‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 2 sur 144 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le premier historien de saint Vincent de Paul, Abelly, dit, en parlant des prêtres de la Congrégation de la Mission, qui lui avaient demandé d'écrire la vie de leur Fondateur: <c Ils eussent bien pu travailler dignement eux-mêmes à cet ouvrage ; leur Compagnie ne manquait pas de personnes très capables pour y bien réussir. Mais l'humilité que M. Vincent leur a laissée en partage leur fit choisir une plume hors de leur Congrégation i. ))

C'est à cette tradition d'humilité, soigneusement entretenue depuis trois siècles parmi les enfants de saint Vincent, que nous devons d'avoir pu essayer de retracer l'image et de raconter la vie du vénérable Clet. Sa mémoire était pour eux comme un bien de famille : nous avons été vivement touché de la modestie avec laquelle ils se sont dessaisis, en quelque sorte, des droits qu'ils avaient sur elle ; nous leur sommes profondément reconnaissant de la confiance qu'ils nous ont témoignée, en voulant bien nous les transmettre.

Puissions-nous n'être pas resté trop au-dessous de leur attente ! Du moins, pour y répondre, les secours ne nous auront pas manqué. Et à cet égard encore, nous devons adresser de vifs remerciements aux vénérés et si obligeants confrères de notre héros, qui nous ont ou-

I. La Vraie défense des sentiments du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, par M. Louis Abelly, ancien évêque de Rodez, cité dans la Vie de saint Vincent de Paul, par le même, éd. 1891, t. I, p. xi.

vert, avec le plus gracieux empressement, les archives de leur maison-mère. Nous nous sommes trouvé ainsi à la source des renseignements les plus abondants, les plus certains, sur l'histoire de leur Congrégation, notamment sur ses débuts dans les missions de la Chine. Surtout, il nous a été donné de tenir entre nos mains, de lire et d'étudier à loisir les lettres autographes du Vénérable, et, tout en regrettant quelques lacunes dans cette précieuse collection, d'y retrouver comme la trame suivie de la vie apostolique du saint missionnaire, et tous les éléments nécessaires pour reconstruire, presque année par année, la seconde moitié de cette admirable existence.

Là ne s'arrêtent pas les obligations que nous avons à ceux qui ont pris soin de faciliter notre tâche, après nous avoir fait le grand honneur de nous la confier. De nombreuses recherches, faites ou provoquées par eux^ soit aux Archives du Rhône, soit dans les diocèses de Grenoble et d'Annecy, ont mis en notre possession quantité de documents de grand prix sur la personne du Vénérable ou sur les hommes et les choses au milieu desquels s'e'st déroulée sa carrière. Grâce aux fruits de ces recherches, nous avons pu donner à notre sujet toute son ampleur. Nous estimons, en effet, qu'une biographie n'est^ pas complète si elle se contente de présenter le portrait isolé de celui qui en est l'objet. Elle

I. Nous ne pouvons omettre de nommer ici, entre tous les savants et obligeants collaborateurs qui nous ont ainsi apporté leur précieux concours, sans que nous eussions l'honneur d'en être personnellement connu, M. Guigues, archiviste de Lyon, M, le chanoine Ducis, archiviste d'Annecy, M. l'abbé Chevalier, chanoine honoraire d'Annecy, que nous prions de recevoir la sincère expression de notre très vive gratitude.

doit le replacer dans son cadre, faire revivre l'original au milieu de ses contemporains, au milieu des événements dont il a ressenti l'influence et le contre-coup. On s'est plu quelquefois, de nos jours, à transplanter dans nos climats, pour les donner en spectacle aux habitants de nos capitales, des individus, des familles, appartenant à des peuplades lointaines et sauvages. On a pu les visiter dans nos jardins publics, dans nos expositions ; assister aux détails de leur existence quotidienne ; prendre une idée de leurs mœurs. Il manquait cependant quelque chose au tableau : le ciel qui les avait vus naître, le sol qu'ils avaient foulé dès l'enfance. Nous avons essayé de nous transporter à l'époque, dans les pays oià a vécu M. Clet, de nous mêler à ses contemporains. Tout ce que nous avons eu alors sous les yeux, ce qui du moins nous apparaissait comme uni par un lien direct, par un contact immédiat à la vie du Vénérable, nous a semblé de notre sujet et a pris place dans notre travail. Nous croyons d'ailleurs que cette méthode n'est pas seulement de nature à satisfaire la curiosité, qu'elle peut aussi tourner au profit, à l'édification du lecteur.

La reconnaissance nous fait également un devoir de citer ici les travaux qui avaient déjà paru sur le vénérable Clet et qui n'ont pas été pour nous sans utilité : un auteur est toujours plus ou moins redevable à ses devanciers. En i853, fut publié un volume sous ce titre: Le Disciple de Jésus^ ou Vie du vénérable Perboyre, suivie d'une notice biographique sur le vénérable Clet ^ Un

I. Paris, librairie d'Adrien Le Clerc et C^. La Notice sur le vénérable Clet va de la page 41 3 à la page 58o du volume.

assez grand nombre de lettres de ce dernier sont reproduites, en partie du moins, dans cette notice, et en font le principal attrait. Plus récemment, en 1891, Mgr Charles Bellet, prélat de la maison du Pape, fit paraître à son tour la Vie du vénérable serviteur de Dieu François-T{égis Clet\ ouvrage qui contient des documents intéressants et jusque-là inédits, sur la famille et sur les premières années du martyr de Outchang-fou ,

Nous tenons à le déclarer avant de clore cette préface, toutes les fois que, dans le courant de cet ouvrage, ;1 nous est arrivé de donner les titres d'apôtre, de martyr, de bienheureux, de saint, soit au vénérable Glet, soit à quelque autre personnage dont l'Église .n'a pas encore officiellement couronné les vertus, toutes les fois que nous avons rapporté des faits miraculeux qui n'ont pas encore été l'objet d'un jugement du Saint-Siège, nous ne l'avons fait que sous la réserve de la décision du Vicaire de Jésus-Christ, dans le sens et dans la mesure déterminés par les décrets d'Urbain VIII sur ces matières.

I. Paris, Bloud et Barrai, i vol, de xix-176 pages. — Citons encore, pour ne rien omettre, une notice assez étendue sur le Vénérable, qui se trouve, à la date du 25 février, dans une Vie des Saints, par le R. P. A. Hugues, rédemptoriste, traduite de l'allemand en hollandais par J. P. Professeur, imprimée à Malines par P. J. Hamka, en 1845, notice qui malheureusement renferme d'assez graves erreurs, — et une Notice sur le Vénérable Jean-François Clet (Lille, Desclée, 1890), élégant abrégé de celle dont nous avons parlé et qu'on lit à la suite de la vie du vénérable Perboyre, publiée en i853.

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