‹ Vie du chevalier de Faublas (volume 4)Chapitre 4 sur 12 · VIE DU CIllCVAI, I V.n · texte numérisé non relu

VIE DU CIllCVAI, I V.n

lli^>;o ma loi I \Oiis rcntliiii la di.t, pimrz-T

-aido.

M. ui: Lir.?iOLf.E (d'une voix allcrcf]. Je voiii assure que ce n'est jins In dot.

HosAMDEiiT ( à mniiamt' de I.i'jnoli'e ). Coiiil)iei» V a-t-il (If)nc que vous êtes inaiiée?

La co.MTi ssE. Bientôt huit mois, (locicui-.

lîosAMnEUï. lliHl moisi Mais vous ileviiez être

sur Je point traccovicher M. le comte , vile un

enfant à madarac. Un enfant , dès ce soir! ou je nu réponds plus des événemens.

M. DE LiGNOLLE. Doctçur , obscrvez. . .

La MAnQi'iSE d'Auminco'jr {durement). Point d'oljservations. Un enfant. ■

La baronne {d'un ton caressant). Un enfant à celte petite. Qu'est-ce quf cela vous coûte?

M. DE LiGNOLLE. Mais. . .

RosAMBEKT ( d'un lun amical ). Aii ! pas de mais. Un enfant I

La MAiiQuisE n'AnMiNCoun {en pleurant). lïélas! M. le docteur , vous lui ordonnerez peut-être i impossible.

IIosambeut ' en montrant la comtesse ). Comment ? l'ijnpossible ! Est-ce (jue madame ne lo voudrait pas ?

La co.vitesse {les larmes aux ijeux). Je

M.VDEMOiSELLE DE Brumo\t {se jeliint aux tje.' noux de madame de Lijnolte). { Trcs-ùas. ) Éléo-

iiore, songe à moi, songe à notre enfant

{Haut.) Madame la comtesse, si vous payez de quelque retour le tendre attachement de votre

tante, et celui de vos amis et le mien, dites que vous le viulez.

La comtesse leva les yeux au ciel , puis les ramena sur moi ; puis , laissant tomber sa main dans la mienne, elle fit entendre avec un profond soupir le fatal je le veux.

RosAMBEUT (rt M. de Lijnitte). Elle le veut; qu'avcz-vous à dire !

Madame d'Armiscour (avec des sanglots). Qu/il ne le peut pas , le traître !

RosAMBEnx. Qu'il ne le peut pas ! voilà ce qu'on ne me fera jamais entendre. La répugnance n'est pas probable. Cette femme est charmante î .... Ce n'est pas non plus faiblesse physique, vous êtes tout jeune encore. Quel ùge a peu près ? Soixante ans.

M. DE LiGNOLLE ( uii peu fdché). Guère plus da , cinquante, monsieur.

RosAMBEUT. Vous voycz birn! mais en cussietr vous le double , voilà des appas capables de ressusciter un centenaire.

La BAitoNSE. Oui, docteur; mais permettez uu« citation :'

On dit qu'on n'a jamais tous les dons à la fois, Et que les grands esprits, d'ailleurs lrès-cstimxij)les, t)nt fort peu de talent poiur former leurs semblables, -P I n o N , Métroinance.

RosAMnERT. Messieurs les gens d'esprit , soit. Mais un homme de génie ! un homme comme monsieur, est en tout point supérieur aux au-^res hommes Attendez cependant, il est très

.(.', VIK DU en F: VA M K II

possible que nous ajons tous laison, et je vais vous le chnioutiei: les ^ens qui (oniposcul forcent, par ilfS perpétuclk's inuclilalions le sang et les humeurs à se porter coutinucilinient vers la tclc. C'est doue au cerveau que tous les esprits n/flurnt. Malheureusement le cerveau , sans cesse exercé , ne se fortilie qu'aux dépens des autres parties qui languissent. Tenez, par exemple: Lo bras sauche , dont vous vous servez bien moins que le bras droit, n'est-il pas aussi le plus faible , et de beaucoup? Eh bien! voilà précisément ce que c'est. La tête d un homme de lettres est son liras droit; chez lui tout le reste est gauclie. € est tant mieux pour la gloire; mais c'est tant pis pour l'amour.

Madame D''AnMi5Coun. Je me soucie bien de la gloire, moi! Ai-je marié ma nièce pour qu'on lui fît de la gloire ?

RosAMDERT. Vraiment! voilà ce que disent les dames; mais coiîsolez-vous; il y a du remède à cela. Moi <jui vous parle, j'ai fait, en pareil cas, une cure miraculeuse. C'était pour une académie de province. Oui , toute une académie était attaquée du mal dont monsieur paraît considérablement afiligé. On lie voyait dans cette petite ville que des visages de femme allongés et jaunes. Les épouses de province, qui n'entendent point raillerie sur l'article, ne mouraieçt pas sans se plaindre. Elles criaient contre la littérature ; ellescriaient! c'était un tapage d'enfer. Leur bonne étoile voulut que je passasse dans le pays : on me reconnut , je fus appelé. Je vis d'abord qu'en ré-

taWissant Téquilibre des humeuis et le cours du sang, chaque chose reviendrait Jelle-m^m^; à sou état naturel. Je fis . pour mes littérateurs qui voulaient Lien redevenir des hommes, une potion

excellente, merveilleuse; une potion ! une

potion enfiu! Le succès fut prodigieux. Dès le, lendemain chacune des crieuscs avait le teint sen-, siLL^ment nettoyé. Mais ce qu'il j eut de plus remarquable dans cette aventure, c'est qu'à neuf mois de là, le même jour, presqu'à la même heure, toutes mes académiciennes accouchèrent chacune d'un garçon bien fort, bien constitué:, dun garçon, vovez-vous! parce que les pères y

avaient mis une ard." ir incrojaLle Ce qui me

fait rire, c'est une plaisante circonstance que je me rappelle. Imaginez que ce jour d'accouchement, pour leauel ces dames semblaient s'être donné le mol, était justement un jour d'assemblée. Chaque mari perdit son jeton. Ce fut un grand sujet de chagrin pour les chels de la littérature; ce fut un grand sujet d'amusement pour toute la viiie. M. îe comte , je vais rentrer chez moi , afin de vous composer une potion pareille. Seulement j estime qu'avant plus de génie que ces messieurs, yons devez être plus malade qu'ils ne l'étaient j on conséquence je doublerai les doses. Ce soir je vous enverrai le paternel breuvage, avaiez-le moi d'un trait, et je vous\%ponds que cette nuit madame en aura des nouvelles. Demain matin , mademois::lie de Brumont.et moi, nous viendrons admirer Teffet du remède. Il ajouta d'un ton plus bas : Ky manquetpas au moins, cela presse.

3Ô VIE DU CUEYALIKK

Ce scrnit vraiment dommage a\-nt<Micr c.tf )■..»«

femm... ... et clo rendra sa dot. . . . jo vons .|.nUo ,

inut Paris mattend. Bon jour, monsieur; vot.o serviteur, mesdames.

Son départ me soula-ea <1 nn psant lard.n.' 7 car je voyais lo doctenr de ,,lns en plus sannnn , ot ie iremblai» qnil neùt déjà trop loin pousse Ux plaisanterie. L air satisfait de M. de Lig.v.ll.-, et son ton plein de eoniiance n>e vassnrérenl. Sans être émn des pressans reproches de madame d Arminconr , il Un (it cette orgneilleuse réponse : Kst-cc ma fanto si lamour et la j,doire ne s accordent point.' iNavez-vous r.as entendu le docteur' Ccst un lort habile Iv .m.c , je vous le certifie; et, puisqu'il se charge de rétabUr lé-inibbic, yous verrez ce soir, vo -s verrez! H s en alla Irc.content de lui.

Dés qn-iliut parti , la baronne, qn. n e,. pouvait plus, éclata de rire. Où donc avez-vous ceterré ce médecin vraiment aiij.ab.le? me demandaj^.lIe.Eii efTct, interrompit la comtesse, qu* riait et pleurait en même temps, il est .nen amusant, votre ami, bien amusant! Il a trouve le moyen degajer lun des plus pénibles momens d» ^a'vie. — Et ce qu'il dit est plein de raison , S'ecria madame d'Arminconr, plein de sens! Comment s'appelle ce eharmantaarron? — Kosan.bert. — Le comte de Kosamben! dit l=^^b'y«":»« ' ^^ malheureux amant do madame de B*** ! J ai entendu parler de lui trés-avantageusemcnt. Il ni« paraît digne de sa réputation. — Le comte de hosçmb.rcl répéta la marquise; mais c'est b.en c«

nom-là. ..^.T." c'est Lien celui dout on m'a parlé

pour Il est votm intime arai? — Oui, madiune.

•i:— J'en suis fort aise : ce j<;une bonime porte sa fccommaRdation sûr sa figure : il ne m'a pas l'air d être un M. de Lijnolle.

l'îadnme d'Armincouv ne larda poiut à me de- ; ,:dor poliment si je ne m'en allais pas. La comtc'-sc aiissitôî déclara qu'elle prétendait qne je resfassesavec elle t'aiifc la journée; elle protesta mùme eue je ne la quitterais qn'au moment fatal ; et que, si elle était contrainte à nie renvover plus tôt, M. de Lijnolle n'entremit pas dans son appartement. Encore une imprudence! s'écria la marquise;' m.':damc, je vous répète qu'il est temps que tout ccia Unisse. On commence à causer dans le monde. Il faut que des bruits très-fàcheux s'y soient i-épandus sur votre compte , plusieurs fois , depuis quelques jours ; on s'est permis de faire , même devant moi , beaucoup de mauvaises plaisanteri^js sur une demoiselle de Brumont, pour laquelle vous aviez, disait-on, l'amiiié la plus vive : et comment voîre secret, un secret de cette nature, confié depuis trop long-temps à tant de personnes, pourrait-il être bien gardé? Ma nièce, je vous en supplie, conduisez-vous désonnais par mes conseils. Si ce n'est pas pour l'amour de moi , que ce soit pour l'amour de vous. 3îa nièce , ne vous perdez pas, ne vous obstinez point à garder aujourd'hui....— Ma tante, je veux qu'elle reste jusqu'au soir, et que demain de bonne heure elle vienne essayer de me consoler. . . . — "^'ous voulea qu'elle reste? Il faut bien y consentir. Vous per- 8. 4,

v^ V i i". ni' <. [(i;vA i.i i;ii

mettrez du umiin cpii; je; ne vonsquilto pas? fie* fiis! vous |i(Mnrii;7. nous (|iiiUev sans auriiu ii'i(jur; vous le pouir'it'Z aujouid'Iiiii comme (Icmîiiii. . . . Le même jour, je vous le jure, ne vena nas uu jTarlage odieux.

Mo» Eléonore, rjuoijuVn cfict. la marquise ne nous cjuittàt point, trouva lo moment de me dire: Ma tante ne sait pas qne tu as derjiièrement passé la nuit iei, j'ai prié M. de Lignolle de le lui laiss(;r i2;norer; je l'en ai ]nié , sou j)rétexte que madame d'Armincour , naturellement causeuse, le dirait peut-être à quelqu'un qui, par liasard, pourrait le rapporter à ton père , et te donner braueoup do chagrin. Ainsi tu vois, mon, bon ami, que nous pourrons avoir encore )>lus d U"e nuit fortunée... Mais ce ne sera ni demain, ni même. . .. Oh! je ne pourrais pas ainsi passer tout d'un coup des. bras d'un homme aux luas de mon amant.

La journée, qui fut triste, nous parut néiiimolns trop courte. On ne manqua pas d apporter la potion fatale. Le comte s'en empara d'abord avto avidité; mais noiîs le vimes, dès qu'il l'eut goiilée, faire une terriide grimace. 11 finit même pnr remettre sur la cheminée le vase heureusement à peu près vide, et madame d'Armincour ne put jamais le décider àlioire la petite quantité de liquide qu il venait de laisser.

Le moment cruel arriva. La comtesse se mit an lit, quand minuit fut sonné. Je ia vis mouiilep soii iriversin de ses larmes, je la vis baiser furtivement la place où ma tête avait reposé la sur- \eil'c. Ma chère ïliéonore! quel adieu sa voix iri«

DE FAUBLAS. Sg

fit entendre, et de qnel regaid elle Isccompag-iial mon Ame fiit déchirée. Cet accent plaintif et ce doiiloiireux coup d'œil semlilaient également me rcproclier l'horrible sacrilîce qui devait bientôt s accomplir. Ma chère Éléonore! elle était pâle et tremblante comme un criminel condamné. Est-ce bien là cependant, est-ce là celte femme qui , six mois aunaravant, disait à son mari d'un ton dé-» ci dé : Je le veux. Amour, ô tout-puissant amour! quel empire e^crcez-vous donc sur nos esprits et dans nos cœurs ?

Je rentrai chez moi désespéré. M. de Belcourt f;t de vains efiorls pour dissimuler l'intérêt qu'il prcn: it à mes nouveaux chagrins. Quelle nuit jo passai I Pardonnez pourtant , ma Sopliif , pardonnez : ce ne fat pas tout-à-fait vous qui , cette fois , causâtes ma cruelle insomnie ; mais du moins vous sûtes encoi'e, autant que votre infortunée rivale, exciter mes vifs regrets et ma tendre commisération ; mais du moins vous fûtes à mon lever l'objet de ma première sollicitude.

