‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 66 sur 115 · VISITES DES MALADES. 2H · texte numérisé non relu

VISITES DES MALADES. 2H

plaindre, il répondait par quelque aimable plaisanterie, toujours aussi gai que s'il n'eût rien souffert, ou il reportait la conversation sur les pauvres, qui, sans feu, mal vêtus , mal nourris , méritaient seuls , disait-il , toute notre compassion.

De retour de ces courses apostoliques, il travaillait dans Bordeaux à toutes les œuvres de zèle. Souvent il allait dans les communautés visiter les religieuses que la loi de la clôture privait de l'avantage de venir à l'archevêché prendre ses avis et recevoir ses conseils : parlant à chacune le langage qui convenait, il calmait d'un mot les inquiétudes de ces consciences délicates, et leur enseignait les voies de la sainteté. Souvent aussi il se rendait dans les maisons particulières, où il soupçonnait que son ministère pourrait être utile, et ne refusait pas de descendre jusque dans les plus humbles réduits de la misère, dès qu'il pensait pouvoir y faire quelque bien. Tantôt c'était pour consoler une personne affligée par la mort d'un de ses proches ou par quelque grand revers de fortune ; tantôt c'était pour encourager un malade et relever sa confiance, pour préparer ou opérer uneréconciUation, pour recommander une bonne œuvre ; quelquefois c'était pour féliciter des parents sur les succès et la bonne conduite de leurs enfants, et témoigner par là à toute la famille qu'on avait en lui un père tendre qui partageait leurs joies comme leurs peines ; ailleurs, c'était pour presser un moribond, rebelle aux invitations de son pasteur, d'accueillir enfin les secours de la religion, et de ne pas s'exposer à tomber entre les mains du Juge souverain de son éternité sans s'être réconcilié avec lui : alors il abordait le malade d'un air de bonté, compatissait à ses maux, le consolait, et par de douces insinuations entrait dans son cœur, le décidait à recevoir les

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derniers sacrements, et le confessait lui-môme, si celui-ci lui en exprimait le désir. Il était encore un autre genre de visites où la charité de M. de Gheverus se montrait de la manière la plus touchante, c'étaient celles qu'il rendait à ses prêtres malades ou infirmes : dès qu'il apprenait que l'un d'eux avait été atteint de quelque mal, il allait au plus tôt le visiter, s'asseyait près de son lit de douleur, l'entretenait avec une tendresse et une bonté paternelles, l'encourageait à la patience ; et, s'il s'apercevait qu'il fût dans la détresse, il lui faisait passer secrètement des secours avec une délicatesse qui ménageait tout amour-propre. Ce n'étaient pas seulement les anciens du sacerdoce qui excitaient ainsi son intérêt : on l'a vu plus d'une fois auprès de jeunes ecclésiastiques qui n'avaient pu encore acquérir d'autres titres <à son affection que leur caractère et leur état de souffrances ; ce n'était pas non plus à une seule visite que se bornait sa charité : il revenait voir ces chers malades le plus souvent possible ; et, quand il en était empêché par ses occupations, il avait soin de s'informer de leur état, envoyait un de ses prêtres les visiter de sa part, ou chargeait quelqu'un de lui donner tous les jours de leurs nouvelles.

Autant l'archevêque faisait de bien au dehors, aufanf il en faisait au dedans, et sans sortir de son palais. Comme il était accessible à toutes sortes de personnes et ;i tous les moments du jour, on venait le consulter dans toutes les circonstances difficiles et délicates ; des âmes timorées venaient lui exposer leurs inquiétudes et leurs peines de conscience ; des hommes éloigni's de[)uis longtemps de toute jiratique religieuse, quelquefois même ébranlés dans la foi, venaient lui ouvrir leur cœur, lui exposer leurs difficultés et leurs remords, les obstacles

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