‹ Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de BordeauxChapitre 70 sur 115 · SON ÉLOIGNEMENT DE TOUTE INTRICTR · texte numérisé non relu

SON ÉLOIGNEMENT DE TOUTE INTRICTR

place dans l'Etat, de vivre et de mourir au milieu de son troupeau, loin de la carrière politique, tout entier à son ministère de paix, de charité et d'union *.

Chose bien digne de remarque, l'archevêque de Bordeaux était aimé, recherché et honoré partout ; le gouvernement nouveau , comme le gouvernement ancien , désirait se l'attacher , et cependant M. de Cheverus n'avait rien fait dans la vue d'obtenir cette haute considération ; il ne l'avait achetée par aucune concession qui ne lui fût commune avec tout le corps épiscopal, il ne l'avait briguée par aucune démarche, il n'avait jamais parlé au roi avant le jour où il reçut de ce prince les insignes du cardinalat ; il ne s'était pas montré à Paris avant le voyage que cette cérémonie l'obligea d'y faire ; il s'était permis plusieurs actes qui pouvaient déplaire au gouvernement : sa déclaration et la publicité qu'il lui avait donnée avaient offensé plusieurs personnes, et les autorités de Bordeaux étaient même venues lui en faire des plaintes. Pendant la captivité de la duchesse de

' Déclaration de M, l'aixhevéque de Bordeaux.

Sans approuver l'exclusion prononcée contre les pairs nommé? par Charles X, je me suis réjoui de me trouver hors de la carrière politique, et j'ai pris la ferme résolution de ne pas y rentrer, et de n'accepter aucune place ni aucune fonction. Je désire rester au milieu de mon troupeau, et continuer à y exercer un ministère de charité, de paix et d'union. Je prêcherai la soumission au gouvernement, j'en donnerai l'exemple ; et nous ne cesserons, mon clergé et moi, de prier, avec nos ouailles, pour la prospérité de notre chère patrie.

Je me sens de plus en plus attaché aux habitants de Bordeaux; je les remercie de l'amitié qu'ils me témoignent. Le vœu de mon cœur est de vivre et mourir au milieu d'eux, mais sans autres titres que ceux de leur archevêque et de leur ami. Bordeaux, le 19 aoùl 1830.

t JE.\N, archevêque de Bordeaux

Berri dans la citadelle de Blaye, il avait sollicité la permission d'aller lui porter les consolations de son ministère ; enfin il n'avait même pas dissimulé ses sentiments pour Charles X : « Je ne serais pas digne de votre « estime, avait-il dit aux autorités de sa ville épiscopale, « si je vous cachais mes affections pour la famille déchue ; « et vous devriez me mépriser comme un ingrat, puisque « Charles X m'a comblé de ses bontés. »

Mais il y avait dans M. de Cheverus une chose qui forl'ait Festime, la confiance et la vénération; c'est qu'une iiuinense charité, qui confondait dans un même amour les liummes de toutes les opinions, faisait sa seule politique. Il ne lui venait pas dans l'esprit qu'on dût moins aimer (juclqu'un, parce qu'il avait une opinion ou une manière de voir différente de la nôtre ; comme s'il cessait par cela même d'être notre frère en Jésus-Christ, compris dans le grand précepte : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés moi-même. Aussi accueillait-il avec une égale bonté les hommes de tous les partis, il ne considérait en eux que des diocésains, des frères, des amis; et son bonheur était de voir toutes les opinions fraterniser à sa table ou chez ses prêtres dans ses tournées pastorales. C'était alors qu'il leur redisait sa parole chérie, comme saint Jean, son patron : « Aimons-nous « les uns les autres. » — « Si les esprits sont divisés « d'opinions, que tous les cœurs se confondent dans le « sentiment d'unr charité mutuelle; soyons tous unis. » Personne ne pouvait s'empêcher d'aimer cette polilique t(Mite puisée dans l'Evangile; et, au fond, M. de (]|i(;v<'rus n'en avait pas d'autre.

P.'ircc! qu'il avait passé vingt-sept ans en Amérique, licurciix ft tran(pulle sous un ^ouvcrnenuMil républicain, <pii le [troclamait un de ses meilleurs citoyens, plusieurs

ont pu le croire partisan des institutions politiques libérales; mais M. de Cheverus ne se permit jamais d'avoir des théories à lui sur la meilleure forme de gouvernement; il estimait ces hautes questions sociales placées bim au-dessus de la portée de son esprit, et faisait profession de n'en rien savoir '.

