Souvenirs historiques d'' Annecy, c. xix, p
3. « Les Lazaristes, pour perpétuer ce souvenir, firent graver sur une plaque d'airain l'inscription suivante, qu'on lit encore sur le fronton de l'ancienne porte du séminaire :
« Seminarium Genev. et domtim Congreg. Miss.
« In qua erectum est
« Reg. M. M. Vict. Amed. II Et Anna Maria Francise
« Necnon Cels. Reg. Carol. Emm. Princip. Pedem.
« 46 dierum habitatione cum suis Aul. nobilitarunt
« Ann. MDCCXV. «
{Souvenirs historiques d'' Annecy, c. xix, p. 372.)
dissements, des ornements nouveaux; elle est, encore aujourd'hui, un des principaux monuments du cheflieu de la Haute-Savoie.
C'est dans cette maison, qui avait alors une existence et des traditions plus que séculaires, que M. Clet arrivait, sur la fin de lyyB, pour lui consacrer les prémices de son zèle. 11 y resta quinze ans. On n'attend pas que nous entrions dans le détail de ses travaux et de ses succès durant son séjour au grand séminaire d'Annecy. Il est des vies d'autant plus utiles et d'autant mieux remplies, qu'elles s'écoulent dans l'accomplissement de devoirs plus obscurs et plus monotones, mais qui, à cause de cela même, n'ont pas d'histoire. Demeurer inviolablement fidèle à toutes les prescriptions d'une règle religieuse et, ne peut-on pas l'ajouter, à toutes les exigences de la charge de directeur de séminaire, c'est peut-être assez, selon une célèbre parole de Clément VIII, pour mériter d'être canonisé; c'est trop peu pour offrir la matière d'un récit capable d'attirer et de retenir l'attention; car de telles existences se trouvent racontées d'avance, soit dans les statuts de la congrégation à laquelle elles appartiennent, soit dans le règlement de la maison où elles se sont dépensées.
Quelques traits cependant nous donnent à croire que, malgré la modestie, l'humilité qui inspiraient toutes ses démarches, toutes ses paroles, et enveloppaient sa vie comme d'un voile, les vertus et les talents de M. Clet ne tardèrent pas à attirer les regards de ses élèves, de ses confrères, des prêtres mêmes de la ville et du diocèse.
Sa science était si grande et telles étaient la sûreté et la promptitude avec lesquelles il répondait, en alléguant les autorités les plus décisives, aux difficultés théologiques, aux cas de conscience qu'on aimait à lui soumettre, que le surnom de bibliothèque vivante^ lui fut alors donné, et que, longtemps après, jusque dans le premier quart du siècle suivant, il servait encore à le désigner parmi les survivants de l'ancien clergé d'Annecy.
Ce théologien consommé, ce casuiste armé de toutes pièces aurait pu aussi, nous semble-t-il, être un orateur. Sa parole devait avoir été remarquée ; car, si l'on en croit Y Annuaire ecclésiastique des duchés de Savoie et d'Aoste^, lequel, dans ces pays, jouit d'une grande autorité, il fut prié de prononcer, en lySS, pendant une retraite ecclésiastique, l'oraison funèbre de Mgr Biord, évêque de Genève, mort le 1 1 mars de la même année. Sans doute, cette oraison funèbre ne fut pas le discours d'apparat qu'on entend d'ordinaire soit aux obsèques des évêques, soit au service solennel qui les suit, mais un simple épanchement de cœur dans une réunion tout intime du clergé diocésain, assemblé au séminaire pour les exercices de la retraite annuelle. On sait combien saint Vincent de Paul répugnait à voir ses enfants prendre la parole dans les cérémonies d'éclat 3;
1. Notice biographique sur le vénérable Clet. Paris, Adrien Le Clerc, i853, p. 4i5.
2. Annuaire ecclésiastique des duchés de Savoie et d'Aoste, pour l'an de grâce 1822, p. 126.
3. Voir Lettres de saint Vincent de Paul. t. I, p. Sg, 256 ; t. Il, p. 421, 435; Cf. Lettres et Conférences de saint Vincent de Paul (supplément) p. 42, etc., etc.
avec quelle insistance il leur défendait, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles, de prêcher dans les grandes chaires ou dans les villes. D'ailleurs, un autre éloge funèbre, celui-là tout oratoire, fut prononcé, le 14 juin 1785, dans la cathédrale d'Annecy, devant l'assemblée synodale du clergé. Le panégyriste, cette fois, fut M. Bigex, plus tard promu à l'épiscopat, alors chanoine et vicaire général de Genève. Son discours a été imprimé*; il existe encore, et, en le lisant, on se prend à regretter la perte de celui de M. Clet. Assurément, l'œuvre de M. Bigex, prêtre de savoir et de talent, docteur de Sorbonne, ancien élève du collège de Navarre, est estimable; mais, d'une solennité un peu monotone et tendue, elle se trouve déparée par quelques traces de mauvais goût. Ce n'est pas M. Clet, formé par la célèbre petite méthode de prédication, et ayant appris de saint Vincent de Paul que « la simplicité, cette première des cinq vertus qui composent l'esprit de la congrégation, doit principalement éclater dans les discours^ », ce n'est pas lui qui, ayant à louer le charitable empressement de Mgr Biord à se porter au secours de ses diocésains, victimes, sous son épiscopat, d'un grand nombre d'inondations et d'incendies, aurait cru devoir commencer par le tableau suivant : « Combien de fois cet élément terrible, qui brille dans les cieux
1. Oraison funèbre de Mgr Jean-Pierre Biord, évêque et prince de Genève, prononcé dans l'église cathédrale du diocèse de Genève, devant l'assemblée synodale du clergé, le 14 du mois de juin 1785, par M. Bigex, chanoine de l'église cathédrale de Genève, vicaire général du diocèse, le siège vacant, docteur de la Faculté de théologie de Paris, de la maison et société royale de Navarre. — A Anneci, de l'imprimerie d'Alexis Burdet, imprimeur du clergé, M DCC LXXXV.
2. Lettres et Conférences de saint Vincent de Paul (supplément), p. 524.
pour la gloire du Créateur, et qui est resserré dans les veines des autres éléments pour la vie des créatures, a réduit en cendres la cabane du pauvre et la maison du riche !... Combien de fois cet autre élément, principe de fertilité et d'abondance, tombant à grands flots des cataractes du ciel, s'élevant en torrents et se répandant en déluge, a ravagé nos montagnes, nos collines et nos plaines* !... » Et puis comme le sujet était bien fait pour M. Clet, et le héros pour l'orateur ! C'était aussi une figure, tout à la fois austère et sympathique, forte et attrayante, que ce Jean-Pierre Biord, qui, prêtre ou évêque, à la tête d'une paroisse ou d'un diocèse, fit partout et toujours admirer l'énergie de sa foi, la fermeté de son caractère, l'ardeur, l'intrépidité de son zèle, tempéré cependant par tous les ménagements de la prudence et de la charité ^ C'est sous ce dernier aspect qu'il se montra surtout dans une circonstance mémorable qui le mit tout à coup en vue, lui si modeste et si peu soucieux des suffrages du public, et qui unit pour un moment le nom du plus humble et du plus pieux des évêques à celui du plus turbulent et du plus irréligieux de ses contemporains. Mgr Biord avait pour