VI K D u c n i: V A L I k f
me cnnsr» îles doulcMiis si fortes, qui; M. de Rdconv lui mrmu me con?c'l!;i (1(! iiu; coiiclici-. Mou p(r<" , iKs qn il dk; \il fnt'oiini, s'<u nlla; ot dès qu'il fui parti, je uc doriiiis plus. Un coiflV'ur mil (lit lui aussitAt, çvùc.c à mon int(;lligent do- 7ni'.stiqiic , m vstL-rieuscinont introduit jusque dans ma chambre. Gr'ice f» mon adresse, et ç^iîtct: encore à Jasmin, nia femme de cliambre , j'hahillni fort passablement de la tête aux pieds madcmoiiclie de lirnmont, qu'un suisse très-inattcntif ou trèsdiscret ne vit pas sortir, et qu'un ma'lhonnête fiacre conduisit aussitôt chez madame de Fonrosc.. Peu s'en. fallait qu'il ne fût minuit. Nous avions Ijugé convenable de ne point aller plus tôt chez la comtesse, de ]>eur que la marquise ne fût pas encore retirée dans son appartement. Aussi madame de Fonrose , arrivant avec moi cliez madame de LignoUc , eut-elle l'attention de ne point souffrir que son carrosse entrât dans la cour de l'hôtel, J)arce qu'il ne fallait troubler le sommeil de personne. 11 n'y avait plus chez la comtesse que ses femmes et son mari; sa tante était allée coucher comme nous l'espérions. Comment? si tard 1 dit le ) comte. — INous. voulions , répondit la baronne, venir vous demander h souper, nous avons été forcément retenues ailleurs. Mademoiselle ne pouvant plus, à l'henrc qu'il est, rentrer dans son couvent, n'a point accepté le lit que je lui offrais. Elle a mieux aimé venir vous redemander, pour cette nuit, la petite chambre qu'elle occupait ici dans des temps plus heureux. — VAlu a l)ien fait, répliqua-t-il. — ïrès-bicn! s'écria mon Èléonorc;
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jt qu'elle vienne le plus souvent possible me surprendre aussi agréablement. — M. votre père vous a donc mise au couvent, reprit M. de Lignolle ? — Oui, monsieur. — Où cela? — Pardon ; il ne m'est permis de recevoir personne. — J'entends, poursuivit-il tout bas et d'un ton mystérieu'î : c'est à cause du vicomte. — Le moyeu de vous rien cacher? — Oii! j'en étais sûr, parce que les aîTeciions de l'âme me sont familières. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que j'ai vainement cberciié ce ji-une homme à Versailles; personne ne ïy connaît. — • Je vous ai déjà dit , interrompit madame de Fonrose, qui jirètait l'oreille, qu il avait en effet du crédit chez le ministre; mais qu il se montrait rarement à la cour. — Et moi, j'ai prié qu'on ne me parlât jamais de lui, s'écria la comtesse. — A jjropos , reprit le comte , je vous en veux. — De quoi ? — Il y a quinze jours, vous venez au Gâtinais pour cette fête; et dès le matin vous partez
sans — On vous aura siirement dit que des
ordres pressans m'avaient forcée de revenir à Paris.— Et les charades, poursuivit il, comment
vont-elles? Assez mal depuis quelques semai-
ne-i. Hier pourtant, j'ai recommencé; mais si peu, ."i peu 1 — Tant ])is. Allons , mademoiselle , il faut réparer le temps perdu.. — Très-incessamment, monsieur. — Tenez! voilà votre éeoliere que vous négligez, prenez-j garde : on prendra de l'humeur, on vous renverra, et c'est moi qu'on choisira pour vous remplacer Non, monsieur,
lépondit vivement madame de Lignolle; n'y < cmptez pas. Il n'y a jias long-temps que cela m'a
i4 VIE DU CHEVALIER
ctc proposé ; mnis je me suis dcclaiée , cela ne sera point. — ComnuMit donc ! est-ce madenioiscllu qui vous a fait cette étrange proposition? — Non, dieu merci. — La la, madame, elle y viendia peut-ôtre. Vous verrez, ajouta-t-il en me frappant sur l'épaule, vous verrez que c'est à la long>ie un métier fatigant. — Pour vous, répliqua sa femme: quant i mademoiselle de Bruniont, je suis bien sûre qu'elle ne s'en lasse pas. — Assurément, maidame la comtesse, et tous ces jours-ci j'ai bien souffert de ne pouvoir pas venir vous donner leçon." — lEh bien , interrompit madame de Fonrose, donnez-lui leçon I moi je m'en vais. — Je ne vous retiens pas, répliqua son amie, car je me sens envie de dormir. — .Eu ce cas , dit M. de Lignolle , je vais reconduire madame la baronne jusqu'à sa voiture , et de là me retirer chez moi., Une bonne nuit, mesdames
La comtesse aussitôt renvoya ses femmes ; et , dès que nous fîlmes seuls, elle se jeta dans mes bras , elle paya de cent caresses mon heureux sCrar tagème.