Pour la pratique, il s'en tenait au principe général suivi de tout temps dans l'Église, de respecter le gouvernement sous lequel il aurait à vivre, quel qu'il fût, et d'entretenir avec lui, autant que possible, des rapports de bonne intelligence, parce qu'autant la religion et la société gagnent à l'accord des deux pouvoirs, autant elles souffrent de leur désunion. Du reste, comprenant que, comme évêque, il devait être le pastem", le père et l'ami de tous, puisqu'il était appelé à travailler au salut de tous, il désirait s'effacer comme homme politique, j>our que tu us ne vissent en lui qu'un ami. De là ce silence qui s'observait toujours à l'archevêché sur la politique; il n'en parlait jamais et ne souffrait point (pi'on en parlât en sa présence ; de là cette attention à n'en jamais rien dire dans ses discours publics ni directement ni indirectement, si on en excepte deux circonstances seules où il crut que la force des choses exigeait de lui une dérogation à ce principe. Il ne prêchait que l'Evangile et la charité : c'était l'homme du ciel qui en révélait les mystères, qui en expliquait les lois ; mais

1 Ce sont ses propres expressions. Quant au régime de liberté des États-Unis, il avouait s'en être bien trouvé ; mais il ajoutait en même temps que vouloir introduire ce régime en France avec les idées et les mœurs qui y régnent, ce serait y introduire l'anarchie et la confusion : « En France, disait-il, ou ne comprend pas seulement ce que c'est que la liberté ; on veut liberté pour soi et pour ceux de son opinion, mais entrave et oppression pour les autres, et surtout pour le clergé. »

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jamais il ne s'abaissait jusqu'à être l'homme de la terre, jamais il ne dégradait la parole divine jusqu'à la faire descendre, comme une parole humaine, dans le tourbillon des opinions diverses qui partagent les enfants des hommes.

Ce que l'archevêque de Bordeaux pratiquait si bien, il tâchait en toute occasion de l'inculquer à ses prêtres : <( Les regrets nous sont permis, leur disait-il, nous ne « devons compte de nos affections qu'à Dieu, et le cœur (( est un sanctuaire où les hommes n'ont rien à voir, « mais nous sommes responsables de nos actes et de nos « paroles : veillons donc à ne rien dire et à ne rien faire « qui puisse donner prise sur nous. » — « Le clergé, « disait-il encore, doit se tenir en dehors de toutes les « passions politiques, pour être propre à remplir sa mis- « sion de paix et de charité, sous quelque forme de gou- « vernemenl que ce puisse être : aucun parti présent ou « à venir ne doit nous regarder comme ennemis, parce <' que nous sommes appelés à sauver les hommes de tous « les partis. »

Jésus-Christ, disait-il encore, en fondant son Eglise sur la terre, ne lui a point donné mission de débattre les intérêts de la politique, de se mêler aux affaires temporelles et aux opinions qui agitent les sociétés, moins encore de prendre parti pour un camp contre un autre : il l'a établie uniquemimt pour travailler au maintien et au progrès de la religion dont le dépôt sacré lui est confié. Telle est l'unique affaire de l'Eglise en ce monde, l'unique but de son existence, la fin par conséquent où elle doit tout rapporter, la boussole qui doit diriger toute sa conduite, le mobile (jui doit donner le branle à toutes ses déterminations et à toutes ses démarches ; d'où l'on peut conclure que toute raison poli-

