Lettre citée à M. Richenet
changer de prison. Les mandarins de Khaï-foung-fou, ayant appris qu'il avait eu sa résidence habituelle et exercé surtout son ministère au Hou-kouang, l'envoyèrent à Ou-tchang-fou, capitale de cette province, pour y être interrogé et jugé. La distance que le Vénérable avait cette fois à parcourir était de cent quarante lieues. Il fit ce voyage, qui dura vingt jours, « les fers aux pieds, les menottes aux mains et les chaînes au cou, n'ayant pour auberge que les prisons qui se rencontraient* ». Un des témoins qui furent cités, lorsque le procès du serviteur de Dieu s'instruisait au Hou-kouang, ajoute qu'il était porté, comme les plus grands criminels, dans une cage de bois 2. Le père d'un autre témoin entendu dans le même procès vit arriver le Vénérable à Ou-tchang-fou, les vêtements tout couverts de sang par suite des mauvais traitements et des soufflets qu'il avait reçus dans la route. Cependant son visage était gai, il avait le sourire sur les lèvres et ne laissait échapper aucune plainte^. Il eut, au reste, bientôt l'occasion de se réjouir et de remercier la Providence de l'état de dénûment et de souffrance où il se trouvait alors :
« L'intention du mandarin, raconte-t-il lui-même^, était de m'envoyer dans une prison où j'aurais été seul chrétien, et où j'aurais peut-être péri faute de secours, mon séjour dans les prisons du Ho-nan et ma longue route ayant fort altéré ma santé ; mais la bonne