Mon père, vous m'aviez dit que dans rjninze jours nous irions chercher ma femme ; pins de quinze jours se sont écoulés. . . — J'ai , me répondit-il avec assez d'embarras,. j'ai des affaires indispensables à terminer d'abord Je ne crois pas

que maintenant cela puisse être long Prends

patience encore quelques jours Sculemeot

quelques jours. —Adieu, mon père. — ^Où donc allez-vous de si bonne heure?- — M'hr;l)illcr pour me rendre chez la baronne, et de là chez la cojli-

4o VIE DU CIIEVALIKR

icssc. . . Vous nie l'aviz permis. ... Je reviiuilraî

sûrement dîner avec vous, mon père.

jNous n'allâmes ])oiut clievelier Rosambci t : il non;» avait donne son heure; cl nous li-uncs <:liaruu do notre eùté si exacts, qu'en arrivant à I liôtel de M. de LignoUe, nous vîmes ilans la cour la voilure du médecin. C'était un carrosse de louage asseï bien choisi pour la circonstance; de grands inarche-pieds à la française , une caisse étroite et longue, une espèce de vis-à-vis gothique; la demilortune d'un docteur. Nous rencontrâmes Rosam- Jbert qui montait gravement 1 escalier. Madame d'Armincour vint, lei; larmes aux yeux, nous ouvrir la cliam])re à coucher de sa nièce. Sa nièce au contraire se précipita dans mes hras , avec tous les signes de la plus grande satisfaction. SurjVris , je lui demandai fort sèchement ce qui pouvait lui causer de si joyeux transports. Félicite-nioi , se-

cria-t-elle. Applaudis-loi ! ce M. dcLignolle Il

n'est toujours pas changé. ... il n'est toujours pas r>ï. de Lignolle. . . . et moi , je ne suis toujours pas sa femme. . . Ton tléorore n'est qu'à toi.

A l'instant même-, M. de Lignolle, qui avait sans doute entendu le médecin arriver, entra) et , sans montrer aucune espèce de confusion , il adressa la parole à Rosanibert : Docteur , l'équilibre n'est pas rétabli , nue dites-vous de cela ? — Ce que je dis , que ce n'est pas la faute de mon remède, que vous êtes un homme de ^énie comme ca n'en voit guère. — .Heureusement! s'écria la tante. — Uu homme cîe génie, iui:uvablcl pour-

DE FAUBLAS. 4i

suivit Rosambeit. Un homme de génie, dont la tète sera toujours étonnante, mais qui du reste demeurera impotent toute sa vie. — Peut-être aur;iis-je ])irn luit de ne pas laisser cela? reprit le

comte en montrant la fiole Certainement, vous

auriez bien fait ; mais n'importe. Ce que vous avez bu , monsieur , aurait pu faire à quatre littérateurs ordinaires, et jç ne sais p;is amuser mes malades : puisque cela ne vous a rien fait , vous n'en reviendrez point. Jamais vous n'en reviendrez ; jamais.; — Quoi 1 vous jiensez que le cours. . . .

Le comte fut interrompu par la brusque arrivée de son frère , le vicomte de Lignolle , capitaine de vaisseau. L'impatiept marin se précipita dans l'appartement de sa belle-sœur , sans attendre qu'on l'eût annoncé. C'était un homme de cinq pieds dix pouces , gros et fort à proportion, une espèce d Hercule; au reste, des cheveux noirs, de grandes moustaches, une longue épée , l'air du monde le plus farouche , tous les gestes d'un grenadier, tout le maintien d'un coupe-jarret.

Le cAPiT.viss. Bon j,our, mon frère; bon jour, tout le monde.

M. Dp LiG50Li,E 'd'un Ion préoccupé). Bon jour,

mon ami (A Bosamberl). Vous pensez que le

cours du sang et des humeurs est invinciblement déterminé. ... ?

Le capitaine. Qui est malade ici?

RosAMBinr. Madame votre belle-sœur!

Le capit.use. Elle est malade, cette femme! C'est peut-être tant pis ; c'est pcut-êlre tant mieux., .Corbh.ul nous venons.

^2 N Fi: DU ciiEVAi. n:u

La BAnONNE [ tout bas à madcmoisc.lli' de. Brumont, ijui v'u'Ut dd lancer au vicomte un cof/p d'œit mcnit~ çaiit). Je croi.s vous avoir qtiel(|Uffois parle <li; cet énorme persoiiunj:ji'. Sa vciuie ici ne me parait p-i9 cViiu l)on atigiuc. ]")(• la palicnce siirLoul,et de I:» iiiodération.

RosAMBEiVT. M. votr(! frère aussi nest pas tonlà-fait comme il devrait ttr('.

Le cAi'iTAisE. Qu'as-iu donc?

M. DE LiGNOLi.E. J'ai.. . . (jue je n'ai pas d'équilibre.

LEVAriTAiNE. Corblcu , tu veux rire, je crois? Je te vois bien planté sur tes deux jambes , et lu te tiens aussi droit que niui I

llosAvBEnx. Il n'est j)as question d'un pareil équilibre. C'est l'équilibre de tout le monde, celui là. Ce qui manque à monsieur, c'est la juste proportion des affections du corps. . . .

M. DE LiGsoLLE, Et des affections de l'ànic : voilà.

Le CAPITAINE. Oh! les affections de l'ame! J'étais bien étonné que tu ne m'en eusses pas déjà étourdi.... [A Bosambert). Écoutez donc, mon cher monsieur : c'est peut-êtie beau ce que vous jnc dites ; mais que cinq cents diables m'enipoi;tent, si j'j comprends un mot!

RosAMiiERT. Cela est clair, pourtant : je vais nu reste vous l'expliquer encore. Le corps de la femme est malade, parce que l'esprit du mari se porte trop bien. J'ai ordonné pour la santé do madame , qu'elle fît un enfant. . . .

Le cAïixaise. Qu'elle fît un enfant? A propos,

mon frère, sais-iu bien qu'on «lit que ta femme n'a pas besoin de toi pour cela ?

Mademoiselle de BnusrosT. Voilà un à-propos d'une impertinence... Savez-vous bien , vous, capitaine, que, si tous les oflioicrs de marine vous ressemblaient , ce seraient de fort vilains messieurs?

I.E CAPITAINE. Ma petite demoiselle, auriez-vous un frère, par hasard?

Mademoiselle de BntMoaT. Hé bien! si {'en avais un ?

Le capitule. Quand vous en auriez trente [ je les prierais les uns après les autres de venir derrière le couvent des Chartreux. . . .

Mademoiselle de BRcaioaT. Capitaine, je crois, niai<^ré vos airs terribles, que ie premier qui s'y rendrait pourrait épargner le yojage à tous les autres.

Le r:\PITAI^E (avec mcpm). Tous êtes liicn heureuse de n être ou'une femme.

Le ton dent il prononça ces paroles me rassura pleinement sur le sens très - équivoque de ses «incitions préofcdentcs. J'allais répliquer avec chaliur, quand la baronne, qui ne cessait de veiller sur moi , me dit tout bas : Pour Dieul modérezvous I songez qu'il y va du salut de votre Eléonore. Cepeiidaut, madame de Li<>uolle, avec lâ vivacité qu'on lui connaît, venait de signiiler à son insolent beau-frère, que, s'il continuait à lui manquer ainsi de respect, elle le ferait tout à l'heure mx;ttrc à sa porte. IS'e faites paà attentiai^

y;', VIK DU C îl K V A I. H: IV

hoc qu'il dit, s'écria le conilc ; ceàt uuo tÙtc

'' llosAMBERT au cai'llainc).Mous\vw-,f\n\c,mciuo vous a tenu l'impeitiucut propos que vous vcn</. (le rendre, en a m.nti. Je suis fait pour m y counaiuc ; et, tout k Iheure, si ou l'exige , je vais signer que madame la comtesse a tout au contrauc mand besoin de son mari pour cela. Malhcurcusem.-nt M. le comte n'a pas du tout besoin de sri femme; lui, pas du tout, llest constiliué de manière | que , dans tout son individu, l'esprit l'emi^nte ce beaucoup sur la matière.

Le capiïAîne. Oui! il n'est pas trop bèlc , mûu

frère ; il compose des

RosAMBEivT. Fort bien; mais ce n'est pr.s avec de l'esprit qu'on peut faire un enfant à «a fcmnu-. 3 aurais donc voulu , dans ce sujet-ci , forcer l esprit à suspendre un peu ses opérations , pont qu'il n'empèchàt plus le corps de faire quelquefois les siennes. J'aurais voulu rétablir 1 équi-

lilji'c- . su

M. DE LiGNOLtE (au Capitaine, eu riant}. II n y a noint réussi. Tiens! toi , qui te mèb s de chimie, regarde un peu ceci : j'en ai bu toul ce qu. manque dans la fiole.

Le capitaine ( après avoir remué te vase, et ims sur sa langue une cjoutle du liijuide).

Coiblcu , quel est l'âne fieffé qui t'a composé ce breuvage de cheval?

M. DE LiGSOLLï. Ce' n'est pas un âne, c'est 1« docteur.

RosAMBEnT ( en saluant le capitaine ;'.' C'est le docteur.... M. le censeur! La preuve que ma potion n'était pas trop forte, c'est C£u't'lle n'a rien ■fait.

Le capitaine. Corltlcn ! une décoction de mouches cantharidesl l'aphrodisiaque le plus puissant! et ;i une dose. . . Si j en prenais la vingt-cinquième partie, je serais, pendant vingt-cinq nuits, corn me un enragé. Il y avait de quoi mettre eu fureur tout mon équipage..

Madame d"Arminco"cii (en pleurant). Cela n'a pourtant rien fait.

Le cAi'iTAiNE. Rien fait!... Corblcu, mon pauvre frère, il faut que tu aies de la glace dans le cœur, dans les entrailles et partout. Corblen , de quel limon notre chère mère t'a-t-elle donc pétri? Ce n'est pas le même sang qui coule dans nos veines , au moins ! ce n'est pas le même sang. II est vrai que je suis le cadet, et de plus d'une année, sans compliment ; mais de tout temps , il faut en convenir

M. DE Licnolle en se frottant les mains}.. C'est pourtant mon géixie qui est cause de cela.

Le CAriTAiSE. Corbleul quel chien de génie! Je suis fort aise que tu l'aies pris pour toi tout entier; car, à ce compte-là, tu en as eu, 'dès ta première jeunesse , du génie. De tout temps , c'est ce que je voulais dire tout à l'heure ; de tout temps , mon c lier frère aîné s'est montré , du côté du beau sc\e , un fort petit monsieur.

PIadame D'AnaiisconR (au capitaine toujours en pleurant, /n-att avec colère). Puisque vous saviez

if» \ ii: nu crir.vAfjKiî

«•(•la, poi;i(]ui)i donc avcz-votis soiifli ri qu'il pvîl une leniiiic .'

Le CAPITAINE. Eh! poiu-quoi l'auiais-jc(iii[iccli(5 fle lliirc un mariage avantageux?

Madame d'Auviincouu ( e/i fureur ).'l^'!\{Tvcxtx Calcul !..... . (Au comte de, Litjnolle). Maiulil lie!

cspi'it , je voudrais inaintenant qtic ta femme te fît cocu aulaut de lois qu'elle a de clieveux sur la tète.

LECAriTAiNE. Vraiment! on dit que l'idée lui en a pris, mais je la lui ferai bien passer, moi. Ja suis revenu dans ce pays-ci tout exprès.

Madame D'AiiMiifCoun (au capitaine). Et toi , M. le fier-à-hras, je voudrafs que quelqu'un (en jetant un regard sur mademoiselle de Eruinont) , do ma connais.'auoe, te donnât autant de coupa d'épce , que ma uicco a de cent mille livres do rente.

LecApitaihe (du tonde ta menace et en ricannnl). Ce quelqu'un de votre connaissance, dites -moi 60U nom , bonne femme ?

Madame D'AnMiscoun. Bonne femme!.... son nom!... son nom 1 Va, va^ tu ne le sauras peutttre que trop.

Le CAi'iTAiXE. Corbleu ! nous verrons Au

reste , mon frère , tenez-vous sur vos gardes

lisez cet article d'une lettre que j'ai trouvée en rf'iuraiil dans le port de Brest. Ta m'avais dit <jue tijn frire ne pourrait jamais consommer son mariage... Je ne me souviens pas d'avoir dit cela; mais c'est égal, continuons : 'Comment se fait-il donc (jue ta belle-sœur soit enceinte? L'est-elle ?

DE FAUBLAS. ^j

iVo.^iMBEiiT. Elle ne l'est pas.

Le capitaine. A la bonne home , corblcu î

(A son frère.) Cette lettre est signée Saiiit-héon , liiï fie mes amis , tu sais bien. ... Bouillant de colère f je prends la poste, j'arrive, je descends chezSaint-» Léon. Saint-Léon dit ne m'avoir point écrit. Je lui montre ce papier, il me prouve que ce n'est pap Sun écriture , qu'on a seulement voulu l'imiter.

La BARO^'^E [bas, à mademoiselle de Bruinont)^ Je crains bien que ce uc soit une perfidie de votre marquise. . . . (Au capitaine.) Voyoïis cette lettre... ( En la lui rendant. ) Si vous ttes un homme raisonnalile, je vous demande ouelle foi méritent les iivrulpations d'un faussaire?

Boni bon! je veux bien croire que cela ne soit pas tout-à-fait vrai ; mais la famée ne va pr.s sans feu... Je compte m'établir ici pendant q'iieîqiies jours, et que je voie un gringalet s'approclier d'elle! Je consens qu'un million de tonnerres m'écrase, si je ne lui mets dans sa poche les deux oreilles du Mirllfleur.

rjADEMOiSELtE DE Bhumost. M. le capitaine , votre nom est venu jusqu'à moi. Vous l'avez rendu mallieureuscment trop célèbre. Tigre toujours altéré , quand vous ne pouvez assouvir sur l'Anglaisla soif Cjui vous dévore, vous buvez le sang de vos frères. La France, on le sait bien , n'a pas da plus fameux ducULste que vous. Croyez pourtrnii eu il reste encore dans le royaume quelques braves jeunes gens, qui , pour ne pas faire comme vous méiier de massacrer saïas cesse , n'en seraient pas moins très -capables de vous combattvs et

,3 viK nii cnr.VALiKH

j.cut-ètrr .1. v.M,. y.umv. Si jélais à la pbcc cle 1« comtesse, je voiitUais cli. moins l'c-ssavev.^ D'^s r-.- ,oii- délerminée par vos menaces, je piend.a.s un amant. . . . que j'avouerais ; je me plairais à eho.-uparmi ces jeunes gens le plus faible peut-Ctve. . • • liOSAMBEiiT («vec enlhousiasind). ÎNon ! le pliis îcuae, mais le plus redoutable; un joli gar.j.u» d'une adresse extrême, cVuue étonnante forée, tVune iulrépiclitc rare ; et moi f£ui vous parle , mad ,m.^ la .omtessc , je consentirais h perdre la vie , si celui-là, tout au eontrah-c, ne vous rapportait pas les oreilles du capitaine, (;u;uk1 vous les In. auriez demandées.

