‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 109 sur 115 · REGRETS QUE CAUSE SA MORT · texte numérisé non relu

REGRETS QUE CAUSE SA MORT

moment où elle allait nous le ravir pour toujours, semble avoir voulu rendre encore nos regrets plus vifs et plus légitimes.

« Pleurez donc et priez avec nous, vous, nos chers collaborateurs, qui fûtes autrefois les siens et qu'il se plaisait à regarder comme des frères bien-aimés; vous, jeunes lévites, pour lesquels sa tendresse avait toutes les sollicitudes de l'amour maternel ; vous, chastes épouses de Jésus-Christ, qui fûtes toujours pour lui 'l'objet d'une affection si respectueuse et si vive ; vous, Montalbanais, son peuple de prédilection.

« Pleurez et priez avec nous, vous, pauvres, qu'il secourut quand la faim et la nudité vous firent sentir leurs rigueurs ; vous qu'il recueillit quand l'inondation envahissait vos demeures ; vous, infirmes, dont il remua la couche douloureuse ; prisonniers dont il allégea les fers ; et vous, surtout, sur qui furent répandus des bienfaits connus de Dieu seul ; et vous à qui ce cœur aimant fit éprouver des consolations dans ces douleurs amères qui semblent les refuser toutes.

« Pleurez et priez avec nous, vous tous, N. T. G. F., parce que vous étiez tous ses enfants.

(( Aussi bien n'avons-nous pas d'autre soulagement dans l'affliction profonde où nous jette un événement aussi déplorable qu'inattendu. Consolons-nous par les immortelles espérances de la rehgion, et ne nous désolons pas comme ces cœurs desséchés que la foi ne soutient pas dans les épreuves.

« Une vie meilleure, immortelle, a succédé à vnn^ vie agitée, périssable ; un trône, dans le ciel, à des dignités éminentes, mais éphémères. L'heure de sa récompense a sonné quand nous voulions encore prolonger ses sollicitudes et ses travaux. N'envions pas à l'objet vénéré de

nos regrete le repos dont le Seigneur, Dieu des vertus, a voulu couronner ses mérites. »

Telle fut la touchante pastorale de M. de Trélissac sur la mort de son illustre ami, et une autre voix épiscopale ne tarda pas à lui faire écho : un mois après la sépulture, un nouveau service eut lieu dans la cathédrale, et là, en présence d'un nombreux clergé et des fidèles accourus en foule, M. Villecourt, évêque de la Rochelle, un des plus savants prélats de l'Église de France, devenu plus tard cardinal lui-mêuie, prononça l'oraison funèbre ; il n'avait point connu monseigneur de Gheverus, mais les matériaux du discours fournis par la renommée, disposés et embellis par les talents et la piété de l'orateur, suffirent à intéresser toutes les attentions et tous les cœurs.

Les souscriptions se continuèrent pour l'érection du monurnent à élever en l'honneur de l'illustre défunt, et bientôt on eut recueilli une somme assez forte pour être sûr qu'avec l'aide du gouvernement on pouvait élever un mausolée digne du héros qu'on voulait honorer. On songea alors à en venir au fait ; les avis se partagèrent sur le lieu où il convenait de placer ce monument ; et tantôt par une raison, tantôt par une autre, la chose traîna en longueur jusqu'en 1848. Pendant ce temps-là, la ville de Mayenne s'occupait activement à élever, sur une de ses places, une statue en bronze au cardinal, sa plus belle illustration. L'artiste hâta sou ouvrage avec un zèle digne d'éloges, en môuie tem])s qu'il en restreignait ki prix avec une génénjsilé plus l(juable encore ; et le \i août 1844 l'inauguration eut lieu avec la plus louchanle solennité en présence des évoques du Mans et (le Périgui.'ux, et d'un*; foule pro<ligieuso accourue de tous les lieux circonvoisins. La cérémonie, essentiel-

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