Vie du Chevalier de Faublas
La révolutiou française, dont son imagination ardente et son caractère pasionne lui firent embrasser toutes les nouveautés, l’entraîna dans des démarches qui furent pour lui une source
continuelle d’inquiétudes, de tourmens et de
malheurs,; sa vie même fut plusieurs fois en danger; il li’y échappa que par une espèce de miracle.
11 était à vingt-deux lieues de Paris, lorsque la révolution éclata. Tranquille spectateur des evénemens, il s’était promis de l’être toujours; mais, apres l’affaire d’octobre 1789, Meunier ayant, dans une brochure, pris à tâche d’accuser Paris, alors exempt de blâme, au lieu d’accuser courageusement la faction d’Orléans , seule coupable des forfaits qui avaient souillé l’insurrection de ces journées, l’indignation lui mit la plume à la main ; il publia alors une brochure intitulée : Paris justifié. Elle lui valut son
NOTICE
entrée aux Jacobins, où l’on n’était alors reçu qu’avec les titres d’un vrai civisme et de quelques talens. Presque toujours à la campagne, il allait rarement aux séances, et il s’y renfer-
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mait dans le rôle d’observateur.
.Tous ses ouvrages furent alors dirigés vers le but de la révolution. Ainsi Êmilie deVarmont
' fut entrepris dans l’intention de prouver l’utilifé générale, et quelquefois la nécessité du divorce
et du mariage des prêtres.
U composa plusieurs comédies : i°. \ Anobli
Conspirateur , OU le Bourgeois Gentilhomme du dixhuitième siècle. 11 attaquait le ridicule préjugé de • la noblesse vieille ou neuve, et cela quatre mois
avant le décret qui l’abolit. Cette comédie, présentée au théâtre de la Nation , fut rejetée
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comme incendiaire.
2°.. L'Élection et l'Audience au Grand Lama
Sis ni:. C’était une satire amère, de la cour de Rome : le manuscrit est resté entre les mains de Talma.
La seule comédie qu’il parvint à faire jouer, fut une espece de farce , appelée : La grande *
Revue des Armées noire et blanche. Son titre indi-
que assez son objet: c’étaient quelques ridicules jetés sur l'armée de Coblcntz. Elle eut vingtcinq représentations.
Fixé dès-lors à Paris, il devint un des coiy-
pbéesdeïa révolution. Le a 5 décembre 179a, il fît à la barre de l’Assemblée législative, une pétition contre les princes. Elle eut beaucoup de succès. Cette pétition fut suivie de plusieurs autres qui sont aujourd’hui entièrement oubliées.
,Lcs Jacobins étaient pai'vcnus à faire déclarer la guerre à l’Autriche. Les complots, selon ces derniers , s’ourdissaient sur tous les points de la France ; on voulut éclairer le peuple sur ces trames prétendues. Le ministre Roland établit un journal; Louvet fut choisi pour rédiger ta Sentinelle.
Nommé à la Convention, après le 10 août, par le département du Loiret , Louvet se rangea bientôt du parti de Gironde. Nous n’entrerons point dans des détails de la lutte terrible des Giroudins avec les Maratistcs ; il suffira de dire que les Girondins succombèrent bientôt sous les calomnies et les dénonciations de la Montagne. Proscrit le 3 i mai 1793 , il se déroba par la fuite à la hache révolutionnaire , ainsi que plusieurs de ses collègues.
Dans la Notice que l’auteur de Faublas a publiée sur sa conduite dans la révolution , et sur le récit de scs périls , il parle avec amour et enthousiasme de Lodoiska , sa maîtresse et ensuite son épouse, des services qu’elle lui rendit, et des dangers qu’elle courut pour le soustraire
NOTICE
à la mort qui planait sans cesse sur sa tête. Les détails dans lesquels il 1 cuire à ce sujet sont du plus grand intérêt, et nous conseillons à nos
lecteurs d’y recourir, 11’cntrant point daus notre plan de nous étendre sur des actes de dénouement dont nous avons eu mille exemples
‘dans le cours de la révolution.
' Louvet, obligé de fuir ainsi que ses collègues proscrits, gagna le Calvados, qui était insurgé,
et arriva à Caen, le 26 juin, avec Guadct. L’in-
\ surrcction ayant été dissoute, tous les députés proscrits qui s’étaient retirés dans le Calvados et dans la ci-devant Bretagne, cherchèrent à se soustraire à l’exécution du h ors la toi qui menaçait leur tête à chaque instant du jour. Ceux-ci
allèrent d’un côté, ceux-là d’un autre; Louvet demeura cache quelque temps dans une retraite isolée; mais, craignant d’éveiller les soupçons, il résolu 1 de s’embarquer pour Bordeaux, avec Guadct, Buzot; Pétion et Barbaroux. Arrivés
dans ce. te ville , où les révolutionnaires avaient
tout bouleversé, ils errèrent d’asile en asile, de retraite en retraite, jusqu’aux grottes de Saint-
Émilion , où ils s’ensevelirent tout vivans : mais
• ce fut, hélas! pour bien peu de temps; les espions les environnaient de toute part; ils tremblaient d’être découverts et de tomber sous le fer révolutionnaire. 1
En arrivant dans la Gironde, Louvet avait mandé à sa Lodoiska, tout en lui déguisant ce que sa position avait d’affreux , qu’au lieu de l’attendre, il allait tout essayer pour revenir près d’elle. Il se sépara de scs amis, et se mit en route pour Paris, où il arriva enfin , non sans danger, après une suite continuelle de traverses, de contrariétés et de peines, auxquelles if sut opposer tout à la fois de la présence d’esprit et du courage.
