‹ Vie du chevalier de Faublas (volume 4)Chapitre 10 sur 12 · AU MARQUIS DE E · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE E

G juillet I ySS.

« Monsieur le mabquis , « M. le baron vient de me remettre votre billet auquel je suis désolé d'èti'e obligé de répondre. Si vous le voulez absolument, je serai le 17 de ce mois à Kell , oîi je m'arrêterai jusqu'au ao. Mais je fàii les vœux les plus atdeas pour que , satisfait de

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lie «Il ver ici lis assurances clc mes vi/s letirets, vois

ne (|uicti(!7. ])oint P^iis.

u J'ai riioiincuv d'ctre , etc. »

'AU COMTK on LOVZINSRl.

De Kcll, le i^ juillet i j:85 , dix heures du matin. « Mon Tnis-CHEn beau-père ,

<( Suis-JE assez à plaindrel Tous C(!ux rpic j'aime veulent, par une générosité mal entendue, sacrifici leurs jours pour sauver les miens, comme si de deux amans ou de deux amis le plus mnllieureux n'est pas celui qui survit à l'autre.

« Ce matin , les deux frères arrivent; le comte de LignoUe témoigne à ma vue quelque colère; mais soTi front pâlit, sa voix s'altère, et dans tout son maintien je n'ai pas de peine à voir que, forcé par son frère à faire un acte de vigueur, M. le comte aimerait mieux n'avoir pas avec moi d'explication.. Le capitaine m'adresse tm regard fatouche; et, d'un ton aussi menaçant qu'ironi'jue : C'est moi, dit-il, c/wi veux avoir l'honneur de te mettre à l'ombre. Lui se battra contre ton père.

Au reste , je vous annonce à tous deux que notre combat est un combat à outrance; ainsi, poursuivit-il en regardantM. deBelcour, malheur À quiconque n'a pour second qu'une femelette ou

un fou Chevalier, je te déclare que . dès que

je t'aurai tué, je vais aider mon fn're à finir c<» iH.0u»ieur. U rac cuontre mou père. Je prend» la

main de ce barbare, je la lui serre avec force: Tigre féroce!... et je ne t'apracherais point ton odieuse vie !

« Mon père et moi, nous laissons vos sœurs, la mienne eî Sophie h la gardo de Boleslas. A peine hors des remparts, nous meltoiis pied à terre.

(1 Je tire mon tpéc : ô mon Éléonore , tes mûnea crient vengeance; reçois le sang qui va couler. - — -Le capitaine s'écrie : Poui-guoi ne demandes-tu ]>as aussi qu'on vous enferme dans le même tombeau? Il vient sur moi; nous commençons uij furieux combat qui se soutient long- temps avec une parfaite égalité.

« M. de Belconr cependant avait, depuis plusieurs minutes, obtenu sur le comte de Lignolle une victoire facile; mais trop plein d'honneur pour exercer contre le capitaine l'horrible conditior» que le capitaine lui-même avait pourtant imposée, mon père demeura spectateur immobile de mes efforts devenus plus grands. Enfin le vicomte est frappé; mais mon épée rencontre une côte et se brise. Mou ennemi , me voyant à peu près désarmé , croit pouvoir m'accabler de ses coups; heureusement a ne les porte plus que d'un bras affaibli , et je puis les parer encore avec le tronçon qui mo reste. Effraye pourtant de l'inégalité de ce combat , mon père , mon trop généreux père se précipite entre nous : Tieps ! s'écrie-t-il en me donnant sou épée; tu t'en serviras mieux que moi. Hélas! tandis qu il me parle, il présente au vi- «omte son flanc découvert. Le cruel frappe 1 il &• 1 5

17 o V I !=; DU CÎI K\M.l i; |;

allait redoubler, lorsque, le meuaeaiU d'une épée

déjà ioiif;ie du sang de son frère , je le force à s'oc

cuper uuiqucrneul de sa défcase . Le Jjarbaie 1

je lai puni ! 11 s'est roidé dans la poussière , taudi» que le baron , les jeux lovés au ciel , se soutenait eiieorc sur sa main droite et sur ses genoux. Le barbare! il est mort; mais avant son dernier sou pir, il a vu le lils sans blessure, prodiguer au pèio les plus prompts secours.

« Cependant M. de Iklcoui est en danger ; suis-je assez à plaindre ? Amour, fatal amour, quie de maux 1 Le courrier part Ah 1 plaignezmoi , plaignez vos cnfans, ils vous aiment tous, il» sont tous dans la douleur.

« Je suis avec respect , etc. ;

Faublas. »

Le i>y juillet i^SS, Jix heures du matin, u Mon trls-cher beau-père ,

« Sophie vous écrit régulièrement tous les matins -, vous savez que la blessure du baron aest pas dangereuse comme on l'avait cru d'abord : vous savez que dans quinze ou vingt jours nous pourrons nous remettre en route , trop heureux d'en être quittes pour le cruel déplaisir de vous rejoindre quelques semaines plus tard. Apprenez cependant le favorable événement d'aujourd'hui.

« Sophie, Adélaïde et moi , nous avions passé la nuit auprès du baron ; ma sœur et ma femme , également fatiguées , venaient de s'aller coucher.

DE FAUBLAS.. i^,

J'attendais, pour suivre Sophie , que l'une de mes tantes fût venue prendre ma place au chevet du malade chéri que nous craindrions trop d'abandonner un instant à des soins étangers : il était tout au plus sept heures du matin.

<' Tout à coup, mon domestique vient m'ctonner en m'annonçant que quelqu'un demande à me parler en particulier. Le haron, justement inquiet, m'adresse la parole : ordonnez-lui de me dire la vérité. C'est le marquis? — Jasmin, je vous défends de mentir : Est-ce le marquis? Monsieur,

ce n'est pas lui qui vous demande; mais c'est lui qui vous fait avertir qu'il vous attend derrière le rempart. — Faublas, s'écrie M. de Belcour, vous avez de grands torts avec M. de B*** , mais je n'ai qu un mot à vous dire : si vous n'êtes pas de retour dans un quart d'heure, j'expire avant la fin du jour.— Dans un quart d'heure, vous me reverrez, mon père. Je l'embrasse et je pars.

« Bientôt j'ai joint mon ennemi : M. le marquis, j'osais espérer que vous ne viendriez pas ? Il me regarde d'un air sombre, et sans daigner répondre, il se met en garde. Je pousse un cri : Cette épée,

^'^^^ celle — Oui, dit-II! et tremble! Aujssitôt

je tire la mienne et je me précipite sur lui , ne cherchant qu'à le désarmer. Au bout de quelques minutes, j'aj le bonheur de voir l'épée fatale sauter à dixpas. .Te m'élance, je la saisis, je reviens au marquis, et mettant un genou en terre : Permettezmoi de garder cette épée, emportez la mienne, emportez l'assurance que je vous renouvelle.... Il

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ïji'iiilrn-ompl : Ah! l'am-il encore qui; je lui iloivi; la vie?

« A CCS mots , il icmonti; à cheval , et disparaît. <( Je suis avec respect , etc. »

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