AU VICOMTE DE VALBRUN
De Varsovie, le 28 octobre 1786.
<: .7l suis, mon cher vicomte, infiniment scnsi'jie à votre souvenir; vous m'avez envoyé des rcnseignemens que je désirais; et, puisque vous témoignez l'obligeant désir de savoir prâcisésient ce que nous sommes devenus, je m'empresse de vous l'atiprendre. Il y a quinze mois que notre famille habite Varsovie, le palais du comte Lo»'- 7.in.-.ki ; quinze mois se sont écoulés comme un jour. Mon beau-père est auprès du mouarfjue,
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dans la plus grande faveur. Mou père , le nieiJle'iiides pères , au comblé de la joie, vit plus heureux du bonheur de ses eufaus que de son propre bou heur. INotrc Adélaïde vieut de choisir, pour sou époux, le palanlin de***, jeune seigneur dont je vous ferai le plus brillant éloge en peu de mots : il me parait digue d'elle. Moi , je suis père; il n'y a pas tout-à-fait quatre mois que Sophie ma donné le plus joli garçon du monde. Ma Sophie, le premier ornement de la cour de. Varsovie, devient chaque jour plus adorable. Je jouis, au sein de Ihjmen, d'une félicité que je n'ai jamais connue dans mes égai-emens.
« Cependant plaignez - moi : j'ai perdu ma patrie, et je ne puis me charger d'aucun emploi dans les armées de la république. Il me faut, pour toute ma vie, peut-être, renoncer à l'état auquel je semblais appelé. Tous les efforts de l'art, tous les efforts de ma raison ne peuvent rien contre ua fantôme persécuteur et chéri, dont la fréquente apparition me tourmente et me charme. O! madame de B"^»*, n-ètes-vous pour votre amant descendue dans la tombe qu'afm de pouvoir, sans obstacles et sans relâche, vous attacher à ses pas ?
« Encore, si son ombre me poursuivait seule' mais les dieux vengeurs ont condamné Faublas à' des souvenirs plus chers et plus funestes.
« Si dans une nuit d'été le vent du midi s'élève SI l'éclair fend la nue, si le tonnerre la déchire' alors j'entends résonner ui; timb;ï fatal ; j'entends »n soldat . fioidcment barbare , me dire : Elle est,
jyii VIE DU CIIEVALinU DE FAUBLAS 1 là. Soiul.iin saisi d'une invincible ôpoiivanl"' abusô d'une cspé'r;incc foJlc , je cours ;i l'onde q;:i mugit; je vois se débattre au milieu des flots une
femme Hélas ! une femme qu'il ne m'est p.is
plus permis d'oublier que d atteindre. Oli! plaignez-moi.
((Mais non, Sophie me 'reste. Loin de me plaindre , enviez mon sort, et dites seulement que, pour les hommes ardcns et sensibles, abandonnés dans leur première jeunesse aux orages des passions, il n'y a plus jamais de parfait bo»heur sur la terre. »