‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 67 sur 115 · OEUVRES DE ZÈLE · texte numérisé non relu

OEUVRES DE ZÈLE

qui les arrêtaient et les doutes qui les agitaient; et il leur donnait sur toutes ces choses des éclaircissements qui portaient la lumière dans leur esprit, des conseils utiles, des encouragements qui les gagnaient à la vertu ; alors même, s'ils le désiraient, il entendait leur confession, et, après les épreuves nécessaires, les réconciliait avec Dieu et en faisait des chrétiens édifiants. Il accueillait surtout avec une bonté particulière les personnes qui se vouaient aux bonnes œuvres ; il les regardait comme les coopérateurs de son épiscopat, et s'estimait heureux de faire tout ce qui pouvait leur être agréable. C'est ce qu'ont souvent éprouvé en particulier les dames de la Mission, association touchante, toute vouée aux bonnes œuvres, et fondée à Bordeaux à l'époque de la mission qui s'y donna en 1817. Ces vertueuses dames , toutes pleines encore de la ferveur qui présida à leur fondation, et qu'elles raniment chaque année dans une retraite qu'elles font donner à la cathédrale, soutiennent à elles seules depuis longues années un établissement où sont élevées dans la piété et dans les connaissances de leur état un grand nombre de jeunes orphelines, heureuses de retrouver ainsi de nouvelles mères. Touché de ce dévouement, M. de Cheverus se prêtait à tout ce qui pouvait leur être agréable ; il les réunissait dans la chapelle attenante à son palais ; et là, toutes les fois qu'elles le désiraient, il leur dispensait la divine parole, leur expliquait les devoirs d'une femme chrétienne au miheu du monde, leur donnait des notions justes sur la vraie piété.

Au milieu de tous ces travaux, il eut la consolation de recevoir un nouveau collaborateur, qui lui était cher. à plus d'un titre, M. l'abbé George, son neveu, lequel,

après avoir passé quatre années au séminaire Saint-Sulpice de Paris, dans l'étude des sciences ecclésiastiques et la pratique de la piété, venait d'être promu au sacerdoce. Il avait pour lui la tendresse d'un père pour son enfant : mais toutefois il ne fît en sa faveur aucune concession à la voix du sang et de l'amitié ; il voulut qu'il fût simple vicaire de paroisse, assujetti à toutes les obligations de cette place, sans aucune distinction. Au bout d'un certain temps, le chapitre de la métropole, désirant voir entrer dans son sein un prêtre qui lui en semblait si digne, vint en corps lui demander, comme une grâce, de le nommer au moins chanoine honoraire : ce fut inutilement. L'archevêque après avoir remercié les chanoines de cette démarche, qui prouvait leur bienveillance, leur répondit que son neveu n'avait pas encore assez travaillé pour mériter cette distinction, et qu'il avait trop bonne idée de lui pour penser qu'il la désirât.

A la société si pleine de charmes que l'archevêque de Bordeaux trouvait dans l'abbé George s'en joignit bientôt ime autre qui lui rappela le beau temps de sa jeunesse : le père Maccarthy, son ancien condisciple et son ami au séminaire de Saint- Magloire, alors jésuite et le plus célèbre prédicateur de France, vint prêcher l'Avent à Bordeaux : on vit alors un touchant spectacle dans la tendre et franche amitié qui unissait encore, après un si long temps, l'archevêque avec le père jésuite : c'était dans tous leurs rapports une douce aisance, une noble simplicité, un aimable enjouement, une cordialité qui cependant ne dégénérait jamais en familiarité ; la haute estime qu'avaient l'un pour l'autre deux hommes d'un tel mérite ne le permettait pas. Ils se redisaient les beaux jours du séminaire, se consultaient l'un l'autre ; et l'ar-

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chevêque faisait connaître au prédicateur, pans détour ni flatterie, tout ce qu'il pensait du plan et de la composition de chaque sermon.

