M. Marchini, procureur de la Propagande, à Macao
2. Vie du bienheureux Perboyre, p. 204. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans les Annales de la Congrégation de la Mission, t. V, p. 285 et sq.
recueillies lors des informations canoniques auxquelles nous avons déjà fait allusion. Plusieurs témoins attestèrent en effet, qu'à diverses reprises et dès avant son départ du Hou-kouang, le serviteur de Dieu avait prédit, en termes très précis, et sa prochaine arrestation et sa future captivité i. L'un d'eux raconta aussi ~ que M. Clet, le matin du jour oii il fut pris, vit en songe un jeune homme vêtu de blanc qui, deux fois de suite, l'appela par son nom et lui dit : « Les satellites approchent, lève-toi ; » et comme il ne s'éveillait pas, le jeune homme le saisit par le bras et l'entraîna hors de son lit, en lui disant : « Voici les satellites et tu dors. » Se levant aussitôt, le Vénérable ne douta pas que son ange gardien ne l'eût averti du péril qu'il courait. Ses hôtes lui fournirent des habits d'emprunt, et, déguisé en marchand, une cruche d'huile à la main, il chercha à fuir. Il s'apprêtait à sortir du village qu'il habitait, quand il le trouva déjà investi par les satellites. Ceuxci étaient conduits par un mauvais chrétien, maître d'école au Hou-kouang , jeune homme de mœurs scandaleuses, que souvent M. Clet avait sévèrement réprimandé pour son inconduite et qui était devenu
1. Un témoin, entendu dans la cinquième session (17 avril 1870) du procès instruit au Ho-nan, raconta qu'un jour, tandis que le Vénérable disait la messe dans sa chapelle de Kou-tching, deux oiseaux vinrent voleter et gazouiller autour du sanctuaire où ils finirent par entrer. Après la messe, le Vénérable les prit et les mit en cage, puis dit aux assistants : « Vous voyez l'image de ce qui doit m'arriver : je serai pris par les satellites comme je viens de prendre moi-mêm-e ces deux oiseaux: Captura Iiarum avium a me facta parabola est, scilicet assimilatio est in futurum me a satellitibus capiendiim esse.»
2. Il fut entendu dans la septième session (7 juillet 1869) du procès instruit à Ou-tchang-fou, capitale du Hou-pé.
l'ennemi mortel des missionnaires. C'est lui qui avait livré M. Chen pour vingt mille deniers ; poussé par l'appât d'un nouveau gain, par son animosité contre celui qui avait voulu le retirer du vice, il s'était mis à la recherche de M. Clet, dont il finit par découvrir la retraite. Suivant d'autres versions i, c'est après avoir célébré la sainte Messe, et sur le seuil même de la maison de ses hôtes, que le Vénérable fut arrêté. La plupart des témoignages ajoutent que, lorsqu'il aperçut le jeune traître au milieu des satellites, il s'avança vers lui et, comme le divin Maître, lui dit : « Mon ami, dans quel dessein êtes-vous venu ici ? » Il lui aurait dit encore avec une grande douceur: « J'ai pitié de vous. » Sur quoi le misérable, comme s'il se fût trouvé offensé par ces paroles : « Pourquoi, lui 'répliqua-t-il vivement, avezvous pitié de moi ? » puis se tournant vers les satellites : « C'est lui, dit-il, voici celui que vous cherchez.» Aussitôt le saint prêtre fut chargé de chaînes et les soldats l'emmenèrent.
Cette scène se passait, le dimanche de la Trinité, i6 juin 1819, dans le petit village de King-kia-kan, à peu de distance de la ville de Nan-yang-fou. Dix-huit ans plus tard, le bienheureux Perboyre s'agenouillait en ce lieu, consacré en quelque sorte, à ses yeux, par de si grands souvenirs. « Comme dans mes voyages, écrivait-il alors 2, j'ai plusieurs fois suivi ou croisé les routes que ce vénérable confrère avait parcourues , lorsque, chargé de chaînes pour Notre-Seigneur, il était conduit devant les divers tribunaux de cette province et