CHAPITRE IX
M. Clet dans les prisons du Ho-nan et de Ou-tchang-fou. — Ses dernières peines et ses derniers travaux: M. Lamiot arrêté et mis en jugement; différend entre les deux églises du Nam-tang et du Pé-tang. — Condamnation et mort du Vénérable.
Le Vénérable fut d'abord conduit à Nan-yang-fou, ville de premier ordre, distante d'environ une lieue du village où il avait été arrêté. On y traîna aussi ses hôtes et quelques autres chrétiens du pays, faits prisonniers en même temps que lui ^ Dix jours plus tard, M. Clet dut entreprendre, chargé de chaînes, un trajet de soixante lieues pour se rendre à Khaï-foung-fou, capitale du Ho-nan, où il comparut devant le gouverneur et les principaux mandarins de la province. Dans ces deux villes, il fut traité avec la dernière inhumanité. Un jour, il avait dit au mandarin de Nanyang-fou, fort dur à son égard : « Mon frère, maintenant tu me juges; dans peu de temps mon Seigneur te jugera lui-même ; » prédiction qui, nous le verrons, fut bientôt vérifiée par l'événement. Furieux, le magistrat lui répondit : « Eh bien! je vais, en attendant, te faire donner quelques soufflets, et je verrai comment ton Seigneur me punira. » Et sur son ordre un soldat, prenant une triple semelle de gros cuir, en meurtrit
I. « Tous nos plus proches voisins l'ont suivi dans toutes ses prisons, par cela même qu'il avait été leur hôte. » Lettre du bienheureux Perboyre, écrite du lieu même où le Vénérable avait été arrêté.
le visage du serviteur de Dieu, qui, du reste, endura plus d'une fois cette torture et d'autres non moins cruelles, et qui écrivait peu après à ce sujet : « Dans le Ho-nan, j'ai été honoré à diverses reprises d'une trentaine de soufflets et d'un agenouillement à nu pendant trois ou quatre heures sur des chaînes de fer4. » Souvent, dans la même ville, le saint prisonnier passait la nuit à genoux et en prière. Le geôlier s'en aperçut une fois : frappé de respect et de compassion à cette vue, il n'osa s'approcher; mais, racontant le matin ce fait à un chrétien, il lui dit avec émotion : « Quel prodige voulait donc obtenir ce vieillard, qui a veillé ainsi jusqu'au lever du jour?» Souvent aussi, pour prier, le Vénérable s'agenouillait sur un petit banc qui était à son usage; un autre geôlier, moins humain, mit dessus des chaînes de fer : M. Glet continua de s'y agenouiller comme s'il ne se fût aperçu de rien 2, Le régime de la prison de Khaï-foung-fou, où le Vénérable passa près d'un mois, était particulièrement sévère. Outre les privations, les souffrances communes à la plupart des prisons de la Chine, on avait encore à endurer, dans celle-là, « une autre incommodité qui, dit M, Clet lui-même, n'est pas moins douloureuse et qui est très gênante : c'est une chaîne de fer qui nous liait tous sur notre chevet et nous empêchait de lever la tête; on pouvait seulement, avec bien des efforts, se tourner sur le côté et sur le dos ^. » Vers le milieu du mois de juillet, M. Clet dut encore