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tique doit disparaître, à ses yeux, devant les intérêts sacrés de la religion, qu'elle doit s'abstenir de tout ce qui peut les compromettre, aller au-devant de tout ce qui peut les seconder, en se tenant toutefois dans les limites de sa conscience, qu'elle ne sait pas violer, et de sa dignité, qu'elle ne doit jamais avilir. Or, si eUe se pose en ennemie devant le pouvoir existant, elle se prive, par cela même, de son appui ; elle s'attire sa hain»^ se suscite des entraves, compromet le dépôt confié à sa garde, et ainsi manque à sa mission. Si au contraire elle respecte le pouvoir, si elle entretient avec lui, autant que possible, des rapports de bonne intelligence, elle se ménage un concours qui peut-être sera tout politique et sans dévouement, mais qui sera toutefois utile aux intérêts sacrés dont elle a la garde ; son action sera plus libre, son ministère plus protégé, et la religion prêchée sans entraves répandra partout sa bienfaisante influence. Ce n'est pas que l'Eglise ignore que Dieu n'a point besoin des hommes pour soutenir et défendre son œuvre, et qu'il saurait bien, sans les hommes et malgré les hommes, la faire triompher ; assez de siècles de persécution sont là pour l'attester ; mais elle croirait tenter Dieu si, comptant sur une intervention extraordinaire du ciel, elle renonçait à un secours providentiel et ordinaire qu'elle peut se ménager, la protection du pouvoir existant, quel qu'il soit. Ce n'est pas non plus que l'Eglise ne condamne dans son for intérieur tout ce qui est injuste ; mais, dans sa conduite extérieure, elle subit en silence la nécessité des circonstances ; elle se rappelle qu'elle n'a pas mission do redresser tous les torts ; elle ne le peut pas, elle ne le doit pas : ce serait compromettre la mission plus haule qui lui est confiée. Ce n'est pas enfin que l'Église n'ait aussi ses affections, ses

regrets, ses désirs, et personne ne peut lui en faire un reproche. Le cœur, disait M. de Cheverus, est un sanctuaire où les hommes n'ont rien à voir ; mais, dans ses rapports extérieurs, elle ne prend point conseil de ses afîections privées, elle ne s'inspire que de son amour pour la rehgion ; et, en conséquence, tous les gouvernements possibles, légitimes ou non, une fois établis et en possession paisible du pouvoir, la trouvent toujours pacifique, toujours disposée à l'obéissance et aux bons procédés, en tout ce que permet la conscience, sans autre ambition que celle de faire en liberté le bien le l)ius utile, le plus nécessaire même à leur existence, je veux dire prêcher la religion, qui réprime les passions flésorganisatrices, corrige les vices et forme les hommes à la vertu.

Ces principes politiques, M. de Cheverus les trouvait traduits en faits notoires aux divi^rses époques de l'histoire de l'Église. Sans parler ici des trois premiers siècles, où la plupart des empereurs ne furent que des usurpateurs sanguinaires, qui arrivaient au trône par la révolte, la trahison, les empoisonnements et les meurtres, et où l'Église, persécutée, offrait au monde étonne l'exemple le plus touchant d'obéissance et de fidélité à ces maîtres iniques, nous voyons, au quatrième siècle, le tyran Maxime envahir le trône de Gratirn '. L'épiscopat, il est vrai, par la bouche de saint Martin et de saint Ambroise, lui reproche le meurtre de cet empereur avec une liberté tout apostolique ; mais, du reste, toutes les églises d'Espagnf et des Gaules lui obéissent ; tous les évoques de ces contrées le reconnaissent. Il les convoque à Bordeau.x et à Tn'ves pour un coik-IIo contre les Prls-

' llist. lie CÈ'jl. .7«//i>., l. I, liv. II. iiiim. 6%\ et Huiv.

SliS PRINCIPES POLITIQUES. 227

cillianistes ; ils s'y rendent, et vont, sans dilficulté, à la cour du nouvel empereur, pour plaider les intérêts de la religion et de la charité. Saint Martin et saint Ambroise y font deux voyages dans les mêmes vues, et le premier mange à la table de Maxime et à celle de l'impératrice ; enfin, le pape saint Sirice lui écrit dans des termes pleins d'égards, comme le prouve la réponse de Maxime, qui seule a été conservée : Accepimus litteras Sanctitatis Tuse, quas fuerunt nobis gt^atissimx ' .

Quelque temps après, le tyran Eugène monte sur le trône ensanglanté de Valentinien le jeune, assassiné par Arbogaste. Saint Ambroise, si tendrement attaché à la famille impériale, et en particulier à Valentinien, reconnaît cependant Eugène pour empereur, lui donne toutes les épithètes honorifiques de la souveraine puissance, et lui écrit ime lettre où, après lui avoir reproché, avec sa vigueur accoutumée, les largesses qu'il avait faites aux temples des idoles, il finit par lui dire qu'il est prêt à lui rendre, pour tout ce que la conscience permet, les hommages dus au pouvoir souverain, selon qu'il est écrit : Rendez l'honneur à qui il est dû. Sedulitatem potestati dehitnni sicut scriptum est : Cul honorem, honorem'^.

