‹ Vie du Bienheureux François-Régis CletChapitre 67 sur 144 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

La persécution de i8o5.— Les collaborateurs de M. Clet ; comment il réalise l'idéal du supérieur d'après saint Vincent de Paul; ses lettres circulaires. — Le baptême des enfants moribonds ; les antécédents de l'Œuvre de la Sainte-Enfance.

Dans les premiers jours de l'année i8o5, un chrétien chinois, porteur des lettres des missionnaires de Pékin, fut arrêté au Kiang-si, qu'il traversait pour se rendre à Macao et où, dans le même moment, la police recherchait activement des voleurs. Inconnu dans la province, il ne put se réclamer d'aucun habitant du pays; on se saisit de lui et on le fouilla. Il ne lui était pas possible de cacher ses paquets de lettres : après un premier examen, les mandarins, n'y trouvant rien de suspect, allaient le relâcher, lorsqu'ils découvrirent une carte représentant la province du Kiang-nan et indiquant, avec une précision qui éveilla leurs soupçons, le chemin qui conduisait de la mer aux limites de la province de Pékin. Pourquoi les missionnaires envoyaientils cette carte en Europe ? N'avaient-ils pas dessein de favoriser quelque entreprise contre la capitale du Céleste Empire ? En réalité, le P. Adéodat, procureur des missions de la Propagande, auteur de la carte incriminée, l'adressait à la Sacrée Congrégation, afin que celle-ci pût trancher, en connaissance de cause, un différend survenu entre les missionnaires italiens et portugais, relativement aux limites de leurs territoires

respectifs. Le courrier chinois ne pouvant fournir aucune explication plausible, les missionnaires qui avaient signé les lettres saisies furent interrogés ; on fit comparaître le P. Adéodat. Mais, comme aucun d'eux ne voulut mettre le gouvernement dans la confidence des contestations qui étaient l'origine de tout le mal, leurs réponses étaient embarrassées, et leur défense peu solide. Les mandarins, ennemis des Européens et du christianisme, ne laissèrent pas échapper cette occasion d'aigrir l'empereur contre des étrangers et contre une religion qu'ils abhorraient. Ils obtinrent de lui un décret, dans lequel on lisait : « Nous voulons qu'on publie partout des édits pour prohiber la secte chrétienne, afin que tous les habitants de notre Empire sachent que, si dorénavant ils ont avec les Européens quelque communication et correspondance dont l'objet soit la pratique et la propagation de leur religion, ces transgresseurs de nos lois et de nos ordonnances seront sévèrement punis, sans aucun espoir d'indulgence. » En même temps les démarches des missionnaires de Pékin étaient étroitement surveillées, et l'on plaçait des corps de garde à l'entrée de leurs éghses, pour en défendre l'accès aux fidèles. Tandis que le P. Adéodat était exilé en Tartarie, les chrétiens de la capitale étaient mis en demeure d'abjurer leur croyance et ceux qui s'y refusaient condamnés aux plus affreuses tortures. Plusieurs fléchirent au milieu des tourments ; d'autres, en grand nombre, les soutinrent avec un courage qui étonna et finit même par effrayer leurs persécuteurs. Pour obliger ces confesseurs de la foi à marcher sur la croix, on leur en traça l'image sur la plante des

pieds, en perçant la chair jusqu'à l'os, à coups d'épingles ou à l'aide de pointes de fer ou de bambou. Quatre d'entre eux furent soumis à cet étrange et épouvantable supplice. Le premier se rendit lorsqu'on en était au second pied; le second s'évanouit entre les mains des bourreaux, et ils l'abandonnèrent, croyant qu'il allait expirer. Les deux autres tinrent bon jusqu'à la fin, et l'on voyait, à l'expression de leur visage, que le Seigneur leur communiquait intérieurement une paix et une joie, dont ils déclarèrent plus tard qu'ils étaient eux-mêmes surpris. L'un deux, tout jeune encore, n''avait laissé échapper aucune plainte, n'avait même pas ouvert la bouche durant cet effroyable martyre. Le lendemain, comme on le menaçait de tortures plus cruelles encore, et qu'on lui demandait: « Comment est-il possible que tu aies tant souffert hier sans te plaindre ? — C'est, dit-il, que je souffre volontiers pour Notre-Seigneur, qui a tant souffert pour moi. » Et on ne le tourmenta pas davantage. [Bien plus, à l'aspect d'un si invincible héroïsme, le gouvernement sembla prendre peur. Croyant les chrétiens beaucoup plus nombreux dans l'empire qu'ils ne l'étaient en réalité, il craignit un soulèvement général. Aussi l'édit impérial était à peine envoyé dans les provinces, qu'il y fut aussitôt suivi de contre-ordres secrets, enjoignant aux mandarins de se borner à le faire afficher, et de s'en tenir aux menaces sans les mettre à exécution ^ Pour le moment,

