LE VICOMJE DE VALBRUN
De Paris, le i5 octobre 1785.
((Depuis trop lonr; - temps , vous nous avca Cjuittés, mon cher chevalier; mais faut-il fj'i'iu» vegvet de votre perte se joigne encore le déplnisir de votre indifférence? Avez-vous donc, en sortant de France, publié ton:-, vos amis? Pourquoi p;nrde7.vous aussi le plus profond silence avec un homme qui ne vous a jamais donné le moindre sujet de plainte ? Réparez vos torts envers moi ; et, si vous ne voulez pas que je vous accuse d'ingra.-iludc , donnez-moi de vos nouvelles et de celles d» votre famille, par le premier courtier et dans le plus ^ilus grand détail.
<( La voix publique m'a dit que vous acheviez maintenant la rédaction des mémoires de votre adolescence. J'ai cru que cvous apprendriez avec plaisir qu'elle était présentement l'existence de quelques personnes, dont vous devez souvent faire mention dans l'histoire de vos amours.
« La marquise d'Armincour, dévorée d'un inconsolable chagrin , vit plus que jamais retirée oaus sa terre de Franche-Comté. La baronne de
Ï)E FAURLAS. 17I
i'oni'osp, cleveiiu Iside à faire ppiir, ne ?ort plus i!o son vieux cliâlcau du ^ ivarais. Le comte de llosambert s'est vu contraint aussi de «juitler le monde; la comtesse est accouchée à la fin du huitième mois de son mariage; M. de Kosambcrt, que, malgré ses malheurs, sa gaieté n'abandonne ])as , soutient plaisamment à qui veut l'entenlre , que le petit garçon de sa femme ressemble beaucoup h madcmûiselle de Brumont ; il donnerait tout an monde, ajoute-t-il , pour que M. de B*"** , qui se connaît si bien en physionomie, prit examiner le visage de cet cnfant-Ià; et pour que M. de Lignolle, à qui nulle affeclion de 1 âme n'échappe, tâlât le pouls de madame de llosambert, quand on ose devant elle parler du chevalier de Fanldas. Ce Lafleur , qui servait l'infortunée dont je ne vous écrirai pas le nom , était devenu le valet de chambre du mari veuf : mais il s'est avisé de voler son maître, qui, n'aimant pas les voleurs, n mis celui-ci dans les mains de la justice : le mallieurcux a été pendu à la porte de 1 hôtel Lignolle. Justine est , depuis quatre mois , sortie d'une maison publique, dont le régime un peu sévère lie l'a p'S cmljellic; la pauvre enfant, ne pouvant mieux faire, est devenue la cuisinière et le facio- "tum d'une madame le Blanc, femme du médecin du faubourg Saint-Marceau. On assure , dans le quartier, que la maîtresse et la servante vont souvent de moitié magnétiser ca ville. Le comte de Lignolle, que M. votre père n'avait pas dangereusement blessé, vit plein de génie plus que de santé. Néanmoins des railleurs ont lait courir le
i;,.) VI i; DU cri EV A LIE il
îniiil qu'au tlciuicr j>vinK'mps, s'étimt avisé tic boire le reste idc la pliiole du (locloin- Kosamhcrt , M. le conUe s'était senti, pendant vinf^t-fjuntiolieures , quelque velléité de se reinnricr ; mais qu'en si peu de temps il n'avait jnmiiir. pu trouver une femme assez, malheureuse qui voulût de lui. Au reste , vOiis devei savoir qne ses charades coutinnent de faire les délices de l'Europe. Le marquis de B*'*''' se porte bien ; il est toujours, comme il le dit lui-mcmc , un fort bon diable : pourtant , il cutie en fureur quand il croit renconti-er une physionomie qui ressemble à la vôtre; au deracuviuit, toujours content de la sienne, et même regrettant quolqutfois celle de sa femme.
« Adieu, mon cher chevalier, j'attends votre réponse avec impatience, etc. »
LE CHEVALIEa DE FAUBLAS