Oraison funèbre..., l'e partie
2. Sur Mgr Biord, voir Souvenirs historiques d'Annecy, c. xv, p. 288- 292 ; et aux Pièces justificatives de cet ouvrage, n» 24. — Cf. un mémoire manuscrit composé pour M. Bigex et qui a servi de canevas à son oraison funèbre. M. le chanoine Fleury {Histoire de l'Eglise de Genève, t. II, p. 362), en attribue la rédaction à M. Gazel, ancien collègue de Mgr Biord au chapitre d'Annecy. — On ne peut cependant passer entièrement sous silence un point qui prête à la critique et sur lequel aucun parallèle ne saurait être établi entre le digne prélat et notre missionnaire martyr. Le premier, qui s'était laissé un peu trop pénétrer, à la Sorbonne, des maximes gallicanes, ne sut pas toujours se défendre assez complètement de la contagion de l'esprit janséniste.
diocésain Voltaire. Ferney était, en effet, sous la juridiction spirituelle des évêques de Genève. C'est là que, au mois d'avril 1768, le cynique vieillard joua cette comédie sacrilège qui révolta tous les partis, les philosophes et les gens du monde, dit un témoin peu suspect*, aussi bien que les dévots, et que réprouvèrent jusqu'à ses amis les plus indulgents^, les plus sceptiques, les plus prompts d'ordinaire à excuser ses impiétés, ou plutôt à y applaudir. Le jour de Pâques, il osa s'approcher publiquement de la sainte Table, entouré d'une escorte grotesque qui ajoutait encore au scandale de la profanation. Puis, à peine eut-il reçu la sainte hostie que, se retournant du côté des fidèles, il essaya de prononcer une espèce d'homélie contre le vol, laquelle débutait par un éloge de « la loi naturelle^ » et que le curé eut beaucoup de peine à interrompre en faisant reprendre au plus vite le chant de l'office. Mgr Biord ne pouvait garder le silence : il écrivit à Voltaire, et sa lettre devint, entre lui et l'hypocrite impénitent de Ferney, le point de départ d'une correspondance, où le beau rôle n'est point du côté de celui-ci, où l'évêque, de l'avis même des juges les moins prévenus en sa faveur*, a tous les avantages de l'esprit, de l'éloquence, non moins que de la bonne cause, se servant tour à tour contre son adversaire, réduit aux plus misérables fauxfuyants, aux plus tristes mensonges ou, ce qui ne vaut
1. Grimm, Correspondance littéraire, 1*^ mai 1768: «A Paris, cette action n'a point du tout réussi ; et les dévots, et les philosophes, et les gens du monde en ont été également scandalisés. »
2. Témoin d'Argental, voir Desnoiresterres, Voltaire et la société au dix-huitième siècle, Voltaire et Genève, z^ édition, p. 209.