La baronne [a.cc promrlin.dc). Oui ; mais vous ne les lui demanderiez point, nest-il paA vrai, comtesse? vous ne les lui demanderiez point; vous ne vous vengeriez des menaces dun spadassin cius par le mépris qu'elles méritent.

Le capitaine. .Te me soucie Lien que des péronnelles me méprisent: En attendant, je vais toujours m'ét;d)lir ici

La comtesse. Dans cet hôtel ? il n'.n sera rien . Le capitale. Comment ! mon frère , je ne logerai pas chez toi ? • i c La comtesse. Assurément non; car je ne le sout-

fi-irai pas. , ,

Le capitaine [au comte]. Tu ne me repon(.S pos ^ tu ne la fais pas taire ? Ah! tu te laisses mener par une femme! corhhu '. je voudrais Être a ta place , seulement pendant vingt-quatre heures , le Jnari d'une pie-grièche; je lui ferais voir du pays, cnoi : ^ A la comtmc. ) Lu ! là ! ne vous fâchez pas .

i.;i ne restera pas ici malgré vous; mais ou se lom ra dans la mcme rue.... et comptez que je voussurveillerai, princesse! comptez que ce ne sera ]ias ma faute si vous réussissez à devenir une petite catin.

A ce dernier outrage du capitaine, la comte se devint furieuse; et, pour toute réponse, elle lui jeta à la tète un flambeau qui se trouA-a sous s» main. Je vis l'instant où le brutal allait rendro coup pour coup. De la main gauche j'arrùtai son bras déjà levé, et de la droite, prenant le géant au collet, je le repoussai si vigoureusement, quo je l'envojai cherciier à recidons , jusqu'au bout de l'appartcmciit , un appui contre la croisée, qu'il brisa. Si le balcon n'eût retenu le capitaine, il descendait par la fenêtre. Bien ! ma cbère Bruinent I bien! criait madame d'Arniiticour , il faut le tuer! tuons-le, ce grand coquin, qui im- lait mourir de peur! qui insulte mon cniant et qui veut la battre! .le n'avais pas besoin des encou.agemens de la mar(|uise ; j'étais si transporté de colère , qu'avant aperrn sur un fauteuil l'épée de JI. de LignoUe, qu'il y avait laissée fa veille en se déshabillant chez sa femme , je m'élançai pour I."* saisir. Rosambert,, qui seul conservait quelque sanc-froid dans une scène aussi scandaleuse , courut à moi : Malheureux, me dit-il, si vous la tirez, vous allez vous trahir I

Cependant le capitaine, a.isis sur les débris de la fenêtre, me rciiardait d'un air étonné, se coutemplait lui-même avec surprise, riait d'un gros rir^-, et disait: C'esl pourtant bien cette morveuse,

So X vu: DU ClIKVALl VAX

qui, du premier coup, m'a campé l."i ! 'A-I-cllo doS Lras df fer? (lu ne suls-jc pins fju'im homme de paille? Corl)lcu ! ce cjnc c'est q\n: clTiic pris au dépourvu? uu enf.mt vous l)iLtlr;iil! .. miiis t:cLto é])i (• (l'iille ^ oiiliiit lircr cou tre moi! qu'estce «lue j'aurais donc pris pour me dcfeudre, mademoiselle; une épingle noire? (Enfin il crut devoir se relever.) Adieu, les charmantes dames; adieu , mon pauvre fi'ère ; adien , mon aimaldc petiî.c sœur. Je me ressouviendrai de la bonne réception tue vous m'avez faite. Corbleu! je ne m'en vais pas loin , et j'aurai l'ail sur voire conduite. Laissez-moi faire; il sortit.

Monsieur, c'cs; vous que j'r.dmirc, dit alors madame deL^g.iolle à Eon mari. Yotre tranfjuillité me fait plaisir! Vous m'auriez donc laissé tuer cuiis changer seulement de place? Il lui répondit

d'un fur préoccupé : Oui, oui plaît-il? ali 1 jo

vous demande pardon : mon corps était là, moa cs^nit ailleurs.... Je médite le plan d'un nouveau

poerac, il aura huit vers, celui-là j'irai pcut-

iitre jusqu'à la douzaine;... et, puisque le docteur assure que l'équilibre ne se rétablira pas, je

veux justifier les éloges qu'il donne à mon

génie! comme il dit! je vetix que cet ouvrage soit

un p'itit chef-d'œuvre; comme il appelle les

niuics! et je vous quitte pour travailler sans teiûche à cela.

Quand il fui parti , nous perdijnes quelque* minutes h nous regarder tous en silence. Chacun de nous, pcut-tti'e étonné du présent et inquiet de l'avenir, prenait tout bas conseil deu

DE FAUBLAS. 5i

circonstances. Madame de Foniose la première Ouvrit la bouche pour nous recommander beaucoup de prudence; la marquise s'écria (ju'il fallait cuh; le chevalier ne revît jamais sa nièce : sa nièce protesta qu'il valait mieuxmourirque de renoncer à moi ; moi , par un regard plein d'amour, j'assurai mon-ElLOnore de ma cunstance inébranlable, et je jurai que son grossier beau-frère me ferait bientôt raison des insolens discours qu'il s'était permis de lui tenir, et des inquiétudes qu'il osait nous donner. Voilà, dit enfin Rosambert , une très -mauvaise résolution. Vous devez, mon ami ,pour l'intérêt commun , dissimuler votre ressentijueut contie le vicomte; vous n'avez rien à faire ijue d'attendre les événcmens. Madame, quanrl elle ne pourra plus cacher son état , en fera Lt ronfidence à son mari. Il faudra bien que celuici , comme tant d'autres , prenne doucement la: chose, et avoue l'enfant. Le capitaine pourra crier, j'en conviens; mais c'est alors, Faublas,~ que vous vous montrerez. Vous irez dire deux mots à ce marin , qui ne sait pas vivre ; et je vou* connais , tout sera fini.

Tout le monde ayant reconnu que le conseil dé Rosambert était infiniment sage, madame d'Ar-^ mincour, en sanglotant, me remercia de ce qju» j'avais défendu sa nièce, me supplia de vouloir bien la défendre toujours , et m'ordonna de m'ea aller pour ne plus revenir. Pauvres enfans! ajouta- ■t-tUe en nous vovant aussi pleurer , votre peine fend le cœur; mais il le faut, il le faut.... Ah! . 5U. de Rosambert, pourquoi celui-là. n'est-il pa*-

5s. VI i: DU CI1EVAL[K!V

s( Il niai'i .'. . . . — \'icus ce soir, inurirxir.'iil tout Las mou ftlôouorc. . . . à minuit.... Nous avon» mille choses à nous din.... \ ions. — Oui , ma

charmaulL- ainit.' , oui. Po i)omio licurc, parce

qui! la marquise doit aller aux fianeailles d'une parente, et ne reviendra pas souper.

Malgré sa tante, elle s'était jetée dans mes bras, «Ho nie tenait pressé sur sou sein , elle me faisait mille (aresscs, et incnu; elle baisait jjvec transport mes plumes, mou (ichu, ma ceinture et ma robe, comme si elle eût pris congé de mes habits, comme si elle eût deviné qu'elle ne devait plu» voir mJK demoiselle de Briimont.

On ne parvint que difficilement à nous séparer. Ah! madame la baronne, restez du moins quel.jno

temp.i avec elle, et tâchez de la consoler. Je Ici

veux Ijien , ré[)ondit-elle : M. de Rosamb(;rt a stt, voiture; qu'il vous ramène I Dans une heure jo vous rejoins chez le baron.

En voilà une qu'il faut plaindre, me dit I* comte ; car elle paraît avoir pour vous un attache», ment véritable ! — Uosambert, croyez-vous que j» ne l'aime pas ? — La bonne question ! Je sais bien

que vous les aimiez toutes. Oh! celle-là, c'est

de tout mon cœur; je la préfère. . . . — A Sophie ?

— A Sophie ! . Non non pas à Sophie.—

A madame de B***? — Oui, mon ami. Tant

mieux 1 s écria-t-il tant mieux pour moi ; celas

me venge. Mais tant pis pour cette aimable enfantj car voilà certainement d'où vient la haine que ht marquise lui porte. — La haine? — Assurément! pensez-vous que ce puisse être une autre que m*-

tlamc fil' n*** qui aitt'-crit cette lettre pseiicionj»-Tne au vicomte? — i-Ah! Rosambert , pouvez-vous la soupoonnei- d'une?. . . .- — 5Ion rimi, vous ne vovis vous défiez pas assez de cette feinme-lii. — Mon

ami, vous vous en défiez trop Au reste, je

vous le dermnde en grâce, parlons d'autre chose. — Volontiers, aussi bien je veux vous apprendre rne nouvelle fjni va vous réjouir et vous étonner :

je me marie demain. Et aous voalez que cette

nouvelle-là m'étonne? Votre convalescence est nffeimie. 11 est clair nue vous allez vous marier

tous les jours. ?îe croyez pas que je badine.

C'est très -sérieusement que je me marie.- — Trèssérieusement!-" — Oui, sérieusement; au pied d<;s: autels. Il n'est pas possible. On n'ea a point entendu parier. Il y a cependant plus de quinze

jours qu il en est question. On m'a fait donner ma j)arole d'iionnt'ur de n'en rien dire à qui que ce soit, sans distinction : les grands parens qui craignaient lopposition de tout le reste de la ntim- Lreuse famille , ont exigé le plus profond secret ; ils ont même acheté la dispense des bans. Ma mère aussi me recommandait le silence; elle tremblait que ce mariage avantageux ne vint à manquer par fpielque indiscrétion.- — Je ne reviens pas de ma surprise. Quoi I Rosambert, à vingt-trois ans, a pu

se détermiiier. .. . Il l'a fallu. D'abord c'est la

comtesse de ♦**, vous savez bien, la confidente

«le madame de B*** I — Oui. C'est elle qui s'est

mêlée d* cette aflTaire avec chaleur. ... De quelque prétexte qu'elle ait essavé de couvrir l'intérêt ex- •cisme qu'elle y mettait , je ne me suis point abusé sur

5î VIE DU CHEVALIKU

ses vrrilaUps mollis. Il no m'a pas été malaisé de f.ciilir f(ii fUc le faisait moins pour m'ol)Ji;j;<'r que ])om- ilésolcr son ancienne amie; et sur cet article, j'en roiivicns, il était fliillcilc qu'elle eût plus de ]>onnc volonté que moi : la marquise d'ailleurs m'a pressée. . . . — La marquise? — Oh! dès qu'où parle d'une marquise , il croit que c'est la sienne. ÎVou , clievaliery celle-là n'<;st pas folle de vous ; c est la marquise de Uosambcrt; la m.'irquise m'a pressé, prié, conjuré; elle a ])leuré mùme. Oii ne lésiste pas aux larmes d'une mère! Je me suis donc laissé flécliir. Ce soir, je signe le contrat : demain , j'époust vingt mille écus de rente et une jolie lillo. • — Jolie .' — Oui , vraiment : lair un peu niais cependant , et d'une iuuocenct- 1 à laire mourir

de rire. — Qtiel âge? — Pas tout à-fait quinze ans. Oh! -c'est une éducation tout entière d(;nt je mo charge. — Son nom? — Vous le saurez après domain. Tenez, venez après demain fie bonne heure; je vous ferai , sans façon, déjeuner au lever de la mariée. Aimez-vous les mines du lendemain? Aimez-vous à voir une toute nouvelle feinmc un peu gtnéc dans sa marche, les yeux battus, l'air encore tout étonné? Vous riezl— Oui , vous me

faites penser à quelqu'un. Il a rai:ion! Je suis

adjiiirable, en vérité! je me tourmente à lui pein- <!r.> ce qu'il connaît mieux rjne moi ! ne lui sont-ils pas familiers ces airs du lendemain? iNa-t-il pas vu la charmante Lignolle et la belle Sophie? El: que saii-jc? d'autres peut-être dont il ne m'a point parlé ! . . . . Mais n'importe , chevalier, vous pourrea goûter un nouveau genre de plaisir , faire d'in-

tcressanteî observations , vous rendre compte à vous-incnic de ce que vous éprouverez aujirès d'une Agnès fraîchement épousée, dont cette fois ce ne sera pas Fauhlas qui aura causé de petites douleurs secrètes , le charmant embarras -^A'oi là ])ien , mon

(lier lîosambert, les idées d'un franc libertin!