I. Nous empruntons ces détails sur la persécution de i8o5 à deux lettres de M. Ghislain à M. Brunet, vicaire général de Saint-Lazare, l'une du 3i décembre i8o5, l'autre du 6 septembre 1806, et à une relation de M. Lamiot sur ces événements, datée du 10 octobre 1807. — Cf. sur le même sujet,' Annales de la Propagation de la Foi,'n° /^,an. i824,p. i5i et sq.

la persécution n'eut, en dehors de Pékin, d'autre suite que quelques vengeances particulières de mandarins, personnellement ennemis des chrétiens. Dans le Houkouang, M. Clet ne fut point inquiété. Seulement, il put se dire que, si indigne qu'il s'estimât lui-même de la palme du martyre, il n'en était plus aussi éloigné qu'il l'avait d'abord supposé. Kia-king venait d'entrer dans une voie dont il ne s'écartera plus guère désormais. Pendant de longues années, les chrétientés de la Chine ne connaîtront plus qu'une paix intermittente et toujours fort précaire. Les missionnaires de la capitale avaient vu succéder aux mesures violentes de la première heure tout uTi système de vexations qui paralysaient presque entièrement leur action. Ces tracasseries ne purent cependant les décourager, pas plus que le bruit des rigueurs dont les chrétiens de Pékin avaient été victimes ne parvint à ébranler la confiance de M. Clet ni à ralentir son zèle. Il ne cessait de supplier ses supérieurs de lui envoyer des auxiliaires, des Européens surtout, capables de le seconder efficacement dans un travail qu'il était loin de songer à déserter, qu'il comptait bien, au contraire (car il ne pouvait plus se méprendre sur les vues de Dieu à son égard), poursuivre jusqu'à son dernier jour.

Ses prières ne faisaient que répondre aux désirs de ceux à qui elles s'adressaient et qui s'affligeaient de ne pouvoir augmenter, plus promptement et dans une plus large mesure, la petite communauté d'apôtres à laquelle présidait M. Clet. Celle-ci ne compta jamais plus de cinq à six membres. Encore n'atteignit-elle ce chiffre qu'en l'année i8ro, où l'arrivée d'un confrère euro-

péen fit un moment espérer au Vénérable qu'il pourrait enfin déposer le fardeau de la supériorité. A l'époque où nous sommes parvenus, il ne se trouvait avec lui, dans les trois provinces dont il avait l'administration, que trois missionnaires chinois, dont l'un, M. Joseph Ly, réduit à peu près à l'inaction par une longue maladie, ne pouvait quitter le Kiang-si où , depuis huit ans, il ne rendait presque plus aucun service. Ils avaient été formés tous les trois au séminaire interne que M. Ghislain avait ouvert dans la résidence française de Pékin et qui était devenu son œuvre de prédilection. Ayant peu de goût, peu d'aptitude aussi pour les relations officielles avec les grands, ce digne missionnaire aimait à se renfermer dans les occupations plus obscures et plus directement sacerdotales, qu'il trouvait au milieu de ses chers séminaristes. Il leur disait volontiers, dans les entretiens confidentiels qu'il avait fréquemment avec eux : a Je laisse entièrement à M. Raux les rapports extérieurs avec l'empereur et les grands ; je ne suis venu en Chine que pour faire de bons missionnaires. » Il y réussit à merveille, pour sa part ; et la Congrégation de Saint-Lazare lui dut une vingtaine d'excellents sujets qui furent, pour les missions de la Chine, autant d'apôtres pleins de zèle. L'aîné de tous était précisément M. Joseph Ly, qui fit ses vœux en présence de M. Ghislain, le . i5 août 1790, dans l'église du Saint-Sauveur de Pékin, et y fut ordonné prêtre au mois de décembre ^1792. Né dans le mahométisme, il était marchand avant sa conversion. Les affaires de son commerce l'ayant conduit à Pékin, il entendit parler de la religion chrétienne et se fit ins-