O vous ! à qui parfois il fiit donné d'entreu au lit d'une maîtresse adorée, et d'y veiller toute une nuit pour elle , vous avez , si vous étiez vraiment digne d'une faveur si grande, vous avez goûté plus d'une espèce de ravissans plaisirs. Le vulgaire des amans ne connaît que l'heure de la jouissance; les amans plus favorisés n'ignorent pas l'heure qui la suit. C'est celle d'une intimité plus douce, des éloges mieux sentis , des protestations plus persuasives , des aveux eaclianîcurs , et
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ûcs épanchemens tendres , et des larmes délicieuses, et de toutes les voluptés du cœur. C'est alors qu'avec un intérêt égal, le couple fortuné se rappelle sa première entrevue , ses premiers désirs ; c'est alors <jue , ramenant sa pensée sur le présent qui le charme, il s'applaudit de tant de bonheur obtenu malgré tant d'obstacles; c'est alors que, n'apercevant plus dans l'avenir qu'une longue suite de Jjtaux jours, il s'abandonne avec une confiance entière aux rêveries de l'espérance.
Oui, dit-elle, j'ai formé le meilleur, le jîIu» charmant des projets : nous pourions vivre et mourir ensemble. Je ne ferai qu'une malle de me» hardes les plus nécessaires, j'emporterai mes bijoux seulement, je ne vrux pas que ce M.i de LignoUe ait à se plaindre d'avoir souffert de nous le moindre tort. Kous sortirons de France, nous nouât arrêterons où tu voudras; tout pays me semblera beau puisque tu sei-as avec moi. Mes diamans valent bien trente mille écus , nous les vendrons , nous achèterons dans une jelie campagne. . . . non pas un château, ni même une ma'fon. . . . une cabane, Faublas! une cabane pçtite et gentille. Qu'il y ait seulement de quoi loger une personne, car nous serons qu'un. — Comme tu dis, ma charmante amie, nous ne serons qu'un. — Il ne nous faut pas deux pièces pour coucher. Est-ce que nous ferons diux lits? Faublas. — Oh non! pas deas lits. — Par exemple, le jardin sera grand, nous
le ferons cultiver Tiens , nous marierons à
quelque jolie paysanne un paysan bien pauvre, mais qui l'aimera ; nous leur donnerons notre jaç-
if) V IK Dl' cil F.V \LI CK
(!in , il> le riilii vrroiU jxdir eux. et ils nous laissc'ioiil l)i(.'ii juciuli'c ce (|n il l;tii<li;i pour notre nouiriliirc; non-, n .imniis p.is liooin de ejiaïul cliose; toi tl moi m- jnnii^cnns (jue pf)iir vivre. A propos, je ne eoniple poi.it avoir <lc femme tic eliaiiihro. Quelqu'un serait là qu.md je voudrais te dire; Je t'aime; cela me gênerait henuconp. Quant i'i nia parure, ai-jc<lonc hesoin du secours de quelrju'un ? Ne verrai- je pas bien comment il faudra m'arranger pour te plaire? — ^Ahl de totftes les manières tu me plairas.- — Bon! voilà donc fjui est décidé : pas de femme de cliambre. . . mais une cuisinière... Est-ce que nous aurons une cuisinière ? — Le, moyen de faire autrement. — Lo moyen ? Tu crois que je ne saurais pas préparer notre dincr?... nos quatre repas I car nous aurons toujours faim. . .. cela sera sitôt prêt! du lieurre, du lait, dc3 œuis, des fruits, une volaille. J ai appris la pâtisserie, je te ferai des brioches, des galettes et de temps en temps de bonnes petites crèmes.. ... Oh , je te régalerai bien, tu verras', est ce que cc'a ne vous paraîtra pas meilleur,
monsieur, quand ce sera moi qui. . . . Mcilleurî'
cent fois meilleur! — Ainsi, dit-elle en membrassanl, nous ne serons donc qu'un dans la cabane!.. Écoule , notre argent que tu auras placé nous rapportera plus de cent louis. Voilà-t -il pas que nous serons immensément riches! tu le vois : notre nourriture rie nous cclùtera presque rien , et notre entretien se bornera à si peu de cho^e! Va tauéias léger pour l'été, et pour l'hiver une indienne propre; cent tout ce que je veux, moi. Il ne t'en lau?.
