclat. Alphonse, surpris, demanda l'explication de tout ce qu'il voyait, et on lui répondit que cette gloire qui l'éblouis— sait était destinée à son cher disciple Pierre Gaver , et qu'il remplirait un jour le trône vacant. « Telle sera, lui ajouta-t-on , la récompense de ses éminentes verîus et du nombre prodigieux d'ames qu'il convertira dans les Indes occidentales par ses travaux et ses fatigues. » Le bienheureux frère , au comble de la joie, ne parla point au jeune Gaver de cette

révélation ; mais i! raconta le tout à son confesseur , de qui on Ta su.

Depuis ce moment son affection sembla croître encore à l'égard du vase d'élection dont il connaissait tout le prix , et quoiqu'il traitât toujours aussi familièrement avec le jeune étudiant, il avait pour lui une sorte de respect religieux. Leurs conférences devinrent plus longues et plus fréquentes, et le saint homme, pensant qu'il était de son devoir de seconder les desseins de la Providence , faisait tomber souvent la conversation sur les Indes , peignant avec énergie l'abandon où vivaient tant de peuples privés des lumières de l'Evangile. Il s'apitoyait sur le sort de ces vastes régions , où la moisson déjà mûre n'attendait que des ouvriers évangéliques qui voulussent recueillir son abondance. « Comment pourrait-on voir de sang-froid , disait-il , pour peu qu'on ait dans le cœur une étincelle d'amour de Dieu , une grande partie du monde vivre encore dans l'ignorance du salut , faute d'avoir des ministres de la divine parole ! combien n'ont presque aucun succès e*n Europe , qui dans l'Amérique seraient des apôtres ! » Et alors, versant un torrent de larmes, le fervent religieux s'écriait avec le sentiment d'une sainle indignation : « Chose étonnante ! mystère incompréhensible ! quoi ! la charité est plus ti-

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