‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 108 sur 115 · REGRETS QUE CAUSE SA MORT · texte numérisé non relu

REGRETS QUE CAUSE SA MORT

tous. Rien de plus touchant que la lettre pastorale où M. de Trélissac exhala sa douleur et la douleur commune du clergé et du peuple.

« Vous savez, N. T. G. F., dit l'éloquent prélat, le coup qui vient de frapper notre cœur. Ah ! nous avons trop vécu, puisqu'il nous faut survivre à l'illustre ami que nous nous étions flattés de laisser longtemps après nous, brillant du double éclat des vertus et des dignités.

« L'Église de France a perdu une de ses gloires, l'épiscopat une lumière, le clergé un modèle, la métropole de Bordeaux sa couronne ; les orphelins ont perdu un appui, les pau\Tes une providence, vous avez tous perdu un père, et votre évéque le plus tendre des amis. Celui qui nous avait donné le courage de l'épiscopat, celui dont l'affection allégeait ce poids accablant pour notre vieillesse, il n'est plus ; la mort rapide, foudroyante, l'a ravi à tous ceux qui l'aimaient.

« C'est dans le sein de nos enfants bien-aimés que nous venons épancher notre douleur : pleurer avec vous, N. T. C. F., adoucira notre peine. Notre perte est commune, notre deuil et nos regrets doivent se confondre. Qui des enfants de ce diocèse pourrait apprendre la triste nouvelle qui fait couler nos pleurs, sans être profondément ému ? Ah ! vous la sentirez vivement, N. T. G. F., la perte cruelle que nous venons tous de faire. Il est impérissable parmi vous, le souvenir des vertus et des bienfaits de celui que nous regrettons. Nos larmes ont souvent coiUé, douces alors autant qu'elles sont amères aujourd'hui, lorsque, visitant les diverses parties du diocèse nous écoutions les témoignages de votre reconnaissance et de votre amour pour l'apôtre qui avait passé au milieu de vous en faisant du bien. Un instinct noble et délicat vous avait fait deviner que son éluge était pour

notre cœur ce qu'il pouvait ressentir de plus doux. Les sentiments que vous aviez voués à ce prélat vénéré, son noble cœur les appréciait et les payait d'un généreux retour : témoin la joie avec laquelle il se trouvait au milieu de son ancien troupeau ; témoin la cordiale hospitalité que trouvaient toujours auprès de lui ceux que les circonstances rapprochaient de sa personne ; témoin cette disposition constante, dont il a donné tant de preuves, de rendre à tous indistinctement, par cela seul qu'ils appartenaient à son ancien diocèse , tous les services réclamés de son obligeance ; encore ne fallaitil pas demander, quand il pouvait pressentir les besoins.

« Il était dans la destinée de cet illustre prélat de s'attacher par un irrésistible attrait l'airection de tous ceux qui l'avaient connu. Personne n'a eu un plus grand nombre de vrais amis ; et son plus bel éloge est sans doute d'avoir pu, dans les contrées diverses qu'il a habitées, inspirer à toutes les classes de la société des sentiments que l'absence n'a point affaiblis, que la mort ne détruira pas.

« Naguère encore, N. T. G. F., nous jouissions du bienfait de sa présence. Des démonstrations d'amour et d'enthousiasme accueillaient partout son passage. Vous étiez fiers pour lui de la pourpre romaine dont il venait d'être revêtu. Jamais il ne parut plus affectueiix et plus aimable. Avec quelle inépuisable complaisance il fit entendre sa voix partout où l'appelaient les vœux de ses enfants ! Sa bonté le multipliait en quelque sorte, et deux fois, pendant un trop court séjour, notre cathédrale retentit des accents de sa charité. Quoi donc, nous devions le perdre sitùt ! Notre cœur se serre à la pensée que la mort a failli le frapper au milieu do nous ; et la rrovidence, en nous le montrant une dernière fois, au

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