truire par les Lazaristes du Pé-tang, qui lui conférèrent le baptême. Il entra au séminaire : ses talents naturels et les études sérieuses qu'il avait faites dans son enfance lui permirent d'acquérir rapidement une connaissance suffisante des sciences ecclésiastiques. Mais il dut les apprendre en sa propre langue, n'a5'^ant jamais bien su le latin. On le Jugea néanmoins apte à recevoir les saints ordres, dont ses vertus le rendaient digne. A peine revêtu du sacerdoce, il donna la mesure de son zèle : envoyé presque aussitôt au, Hou-kouang, il passa, pour s'y rendre, par des stations où l'on n'avait point vu de missionnaires depuis longues années et où tous les chrétiens voulaient s'approcher des sacrements ; afin de les satisfaire sans s'attarder par trop au milieu d'eux, il confessa nuit et jour, pendant près de deux mois, et sa santé en demeura entièrement ruinée. Le second séminariste que M. Ghislain admit aux vœux était aussi l'un des collaborateurs de M. Clet. M. Jean Tchang était né à Pékin, de parents chrétiens ; il fit profession en 1791, fut promu à la prêtrise en 1796, et, deux ans plus tard, envoyé au Hou-kouang. Il y fut rejoint, en 1804, par M. Paul Song, prêtre depuis la Trinité de l'année précédente, et qui avait prononcé ses vœux trois ans auparavant. Lorsqu'il arriva dans la résidence de M. Clet, celui-ci ne s'y trouvait pas et était, pour quelque temps encore, retenu au loin par la visite des chrétientés. Mais le Vénérable ne voulut pas attendre son retour pour souhaiter la bienvenue à son nouveau confrère : il lui écrivit une lettre, que nous nous reprocherions de ne pas citer ici ; car elle nous fait admirablement pressentir quel esprit et quelles disposi-

tions le digne supérieur portait dans ses rapports avec les missionnaires placés sous sa conduite :

« Monsieur et cher Confrère,

a La grâce de Notre-Seigneur soit toujours avec nous.

« Quelle agréable surprise pour moi d'apprendre votre heureuse arrivée dans nos montagnes ! Je ne vous félicite pas de votre venue, parce que vous perdez plus que vous ne gagnez, en quittant la capitale et vous séparant du cher M. Ghislain, dont la perte ne saurait être compensée ; mais je me félicite moi-même d'avoir acquis en vous un coopérateur zélé, qui m'aidera à cultiver la vigne du Seigneur. Ce qui augmente ma joie et ma confiance, c'est que vous venez sans aucun préjugé sinistre contre l'Européen avec lequel vous avez à vivre : ce qui me donne une pleine assurance que la plus parfaite intelligence régnera entre nous et présidera à nos projets pour la gloire de Dieu. C'est de ce concert que dépend le succès de notre ministère. Si je concevais une fois quelque préjugé contre vous, ou que vous en conçussiez contre moi, dès lors, plus de bien à faire, quia Deus 7ion est Deus dissensionis sed pacis i. Je dis cela, parce que je dois vous prévenir que vous avez besoin d'une certaine dose de patience pour vivre avec moi ; je vous invite à en faire provision pendant mon absence. Mon éloignement ne me permet pas actuellement de me concerter avec vous sur le travail que vous aurez à entreprendre, après que les chaleurs de l'été seront pas-

