IL REFUSE LA COADJUTORERIE DE BALTIMORE. H
ne restât jamais sans évêque. M. de Cheverus répondit qu'il obéirait en tout au Saint-Siège, mais qu'il voyait dans cette nouvelle mesure de graves inconvénients, et il fît tout son possible pour engager l'archevêque à se choisir un coadjuteur qui demeurât constamment auprès de lui : il lui indiqua plusieurs pères jésuites ; il lui proposa M. Maréchal, prêtre de Saint-Sulpice, dont déjà il avait été question pour le siège de Philadelphie , lui assurant qu'ils convenaient beaucoup mieux que lui. Les jésuites réclamèrent, M. Maréchal fit opposition, et au milieu de ces discussions engagées et soutenues par la modestie, M. de Cheverus s'empressa d'écrire au Saint- Siège pour détourner le coup qui le menaçait.
« L'éghse de Boston, écrivit-il ', est devenue pour moi « une épouse bien-aimée, et je n'ai jamais eu la pensée « de l'abandonner... C'est la persuasion universelle, et « c'est aussi la mienne, que la religion catholique souf- « frirait un grave préjudice de mon déplacement et de la « venue d'un nouvel évêque qui ne connaîtrait pas les « esprits et ne serait pas connu. Le diocèse de Baltimore « a des prêtres bien plus dignes que moi (je le dis du
' Sponsa facta est luihi dilecta ecclesia Bostoniensis, nec illud uuquam iu mente habui ut illatu desererem .. Omnibus persuasum est, nec ego dissentire possum, catholicam religionem multum détriment! capturam esse, si ab liac recesserit ille quem cognoscunt et a quo cognoscuntur, et episcopus illis ignotus, meritis licet major, in meum locum succédât. Inter sacerdotes diœccsis Baltimorensis plurimos me ipso vaide digniores ex animo et coram Deo arbitrer, praesertim inter patres S. J. quorum eximiae dotes, pietas in Deum, zelus et labores indefessi nunqiiam satis commendari pos.'^unt... Vere apostolicos habemus quoque in seminario Baltiniorensi sacerdotes S. Sulpitii ; ex eorum sodalitio assumptis duobus episcopis gaudet jam et gloriatur fœderata; America! Ecclesia. Ut alius dignior eligatur, eaixe precor.
H4 VIE DU CARDINAL DE CnEVERUS.
« fond de mon àme et devant Dieu), surtout parmi les « pères jésuites, dont les excellentes qualités, la piété, le « zèle, les travaux infatigables, sont au-dessus de tout « éloge... Le séminaire de Baltimore offre également des « hommes vraiment apostoliques, et déjà deux d'entre « eux, choisis pour l'épiscopat, font la joie et la gloire de « l'Église des Etats-Unis... Je supplie donc avec instance « qu'on choisisse un plus digne pour la coadjutorerie de « Baltimore. »
Après avoir écrit et envoyé cette lettre dont nous ne rapportons que quelques fragments, M. de Cheverus quitta l'archevêque en le conjurant de ne plus penser à lui, et revint à Boston, mais triste et inquiet. M. Neale, après bien des réflexions, se décida en faveur de M. Maréchal, et demanda pour lui la coadjutorerie de Baltimore. Dès que l'évéque de Boston en fut informé, il écrivit une seconde fois à Rome pour exprimer son contentement, et demander la grâce de n'être jamais séparé de sa chère église de Boston : « Je souffrais, disait-il dans « sa lettre, et mon cœur était sans cesse agité par la « crainte que l'obéissance que je dois à Sa Sainteté, et « qu'elle trouvera toujours en moi, ne me forçât d'aban- " donner mon troupeau bien-aimé. Mais à la crainte et à « l'anxiété ont succédé la paix et le bonheur, depuis que <> j'ai appris la nomination de M. Maréchal à la coadju- « torerie de Baltimore. Maintenant, je i)rie, je supplie, je « conjure avec instance que jamais on ne me transfère à << un autre siège; qu'il me soit permis de consacrer tous " mes soins à mon bien petit, mais bien cher troupeau, •' de sacrifier pour lui tout ce que j'ai, et de me sacrifier << moi-même... Je me réjouis de voir M. Maréchal rem- " ftlir les fonctions épiscopales là où lui et ses confrères,