‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 69 sur 115 · SON CRÉDIT DANS LE NOUVEAU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

SON CRÉDIT DANS LE NOUVEAU GOUVERNEMENT

tage de la religion la considération et les égards qu'on avait pour sa personne. La plus parfaite intelligence s'établit, au moins depuis 1831, entre les autorités et lui, connue entre toutes les autorités ensemble : on ne pouvait désirer une union plus entière, un concert plus unanime de vues et d'efforts pour le bien ; et c'était l'archevêque qui était l'âme de ce concert, le lien de cette union, le centre dans lequel tous les cœurs se confondaient. De là résulta un effet fort remarquable : c'est que, tandis que le reste de la France était dans l'agitation et dans le trouble, que presque partout le sol semblait trembler sous les pieds, le diocèse de Bordeaux fut toujours calme et paisible, son clergé honoré et respecté, son archevêque vénéré et chéri de tous. Toutes les mesures tant soit peu importantes au bien public étaient prises de concert avec lui, on l'appelait pour en délibérer, et on voulait qu'il présidât la séance ; toutes les affaires où quelque membre du clergé se trouvait intéressé ou compromis étaient remises entièrement à sa décision, il en était le juge et l'arbitre en dernier ressort, tant on craignait de lui faire de la peine en attaquant son clergé, ou en adoptant une mesure qui eût pu lui déplaire.

Les égards qu'on avait à Bordeaux pour M. de Cheverus, on les avait aussi à Paris : son avis y était reçu avec honneur, et son influence était puissante. Réservé comme il l'était, peu disposé à se produire et à s'ingérer dans les afl'aires qui n'étaient pas immédiatement un devoir de sa charge, il fit peu usage de son crédit ; mais, lurs(ju'il le lit, ce fut presque toujours avec succès, pour le bien fie l'Eghse et l'avantage de la religion. Tout le monde sait que dans les premiers mois de la révoluticui

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on songea à demander aux prêtres en charge comme aux fonctionnaires publics le serment de fidélité au nouveau gouvernement. Dès le premier avis qu'en eut l'archevôque de Bordeaux, il s'empressa d'écrire à un personnage puissant, lui fît sentir que cotte mesure était également impolitique et désastreuse, qu'elle mettrait le gouvernement dans l'embarras, le clergé dans le trouble, les peuples dans l'alarme, et qu'il s'ensuivrait une division semblable à celle des prêtres jureurs et des prêtres insermentés de la première révolution. « Je réponds de « mon clergé, disait-il, si on ne demande pas le ser- « ment; sinon, je ne réponds de rien. » Cette lettre fut mise sous les yeux du roi, et c'en fut assez : il fut statué dès lors que le serment ne serait pas exigé, et l'archevêque de Bordeaux eut la consolation d'avoir rendu à l'Eglise de France un service immense, en prévenant tous les maux qu'eût entraînés la mesure contraire.

La haute considération dont jouissait partout M. de Gheverus inspira à plusieurs membres du gouvernement la pensée et le désir de le réintégrer dans la dignité de pair de France dont la révolution de Juillet l'avait dépouillé, de l'appeler à Paris, et de l'associer au nouvel ordre de choses. Il paraît même que les députés de la Gironde soUicitaient pour lui avec instance les faveurs flu pouvoir, et l'archevêque avait tout lieu de craindre qu'on ne voulût l'arracher de sa retraite : déjà même il avait été sondé à ce sujet ; mais, craignant que la manifestation de ses répugnances ne suffit pas pour prévenir tous les desseins qu'on pourrait former sur lui, il voulut arrêter d'un seul coup toutes les tentatives, et fit publier dans les journaux de la caiiilale une déclaration solennelle, où il énonçait la ferme volonté de n'accepter aiM une

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