Cependant, tant de marches, de fatigues, de hasards , avaient épuisé un corps trop faible contre tant d’agitations ; il tomba malade : malgré sa maladie , il fut obligé de se claquemurer
dans une espèce de boîte ou de tambour qui
paraissait un mur, et un mur où l’on n’aper-, ccvait pas une fente , à moins qu’on ne le sût.
Mais cette cache , tout admirable qu’elle ‘ fût et presque introuvable', n’était pas capable de le dérober à l’active surveillance du comité
de sûreté générale. Il fallut chercher une nouvelle retraite et sortir une seconde fois de Paris. A l’aide d’un ami fidèle , le départ fut projeté et exécuté pour les montagnes du Jura. Ce fut dans cettie retraite qu’il apprit la chute de Robespierre et de ses satellites; il reprit alors le chemin de la capitale. Rentré à la Convention et à l’Assemblée législative qui la suivit, il ré-
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NOTICE
digca de nouveau la Sentinelle, où, à travers quelques bonnes idées, on trouve souvent des opinions exagérées. Si son esprit inquiet et re- . muant les adopta, son cœur resta honnête, en-» nemi des terrorismes et de leurs attentats. IJ fut susceptible des sentimens de l’amitié, de l’amour et de la reconnaissance ; il sut se faire des amis et inspirer la plus vive tendresse à l’épouse .qu’il avait choisie. On a remarqué qu’aucun député ne demeura aussi invariable, aussi fixe que lui dans ses principes } de-là vint qu’il parut démagogue sous les deux premières assemblées , modéré sous le règne de la Montagne , exagéré sous la constitution directoriale. Madame Roland, qu’il avait: siji flatter , le lui rend bien dans ses Mémoires. , . ,
• «Louvet,, dit-elle, a une, assez mauvaise u mine, iï est petit, fluet, il a la vue basse et jee l’habit négligé; il ne paraît rien au vulgaire, M qui ne remarque pas la noblesse de son front m et le feu dont s'animent ses yeux à l’expression d’une grande vérité. Il est impossible de '« réunir plus d'esprit a moins de prétention et jee à plus de bonhomie; courageux comme un lion, simple comme un enfant, homme senjk sible , écrivain courageux , il peut faire trera- 'a bler Catilina à la tribune , dîner avec les . « Grâces et souper avec hacha umont. ». -
En effet, ce fut le seul qui osa attaquer Robespierre au moment de sa puissance (ï); il le poursuivit sans cesse, et ne lui laissa, ainsi qu’à ses partisans, ni paix ni trêve.
•A sa sortie du Corps législatif, il établit une boutique de libraire au palais du Tribunat; tout Paris y accourut pour voir cette fameuse Lodoiska, dont il avait parlé dans ses Mémoires et ses Notices. L’attente des curieux fut trompée; on s’imaginait voir une femme de la plus grande beauté, et qui joignait aux grâces les agrémens de l’esprit : on n’aperçut rien de tout cela, et chacun fut convaincu que Louvet avait puise dans son imagination et sa reconnaissance, les charmes dont il avait embelli son épouse.
Il venait d’être nommé consul à Palermc , lorsqu’il mourut à Paris , d’une maladie de poitrine, le 25 août 1797.
Le roman de Faublas, à qui il doit sa réputation , est remarquable par l’intérêt des événe-
mcns, la légèreté du style et l’esprit qui y pétille.
Outre ce roman, dont on a publié plusieurs éditions, en i 3 volumes in-iÔ, ou a de lui :
1°. Paris justifié, 1789, in-8°;
(ï) Voyez dans le Moniteur le discours qu'il prononça contre le cjief des jacobins et du terrorisme*
1a NOTICE SUE J.-B. LOUVET.
a 0 . Emilie de Varmont, OU le Divorce nécessaire, 1784» 3 volumes in-12, roman politique qui n’a pas eu le succès du précédent;
i3°. Ses trois pétitions à l’Assemblée;
4°. Ses deux discours aux Jacobins, à Robespierre , sur la guerre ;
5 °. Les soixante premiers numéros de la Sen ;
tinette ;
6°. Son accusation contre Robespierre, imprimée par ordre de la Convention ;
7 0 . Sa réplique à la réponse de Robespierre, réplique intitulée : A Maximilien Robespierre et à ses royalistes f brochure in-8°;
, 8°. Le Journal des Débats , depuis le 1 o août 1792 jusqu’au 10 mars 1793. On y . trouvera ses diverses opinions à la Convention , dans les rares occasions où les montagnards ont. bien voulu ne pas l’empêcher de parler;
9 0 . De la Conspiration du 10 mars , et de la faction d’Orléans, brochure in-8°;
1 o 0 ). Notice pour l’histoire et le récit de ses périls, 1 volume in-8°, 1795.
Louvet était devenu lui -même l’artisan de
ses maux ; mais son récit n’en est pas moins attachant, curieux et digne d’être conservé. 11 a été traduit en plusieurs langues.
ÉPITRE DËDICATOIRE