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i^ra pr.s davfiutage non plus à toi, mon ami : tii n';is pas besoin de beaux habils pour paraître cliarmaut. Nous dépenserons donc à peine la moitii': de notre revenu. Nous pourrons, du reste, o!~.lii5;er enctn-e <|uelques pauvres gens. ... la moitié pour nrus, c est beaucoup! Cinquante louisi pour les malheureux , ce n'est guère 1 Nous verrons; nous aurons d'a'jord retranché tout le superflu, noiîs économiserons ensuite sur le nécessaire. — • Adorable enfant! — t'nfant! pas plus <Jue vous. .. Il ît! plait donc, mon projet? Faublss. — Il m'enchante! — Que je suis heureuse d avoir de l'iaivention! vous n'auriez pas trouvé cela, vous... Je ne t'ai pis encore tout dit. Reste l'article le plus importani. — Voyons? — J'accoucherai, je nourrirai' notre enfant. — Tu le nourriras, mon Eléonore?
— Je le nourrirai et je lui apprendrai. . . à t'aiœeii de tout son cœur, d'abord ! sois tranquille. ... je Ita apprendrai h ]>ioder, à jouer du piano... — ■ Et encore k faire t-e bonnes petites crimes, mon
ïlléonore: il ne saurait avoir trop de talens
Eli bien, qu'est-ce donc, ma chère amie? tu pleures! — Sûrement je pleure! vous riez quand je parle sérieusement! quand je m'attendris vous .êtes gai! — Cette gaieté-là, je t'assure qu'elle est
dans mtni cœur Eléonore, et moi aussi je
veu-x relever, notre enfant : je lui apprendrai à
lire — Dans nos yeux tout l'amour que nou»
avons pour lui, interrompit-elle. — A écrire
— Tous les jours ! tous les jours il t'écrira , dès Le m.'itiii , que sa mère t'aime mieux que la veille. — ■
l'î YIF. DU CIIEVALIEIV
A (lansf-r A dansir sur mes genoux, s'crriat-
clh en riant à son lour. — A fairo tles armes -
Ah! pourquoi? Dans cctU; «ynnpngn»! où nous ne serons environnes que de bonnes g';ns qui nous voudront du bi<!n , qu"a-t-il be oin de savoir tuer quelqu'un." — Tu as raison, mon l^^léonorc, quand sa mère lui aura miaitré comment on se rend cher à chacun, il sera, comme sa mère, défendu par l'amour de tout le monde. — .Voilà mes desseins , Faulilas, repi'it-clle, j'étais sûre qu'ils auraient ton approbation. Nous allons donc passer ensemble le reste de notre vie! nous allons sans obstacle nous adorer jusqu'à notre dernier soupir. Madame d'Armincour ne viendra plus me tourmenter de ses inutiles représentations. Ton père ne pourra plus t'arrachcr à ma tendresse. — Mon père, je l'abandonnerai! — Eh! pourquoi non? j'abandonnerais bien ma tante. — iMon pèi'c qui m'idolâtre!— Matante ne me chérit pas moins. Au reste, s'iliont eu effet pour nous toute l'amitié qu'ils nous montrent, rien ne les empêchera de nous venir joindre. J'ai pensé que, du lieu de notre retraite, nous pourrions leur mander nos résolutions iavariai)les. S'ils arrivent, ce sera pour nous un surcroît de bonheur : nous leur ferons bâtir une caJjane à côté de la nôtre. S'ils résistent à nos prières plusieurs fois renouvelées , ce seront eux qui nous auront abandonnés : nous oublierons , /lu sein de l'amaur, nos ingrates familles , et mutuellement nous nous tiendrons lieu de l'univers
^•ntier. — J'abandonnerais mon père! et ma
fiîa sœur!
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O! Sophie, js ne te noinm ià pas, mais déjà mes larmes te vengeaient.
Ta sœur pourr 1 venir aussi ; nous la marierons a quelijue bon laboureur, à quelque honnête homme qui n'épousera pas son bien, mais sa, personne, et qui la rendra plus heureuse. . . Pourquoi ce silence , Faublas ? pourquoi ces larmes ? — Mon amie, tu me vois pénétré de reconnaissance. Tant de preuves de ton amour si tendre augmenteraient le mien, 5 il pouvait augmenter; mais, en V réfléchissant davantage , je suis obligé de me l'avouer et de t'en avertir : il est impossible de
l'exécuter, ce projet — Impossible 1 la raison ?