Ne faites donc pas l'enfant. Ne vous eu défendez joint. . . . !\îoi qui vous parle , ne trouverai-ji; pas

mon compte à cela ? n'aural-je pas aussi mes jouis-i sanccs ? ne serai-je pas- encore plus enivré du bonheur que quelqu'iui lu 'enviera ? . . . M'enviera très-. inutilement! . ... . . Je connais les petits inconvé-

niens de l hvmeu ; je connais le plus inévitable de tous , surtout quand on a l'honneur d'élre l'intÏDie ami du chevalier de Faublas ; mais cette foi;; , M. le vainqueur, ne voxv> applaudissez pas d'avance d une couquè.'e nouvelle. Je compte , et je vous en avertis avec confiance , je compte ne jamais aller gtossir l'universelle confrairie. — Bon !' voilà encore une exception : et c'est Ilosamb<;rt , Rosambert , qui , même la veille des noces , a déj't le langage îles époux. Il ne doit pourtant pas avoir oublié ccmbicn de fois l'aveugle entêtement tle ces me.'îsieurs a fourni matière à ses plus piquans sarcasmes. Tous en géiitral conviennent qu'il n'y en a pas un q\ii ne .'e soit ; et chacun en particidier vient vous afiirmcr que lui ne l'ect pas! et vous

aussi, llosambert, vous aussi! Faublas, écoti-

tez-moi ; et dites vous-même, si je n'ai pas quelques raisons d'attendre une autre destinée.' Qu'un vieux gnrron , rassnsié de plaisirs , épuisé p.lr «l'ancieuncs bonnes fortunes, découlé du momie

rS VIK DU CUKVAr.IlKR

«jii'll cmiiiio, i:t tics femmes qui le clélnissonl; (ju'tiii vieux gar\^'on , tl'ailicui-s éclairé p;n' la constante expérience des temps passés et de 1 âge présent, ose cependant braver à la (ois son siècle et l'avenir; qu'en l'pousant une jeune femme, il nouii jiorle à tous l'impertinent défi de le faire ce que tant d'antres ont été laits j,ar lui, cela cric vengeance : la foule des eé!i!>alaircs doit en ce cas se réunir jKjur conjurer le châtiment du fanfaron. Mais moi qui commence ;i peine mon printemps, <jue le monde recliovclie , que les femmes caressent ; moi qui ne saurai refuser à la mienne aucune espèce de plaisirs... — C'en est assez, Kosambert, n'achevez pas , je vous en supplie , vous me caus»^» trop de surprise. 11 faut que l'hjmen ail bien de puissans })restiges pour obscurcir ainsi les meilleurs jugemens. Je ne vous reconnais plus 1 C'esli an point que, si j'avais moins de chagrin , je me

moquerais de vous. — Vraiment? 11 faut que

j'j prenne garde, vous me donnez une véritabla

épouvante. . . . Allons Eh liien ! me voilà déjà

résigné. Je prends mon parti d'avance, eu galant homme. Je promets bien, quoi qu'il puisse arriver, qu'on me trouvera toujours moi-môme

Oui 1 si la jeune femme a quelque affaire de cœur, il faudra qu'elle soit hoiriblcmînt maladroit© pour (]ue je m'en aperçoive, je vous assure. Je crois qu'on ne peut pas mieux réparer ses torts,, chevalier. On ne peut pas mieux commencer! .To vous mets à voire aise. — Moi, llosambert? Ahî jiuisse tout le monùe , autant que Faublas , respec-tcr vos heureux liens! Ces maximes que je rcpi>

DE FAUDL-AS. 5j

tais tout à l'heure, ce si»nt les vôtres; Je n'en eus jiuiais de pareilles. Jamais je n'ai séduit, je me Miis tiouv& toujours entraîné : la marcjuise fut mon premier attachement ; Sophie est mon unique passion ; madame de Lignolle sera wà^a dernier amour. — Dieu "vous entende et vous eu pré" serve !

Ccpcndnnt Rosambert avait affaire chez lui ^ tious nous V rendîmes ensemble , nous v causâmes pendant à peu près deux heures , et le temps u» me parut pas long; car le comte me permit de l'eutretcnir sans cesse de mon Éléonore. Enfin on xaé Teronduisit à l'hôtel. Madame de Fonrose sortais de l'appai'tement de mon père , comme ]'y eotrais j le baron paraissait fort animé, la baronae ctaij J)âle et tremblante. Hé bien ! s'écriait-elle avec un dépit mal déguisé, nous tâcherons que le déscs-i j)oir de cette perte ne nous fasse pas tourner la

tête Vous voilà, belle demoiselle? donner-

moi la main jusqu'à votre voiture Chevalier,,

si vous voyez bientôt votre cruelle marquise , dites-lui que je la perdrai, dussai-je me purdr* aven elle.

Lorsque j'eus quitté mes h ibits de femme, nous bous mimes à table, M. de Belcour et moi, quoique nous n'eussions pas plus d appétit l'un que l'autre. Mon père, vous ne mangez pas? — -Moiï fils , je suis malade d'inquiétude et de chagiin. . . . Mais vous non plus, vous ne touchez à rien? — J'ai ma migraine. — Votre migraine ? Je vous cort" ïeilled'y renoncer. Elle ne réussira pas cette fois...

58 YiÉ DU cii;-:vALii;n'

Mon fils , lisi'z le «Icniicr aiticle de cette lettre que j'ai riM^iio ranlre jour par la petite poste.

« On croit dc\'oir aussi vous avertir fjuc madcmoicc selle de Brumont a passé la nuil dernitrc clicz ma- « dam>. de Licjiwtte , et ijue c'est encore la baronne dà \ « Fonruse (lui l if a conduite. »

Un écrit anonyme I mon père.- — Foit hien, mon lils! mais oserez-vous dire que le lait n'est

pas vrai ? Mon fils , vous ne sortirez plus le

soir. ... et madame de Fcnrose, ajouta-t-il d'une voix fort altérée, madame de Fonrosc n'abusera plus de ma confiance. . . . Elle ne me trahira plus , l'ingrate baronne! Mon ami, je suis homme, et par conséquent sujet à l'erreur. Quelquefois je m'ép;are; mais, dés que j'aperçois l'abime , je fais lui pas en arrière , et je change de route. Mon ami, poursuivit-il, en prenant mes mains dans bs siennes, voulez-vous ne m'imicer que dans mi « faiblesses? Ne l'avais-je pas bien dit, que vo:.:': finiriez par la perdre , cette enf;int , si malheurcu;,i et si charmante. — Qui, Sophie? — Non, madame de Lignoilc. Madame de LignoUe! —

Puistju elle est enceinte, puisque désormais sn.; mari ne peut croire. . . Comment fera-t-on pour in sauver? Oh! ne m'en parlez pas! depuis ce matin , je cherche en tremblant quelque moyen do l'arracher aux malheurs qui la menacent. C'est en vain que je me tourmente. Je suis au désespoir! — Son beau-frère est arrivé; vous venez déjà d ;^ voir ensemble une terrible scène Mou fiJ»^

DE FAUBLAS. Gy

connaissoz-voiis ie ijapitaine? De réputation,

mon père. — Savez-vous qu'elle est affreuse et grande, sa réputation ?^— Affreuse et grande, j ' le sais.^— Savez-vons que le vicomte de LignoUc a

souvent touché Saint-Georges ? — SouveiU ?

Je le veux croire. Savez-vous que cet homme-là

s'est battu deux cents fois peut-être? .... Tant

pis pour lui. — Qu il n'a jamais été blussé. — îl

n'est pourtant prs invulnérable, sans doulcl

Qu il a mis bien des pères de famille nu désespoir M. le baron! que vous importe?

Que sa fatale épée a moissonne des jeunes »ens de

la plus grande espérance? Eh! mon père,. il ne

faut peut-être qu'un jeune homme obscur pour

• les venger tous. — Mon fils, le eauitaiue ne ptut

1 pas manquer de savoir bientôt que mademoiselle

i tie Brumont est i'amnnt de madame de LignoUo ;

j'tivoue qu'il découvrira plus- difficilement nue

Eiadcmoiselle de Brumont est le chevalier de Fi.u-

l>ias; mais enfin. . . . tôt ou îarri ! tout semble nous

assurer qu'il le découvrira. Mon lils , que ferez-

vous alors? Ce qu'il faudra laire. Voilà, M. le

baron , permettez-moi de le dire , une étrange. . . . -^A Dieu ne plaise, s'écria-t-il , à Dieu ne plaise que je veuille outrap;er ton jeune courage! je t'avoue même, ajouta-t-il en m'embrassant, (juc la ijère simplicité de tes réponses m'a fait un plaisir extrême; et moi aussi, quelquefois je suis fier; mais c'est de mon fils! c'est dans mon ills que j'ai iriis tout mon orgueil ! Tu ne sais pas comme je jouissais, quand je te voyais, à peirie^ldolesccnt, D'«voir plus d'égal dans aucn;; de les exercices^

(îo VIE DU CilF.V ALir K

tantôt rnim-iiLi- ciinvcit (rérunic, cl hrinci de fatigue, uu fou»iicu\ cheval que les |)!iis fameux écuycrs ne montaient qu'en trcniblanl ; tantôt, avec le fusil , l'arc on le pistolet , Irapjjer dis premier coup l'oiseau que tous les tireurs avaient planqué ; tantôt , clans un assaut publie , aux veii:. d une no;nbrenPe jeunesse , toujours élonné« , battre ou desarmer tout ce (ju'il y avait de maîtres clans le régiment nouvellement arrivé. Clin^-un alors, décernant an jeune chevalier le prix de armes , venait me féliciter de l'avoir pour (ils. Cependant, je me l'avouais tout bas avec une sorte d'inipa!icnce,et non sansquelque espèce d'inquiétude, ta supériorité ne serait bit.n consacrée , que lorsqu'un événement toujours fat:!l l'aurait o])li^j de subir une dernière épreuve trop communément malheureuse pour le succès de laquelle , sans la courage, l'adresse n'est rien. Tu l'as trop tôt sou- Icuue, cette épreuve; mais tu l'as soutenue j>lu8 que bien, j'ose le dire. Si la colère l'eût moins aveuglé, ce M. de B*** , qui jouit de quelque réputation dans les armes, il aurait pu t'admiier à la l'orte-McnHvt , lorsqu'avec une dextérité mer« vcilliuse, avec un imperturbable sang-fi'oid , jjTiaîtrisant le fer ennemi^ comme s'il eût encoro été question de recevoii' seulement un coup da ileuret , tu déployais , dans ce combat devenu iné-« ^al, autant d'habileté que de force, autant cl» ■\aiilance que de magnanimité. Alors vraiment ja i-econuMs que Faublas , aussi intré[iiJe qu'adroit, iie rancontrerait jamais de vainqueur. Alors, suri>vis cie voir, dans un jeune homme t'a scizs ans, I2

DE PAUBLA.q. (h

^Tinion a ml talent peu commun , et d'une vcrta plus rare , ton heureux père , au < omble de la joie, se rappela qu'il ne sétait reposé <[uo sur lui-même du soin de veiller à ton éducation , et ne put , sana quel<jue mouvement d'orgueil , contempler son ■ouvrage. Alors aussi, poursuivit M. de Belcour, en m'embrassant encore , je me reprocliai d'avoiV attendu l'événement pour i-endre justice au plus digne des lîis ; et toi , Faublas , pardonne-moi mes premières délïanccs : Va! si c est un crime de n'avoir pas cru d'avance aux vertus qiii ne m'étaient pas encore prouvées , tu m'en vois puni : va! j'étais autrefois moins tourmenté de la crainte qu'elles ne te manquassent , que je ne le suis maintenant de la cortitude que tu les possèdes au suprême degré. Oui , mon ami , c'est l'excès de ton courage et de ta générosité qui cause aujoui'd'îiài mes plus vives alarmes. Permets-moi de te deman-

dcr plusieurs grâces. Des grâces'? Je te

prie de ne point aller à ton ennemi , je te prie de laltendrc, s'il te vient oliercber ? Eh bien, tu feras ion devoir. Néanmoins je te supplie de n'accorder le combat qu'à cette expresse condition , que vous pouri'cz l'un et l'autre amener un témoin. Je veux voir ta seconde affaire plus dangereuse que la première ; je veux , par ma présence , l'obliger à revenir vainqueur. Faublas, gardez-vous d avoir pour le vicomte de Lignolle les magnanimes ménageîncns do:it vous usâtes envers 1>; marquis de B***. l'eu s'en iallut, je m'en souviendrai toujours , peu •s'en fallut que votre générosité ne me coûtât moa IlIs. Avec le vicomte, tu n'en serais pas quitfe. te â

0 2 \ IK DU eu KVALl V.n

jour une m'-u-trissure; jum.iis le cajutaiiic n'a jiortii t!c foups qui ne fussent mortrls, el je le le vepétc : 4.1 eil: lUi lii>mine encore plus lévocc que i(ic!outa!jle , un clneUiste «le profession, tii sa Lravoure n'avait été tl'aiilcurs quelqiielois ulili; à t é'tat, il eût depuis lont^-lcnips, pour la vengeancu publique , porté sa icle sur un éolialaud. Son existence attcPlc le malheureux oubli de la plu»; sage de nos lois. Son<;e-s-y, Fauiiias , quand 1<: momeul sera venu de le combattre : alors , je l'en conjure , songe à ton père, à ta sœur , à ta Sophie, h madame de Lignolle s'il le laut; alors, pour la propre sTinîté , pour le salut de tons, pour la tardive satisfaction de cent laniiiles , immole la \ intime dont le ciel te demande le sang. Celui-là , lu Je sais bi<!n , doit recevoir la mort, qui se fait un nfTreux plaisir de la donner; frappe sans pitié, frappe , purge la terre d'un monstre , ,ct déjà ta jeunesse n'aura jias été tout-à-fail inutile au repos des hommes. ..... Mais , s'écria M. de Beleour , il

me vient une réflexion vraiment inquiétante. Depuis trop long-temps , des voyages , des maladies , plusieurs malheurs t'ont foreé de négliger tout-àfait tes exereiecs. 11 v a sent mois, plus de sept mois que tu n'as niaiiié de fleuret. Mon Dieu! si tu avais perdu quelque chose. de cette agilité piodigieusc qu'on admit^it, et qui s'entretenait surtout par l'halntude? Si tu n'avais plus le coup d'œil si prompt , les mouvemens si sûrs ? Mon Dicul si lu n'étais plus que de la seconde force? PJssayons

Ensemble , cKsajons tout à 1 heure; Tu n'as

pas faim ? ni moi non plus Tes fleurcis , où

«ont-ils , Ah ! je t'en prie , dcnnc 1 . . . cuancl ce ne sciait (juc p-.ur me tvanfjuiiliser. Je t'en prie, mon ami , donne vite .... bon ! .... je regrette bien de . ne pas pouvoir opposer une résistance «'gale à l'attaoue , mais du inoins je me détendrai le

moins mal que je pourrai Je suis en garde ,

va Ce n'est pas celai Vous me ménagez,

Faublas; je vous^ordonne de déployer toutes vos foices. Vous le voulez, mon père. Allons.