L'an 602, le centurion Phocas usurpe le trône de l'empereur Maurice, qu'il fait massacrer avec sa femme et ses enfants 3. Saint Grégoire le Grand, un des papes les plus pieux et les plus savants qui aient gouverné l'Eglise, ne fait pas difficidté de le proclamer dans Rome avec les formes accoutumées, expose son image dans un lieu

• Coll. Conc. Labb.. t. II, p. 1029, édlt. de Paris, 1671.

^ Epist. LVii, ad Eugenlum.

1 Hist. ecd. de Fieury, t. VIll, iiv. XXVI, u" 4.j.

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honorable, et lui députe, en qualité de nonce, le diacre Boniface.

En 1459, Mathias Corvin s'étant rendu maître de la Hongrie et fait reconnaître comme souverain par le corps de la nation. Pie II lui déféra, sans hésiter, le titre de roi, que lui avait déjà donné son prédécesseur, et reçut ses envoyés avec tous les honneurs qu'il était d'usage de rendre aux ambassadeurs des rois. L'empereur Frédéric III, qui avait des prétentions sur la couronne de Hongrie, s'offensa de cette conduite du pape, et lui en fit porter ses plaintes : mais le pontife répondit avec une noble dignité aux envoyés de l'empereur, que la plainte était mal fondée, puisque c'était une pratique constante du Saint-Siège de reconnaître pour roi celui qui était en possession du royaume : Injustam esse querelani dixit, quando mos esset apostolicx sedis cum regem appellare qui regnum tenrj'et *.

Conformément à cette doctrine, Grégoire XIII, pressé par Henri III de ne pas reconnaître les ambassadeurs d'Etienne Battori, prince de Transylvanie, que les Polonais avaient élu pour roi, lui répondit que « le Saint- « Siège, étranger aux intérêts de la terre, n'intervenait <« dans les différends des princes que pour procurer la '< paix, et, en attendant, reconnaissait pour souverain « celui qui était en possession de la puissance suprême, " de peur qu'il ne résiUtât de la conduite contraire des <' inconvénients pour la religion. » Respondit Gregorius ' sedem npostolicain , utpote rerum terrennrum cupidine

' Gobclinus in Cojnmentnriis PU 11, n/mi/ Hninnldi Aniinlrs rcclesiasticos continuatos, ftuh anno 14o9, n° 13.

' Procès -verbaux des assemblées du clergé de France, t. ill. Pièces justificatives, p. 91.

vacuam, ejusmodi dissidiis nonnisi ad pacem interesse, intereàque regem eum agnoscere qui rerum summâ potitur, ne scilicet aliquod Ecclesise damnum eveniat. Et, lorsque en 1050 Innocent X hésitait à accorder des l)ulles aux sujets nommés par le nouveau roi de Portugal, afin de ne rien préjuger dans les différends pour cette couronne entre la maison de Bragance, actuellement en possession, et le roi d'Espagne, qui opposait une possession très longue, le clergé de France écrivit au pape ' pour lui représenter que, étant le pape commun de tous les rois de la chrétienté, il devait faire abstraction de celui qui avait le droit, que tous les intérêts temporels devaient céder aux besoins de l'Eglise, seule considération qui dût l'occuper ; et, pour confirmer ce sentiment, il lui allégua la réponse de Grégoire XIII, que nous venons de citer. Cette réponse, en effet, a toujours été la règle de conduite du Saint-Siège : sans examiner jusqu'à quel point l'autorité des souverains est fondée en droit, c'est assez qu'il les trouve établis et régnants ; dès lors il leur accorde la déférence et les égards dus au pouvoir suprême, ne scilicet aliquod Ecclesix damnwn eveniat.

Aussi M, de Cheverus, qui avait depuis longtemps ces principes dans l'esprit, vit sans surprise : 1° la réponse de Pie VIII à M. de Quélen, en date du 29 septembre 1830, où ce souverain pontife déclarait qu'on pouvait prêter serment au nouveau roi des Français, et faire pour lui les prières usitées pour le souverain. Domine, salvum fac, etc., par cela seul (\\\ après avoir rétabli la tranquillité il occupait, pour le présent, le trône de France ;

' Procès-verbaux des assemblées du clergé de France, t. 111, f). 686 et suivantes