— 11 y en a malheureusement plusieurs. — J'en connais une, ingrat I votre aniour pour Sophie? - — Je ne parle point de ma femme.. . Tu ne songes donc pas à la foule des malheureux que ta bienfaisance soutient , dont ta fortune est maintenant le p.'itrimoine ? — Ma fortune leur restera -t- elle , quand je serai raoï'te de désespoir? — Tu ne songes pas à l'éclat que ferait ta fuite? tous crieraient à la trahison , tous apnellcraient tes sacriuccs une folie , ta passion un dérèglement. Veux -tu laisser ta mémoire détestée dans ta famille et déshonorée dans ta patrie? — -Que m importe, puisque je ne suis pas touî-à-fait inexcusable? que m importe, les vains jugemens d un monde qui ne me connaît pas, et l'injuste haine de mes parens qui m'ont sacrifiée? — Espères-lu cme madame d'Armincour consente jamais à suivre, dans une terre étrangère, sa nièce condamnée par la voix publii|ue? — Eh! que m'importe encore? que m'importe ma tante.
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qu.uiil il s a^il <I<; intMi : in;\nt'.' (Jni.'II \ oiilcz-voin donc me faire vc-giTltcr le temps où je n aimnis (|u,r ma tante? — Kniin , [,iiis,|ii il f.mt le le dire, cousitlérc <[iie , tous diux eoLni^, sujels et mnrics, nous ne jioiivons ni 1 un ni l'aMlro éclmppcr .'i la triple auioi'itc de notre (iiniille, du prince et, de lii loi. Contre c<s lorcu^ rininies, mon Elconorc , il n'y a pas snr la tciie , pas un seul asile pour deux amans. Pas un seul asile! j'en irotiverai , moi. Partons toujours, di'gnison.s nous hien , eliangcons de nom, cache;is-nous dans le plus mise-, rallie village, on ne viendra pas nous y cherclur; et, si l'on y vient, nous aurons contn; nos persécuteurs uu« dernière ressource ;'nous nous tuerons. — Nous nous tucronsi — Oui , vivre ensemble ou mourir 1 et je veux «pie vous m'enleviez! et vous m'enlèverez I — iNous nous tuerons I F.léonore ; et notre enfant ? - Notre enfant;' notre enfant?... il a raison, s'écria-t-elle avec désespoir: ilaraison!
«picl parti prendre? — Un parti cruel autant
que nécessaire... mon amie, ma trop jnalheureuse amie Te souviens-tn do ce que ta tante te proposait l'autre jour? — £t vous aussi, Faublas,
vous me iloniiei cet horrible conseil I c'est moi^ amant qui m invite à me jeter dans les bras d un honinie! — Éléonor<!, il ne me parait pas moins.
pénible qu'à toi ce saeritieel il est afireux — •
AflVeiî.x! y>ius ailreux que la morti — iîléonorc, et noti-e enlanî ?
Suffoquée p.ir ses sanglots, elle ne put mo lé'pcndrc. 11 me parut que le moment était veïiu de lui dél.iiller avec force la fijule clés raisons qiii
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devaient la convaincre et la déterminer. Tout cela peut être, me dit-elle enfin; mais comment ferezvous que M. de Lignolle puisse jamais?... — Mon amie, tu ne lui as laissé qu'un instant pour cette preuve; peut-être qu'en lui donnant une nuit
toute entière. ^Une nuit toute entière! Un
siècle de tourmens!... Et comme la première fois, il me faudra donc aller lui dire que je le veux? — Gardons-nous en bien. Tes fréquentes migraines, tes maux de cœur et beaucoup d'autres indispositions doivent causer déjà quelques inquiétudes à 3>I. de Lignolle. Si tu t avisais de lui donner de pareils ordres après six mois de silence , ton mari pourrait concevoir de terribles soupçons. Noua n'avons d'autre moyen que d'avertir un médecin «liscret, adroit, complaisant; un médecin qui vienne examiner ta prétendue maladie, et qui t'ordonne. . . le mariage. — Où trouver 1 homme dont vous me parlez? — -Partout. Nos docteurs sont gens d'honneur, accoutumés à garder le secret des
familles , à maintenir dans le ménage la paix et
■ — C'est-à-dire, que j'irai confier à un étranger
. — ^A un étranger 1.... En effet, je n'en vois pas îa
nécessité Un ami peut. . . . Tiens , je me charge
d'amener le médecin... Tes pleurs recommencent, mon Êléonore? Ah! comme le tien, mon cœur, est déchiré . Je vais m'immolcr, dit-elle en sanglotant, et je lui deviendrai moins chère. Je ne serai plus sa femme, je serai seulement sa maîtresse.
Je parvins à calmer son inquiétude; mais je fis de vains efibrts pour la consoler du malheur qui