En deux minutes , il para vingt coups , il en reçut trente. Bien! s'écria-t-il , parfaitement bien! mieux qu'autrefois! vraiment je le crois. Oui! plus de souplesse encore , et de vigueur , et de rapidité! c'est l'éclair, c'est la foudre! Jamais, poursuivit-il, en passant plusieurs fois la main sur sa poitrine, jamais tu ne m'as donné de coups si forts , de coups qui m'aient fait tant de mal. ■ • • • Non! tant de plaisir!... Rends-moi pourtant un autre service : prends tes pistolets , descends dans le jardin , amuse-toi à tirer quelques oiseaux... Je t'en supplie! J'obéissais, il me rappela : Je ne puis trop me bâter de t'appiendre une nouvelle qui doit te combler de joie. Samedi , sans autre délai, nous partirons pour tâcher de trouver Sophie.-—Sophie? Samedi? Voilà, comme vous le dites, une nouvelle qui m'enchante ! — Va dans le jardin , mon ami , va.

J'y descendis, non pour troubler d'heureux oiseaux dans leurs amours, mais pour rêver aux miennes. Samedi nous partons ; nous allons chercher et trouver Sophie ; quel Ijonheur ! Mais

que dià-jc ! et que deviendra madame de Lignollc ?

TTÎ vu: DU CIIKV AU I.JV

quitter mon Elconove ! la qiiiuui- mnintenant ïl

dans ('inq jours! malhcur«;ux. !

Je 1110 ])ix'cipitai dans l'appaiieinent de mou ^ici'c : IN'y comptez pas, M. le baron ! n'^' compte! pas ! Qui moi ! peidde avec làclicté , je sortirais do Paris quand le capitaine vient m'y chercher I j'a- Landoiinérais la mère de mon cniant, au monjent OÙ ses ennemis s'assemlilcnt autour d'elle! n'y ■ comptez pas, M. le baron! j'j vous proteste qu'il n'en sera rien.

Mon père demeura sî stupéfait , (ju'il ne put nuf cépondrc. Et moi , sans attendre que, revenu de sa première surprise, il s'e.xjiliquàt , je courus à m?i 4:hambrc, où je m'cuferma'i pour cciire.

(c Ma chère Élconorc , ma charmante amie , j« » suis au désespoir : ce soir nous ne nous verrons p pas. Mon père sait toutj il iaut que ta tante soit « plus instruite que tu le crois ; ta tante s<;ule peut if avoir fait passer à M. de Hclcouit l'avis fatal, <( qui nous enlève une nuit fortunée Hélas! il est «( donc vrai que tout le monde se réunit contre v deux amans! Il est donc vrai que tout le monde, « en conjurant ta perte, ose m'attaquer dans la- « plus chère moitié de moi-même! Sois tranquille «cependant, sois tranquille! Faublas te reste,. « Faublas t'adore ; ton amant , quoi qu'il puissee arriver , perdra la vie plutôt que de t abaa^ u donner. »

<( M.V BELLE MaMAS ,

« Vous aiir ;is-je offensée par quelque nouvelle « étourdcrie ? Il j' a dii-huit mortels jours que je ^

<t suis privé du honheur de vous voir. Ali! par- « dounuz-moi , si je suis coupable; et, si je ne le « suis pas , daignez reconnaître vos torts et les rét( parer : donnez -moi pour demain Theure du « reniiez - vous. Ma belle maman , vous m'avez « promis conseil , amitié , secours , protection ; <( c'est tout cela «juc je récJanie. Mon père veut t m'cmmcner arec lui , dans cinq jours, pour aller a chcrchcrSonhie ; et je dois aujourd'hui craindre it plus que la mort ce départ qui faisait, il n'y a « pas long-temps , l'objet de mon plus cher désir. <i Vous , ma belle maman , qui savez remédier à ic tout, ne pourriez-vous pas remédier à cela? Je <( vous supplie de ne pas m'abandonner à moi- « même dans une conjoncture aussi diiBicile. Je (f vous supplie de ne me point refuser pour demain « vos avi^ , par lequcls je vous promets de me « conduire.

K Je suis, avec la reconnaissance la plus vive, (( avec l'amitié la plus tendi-e ,^ avec le plus « profond respect, clc. »

Tiens , Jasmin I va vite chez Lafleurel chez ma»dame de Montdcsir. Prends l'habit bourgeois , prends les précautions ordinaires , et regarde bien bi dans tes courses tu n'es suivi de personne.— lûonsieur, me dit-il à son retour : Madame Montdésir Maci.-ime Montdésir! madame Mont-

désirl Lcp.eur, d'abord. — Vous voidez donc qus je commence par la fin? Monsieur, je n'apporte pas de réponse de Lafleur. Je venais de Itii vemcttre votre billet, quand il m'a dit : Jasmin,

66 VIE DU CTIEVALIEU

';iimcs-tii l<'s coups do; bâton? — Non, d.'i! lui aljc lépoiulu. — Eli hii-n ' mon ])on ami, n-l-il léplituié, vois-ln clans le café qui est en face fie l'hôtel , cet oflîcicT, grand comme nu monde I - — Il n'a pas l'œil lion! ai-je encore répondu. — Eii Lion! mon lion ami, a-t-il encore répliqué, je crois qu'il vient de l'apercevoir de cet œil-lii. fciaiive-toi vite, si tu ne veux comfiromettre ma maîtresse et ton dos. Alors , monsieur, je n'ai plus» rien répondu; mais , sans me le faire répéter deux fois, j'ai pris mes jambes à mon cou, et me voilà. •—De s-rte que, grâce à ta bravoure, je n'ni pas do nouvelles, de tnaùame de Lignollc. — Monsieur , je ne vous en aurais pas apporté davanta^jje, quand je me serais fait écliinerparcc grand diable.

Il faudra pourtant ])ien que tu y retournes. — •

Oui , ce soir; le géant n y sera peut- être plus. — Eîifin , madame de Montdésir J^ — Elle m'a recommandé de vous assurer qu'elle s'ennuyait bien de n'avoir plus l'honneur de votre visit<! ; qu'au , vrsîe. elle allait envoyer tout de suite votre billet, qu'on attendait depuis plusieurs jours ; et que demain matin vous auriez la réponse.

Elle vint en effet de bonne heure, la réponse. 'Ce n'était pas madame do Mcntdésir qui l'avait écrite.

« Oui, J'empêcherai ce départ; mais n'avais-jc « pas raison de dire que votre Sonliie vous était (' moins chère? Quoi qu'il en soit, puisqu euTin « vous en témoignez le désir, nous pourrons ce « soir, à sept heures, nous rencontrer où vous « savez bien. »

J'appelai mon domestique : Allons , Jasmin , lUi cœur! Hier au soir, si tu n'en avais pas ni-iuque , tu aurais pu rejoindre Lafleur : va donc ce matin , va voir si le capitaine est toujours à soo poste.

Il y était déjà. Mon bon Jasmin , qui , piqué de mes reproches , venait de s'aventurer un peu plus que la veille , n'avait encore échappé que par une prompte fiiitc au géant persécuteur. Je reconnu» alors que-, si mon domestique n'était puissamment encouragé , ma commission ne s'achèverait pas. Je fis donc honnèt!.nient diner l'infatigalde courrier, qui, muni d'un uouvc'au courage, partit résolument pour son nouveau message, plus malheureux que tous les autres. Mou pauvre .Jasmin l'evint écloppé : cette fois , monsieur , j'ai pénétré jusque dans la cour; mais le grand diahle m'est tout de suite tombé sur les épaules. 'Il a crié : Que dcmandes-tu? j'ai répondu : Ce n'est pas vous. Il a crié : On n'entre pas! que demandes -lu? J'ai rér.on.'lu de toutes mes forces : Pourquoi donc m'ompécheriez-vous d'enUer? est-ce que vous êtes le suisse ? 11 a crié. . . . non , il n'a pas crié. Il s est conîcnlé pour le moment de me détacher un coup de poing qiyi m'a fait voir trente-six mille cliaudelles au ciel. Et.c'est inoi alors qui ai crié; et j ai bien fait , car, si Lafleur et tous ses camarade» n'étnient venus m'arraclicr des maius du brutal et me mettre à la porte, je crois que je ne serais jam:\is sorti de la cour.

Quille fur' uv et quelle insolence!-— 3Iour.ieur, inu-rronipit Jasmin : Je ne me suis j)as g'-ué pour

08 V I i: DU ciir; VALi r: k

lui Hiinoiircr (|mc iikmi ni.iilii' ne sciiiit pns (lu loiit

.toiittîul tlu Uaiti'iiuiit. . . . Od'a-l il ri'|)Oii<lu ?

Moiisii'ur , c'cliiil nioi nui nqxjiiil.iis , lui! ne

faisiiit jamais que cricv. 11 a donc ciiii en rcdou- I)lant SCS coups : Ton maître ? son nom h ton niaitre? son nom? — Tu le lui as cnclié? — Oui, monsicni-. Oh! quand il aurait tlù ni'acliever sut Ja |)laci! — Kli bien! je vais de ce pas le lui ailediie , moi! — Bon ! s'écria Jasmin , qui me vit prendre mon épéc : et llauquez-moi ^a de coté comme ce petit M. de B***, qui faisait le mJ-chant.

Je me pié(;i|)itai sur l'escalier; mais heureusement M. de Bcloour se trouva- sur mon passage et m'arrêta : Fauhlas , où courez-vous donc avec cette épce ? — Comment, il ose arrêter mon domestique et le Iranperl Ainsi, vous-, inoii îili,

répondit-il avec beaucoup de sang-froid, vous êtes plus pressé de venger votre domestique c[ue vous ne l'étiez de venger votre maitressc. Ainsi, pour repousser un outrage qui uc regarde que lui seul, l'amant de mailamc de Lignoile va se hâter de. se découvrir et de la perdre 1

Des représentations aussi justes me calmèrent tout d'un coup. J'appelai Jasmin pour qu il vint reprendre mon épée ; le baron , (]ui vît que je me disposai^ à m'en aller, me dit : Non , romuiitiz chez vous , j'y vais aussi , j'ai à vous parler. . . . Mon ami , nous avons tous deux besoin de distraction ; nous ne pouvons nous en procurer une plus douce que celle de la corapaj:nie de votre sœur. Je viens ùcuvoyer chercher Adélaïde ^ j«

t ompte la garder ici jusqu'à vendredi soir. — - INiurquoi pa» plus long-temps? — ^ious partons samedi.

En me faisant cette réponse, M. de Belcou» m'observait. Comme l'heure s'approchait où j'aiiais savoir ce que madame de B*** comptait faire pMur empêcher mon départ, je pris le parti d'éviii-r l'explication que le baron cherchait. Ainsi , je me contentai de répliquer : Samedi. . . — Oui. . .

t aiuedi. . . . Adieu , mon père. Restez donc ,

\otre sœur arrive dans un quart d heure. — Mon père, il faut que je sorte I — Mon fils, je ne veux pas que vous sortie/. Mon père, il le faut absolument. Je ne veux pas que vous sortiez,

vous dis-je, c'est un parti pris. — Je vous assure que l'afifaire la plus indispensable. . . .—-Mon fils , voulez vous me désobéir? — Mon père, si je ne puis faire autrement! — Je vous entends, monsieur I j'emplolrai donc la force. A ces mots, if sortit de ma chambre , où il m'enferma.

Vous emploîrez la for^e ? et moi , l'adresse ! J'ouvris ma fenêtre, il n'y avait qu'un étage, je sautai. La secousse fut violente; cependant je traversai la cour avec la rapidité d'un oiseau; et, toujours courant, j'arrivai bientôt chez madame de Fonrose.

Malheureux ! dit-elle , que venez-vous faire ici ? Ce matin familièrement le capitaine m'a rendu son épouvantable visite. Il m'a demandé, du ton poli que vous lui connaissez , ce que c'était qu'une certaine demoiselle de Brumont, dont les assiduités chc2 madame de LignoUc donnaient lieu daus

r;o vir. DU cîiKVALir:i(

le moncle à bealicoup de plaisautcrii-s. Ce n'n pas été sans peine que je suis parvenue à faire compvcnclie à cet effroj ablc beau-lrèie, que la conduite dé sa jéunt sœur ne me regardait pas; que je ne lui devais, à lui, fll. le cajiitainc, au<;iin compte de mes actions, et qu'il iu'oI)iigerait seii* siMeiiicnt de vouloir bien ne jan>ais remettre le pied cbez liioi.-^— Et mon t!cr>nore, ravez-vou* vur .'——Au contraire, j'ai tout à l'heure envoyé] chez elle pour Iiii vccolnm'ander d ètiê fort circonspecte, et de se garder surtout de'v^v«ir ici. J'allais, avec Hit 1: du regret, vons faiic donner le même averiiùàémeiït! Et feriez, adiis ce moTTient-ci je ne vous reticuo pas , cdr je votîs avoife que je redoute f'ori quelque nouvelle avanie Ju flibustier

qui nous est si mal à pi-opos venu Chevalier,

vous ne rentrez pas maintenant à l'hôtol? — Non.

Polirq'uoi ? — 3e vous aurais ^.>ié de dire Un

instant! restez encore um iiiStant.

Elle sonna un dôniostiquc , auquel elle donna des ordres secrets'. Je fis alors peu d'attention à cette fatab- cii-constaiiee , que demis je me suis souvent rappelée.