2" la Constitution de Grégoire XVI, en date du 5 août 1831 , où ce savant pape, proclamant les mêmes principes, ajoute fort sagement : « Si telles ont toujours été la cou- « tume et la règle du siège apostolique, nous devons, à « plus forte raison, suivre cette règle aujourd'hui, au (( milieu de l'extrême mobilité des affaires publiques, et <( parmi tant de fréquents changements, pour ne pas « mériter le reproche d'abandonner la cause de la reli- « gion par des motifs humains. »

Tels étaient les principes que professait, avec l'Eglise romaine, M. de Ghcverus ; et il croyait que l'Eglise, en les suivant, ne portait aucun préjudice aux droits des souverains légitimes ; car 1° elle n'entend rien statuer, par cette conduite, sur les droits de qui que ce soit : « Nous déclarons, dit Grégoire XVI dans la constitution « déjà citée, que si, pour régler les intérêts spirituels « des églises et des fidèles, nous ou nos successeurs qua- « lifions ou honorons quelqu'un du titre d'une dignité « quelconque, et même de la dignité royale, par consli- « tutions , lettres , ambassadeurs envoyés de part et u d'autre, ou de quelque autre manière qui reconnaisse « eu lui cette dignité ; si nous réglons ou statuons « quelque chose, par les mêmes motifs, avec ceux qui '■ sont à hi tête des affaires, dans quelque gouvernenu;nt " que ce soit, aucun droit ne leur est attribué ni acquis '< [)ar ces actes, et qu'on ne peut en tirer aucune preuve « contre les droits et privilèges des autres, ni en induire « quel(pie perte ou changement A li-ur préjudice ; » 2" M. fie Ghcverus eslimait quf le sernu'iit prêté pur les évéques, et les prières prescrites par (!ux, cdiniuf /Joi/iine sahmm far, etc..., ne pt'iivfnl <»ii nr, lonl rion, soit pour, soit coritrt' les droits (JHiicun prétendant. Pur le seriiniil, les évêques ne s'engagent ù autre chose ((u'à ne poinl

conspirer ni agir contre le gouvernement tant qu'il existera*, et à remplir de leur mieux leur mission tout évangélique ; par la prière, ils demandent à Dieu pour le souverain régnant tous les biens qu'il peut justement désirer, et la préservation des maux qui peuvent nuire à son salut et au bien de l'État. Or, par ces deux actes, le clergé demeure dans ses attributions toutes religieuses, et n'entre point dans le domaine de la politique ; 3° celui qui a le vrai droit ne peut raisonnablement s'offenser de cette conduite de l'Église, soit parce qu'il ne peut vouloir dans ses États la ruine de la religion, qui serait évidemment compromise par la couleur politique que prendrait le clergé, soit parce qu'il doit comprendre que Tévêque est avant tout l'homme de la religion, et que les intérêts de Dieu doivent passer avant les intérêts de la terre : Nulli injuriam facio, dum Dewtn omnibus prsefero, disait saint Ambroise ^,

Fort de ces raisons et de ces autorités, M. de Cheverus puisait dans la charité combinée avec la prudence les conseils qu'il donnait aux autres, ainsi que les règles de sa conduite personnelle ; et grâce aux sages inspirations de ces deux vertus, il put, après 1830, comme auparavant, se livrer en paix à son zèle pour les bonnes œuvres, 11 en créa de nouvelles, il entretint les anciennes : parmi

' Lorsque le duc d'Angoulèmo s'approchait de Bordeaux, le 12 mars 1814, et que toute la ville volait au-devaut de lui avec enthousiasme, M. d'Aviau no voulut point aller à la rencontre du prince ; il crut que sou serment à Bonaparte l'obligeait à ne faire aucune démonstration en faveur d'un nouvel état de choses, jusqu'à ce que le prince, une foi*; entré dans la ville, eût substitué le gouvernement royal au gouverueuienl impérial : e.\emple remarquable de la hdélilé au serment dans un évêque si cordialement dévoué aux Bourbons.

- Epist. vu, ad Eugenium.

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celles-ci, la Révolulion rie juillet ne toucha qu'à une seule, elle diminua ses aumônes, en lui étant vingt-deux miUe francs de rente, par les retranchements opérés dans les Chambres sur le traitement du clergé. Toutefois, pour que les pauvres souffrissent le moins possible de cette suppression, il opéra dans toutes les dépenses de sa maison les réformes les plus sévères, ne garda qu'un domestique pour servir à l'église, dans ses tournées et dans l'intérieur de son palais ; retrancha de sa table, déjà si frugale, tout ce que la bienséance permettait de retrancher ; se refusa à lui-même les choses qui paraissaient les plus indispensables, jusqu'à marcher à pied dans la boue, bravant les pluies et les neiges ; il aimait mieux souffrir des privations que d'en faire souffrir aux pauvres.