I. I Cor., XIV, 33. Le texte exact est : Non enim est dissensionis Deus, sed pacis : « Dieu n'est pas le Dieu de la discorde, mais de la paix. »

sées; car je ne vous permets de vous livrer au travail qu'aux approches de l'automne. Vous vous concerterez avec le cher M. Tchang, sur la prudence duquel je compte beaucoup plus que sur moi-même. Gardez-vous du zèle indiscret, qui veut tout faire à la fois : ce qui ruine promptement la santé des missionnaires et les réduit à un repos, pendant lequel l'homme ennemi se hâte de semer l'ivraie dans le champ du père de famille. Comme depuis ma séparation d'avec M. Tchang, notre administrateur apostolique m'a renouvelé mes pouvoirs, je vous renouvelle aussi en son nom les vôtres, conformément à la feuille que j'adresse à M. Tchang, qui vous la communiquera pour la transcrire et vous y conformer. Il vous communiquera aussi l'ancienne lettre pastorale, à laquelle notre administrateur renvoie.

« Je pense que vous avez reçu, de ma part, une lettre en réponse à celle que vous m'avez écrite, il y a quelques mois. Alors, je ne pensais pas que j'aurais le pfeisir de vous entretenir de vive voix: mais, par la disposition de la Providence, ce plaisir se trouve différé de quelques mois. En attendant, je vous assure du profond respect et de l'amitié avec lesquels je suis, « Monsieur et cher confrère,

« Votre très humble et obéissant serviteur.

« Glet, i. p. d. 1. m.

« I,e lo juin, 1804. »

Trois ouvriers, dont un hors de service, c'était peu, en vérité, pour aider M. Glet à pourvoir aux besoins spirituels de ses chrétientés, disséminées sur un territoire beaucoup plus vaste que la France. Aussi, dès

que M. GhisIaW put disposer de nouveaux sujets, il n'oublia pas le \supérieur du Hou-kouang, et lui envoya, dans le colirant de 1808, deux de ses meilleurs séminaristes, tout\ récemment ordonnés prêtres, et qu^ avaient prononcé Ipurs vœux un an ou deux auparavant. C'étaient M. | Ignace Ho et M. François Chen\ qui devaient, plus tard, confesser la foi l'un et l'autre avec un grand courage, et dont le second fut arrêté avec M. Clet et devint son compagnon de captivité. M. Clet avait, en quelque sortei des droits sur ces jeunes disciples de M. Ghislain, clir il contribuait efficacement au recrutement du séminaire interne de Pékin. Il avait établi, à côté de sa résidence des montagnes du Hou-kouang, une école, qui fut bientôt fréquentée par un grand nombre d'enfants. Si, dans leurs rangs, il croyait deviner quelques futurs ministres des autels, il leur donnait, par luimême ou par ses confrères, des soins particuliers, et lorsque s'étant assuré de leurs aptitudes, il avait des motifs suffisants de compter sur leur persévérance, il les envoyait à Pékin, où l'on achevait de cultiver leur esprit, d'éprouver leur vocation, et où plusieurs firent honneur à leur premier maître, en devenant de bons prêtres et de zélés missionnaires 2.

1. Le Vénérable parle de leur arrivée à sa résidence^ dans une lettre à M. Song, du lo novembre 1808 : «Me voici à présent, dit-il, à Laoho-kéou, d'où je me rendrai dans peu à notre château de paille, où je suis attendu par deux nouveaux confrères, arrivés de Pékin dans la septième lune. L'un est M. Chen, le second, M. Ho. »

2. Une fois au moins, M. Ghislain envoya à l'ancien directeur du séminaire interne d Paris un clerc dont la vocation était douteuse et qui avait besoin d'être mis à l'épreuve. Dans la lettre citée ci-dessus, note précédente, à la suite de la phrase relative à l'arrivée de MM. Chen et Ho, on lit : « Avec eux est venu un minoré nommé Cong, que peut-

Cependant M. Clet soupirait toujours après la venue d'un collaborateur européen. Ce précieux secours lui fut enfin accordé, et il le dut à la persécution que nous racontions tout à l'heure, et qui, en i8o5, avait sévi avec tant de violence à Pékin. Vers le milieu de cette même année, deux missionnaires lazaristes se mettaient en route pour aller de Canton à la capitale, où, depuis longtemps déjà, les attendaient leurs confrères