Je voulais , rcprii-elle , vous prier. . . mais vous ferez cette commission tout aussi bien ce soir! vous prier de dire à M. le baron mille choses obligeantes de ma part; car enfin, quoique nous sojons brouillés. . . — Tout-à-fail? — Pour la vie. C'est pourtant encorevotre perfide madame de B**'*

qui cause aujourd'hui tous nos chagrins 1 Yons

imaginez que la marquise aurait été capable d'écrire cette lettre à mon père? — Et encore

colle au vicomte de LignoJk-. — ^Impossible! je ne puis.... — Comme il vous plaira, mousieui-, ixp mdit-cile foit sèchement. Quant à moi, souf • frez que je n'en doute pas , et que je me conduises

eu couséquence. Adieu, madame la baronnei,—

Sans adieu, M. le chevalier.

La situation critique où nous nous trouvions Ions me causait-elle de fausses terreurs? Comme j'allais de l'hôtel Fonrose à la petite maison, rue du Bac, il me sem})la que j'étais suivi.

Le vicomte ne se lit pas long- temps attendre. Belle maman , vous avez mis le frac de Saint-

Cloud ; je le reconnais toujours —Avec

quelque plaisir, interrompit-elle. Avec trans-

■])ort 1 il ne ce? se de me rappeler^ Ce dont

il ne faut pas nous souvenir. — Ah! ce que je r. oublierai de ma vie I Pourquoi donc, ])endant plu;; de quinze jours, m avoz-vous cruellement privé — -J'attendais qu'enfin vous m'écrivissiez,; je ne veux pas tout-k-fait devenir importune. — Imjiortune ! pouvez -vous jamais...? — Que sais -je? moi! je vous vois si préoccupé de la comtesse! M4dame de Lignolle a tant d'esprij,! tant de charmes! . . .— Il est vrai. . . . — Vous devez trouver bien insipide la société de toutes les autres femmes? — Je trouve mille délices dans la société de la plus aimable de toutes! — Cai, la plus aimable! après Sopliie-V après la comtesse? Chevalier, croyez -moi : laissons, laissons les com[)limens contez-moi plutôt vos chagrins.

La marquise ne cessa de m'écouter avec la plua grande attention, mais souvent d'un air trià.te,

-•» V 1 F. 1^ V c II E V \ 1. 1 K n

cl (jurlrpicfois A'nw :nr iroiiMr. Je m' pii"; ni'iiiïnioiiis fil (inissiint In lonj^no liisloiri! de mes «'inlinvras et de mes iiiquictiulos , j« ne pus m'emjièchei' de lui dire : Ce cjui me désespèic encore , c'est qu'on ose vous nccuser d'avoir écrit ces deux crur.llcs lettres. — On ose! et qui? M. <le H.osambert ? Madame de Fonrose? mes plus mortels ennemis! — Ils seraient vos amis que jfe ne les <roirais jias 1 . ... îda belle maman, comment tmpèchere?. -vous mon départ? Je ne puis, répondit elle d'un ton préoccupé, je ne puis me lasser de !e répéter : il iaut que Sophie vous soit moins chère. — Moins chère? je vous as.surc qu<' non; mais mon séjour h Paris devient indispensable: l'honneur me rordonneantanl que l'amoni'.

— Autant que l'amour de madame de Lignollo, oui.— Ma belle maman, comment empècliere/.vous mon départ? — Faublas, il doit vous arriver de Versailles un paqu>;t dont le contenu vous fera plaisir, j'espère, et oui changera probablement les dispositions de M. de Bclcour. Si pourtant voire père s'obstinait toujours avons emraenev, maiidez-Ic moi tout de suite.— Ce paquet, c'est..?

— Demain matin vous le recevrez, je vous laisse jusqu'à demain matin votre curieuse impatience.

— ?ù vous ne m'assurez pas que ce premier mojen dont vous voulez bien me secourir doive être iafuillible ? . . . . Plaît-il , maman ? . . . . vous ne m'entendez plus I vous pensez à tout autre chose.

Oui , s'écria-t-elle , en sortant de sa profonde rêverie, il faut que vous aimiez beaucoup la comtets«I — Alil beaucoup! — Davantage (juo vou»

ne ni 'aimez ? que voub ne m'aimiez ! Je veut

Jirc! — Mais je ne puis — Allons, davantage! vos incertitudes, votre embarras mo

l'assurent. Davantage I rcpcta-t-elle tristement.

Il est vrai que mon Éléonore s'est acquis à ma

tendresse des droits qu'aucune autre mais je

vous afflige, ma belle maman. — Point du tout!., pourquoi ? . . . . pourquoi m'alUigerais-je de ce qua vous préférez votre maîtresse à votre amie? acbe-. vez donc? comment s'est-elle accjuis à voire tendresse, des droits qu'aucune autre? ——Elle esC

enceinte. — Cruel jeune homme! s'écria-t-elle avec iulinimeut de vivacité : Est-ce ma faute, si.. .

Madame de B*** n'acheva point. Elle mempjêcha de tomber à ses genoux; et, de peur d'attendre ma réponse, elle posa sur ma bouche sa main, que du moins je baisai. Enfin la marquise, dont je voyais les regards s'attendrir et le teinS ■s animer, la marquise se leva pour s'en aller. — Yous voulez déjà me quitter?—- J'y suis forcée, répondit-elle en se dérobant à mes caresses; j'j suis forcée!.... mes momens sont comptés, j'ai tous ces jours-ci beaucoup d'affaires. Adieu, chevalier.— Puisque vous me défendez de vous retenir, adieu , ma belle maman.

Quand elle fut au bas de l'escalier : Voyez, dit- elle, les larmes aux yeui , l'ingrat ne me demande |eulement pas quel jour il me viendra remercier 1 — Ah! pardon! j'étais occupé,.,..., — De toute autre chose! sans doute? — .0» toute autre chose, oui! mais de vous pourtant. Quel jour , ii;z belle mauia» ? quel joua- ? — , 8. 1

r-î VI K DU ciikvami:r'

Nous sommes à mardi ? Eh bien,...,..', vciir

drcdi oui, je jiomiai vciulrodi vous donner

un instant. Toujoiiis h la mèaur henre?-— Pent-

ètie un peu plus tard. A lu nuit fermée. Ce serai plus ])riuleut.

Je ne sortis de la maison qu'un quart d'heurs après le vicomte, et poiirianl je crus encore reconnaître, loin de moi, 1 incommode Argus qui m'avait déjà donné quehjues inquiétudes. Ce qui confirma tous mes soupçons, c'est que l'espion maladroit ou craintif se hâta de changer de route, dès qu'il vit que je me retournais sur lui. Je rentrai chez moi, bien persuadé que le capitaine ne tarderait pas à venir m'y faire sa visite.

Est-il possible , me dit le baron , que vous aivca

risqué de vous casser une jambe ! — Mon

père, j'aurais risqué ma viel M. le baron, pourquoi me poussez -vous à des extrémités cjui peuvent devenir funestes? M. le baron, vous deve* le savoir : la mort est pour moi , dans ce momentci , préférable à l'esclavage. Au reste, avant d« me l'émettre en votre pouvoir , je viens vous déclarer positivement , qu'attenter à ma libcrti; , c'est attenter à mes jours. Quoi! mille danger* environnent une enfant malheureuse et faible , hï femme la plus digne de toutes mes affections! »'t vous, le plus cruel de ses ennemis, vous prétende/, lui enlever sa seule consolation, son uniquy appui 1 vous prétendez, en me réduisant à la pluj entière immobilité, la livrer sans défeiise à se3 persécuteurs, et m obliger, moi, de les voir san.s toi)slacles préparer sa pcrttl M. le baron, si c'«sl .

DE FAUBLAS. jS

encore votre dessein , s'il vous reste quelque moveu tle m'cnfermer dans ma chambre et de m'obliger dr vivre, je vous annonce du moins que le capitaine viendra bientôt m'y chercher. Je vous annonce qu'alors , et je le jure par ma sœur, par vous j^ par Sophie, par tout ce que j ai dans le monde de plus cher et de plus sacré , je jura que nulle cousidération ne pourra plus me déterminer à détendre , contre le A'icomte , une vio que votre tjraaaie aura désormais rendue inutile' à madame de Lignolle , et odieuse à son amant! Maintenant décidez de mon sort, il est dans vo9 mains.

Il le ferait comme il le dit! s'écria ma soeur; quand il est question de quelque femme, il ne vous connaît plus. Cependant il ne peut commettre de plus grande faute que celle de se laisser tuer. Ne l'cufermez donc pas , mon père I ah , je vous en prie , ne l'enfermez pas !

Tandis qu'Adélaïde lui parlait ainsi , le baron' n'arrêtait que sur moi ses regards douloureux. Hélas! et je vis les yeux de mon père se remplir de larmes. Ma sœur baisait déjà les mains de M. de Belcour , aux genoux duquel je vins me précipiter : Mon père! ah! mon père! plaignez votre lils. A cause de ses malheurs, pardonnez-lui ce qu'il vient de vous dire et le ton dont il vous l'a dit : prenez pitié du plus impétueux, des hommes , du plus infortuné des amans. Songez surtout, songea quf , s il n'était pas au désespoir, Faublas ne résisterait jriraais à votre îutoiité si chère, ii vos ordieï toujours sacrés.

r?6 VIK UU cil f' VAJ. 1 i;iv

M. <1<^ Rt'lcoar se cacha le visage clnn5 sr» mnins, et médita long-temps sa réponse. Mon fils, tlil-il enlin , promette/, «le n'aller ni riiez la cr)m-

tcsse. . . . Impossible! moTi père.— ]\i <;licz i.i

baronne, ni elle-/, le ca|)itaine.— \ la lionne heure. ISi chez la baronne, ni chez le capitaine-, je TOUS en donne ma parole, et que je ne porte jamais voti'c nom si j'y mauqtie! Ni chez la baronne, ni ch(Z le capitaine , c'est tout ce que je peux promettre. Mon pèi-e ne répondit rien , mais à compter de ce moment, j(î recouvrai ma liberté tout entière

Aussitôt après souper, je moutai dans ma chambre et j'appelai Jasmin : Donne-moi ton chapeau rond , mon manteau, mon épée. — Bien! monsieur. Je vois que, malgré l'avis de M. le baron , vous êtes de mon avis à moi. Vous croyez qu'il faut le pins tôt possible me débarrasser de ce grand diable qui donne des coups de poing si 'lourds. Et vous avez raison! .Et M. votre père -dirait comme moi , si comme moi il avait reçu-. . .

Taisez-vous , Jasmin je ne vais j:)as ehex le

capitaine, mO!i ami. Monsieur, sans trop de

curiosité? Je veux moi-même essayer d'aller parler à Lafleur. Ne te couche pas, attendsmoi. — Comment! monsieur, vous ne m'emmenez pas? — Bon! tu es un poltron! écoute : Je puis rencontrer le grand diable, et tu aurais peur. — Dans la compagnie de monsieur! oli! çà non. J'irai chercher dispute à toute une guinguette <^.»ns votre compagnie. Et tenez : il a peut-être nu domcstir^ue , le grand diable? Monsieur! en vé-

vite, je me charge de rosser le laquais, pendaist qui; vons tueix'z le maître — Allons'! cette résolution me charme et me détermine ; je t'emmène. . ^ . Que fnites-vous donc? Jasmin, est-ce qu'ordinairement vous prenez une canne, lorsque vous venez nvcc moi? — Dame* c'est que je pense que, si le domestique a aussi une épée , par hasard , je n'en

Fiis pas jouer, moi. Laissez , Jasmin , laissez ce

li'tton, ou hien restez.— J'aime encore mieux f^ous suivre et n'emporter que mes bras.

Cette bonne volonté de mon domestique me fut ti^ès-heui^euse , comme on le va voir. Nous venions de sortir; et, pressé que j'étais d'arriver, je marchais à grands pas , sans regarder autour de moi. A peine nous entrions dans la rue Saint-Honoié , lorsqu'une femme arrêta Jasmin , pour lui demander le chemin de la place Vendôme. Aux açccns d'une voix chérie, je me retournai : Grands Dieux!

serait-ce possible ? Oui , c'est elle , c est la

comtesse! — Quel bonheur! c'est lui! .l'allais chez, toi, Faublas. — Mon Éléonore, j'allais chez toi. — Hé! tiens , débarrasse-moi vite, poursuivit-elle eu me donnant un petit coffre : c'est mon écrin. Je (e l'apportais , et je te venais joindre pour nous en aller tout de suite.— —Nous en aller" où .'* — Où tu voudras.— (ioroment , où je voudrai! — Sans doute, en fJspagne, en Angleterre, en Italie, à la Chine, au Japon, dans quelque désert; où tu voudras, te dis-je.— Y penses-tu? ie n'ai rien de prêt pour l'exécution de ce dessein Iiardi. — Rien de prêt? Que faut-il ? Mon amie , nous ne pouvons nous entretenir ici d'un objet de cette im-

^8 vu: DU CIIKVALIKH'

poi'tancc; tu allais clio?. moi ? Viens y, mon f^léonoie , et jouissons rncoie de quelques heure»

fortunées. — Ccpcmlant — Quoi cepcndaut !

ciîla vous fnit-il quelque piiue , de me donner unu heureuse nuit? — (iiand plaisir au contraiie; mais je crois que tu ferais mieux de m'enlever saut pcidre une minut(\ — Jasmin, cours chez lu suisse; demande lui la elef de la petite porte i.u jardi.i, et va nous l'ouvrir. Que [)ersonne ne nouï voie entrer. Tu donneras au suisse deux louis pour le secret. — .\lonsieur, je ne suis pas si riche. — Tu les lui promettras de ma part. Oh! bau pour lui! c'est comme s'il les tenait! — Jasmin, je t'en promets autant; mais cours.

