‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 27 sur 144 · Recueil des principales circulaires, etc., p. 221 et sq · texte numérisé non relu

Recueil des principales circulaires, etc., p. 221 et sq

de nos biens, et soupirons avec plus d'ardeur vers cette patrie heureuse qui doit finir nos maux et récompenser nos travaux. Multiplions nos prières et nos sacrifices pour la réunion des esprits et des cœurs, et n'oublions pas les malheureux qui nous ont dépouillés, afin que le Seigneur daigne les éclairer et les convertir. Ajoutons à nos prières les privations, les retranchements de nos habillements, de nos repas, de nos ameublements. Ces sacrifices, si convenables dans l'infortune, deviendront une source de mérites devant le Seigneur. Peut-être Dieu a-t-il voulu punir par ce désastre l'éloignement de la simplicité de nos pères, et nous ramener à la modestie convenable à notre état. Tels étaient les sentiments que notre saint instituteur tâchait d'inspirer à ses enfants, après un malheur à peu près semblable qui mit, en 1649 % la maison de Saint-Lazare à deux doigts de sa perte. Nos maux l'emportent de beaucoup sur ceux que saint Vincent éprouva alors ; puissent notre courage, notre confiance en Dieu et notre fidélité parfaite pour tous nos devoirs nous rapprocher de ce grand saint, notre modèle et notre protecteur! »

Quand on pense que ces hommes, si admirablement résignés dans la plus extrême détresse, et qui ne se souvenaient de leurs persécuteurs que pour leur pardonner et demander à Dieu de les éclairer et de les convertir, s'étaient toujours montrés les meilleurs amis du peuple, les plus charitables soutiens des malheureux et des pauvres, on s'étonne de les voir en butte aux

I. Il s'agit du pillage de la maison d'Orsigny; voir Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, t. III, p. 23 et passimj Lettres de saint Vincent de Paul, t. II, p. i5o, lettre du 5 février 1649.

premiers coups d'une Révolution qu'on annonçait comme devant redresser les torts de l'ancienne société envers les classes populaires et souffrantes. Il est évident que les bandes de forcenés qui, dans la nuit du 12 au i3 juillet, se ruèrent sur Saint-Lazare, n'étaient pas venues là d'elles-mêmes, qu'elles obéissaient à des ordres secrets ^ Quelle était la main cachée qui les mettait en branle? Quels étaient les mobiles précis qui la dirigeaient elle-même? On ne l'a jamais dit avec netteté; il est probable qu'on ne le saura jamais avec certitude. On connaît seulement les bruits répandus pour essayer de justifier un attentat qui souleva l'indignation de tout ce qu'il y avait d'honnête et d'éclairé dans la population parisienne. Il semble d'abord qu'on ait représenté Saint- Lazare comme une espèce de Bastille en raccourci, et qu'en y portant le pillage et la dévastation, la populace ait voulu préluder à ses tristes exploits du lendemain. En effet, les premiers assaillants eurent à peine franchi le seuil de la maison, qu'ils se dirigèrent aussitôt, en forçant la grille qui en défendait l'entrée, vers un bâtiment écarté, au fond d'une arrière-cour, où se trouvaient détenus vingt aliénés et, à côté d'eux, quatre fils de famille que, sur la demande de leurs parents, l'autorité publique y avait fait enfermer. En arrivant, les bandits s'écrièrent : « Camarades, la liberté! » A ce mot, qu'ils ne se firent pas répéter deux fois, les fils de famille s'esquivent et disparaissent, sans que depuis

I. L'un des trois brigands qui, dans la matinée du 12, apportèrent, dans son fauteuil de paralytique, le vénérable M. Bourgeat chez les Filles de la Charité, leur assura qu'elles n'avaient rien à craindre, et leur dit: « Nous ne sommes pas payés pour vous, mais pour Saint-Lazare. » Mémoire sur la dévastation de Saint-Lazare, loc . cit.

on ait pu retrouver leur trace. Quant aux vingt aliénés, ne sachant que faire de cette liberté qu'on leur offre, ils restent là; ils y étaient encore quand le soir fut venu, et il fallut les chasser de force d'un asile que d'eux-mêmes ils n'auraient jamais songé à quitter. On disait encore que les Lazaristes avaient chez eux un grand dépôt d^armes, toutes prêtes à être distribuées aux ennemis de la nation. La maison fut explorée de fond en comble : on y trouva un vieux fusil rouillé et hors de service, et le fusil à vent du cabinet de physique '. Mais ce dont on accusait principalement les prêtres de la Mission, c'était d'avoir accaparé, pour affamer Paris, une immense quantité de farine et de blé, et d'en avoir rempli de vastes souterrains. Or, lorsque les bâtiments de Saint-Lazare furent à la discrétion des pillards, ils cherchèrent vainement des souterrains qui n'existaient pas, et il se trouva que les greniers contenaient à peine assez de blé pour fournir pendant trois mois à la subsistance d'une maison où il y avait quatre cents bouches à nourrir ^. De plus, les registres de la Halle faisaient foi que les Lazaristes y avaient fait conduire, à plusieurs reprises, depuis le mois de décembre, de nombreuses voitures de blé, contribuant ainsi, pour une large part, à l'approvisionnement de la capitale; tout récemment, dans les premiers jours de juillet, ils avaient vendu cinq cents setiers de blé à douze livres au-dessous du taux courant^. Enfin, toute la paroisse de Saint-Laurent savait avec quelle générosité ces cha-

1. Lettre du comte de Devonshire, ap. Feller, loc. cit., p. 88.

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