Dans cet état de détresse, il ne voulut pas cependant que sa table cessât un seul jour d'être ouverte à tous ses prêtres : « Quand je n'aurais qu'un morceau de pain, « leur disait-il, je vous inviterais à le partager avec « moi.' » Il continua même, comme auparavant, à y inviter les laïques diocésains et étrangers, et toujours il y eut une égale affluence. Pour avoir même plus de convives, il fixa son dîner à midi, trouvant dans cette dispositions deux avantages également dignes de son bon cœur : le premier, d'offrir une heure plus convenable à ses prêtres, qui avaient à s'<m retourner le soir dans des paroisses quelquefois fort éloignées ; le second, df pouvoir, malgré la diminution de ses ressources, recevoir tous les jours à sa table les grands et les riches du monde, en leur offrant comme déjeuner son modeste et frugal repas, et par là d'entretenir avec tous ses diocésains des rapports plus intimes de charité. Ce lui était une jouissance de voir les riches et les grands quitter

SOINS qu'il donne au collkge. 233

leur lablo somptueuse pour vgiiç s'asseoir à la sienne, et il les en remerciait avec une grâce, une délicatesse qu'on ne saurait dire. Il aimait surtout à voir à sa table ceux que la Révolution de juillet avait fait déchoir d'un haut rang et descendre des marches du trône : « Quand vous « étiez dans les grandeurs, leur disait-il, je ne vous « voyais que rarement et en cérémonie, parce que j'au- « rais pu paraître rechercher la faveur : aujourd'hui <' nous nous voyons souvent et dans l'intimité , parce « que vous êtes dans la peine, et que le cœur seul, sans << aucune vue d'intérêt, préside à nos relations. »

Le gouvernement, qui ne pouvait l'ignorer, ne s'en offensait pas ; et on a su depuis que dès lors le roi avait eu l'intention de solliciter pour lui auprès du Saint-Siège le chapeau de cardinal ; mais l'occupation d'Ancône par les troupes françaises ayant, vers ce temps-là, offensé gravement le souverain pontife, et donné lieu à des négociations qui traînèrent en longueur, il fallut renoncer à toute demande de grâces, et la nomination de M. de Cheverus se trouva indéfiniment ajournée.

Pendant ce temps-là, l'archevêque de Bordeaux se livrait à des soins bien plus chers à son cœur que toutes les grandeurs et les dignités de la terre : occupé des destinées futures de la France, et les considérant comme essentiellement dépendantes de l'éducation qui se donne dans les collèges à cette portion de la jeunesse que sa position sociale doit appeler un jour aux divers postes de l'État, il s'entendit avec le proviseur du collège royal, |)rêtro non moins recommandable par sa prudence et sa fermeté que par le zèle et le savoir, pour faire fleurir la religion et mettre la piété en honneur dans son établissement. Il lui envoya d'abord un de ses prêtres pour faire aux jeunes gens des conférences solides et raisonnées

sur la religion, sur ses preuves et ses dogmes ; puis, quelque temps après, la place d'aumônier étant venue à vaquer, il la proposa à plusieurs prêtres des plus instruits de son diocèse, et, sur leur refus qu'ils le priaient d'agréer, il en chargea son propre neveu, M. rai)bé George. Ce digne prêtre se dévoua tout entier à cette grande oîcivre, la pour^^uivit avec zèle et constance, et ne négligea aucun moyen de succès. Aux efforts de son neveu, l'archevêque joignit les siens propres ; non seulement il encourageait les élèves en offrant sa maison de campagne, comme but de promenade de récompense pour les plus sages, qui y trouvaient des jeux, des rafraîchissements, des repas même, tout ce qui peut contribuer à l'agrément d'une partie de plaisir ; mais encore il venait lui-même au collège instruire les jeunes gens. Chaque année il en célébrait la fête patronale, présidait la première communion, et chaque fois il leur adressait des discours pleins d'à-propos, toujours adaptés au genre de leurs études : tantôt il leur montrait, d'après saint Basile, 'l'utilité qu'un chrétien peut et doit retirer de la lecture des auteurs profanes ; tantôt, prêchant un point de morale, il appuyait sa doctrine de tout ce qu'avaient dit de plus sage sur la matière les poètes et orateurs profanes, grecs ou latins : « Ce sont là mes saints Pères, « disait-il en riant, quand je prêche au collège. » En effet, ses discours étaient j)uisés pour ainsi dire tdut (,'ntiers dans les auteurs que les jeunes gens avai(înt entre les mains, et on voyait qu'il les possédait encore dans ses dernières années comme aux jours de sa première jeunesse. Tant de travaux et d'efforts, secondés par le ■/.èle du proviseur, ne demeurèrent point sans succès : le collège royal de Bordeaux devint une maison d'édification, une école où la religion était non aculement hono-

