‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 28 sur 144 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Mémoire sur la dévastation de Saint-Lazare, loc. cit., p. Syi.

ritables prêtres secouraient les pauvres du quartier; ils en avaient nourri chaque jour huit cents pendant tout l'hiver, et deux cents depuis Pâques*. Ajoutons, en terminant, que, quelles que fussent les dispositions, les vues secrètes des invisibles instigateurs de la dévastation de Saint-Lazare 2, la religion et l'Église ne semblent pas avoir été, en cette occasion, directement mises en cause. Le moment n'était pas venu de les attaquer ouvertement. Les idées d'impiété n'avaient pas alors assez pénétré dans les masses, et l'on aurait craint de froisser les sentiments d'une population encore attachée à la religion de ses pères ^. C'est ce qu'on put constater durant les scènes de désordre qui se succédèrent sans interruption du matin jusqu'au soir du i3 juillet. Sans doute, les insurgés saccagèrent la chambre de saint Vincent de Paul; mais savaient-ils ce qu'ils faisaient

1. Mémoire sur la dévastation de Saint-Lazare, loc. cit., p. Syi.

2. Feller, op. cit., p. 89, note i, n'hésite pas à écrire: « Cette maison (Saint-Lazare) était particulièrement en vue au parti de la petite Eglise; et ce n'est pas un jugement téméraire de croire que le fanatisme de secte a encore secoué ici ses tisons et ses torches. »

3. « Un incident vint prouver alors (le i5 juillet 1789) que le peuple, si violemment soulevé, n'avait dans le cœur aucune haine pour la religion. L'archevêque de Paris, qui était de la députation, proposa de remercier le Ciel delà réconciliation qui venait de s'opérer ( à la suite du rappel de Necker). Cette proposition fut accueillie par des applaudissements, et une foule immense suivit les commissaires de l'Assemblée et la nouvelle municipalité à Notre-Dame. On remarqua d'autres indices semblables. Il y eut des messes demandées dans les paroisses en action de grâces de la prise de la Bastille ou pour le soulagement de ceux qui avaient succombé dans l'attaque. Les dames de la Halle portèrent des fleurs sur la châsse de sainte, Geneviève ; de la place Maubert vint un ex-voto représentant la ruine de la vieille citadelle de l'absolutisme et le peuple secondé dans son triomphe par l'ange exterminateur et par l'illustre patronne de Paris. » Blanc, Cours d'histoire ecclésiastique, continué par l'abbé Guillaume, t. IV, p. 16 et sq.

et connaissaient-ils la valeur des pieux objets qu'elle contenait et qui la rangeaient parmi les sanctuaires les plus vénérés de la capitale? Sans doute aussi, pris d'une véritable folie de destruction, à mesure que les ruines s'amoncelaient autour d'eux, ils renversèrent la statue du fondateur de la Mission, du Père des pauvres; ils la mutilèrent, en détachèrent la tête, qu'on les vit porter ensuite au bout d'une pique à travers les rues et les places publiques, et qu'ils finirent par aller jeter dans le bassin du Palais-Royal; mais leur rage aveugle s'attaquait moins au saint qu'au chef et à celui qu'ils regardaient comme le représentant responsable d'un corps accusé d'être l'ennemi du peuple. Par contre, le pillage commençait à peine, une troupe de bandits pénètre dans la chapelle domestique et y aperçoit un reliquaire de saint Vincent : ils le prennent avec précaution et le portent, « à quatre, en grande pompe, et tous chapeau bas, à l'église Saint-Laurent ' ». Presque en même temps un missionnaire y arrivait aussi, après avoir traversé la foule au milieu du silence et du respect de tous, et y déposait les saintes hosties et les vases sacrés, qu'on n'avait pas jugé prudent de laisser dans l'église de Saint-Lazare. Cette église elle-même, dont les portes étaient restées ouvertes, reçut plusieurs fois la visite des bandits, qui n'y commirent aucune profanation, et, dans la vaste enceinte de Saint-Lazare, ce fut le seul endroit qu'ils épargnèrent. Enfin, dans les six cents chambres que renfermait la maison, et oii tous les meubles avaient été mis en pièces, toutes les images arrachées et déchirées, ils ne portèrent pas la

Page 1