Peu après le départ de cet ancien ami, M. de Cheverus s'occupa d'une œuvre de la plus haute importance pour le bien du clergé. Jaloux de l'instruction autant que du bonheur de ses prêtres, plus désireux encore de leur ménager tous les moyens de succès dans leur pénible ministère, il leur adressa, le 5 février 1830, une circulaire où il exhortait les prêtres de chaque canton à se réunir une fois le mois pour conférer ensemble sur les devoirs de leur ministère, la science de leur état, les difficultés qui s'y rencontrent, et former entre eux ces rapports de parfaite intelligence et de bonne amitié qui font le charme de la vie. Après leur avoir exposé son vœu à ce sujet, il faisait ressortir les fruits précieux de ces réunions ou conférences ecclésiastiques. « Elles entre- « tiennent, disait -il, entre les membres du clergé, « l'uniformité de gouvernement, l'unité de principes et « d'enseignement, la charité et l'union des cœurs, l'amour « de l'étude et de nos devoirs ; elles inspirent le goût des « sciences ecclésiastiques, conservent les connaissances « acquises et sont un moyen d'en acquérir de nouvelles. » Puis il leur traçait les matières dont ils devraient s'occuper : chaque conférence devait s'ouvrir par une exhortation sur les devoirs ou les vertus de leur état ; et ensuite venait l'explication des plus beaux passages de l'Écriture, des points de dogme les plus remarquables, et des principes fondamentaux de la morale. Ces conférences, proposées d'abord par manière d'essai, eurent d'heureux résultats dans quelques cantons, et probablement auraient eu bientôt partout les mêmes succès, si la Révolution de

juillet, qui survint peu après, chargée de tant de préjugés injustes contre le clergé, n'eût forcé de les suspendre pour faire taire l'ignorance ou la malignité qui les présentait comme suspectes ou hostiles.

Pendant que M. de Gheverus, retiré dans son diocèse, s'occupait ainsi de toute espèce de bien, on ne le perdait pas de vue à la cour, et Charles X prenait plaisir à lui donner des témoignages de son estime et de sa confiance. Déjà il avait voulu le faire ministre des affaires ecclésiastiques, et l'archevêque avait refusé de la manière la plus expresse, tant parce que son humilité l'éloignait des grandeurs que parce qu'il entendait gronder l'orage prêt à éclater sur la France, et désespérait do pouvoir le conjurer. Dfijà, au mois de novembre 1828, Sa Majesté l'avait nommé conseiller d'Ktat, autorisé à prendre part aux délibérations du conseil et au travail des comités divers dont il se compose : cette année 1830, elle y ajouta un des plus beaux titres que puisse conférer un roi de France, elle le nomma commandeur de l'ordre du Saint- Esprit ; et cette nomination, qui lui fut commune avec M. de Quélen, archevêque de Paris, fut la dernière que fit Charles X. M. de Peyronnct, alors ministre de l'intérieur, fut chargé d'annoncer cette honorable promotion à M. de Gheverus, et il le fit avec d'autant plus de plaisir qu'il l'aimait autant qu'il l'estimait. Plus d'une fois il avait épanché son cœur dans le sien avec tout l'abandon de la confiance et de l'amitié, et il y avait trouvé un tendre intérêt, de sages conseils, et des consolations dans les peines cruelles dont sa vie fut traversée, llélas ! il ne prévoyait pas alors toutes celles qu'un avenir prochain devait accumuler sur sa tête. « Le cordon bleu, « disail-il, dans sa lettre à l'archevôque de IJonleaux,

NOMMÉ COMMANDEUU DE LuRDBE DU SAIM-ESPRIT. 217

« n'ajoutera rien à vos vertus et à votre mérite ; mais il « prouvera que le roi les connaît, les aime, et prend « plaisir à les honorer. »

M. de Cheverus reçut cette nouvelle avec reconnaissance pour les bontés du roi, mais avec indifiérence pour sa propre personne ; il était alors tout préoccupé de l'orage qu'il voyait se former sur la France ; il appréhendait le moment où il éclaterait, et cette appréhension jetait sur son âme un voile de tristesse qui Fempéchait de se livrer à aucune jouissance. « Nous sommes, disait- « il, dans des jours si malheureux, la société est dans un « état de crise si terrible, qu'il faudrait avoir perdu tout 0 sentiment de charité pour être sensible à ses intérêts <( personnels. Les malheurs publics doivent seuls nous « toucher. » La grande nouvelle de la prise d'Alger par l'armée française arriva quelque temps après à Bordeaux : il s'en réjouit comme tous les bons Français et les amis de l'humanité ; mais sa joie ne fut pas un Iricjinphe, la victoire du dehors ne lui sembla point une garantie pour la paix du dedans, et la suite ne prouva que trop qu'il jugeait bien la société.

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