Bientôt la porte dérobée nous fut ouverte; et, sans avoir été vus, nous arrivâmes h mon ajipartemeut. Que je suis contente! s'écria la comtesse, en prenant possession de ma cliamjjre; que je suis contente! c'est aujourd",.ui que je suis vraiment sa femme. Me voilà chez lui. Comme nous serions l)ien ici. . . . mais c'est à la cabane que nous serons mieux... Fanblas, il fiiut que vous m enleviez; il le faut absolument. Tiens, que je te raconte les événemens de la journée. Le capitaine est venu , dès le matin, me faire une affreuse scène. Il s'est bâté d'apprendre à M. de LignoUe que j'étais enceinte, et que mademoiselle de Brumont ne pouvait être qu'un homme déguisé. Il a juré qu'il conn'ni.irait incessamment et qu'il mettrait à l'ombre. . . (je le rapj)orte ses propres expressions), qu'il mettrait à l'ombre l'insolent qui osait aimer sa belle-sœur; ce n'est pas aimer, qu'il a dit; et qui<

a en 1 audace de porter la main sur lui. •—•Qu'à dit à cela ton mari? — Mon mari! Pourquoi donc rappeler mon mari ? Vous savez qu il ne lest pas.

— >I. de Lignolle. Il ne paraissait point du

tout content. — Et toi, qu'as-tu répondu? — J'ai répondu que, s'il se pouvait \!jue mademoiselle de Erumont fût un homme , c'était mon heureuse étoile qui l'avait permis; et que, s'il m'était arrivé jamais un ami qui m'eût fait un enfant, mon prétendu mari le méritait bien. Ma tante a crié que

j'avais raison ; elle a pris mon parti , ma tante !

Je le crois! Quand les deux frères ont été partis , la marquise a pleuré; elle voulait absolument tne remmener dans sa Franche-Comté. Vois combien tu m'es cher; j'ai constamment rejeté sa proposition. Faublas, j'aime mieux que tu m'enlèves. . . . Cependant le vilain homme était allé se poster dans un café. ... Je sais. — J'ai cru qu'il ne fallait pas envoyer chez toi ; car je ne veux pas que tu t'j battes avec le capitaine ; je lui pardonne «es insultes ; je les oublie ; j'oublie le monde

entier , pouiTu qne tu m'enlèves J'allais du

moins écrire un mot à madame de Fonvose, quand elle m'a fait di. . . — Je sais. —^Vois-tu ? c'est une méchante femme , aussi , la baronne ! elle nous a servi tant que notre amour, qui n'était pour elle qu'ilne intrigue un peu plus gaie qu'une autre , a pu lui fournir quelque sujet d'amusement; à pré- »ent qu'il n'j a plus que des dangers à courir , elle nous abandonne. Mais que m importe encore, puisque tu me restes , et pourvu que tu m'enlève* ? £nGn , la nuit est venue. Je me suis.-

nt> VIF- nu CHKVAT IKiî

liitcr flr sonjifr tt «If renvov'M" ma fanto dniis sou

»ppavtrin(Mit. Mes femmes m'ont coiicht!!^ comiiu;

de (■oiitiim<'; mais, tics qu'elles ont eu quitta ma

<'li;inil)i'(' , i'.ii vite pass''; celte petite robe; (t, par

Ion petit escalier, j'ai gagné la cour et la poite-

eochère.

La Fleur, commo si je v<mais fie le cliai-ger d'une commission, a demandé qu'on tirât le cord(ui ; je me suis esqnivéo, je t'ai rencontré, rien

n'tmpèclie plus que tu ne jn 'enlèves. Rien ne

l'empCcIie! mais tout s'y oppose, au contraire! K nous faut une voiture, un travestissrment , des armes, une permission de poste, un passe-port. — Ah! mon Dieu! je ne serai point enlevée celte

nuit! Eh bien ! Faublas , écoute : Nous allons

tous deux rester ici jusqu'à la pointe du jour; alors tu me cacheras dans quelque grenier de cet hottl ; tu auras toute la journée pour faire les préparatifs nécessaires, et nous partirons enfin vers le milieu de la nuit suivante. — Impossible , mon amie. — ^Impossible! la raison ?—— Tu ne considcres pas qu« vouloir apporter trop de précipitation dans l'exécution d'une entreprise si difficile, c'est s'exposer à la manquer. — Rcgard<!z! moi, je trouve toujours les moyens! lui ne voit jamais

f[ue des obstacles! — Tu peu-x encore, an

moins pendant trois mois, cacher et nier ta grosses";!'.—-L'ingrat ne m'enlèvera point qu'il n'y soit obligé!— Les circonstances ne sont pas tellement pressantes — Et pourquoi différer de

trois mois le bonheur que nous pouvons tout à l'heure obtenir? — Toi , dont le cœur est si bon ,

DE FAUBLAS. 8i

mon Eléonorc , voudrais-tn , si la nécessité ne t'en imposait pas la loi, voudrais-tu d'un bonheur qui ferait le désespoir de la sœur la plus sensible et du meilleur des pères ? — Ah ! malheureuse !. . . il ne ni'enlù'vera point 1 il ne veut pas m'enlever! — Mon amie, je te jure que ces considérations; toutes pui- santés ne m'arrêteront plus quand le; moment sera venu de te les sacrifier. Je te jure fju'alors , dussé-je périr moi-même , je n'abandonnerai ni mon enfant, ni sa mère que j'adore. Mais permets (jue je quitte, le plus tard possible, les objets les plus dignes de partager mon amour avec toi; permets qu en les abandonnant pour te suivre, je puisse emporter du moins cette consolante idée, que je n ai point volontairement causé leur plus grand chagrin.

La comtesse , encore obligée de renoncer à soa plus doux espoir, vei-sa des pleurs amers. Sa douleur était si vive , que je désespérai d'abord de la calmer. Mais que ne peuvent les caresses d'un amanti Cette nuit, comme la dernière que l'amour nous avait donnée, ne dura qu'un instant. Déjà le jour va paraître , me dit madame de Lignolle , et je te demande à mon toilr comment je vais faire pour rentrer chez moi. La question était embarrassante ; il fallut rêver quelques niinutes , pour j répondre d'une manière satisfaisante r mon Éléonore, habillons-nous vite. Malgré les prudens avis, de madame de Fonrose , je vais te conduire jusqu'à la porte. Je me garderai bien d'entrer avec toi. La jjaronne croira que tu n es venue chez elle de si Ijonue heure, qu'afia de lui parler do' moi.

3a N 1 !•: DU (.11 i:\ ALIi;U

XU-i;e feras.eiL effet une douce violence pour l'entrt'tortif dii ton amant; et, quoi qu'elle puisse te dlvf, lu lui tien Jras fidèle coji)j)aj;nic , jusqu'à ce

qi;( |i-),i cabriolet soit an'ivé. Mon <;abriulc:t?

(ju' i.:-, ijinènern? La Fleur, que j irai préve-

ïii" Jit.si liéjù le capitaine est ;i son poste? — Dé[.cV ■lOiis-nous. 11 n'y sera sûrement pas aux premicv.s rayons de l'aurore. Au reste, s il y est, j'ai mon épée, '^ue veux- tu, ma cliarinante amie?

il n'y a pas d'autre moyen. ... Mais! ([iiaud et

comment te re verrai -je? JCIéonore, je ne

veux pas qu'aiysi vous vous exposiez encore lu

nuit, seule! à pied! je ne le veux pas! Mon

amie , n'est-il pas cent fois plus convenable et nioins dangereux que ce soit moi qui vous aille trouver?.... JNe puis-je quel juefois, vers minuit, pelletier jusqu'à toi ? — Madame de Lif^nolle m'embrassa : Oin ! répondit-elle avec un cri d»

joie. Je j.uis m'arrauiger de manière.... viens .

iiOij pas la nuit prochaine; mes mesures pourraient n'être point prises Tiens! afin de ne rien donner u basard , viens vendredi, entre onze heures tt minuit.

Cependant le jour commençait à poindre. Nous descendîmes sans bruit, nous sortîmes par la porte du jardin. Tout se passa mieux que je n'osais 1 espérer. .Te vis la <:omtesse entrer chez la baronne , et je courus chez M. de Lignolle éveiller la Fleur, qui dut partir un quart d heure après. Je revins chez moi sans avoir fait de fâcheuse rencontre. A huit heures du matin il m'arriva la lettre qu» voici.

(( Depuis long-tPmps , M. le chevaliei", je cïier- « rhais 1 occasion de réparer mes torts envers vous « et M. le baron. C'est avec transport que j'ai saisi <i la première qui s'est présentée; je vous prie de «l'assurer à M. votre père. Je crois, au reste, (f que le roi ne pouvait faire pour- If régiui 'ut « de *** une meilleure acquisition que celle d un <c jeune homme tel que vous , puisqu'il est certain « que vous avey. la physionomie du monde qui « promet le plus.

Il J'ai l'honneur d'ùtre, etc.

« Le marquis de B***. »

• IJn instant après, M. de Belcour entra dans sa chambre; il tenait à sa main plusieurs papiers, tt je voyais la plus grande joie peinte sur sa figure.

Je le reçois à l'instant de Versailles , s'écria-t-il en m'embrassant ; vous avez voulu que ce fût à moi qu il fût adressé. Vous avez voulu que le premier je vous félicitasse de votre bonheur. Je suis infiniment sensible à cette attention délicate. Oui, c'est cela même , ajouta-t-il en vovant que je m'approchais pour lire. C'est votre brevet de capitaine an régiment de *** dragons, maintenant en «garnison à Nancy; et ceci, l'ordre de rejoindre au premiiv de mai.... dans quinze jours. Faublas ! je vous ai plus d'une fois reproché l'inexcusable oisiveté qui rendait vos talens inutiles, et j'avais résolu de faire enfin moi-même les démarches nécessaires pour vous procurer le seul état qui vous convient : Je suis cachante qu'ea me prérenaat, vous .lycz

8Î V II-: DU CHEVALIEU

si liicn iciissi. Votre heureuse étoile vous aocorile d'aliorti ce que nv-s plus vivcii solliritatioiis n'auraient sùremeut pas obttuii tout de suite : nu jji-arle déjà supérieur et l'espoir d'un avancement certain. Malheureusement j'ai lieu de craindre que vous ne trouviez, dans oclte laveur de votre fortune, un autre sujet de joie. Voici le projet de notre commun voyage renversé, voici votre séjour dans la capitale prolongé d'une semaine tout e'ntière; mais , s'il est vrai que vous vous en applaudissiez, songez, mon lîls. songez du moins (jue rien ne pourra vous dispenser d obéir aux ordres du ministre, et de joindre le ré^ira(;nt sous quinzaine. Alors, de mon côté, je quilt(!rai Paris , j'irai

seul où nous devions aller ensemble — Quelle

bonté , mon père , et que de reconnaissance !

— Je vous promets de chercher Sophie avec autant d'ardeur et d'exactitude que yousi l'auriez pu faire. -^ Et vous la trouverez! mon père, vous la trouverez I J ose du moins l'espérer de cet événement-ci. Je ne doute pas que l'aublas ne s'empresse de justifier la faveur du jirince ; je ne doute pas qu'il ne remplisse avec disUii<;tion l'honorable place qui lui est couiiée. Il faut croire que, dans sa retraite, AI. Duportail recevra la nouvelle de cet heureux changement qui en annoncera beaucoup d'autres, et qu'alors il ne cachera plus sa

fille à l'époux devenu digue d elle. Oh! mon

père, oh! quel cncourai;ement vous me donnez î -^Adélaïde est déjà levée, Fauhlas; elle va déjeuner dans mou appartement, j'allais te faire apjîeler. Je n'ai pas au 1 indiscrétion de montrer ces

DE FAUBLA3., 85

papiers à ta sœur. îl c>l bien jiisle que ce soit to'i qui lui appronacs cette bonne nouvelle; viens, mou ami , descendons ensemble.

Je recevais les félicitations d'Adélaïde, quand mon domestique vint d'un air effaié , me dire que

quelqu'un me demandait. Qui? Jasmin.

Monsieur, c'est luir — Qui'? luil— — Le grand diable. Le grand diable, répéta M. de Belcour en

regardant Jasmin. Qu'est-ce que cette expression!.. Faublas! de qui veut- il donc parler? — Mon

père je je vais le recevoir. — .-Pourquoi ce

mystère?.... mon Dieul .... c'est peut-être le capi^ tainc?.... tu ne réponds pas.... Non, Faubias , restez. Qu il entre ici.. . Jasmin, priez M. le vicomte de vouloir bien passer chez moi.

Dès que mon domestique nous eut quittés , le baron s'écria : Voici donc Je moment fatal I O mon ami , souvenez-vous des prières fiu'un père vous a faites et qu il vous réitère à genoux. Il venait en efVet de s'y jeter. Je me précipitai vers lui pour le relever; il saisit ma main droite, la baisa , la porta sur son cœur : Qu'elle me sauve! s'écria-t-il encore. Qu'elle sauve la moitié de ma vie! Adélaïde accourut épouvantée : Tiens, Faublas, dit M. de Belcour en se relevant, embrasse ta sœur et ne l'oublie pas.

Je l'embrassais , lorsque le capitaine entra. J'en vois deux, s'écria-t-il avec un affreux sourire : laquelle est mademoiselle de Brumont? En lui montrant ma sœur, je répliquai : Capitaine , celleci ne vous eût point avant- hier assis sur le bal- CQn de la comtesse. Cependant Adélaïde se pen- 8.- 8

chait h l'oreille du baron , poui- lui dire à mivoix : Qu'il est laid , re grand monsieur! il me fait peuil —^ Laisse- nous» , ma fille, lui répondit-il; va faire un tour dan» le jardin. Avant d'obéir, elle vint h moi , les yeux pleins de larmes : Mon frère ! M. le baron ne vous a point enfermé. Oh 1 jo vous en prie , souvenez-vous qu'il ne vous a puinl enfermé.