IL FAIT LUI-MÊME LE CATÉCniSME. 235

rée, mais mise en pratique, au point que, la dernière fois que le bon prélat s'y rendit, il distribua la sainte communion à cent quarante élèves, tous pleins de foi et de recueillement, tous portant dans les traits de leur visage l'expression ravissante du contentement intérieur dont leur âme était inondée. Ce spectacle attendrit l'archevêque jusqu'aux larmes, et le soir de cette touchante cérémonie, un des élèves lui ayant adressé, dans un discours plein de sentiment, l'expression de la reconnaissance générale, il ne put répondre que par des larmes nouvelles : « Mes chers enfants, leur dit-il, ma réponse « coule de mes yeux. » Il les bénit et se retira, en proclamant que ce jour était un des plus beaux et des plus consolants de son épiscopat.

Le zèle de M. de Gheverus pour la bonne éducation de la jeunesse ne dédaignait pas même de descendre jusqu'aux fonctions les plus humbles et les plus pénibles : ayant appris qu'un ministre protestant cherchait à s'introduire à l'école normale d'enseignement mutuel, pour y remplacer, sous le titre de professeur de morale religieuse, le prêtre catholique qui catéchisait les élèves, et qui était forcé alors de s'absenter, il se chargea luimême d'aller dans cette maison plusieurs fois la semaine donner ces leçons de morale religieuse, ou plutôt enseigner le catéchisme, qui est la seule vraie, la seule bonne morale ; et il remplit cet humble ministère avec une exactitude scrupuleuse, jusque-là que, empêché un jour par le conseil qui se tenait à l'archevêché de se rendre h. l'heure précise, il écrivit au maître de l'établissement pour le prévenir que des affaires graves le forçaient de retarder sa leçon d'un quart d'heure.

Mais bientôt de nouveaux événements vinrent offrir une nouvelle carrière à son zèle pour toutes sortes de

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bonnes onuvres : c'était alors répoquc où le choléra faisait à Paris et en diverses villes de France de si terribles ravages ; de toutes parts on craignait d'être surpris par le fléau, et on s'empressait de prendre des précautions pour porter aux malades les secours les plus prompts en cas d'invasion. Dans cette vue, l'administration de la ville de Bordeaux se proposa d'établir dans chaque arrondissement une maison de secours, où les malades atteints du choléra seraient reçus et traités provisoirement en attendant qu'on pût les transporter à l'hôpital général. Déjà dans les divers arrondissements on avait trouvé une maison convenable ; il ne restait que le troisième arrondissement, sur lequel est situé l'archevêché, et l'administration y cherchait sans succès un local. L'archevêque l'apprend, il s'empresse aussitôt d'ofl'rir son palais, déclarant qu'il s'estimera heureux et honoré de le voir converti en hôpital pour ses frères malades, et de leur servir lui-même d'infinnier dans le besoin. Toutes les autorités de la ville, émues et attendries d'une offre si généreuse, l'acceptèrent avec reconnaissance et vinrent en corps remercier le prélat qui se montrait si bien le pasteur et le père de son peuple. Des lits furent transportés à l'archevêché "^vec tout ce qui était nécessaire pour le soin des malades, et au-dessus de la porte d'entrée, on inscrivit ces paroles : Maison de secoui^ ; inscription glorieuse, la plus digne de décorer un palais épiscopal, et qui dans tous les temps et dans tous les lieux, avant et après le choléra, comme pendant la durée de ce fléau, ,\ Boston et k Montauban, comme à Bordeaux, aurait pu désigner la demeure de M. de Cheverus. Grâce' t\ la bonté de la Providence, qui ne fit en quelque sorte que montrer le fléau à la ville, on n'eut pas besoin de recourir à ces maisons de secours : un très petit

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