être vous ne connaissez pas. Il passe, je crois, quarante ans. Il a été, dans sa jeunesse, élève du Nam-tang (mission portugaise, située au quartier sud de Pékin et où était alors la cathédrale), d'où il est sorti avec les quatre ordres mineurs, pour exercer je ne sais quel commerce. Depuis peu, il s'est présenté au Pé-tang, où il a été reçu et envoyé dans nos montagnes pour y passer, dit-on, une année sous ma direction. » — Voici ce que M. Ghislain écrit à M. Brunet, le 20 octobre i8o4, au sujet de l'école de M. Clet et des séminaristes formés par ses soins : « Notre collège (de Pékin) est actuellement monté pour un certain temps ; M. Clet y a envoyé encore cette année trois sujets qui ont à peu près les conditions que vous souhaitez. Il y en a un de la province du Ho-nan, les deux autres ont été tirés de l'école que nous avons dans les mentagnes (résidence de M. Clet) et qui est toujours assez nombreuse pour le pays. » — Cette école fut fermée en 1810, par suite de la mort du Frère qui la dirigeait. Le 3 mai i8o3, M. Clet écrivait à M. Ghislain : 8 Notre m^aître d'école, après une maladie de huit mois, est mort, le jour du vendredi saint, à l'heure même que huit ou neuf cents chrétiens s'étaientrendus à notre église pour faire l'adoration de la croix, et qui ont tous concouru avec moi à lui faire les prières de la recommandation de l'âme. J'ai tout sujet de croire que Dieu l'a reçu dans sa miséricorde. Ainsi nous voilà sans maître d'école et, par conséquent, sans école pour cette année. Il nous faut aviser aux moyens d'en avoir un pour l'an prochain. » Dans le post-scriptum de la même lettre, M. Clet ajoute : « Je vous envoie un clerc en qui je ne connais point de défauts considérables; je lui en connais de petits ; mais qui n'en a pas? Je souhaite que vous puissiez en tirer parti, » Le 22 septembre de la même année, M. Clet écrit de nouveau à M. Ghislain : « Depuis la mort {de notre frère Quon, notre école gratuite est vacante, et elle vaquera encore l'an prochain, parce que nous sommes trop pauvres pour soutenir les frais qu'exige son entretien. D'ailleurs, nous n'avons à présent sous la main aucun homme propre à remplir cet objet. »

du Pé-tang. Il y avait quatre ans , en ehtc , que MM. Richenet et Dumazel avaient abordé en Cliine, et que mille intrigues et des difficultés sans cesse renaissantes les retenaient à Canton. Au mois de mai i8o5, le passe-port qu'ils avaient demandé vainement jusquelà leur était octroyé, et un mandarin venait les prendre pour les conduire à leur destination, selon le cérémonial usité à l'égard des Européens que Tempereur autorisait à se rendre à Pékin. Ils touchaient presque au terme de leur voyage; ils se trouvaient sur les confins des provinces du Chan-tong et de Pékin et n'étaient plus qu'à six journées de cette ville, lorsque arrivèrent des ordres de la Cour qui leur fermaient à tout jamais l'accès de la capitale et les portes de la maison française du Pé-tang. C'était le moment où les missionnaires de cette résidence se voyaient en butte à tant de mesures vexatoires ; le gouvernement ne pouvait leur permettre de s'accroître et de recevoir du renfort, tandis qu'il cherchait, par tous les moyens en son pouvoir, à combattre leur influence et à détruire le bien qu'ils avaient déjà fait. «Le i8 septembre, raconte M. Richenet, nous arrivons à Fe-tcho, et y rencontrons le domestique de Pékin envoyé à notre rencontre. Fe, ou Fe-tcho, ou Fetcheu, est sur la frontière nord-ouest de la province de Chan-tong, à environ une lieue de celle du Pé-tchély. Nous devions aller coucher dans cette dernière province ; mais un accident arrivé à un de nos charretiers nous oblige de nous arrêter. Le lendemain matin, notre mandarin va au tribunal pour demander qu'on prenne soin du malade, et là, on lui annonce qu'il y a ordre d'empêcher que nous n'allions à Pékin. Peu après, on

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