‹ Vie du bienheureux - Alphonse RodriguesChapitre 97 sur 149 · LE DON DE PROPHÉT. LUI EST COMMUNIQUÉ · texte numérisé non relu

LE DON DE PROPHÉT. LUI EST COMMUNIQUÉ

bien le parti que vous vous proposez de prendre, lui dit-il, est préférable à celui qu'ont déjà pris vos frères ! Oui , il vaut mieux servir Dieu dans la religion que de rester dans le monde pour y suivre ses penchants. Prenez courage ; vous obtiendrez , par la grâce du Seigneur , ce que vous désirez. » Le jeune homme demeura tout surpris de ces paroles , car il n'avait communiqué à qui que ce fût le projet qu'il avait formé d'entrer dans la compagnie , et il venait pour la première fois traiter de sa vocation avec le Recteur. Ne pouvant plus faire un mystère à Alphonse de son dessein , il en recommanda le succès à ses prières : il fut admis en effet dans la compagnie de Jésus , et il rendit depuis témoignage d'une autre prophétie que le saint portier avait faiie plusieurs années auparavant ; car un jour que, fort jeune encore, il sortait du collège avec son frère aîné et son précepteur , Alphonse le tira à part et lui dit : «Vous , mon enfant , vous entrerez un jour dans la compagnie , et vous y succéderez aux travaux apostoliques de votre oncle. * 11 avouait de plus que cette assurance , qui ne s'était jamais effacée de sa mémoire , avait singulièrement contribué à l'affermir dans sa résolution lorsqu'il voulut quitter le monde. Don François Pacéco , l'un des auditeurs de

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l'audience de Majorque , fut tout à coup privé de son emploi sans qu'il eût aucun reproche à se faire dans l'exercice de ses fonctions : ce coup qui atteignait à la fois l'honneur de ce gentilhomme et les intérêts de sa maison , lui fut extrêmement sensible ; ne sachant quel parti prendre , il vint au collège se consoler auprès d'Alphonse , et lui demander conseil. Le récit de sa disgrâce fut souvent interrompu par ses larmes , et sa douleur se communiqua sans peine à une âme aussi sensible que celle de notre Bienheureux : il demeure quelques instants en silence, s'entretenant intérieurement avec Dieu , et tout à coup d'un air assuré , il dit à Pacéco : « Votre seigneurie ne doit pas se décourager ; rendez-vous sur-le-champ à Madrid : vos ennemis ont obtenu par leurs intrigues que l'on rendit contre vous une sentence avant d'avoir examiné les pièces du procès qu'on vous avait intenté ; allez faire vos réclamations : la cause sera de nouveau examinée ; on reconnaîtra votre innocence , et vous rentrerez dans votre charge. • Persuadé que le saint homme est éclairé d'une lumière surnaturelle , Pacéco se hâte de s'embarquer pour l'Espagne , et arrive bientôt à la cour : là il obtient audience , et trouve en effet que le procès n'avait pas même été instruit sur son affaire : on revint

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donc sur ce qui avait été fait ; son innocence fut hautement proclamée , et le roi le réintégra honorablement dans son emploi. Il rentra triomphant dans sa patrie , où il fut bientôt nommé visiteur royal du royaume de Majorque , puis envoyé en Sardaignc avec le titre de gouverneur , en sorte qu'il se vit comblé de richesses et de distinctions. Ce fut lui-même qui publia partout ce qu'il devait à Alphonse , déclarant que les prières du saint homme lui avaient aplani toutes les difficultés ; en sorte que pendant son séjour à Madrid chacun s'empressait de le servir , et que le succès de toutes ses démarches semblait aller au-devant de ses vœux.

Pendant que le Bienheureux était encore portier , un clerc qu'il n'avait jamais vu lui apporta une lettre de don Vincent Mas , ce religieux dont il a été question dans cette Histoire , et qui demeurait dans une chartreuse distante de trois lieues de Majorque. Au premier abord de cet étranger , Alphonse le prévenant : « Que fait le père Vincent ? demande-t-il , et que désire-t-il de moi? >> Le clerc , étonné de cette question : « Comment savez- vous donc , demanda-t'il à son tour, que je viens de la chartreuse et que le P. Mas m'adresse à vous?» Alphonse rougit, et parla d'autre chose, s'apercevantqu'ii avait trahi, sans s'en apercevoir, le

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