Quand ma sœur fut partie, le capitaine, qui n'avait cessé de me regarder avec beaucoup d insolence, reprit : Voilà donc ce chevalier de Faublas dont on parle! Comment cela peut-il s être fait un nom dans les armes ? cela paraît n'avoir que le souille! Quand c'est quelque chose de plus qu'une femmelette, ce n'est encore que la moitié dun homme! — Capitaine, asseyez- vous donc ; vous m'examinerez plus à votre aise.— -Corbku ! tu prends le ton de la. raillerie, je crois! ISe m« connais-ru pas .' ignOres-tu que le vicomte de Lignolle ne souffrit jamais le sot persiiDage de te* pareils , ni leurs airs impertinens ? ignores-tu qu il ne souffrit jamais un regai'd, un geste équivoques; que ks plus fiers ont devant lui perdu leur audace ; qu'il a sans peine immolé des hommes plu* fameux que toi , et qui surtout paraissaient plus redoutables! — Enfin, il a tout dit! Capitaine, est-ce la coutume des braves comme vous d'essayer d'intimider l'ennemi qu'ils craignent de ne pouvoir pas vaincre? Je suis bien aise de vous prévenir que cet excellent moyen pourrait ne pas vous être avec moi d'une grande ressoui'ce. — — Côrtleu! ï'écrîa le >icomte outré de colère^ Il se

fit porurtant quelque violence, et me prenant la main : Écoute 1 dit-il : puisqu'il était possible qu'il se trouvât sous les cieus. un jeune insensé , lémélaire au point de déshonorer un frère que j'aime, et d'oser porter la main sur moi, et d'oser m'insulter en face , j'aime mieux que ce soit toi qu'un aufe. Trop souvent- depuis dt:u\ oft trois années, on m'étourdissait de ton nom. Sache que, pour ! adresse et la force, je ne reconnais dans le monda «•iUier qu'un homme < omparable à moi ; et celuilà , je pense qu'aucun maître n'ose contester sa supériorité. Je ne permettrai jamais qu'aucune autre réputation s'élève et balance la mienne. Je comptais vonir quelques jours à Paris tout exprès

pour te le dire -—Remerciez donc le hasard

qui, me donnant avec vous de^ torts apparens, vous épargne l'infamie d un duel dontîe seul motit eût été votre féroce amour d'une lausse gloire, — Corbleul je suis'bien impatient de savoir comtncnt tu feras pour souls;nir la hardiesse de te» discours. Plus je te regarde, et moins je puis me persuader que tu sois digne de ta lenomaiée. — - Allons donc au fait, capitaine? Ce sont les preuve» que vous demandez, n'est-ce pas? — Assurément I Mais dis-moi : ^'oudrais-tu par hasard pot'.voir tu vanter d'avoir d;hé le vicomte de Lignolle?— — Pourquoi m'en vanterais je? quel honneur m'en p )urrait-ii revenir? D'ailleurs, est-ce que j'ai jamais fait métier de dédir personne ?^— C'est qu8 j'ai juré, je t'en averti.s, qu'en toute rencontre ce serait moi qui proposerait le combat. — Je n'ai ù'n, moi, d'autres scrmens que de ne le refuser

R8 YIE DU CItEYALIEir

jamnis. — Kli bien! choisis les armes. — Toutes me ^oiit égales. — L'cpco donc! répéc. J'aime à voiv mon ennemi de près. —Je lâcherai de ne pus trop m'éloigiier de vous, capitaine. — C'c.u ce qnc nons v«iions , mon petit monsieur. Le

lieu? M'est assiz indiffèrent. La Porte-Maillot,

cependant, si \ons voulez. — ha Porte- Maillot , soit. iWais cette fois; tu n'j trouveras pas le m;irquis de B**' . — Peut-être. — Le jour et l'heure? — 'Aujourd'hui et tout de suite.— —Voilà , s écriat-il en me frappant sur l'épaule, ce que tu as dit de mieux! partons. — Capitaine, vous ave/, votre voiture? ——^on. Je vais toujours à pied. Il faudra pouitant vous déterminer à prendre mie place dans le, carrosse du baron. — Pourqiud cela?^— Paixc que nous irons chercher un de vos amis. — Un de mes amis' corblcu. — Oui, do mou côté j'emmène un téinoin. — Un témoin! où

est-il? Le voilà. — Ton père? — Mon pcre. — •

Qu'il vienne, si b<)n lui serîble; mais nn'il ne compte pas sur ma pitié.—— M. le vicomte , répondit le i)aion avec beaucoup de sang froid , plus je vous écoute et plus je demeure persuadé que c'est vous qui ne m-'ritez pas la mienne. — Capitaine,

l'avez-vous entendu ? Eh bien ! me rcpondil-il.

Eh bien ! m'écriai-je , en prenant à mon tour sa

main, rjue je serrai fortement; c'est l'arrêt de ta; mort qu il vient de prononcer! Partons! — Partons, répéta mon père, je vois que nous seron» bientôt i-evenus.

Nous commençâmes par aller chercher M. de Saint - Léon , collègue du capitaine , autre olBrier

DE FAIjBLAS. 8(>

fle niarinr , aussi traitable , aussi poli que son ami létait pf-u. Cft honnête gentilhomme, en com- Llanl mon père d'égarcls, en m'accablant de civilités sans nomjire , désavouait assez les invectives , les bravades et les juremens que M. de Lignnlle ne cessait de vomir. Plusieurs fois même il hasarda quelques paroles conciliatrices ; mais on sent que toute médiation devenait désormais inutile entre le vicomte et moi. Tous deux i-ésolus à périr plutôt que de reculer, nous arrivâmes à lit Forte-MaiUot.

IVous venions de mettre pied à terre; déjà moir adversaire avait la main sur son épée, déjà la mieiiue était tirée. Tout à coup plusieurs cavaliers qui . depuis quelques secondes nous suivaient au grand galop, fondirent sur le capitaine et l'environnèrent , en criant : De la part du roi ! L'un d'eux lui dit : M. le vicomte de Lignolle, le roi et nosseigneurs les maréchaux de France vous ordonnent de me rendre votre'éjée: et je dois, jusqu'à nouvel ordre , vous accompagner partout. Le canitaine devint furieux; cependant il n'osa faire aucune résistance : On ne te donne pas de gardes , à toi I me cria-t-il en se désarmant ; on compte sur ta sagesse. Tu as , au reste , des amis trcs-prudens ; rends grâce à leur extrême vigilance; elle te fera vivre quelques jours de plus, mais seulement quelques jours, Compreuds Lien ce que je te dis.

Je revins avec mon père; et, comme nous passions devant la porte de Rosambert, alors seulement je me rap]ielai que ce jour même était pour mon hcuieux ami le jour du lendemain des

go VIE DU CHEVALIER

noces, et que je devais déjeuner avec la nonvrllè comtese. Je quittai le baron; je ipe lis annoncer chez M. le comte. 11 vint me rccevDJr dans son salon. Hosambert, j'accours vous léiicitev et je me rends à vôtre invitation. — Pardon , me r j>onditii, vous ne déjeunerez qu'avec moi. La comtesse est fatiguée, clic repose ——J'entends. Vous êtes

content de votre nuit? — Oui oui , content.,

— Mon ami , e rire est forcé ; votre gaieté ne me semble jias naturelle ? Qui peut troubler ? . . . . — •

Un méchant tour. . . . qui me vient up votre marquise...... Je le parierais maintenant I — -Quoi

doue? — Je reeois à l'instant l'ordre de rejoindre. — De rejoiodre ! et moi aussi. — (.ioniment? et vous aussi ?- — Mon ami , je sui.s cajjitainc des dragons.— Capitaine 1 ahl recevez mon compliment. Kmbrassons-nous. Votre régiment n'en aura pas de plus jeune , de plus brave et de plus joli. Voilà dope qu'euhn la marquise se décide à faire quelque chose pour vous! Ne yous l'ai-je pas dit depuis long-tcrn^nî, qu'avec du mérite on ne s'avr<nçait encore que par les femmes! Je vous admire I Qui vous dit que «est madame de D* **?... .

J avoue qu il serait plus que plaisant que ce fut

son mari I s écria-t-il.

Je ne répondis rien. 11 m'avait paru convenable de ne pas communiquer à M. de Belcour la lettre du marquis : jugez si j'étais tenté de la montrer à Rosambcrt!

D'abord capitaine dans un régiment de cavalerie , continuait le comte , ce n'est pas mal débuter. Ah! vous irez loin, c'est ma .ame de B***

DE FAUBLAS. pi

qui TOUS porte ! Cependant copiment se fait-il que la marquise ait eu le courage de se sacrider clle-nicme à votre avancement? le courage de l'cléguer FauLlas dans une garnison ? Votre régiment , où est-il, chevalier? — A Nancy. — A Kancv?...

attendez donc me tromperais-je ? non,

non. Ahl je ne m'étonne plus. — Quoi doue? — Le quoi donc est excellent! Vous ignorez peutêtre ce que je veux dire? — Je ne m'en doute même pas, en vérité !-^FaubIas, voilà de ces mystères maladroits, qui nuisent plus qu'ils ne servent. Comment voulez-vous que Je ne sache pas cela? — Eh quoi, cela? — Mais que madame de B*** possède, tout près de la capitale de la Lorraine , une fort belle terre qu'il y a long-temps qu'elle n'a vue. — Ah! ah! — Elle y compte sans doute aller passer toute la belle saison ; et , ta»t qu'il vous plaira, vous obtiendrez de votre colonel des petits congés de vingt-quatre heures. Ainsi la marquise , au comble de ses vœui , vous auratout à son aise , et ne craindra plus la concurrence de personne. Elle a vraiment trouvé le meilleuir mojen d'empêcher en même temps que vous ne puissiez chercher Sophie et secourir madame de Lignolle. — 31 tauiêcher de secourir mon Éléonorel — Assurémeat , car c'est tout à l'heure que vous avez ordre de rejoindre? — S(;ulemcnt au premier de mai. — Eh bien, dans quinze joursl — A cela je gagne une semaine tout entière , puisqu il est vrai que mon père dey it 91 emmener samedi prochain. — Le gi-and béuédce! eh! quel (sjiangeraeat une semaine peut-elle apporter?....

05 VIE DIT CHEVALIKIV

— Qne s.TÎs-je? il arrivn tnnt de; cliosrs en moin»

de temps! FanMas, voilà ce qui s'ajipelle s'é-

touidir sur sa situation. — Taisez-vous, mon ami, taisez- vous; ne motcz pas l'illusion qui me soutient!— Madame de Liguolle. quand vous l'auie/, abandonnée huit jours plus tard, scra-t-elle donc moins malheureuse? — .Hosamliert! Kosanihert! est-ce quand je touehe au fond de l'abinie , qu'il faut me le montrer? — Sera-t-elle moins exposée à la vengeance de ses ennemis? — ^Cruel !-^— AtiT brutales fiireurs dti capitaine? — Il est venu ee matin. Nous étions sur le point de nous battre, lorsqu'un garde de la eonnétablie nous est tout à coup arrivé.— Un carde! pour lui? vous n'en

avez pas , vous '—^?<on. ,Ie le crois! cela vous

aurait gcné dans vos courses : il ne vous aurait plus été possible d'aller incognito visiter la niar-

qjiise. La marquise! A vous entendre, Hosam-

bert, on croirait que rien dans le monde entier ne

se fait que par elle. Mon ami , c'est que le lion ^

qui pendant quelques semaines semblait profondément endormi , vient de se réveiller. C'est (|ue je vois madame de B*** maintenant tout remuer autour d'elle : il y a huit jours , de mauvais brui.'s sur mademoiselle de Brumont commencent à

courir — Mon dieu! — A peu près dans le

même temps une lettre fatale est adressée au capitaine.. .—Est-il possible! — Hier, j'apprends de bonne part la rupture de M. de Belcour et de la baronne; aujourd'hui le brevet vous arrive; et moi par contrecoup je suis obligé de partir, et je n'ai pas comme vous q'^'uze jours de grâce! il'

DE FAUBLAS. rS

fiut que je sois au régimeut le 21 de ce mois, it it que je vous fasse mes adieux après demain! idrcdil Mj'h en cela quel est son but? car elle ne fait rien sans desseio , l'artificieuse personne.. . S'il ne m'est pas permis de tout deviner, je conçois du moins que, prête à frapper de grands . coups , mais sachant notre réconciliation , et ne pouvant se dissimuler que l'homme du monde , qui la connaît le mieux doit être le plus disposé à vous servir contre elle de sa bourse , de ses conseils et même de son bras s'il le fallait absolument, la marquise croit devoir le plus tôt possible écarter celui de ses ennemis qu'elle regarde comme le plus dangereux, parce qu'il est de vos amis le meilleur. Au reste, elle est femme dans toute la force du terme , votre mrdame de B*** ! Après avoir battu les gens, elle leur garde rancune; et , poursuivit-il en promenant sa main sur son front, tout récemment. . . . tout récemment. . . avant la venue de cet

ordre militaire qui m'exile j'ai cru m'apcrcc-

Toir que le coup de pistolet, dont elle a bien Toulu me gratifier, ne l'empêcherait pas de mo faire de temps en temps quelques petites malices d'un autre genre. — Comment? — Oui. Je ne sisis pas sorti de chez moi depuis hier au soir; eh bien, je parierais qu hier au soir la marquise se sera très sincèrement réconciliée avec madame de***,

cette comtesse éternellement ofiicieuse qui a

tant pressé mon heureux maringc. — D'Iioaiuur, mon ami ! je ne comprends rien à ce que vous me dites. — Tant mieux. . . j'aime assez , quand je suis

p^ VIE DU CHEVAîJElf

lo! t indisrrrt , ;i rester du moins fort obscur. Vou» vous en aile?,, mon ami? Je ne fais pas d'effort pour vous retenir; car, je l'avoue, j'ai besoin d'être seul un moment. Vous avez du cliagrin .' — Un peu. — tlet ordre de p.Trtir? — Cela et autio chose. — Que je ne puis savoir?— —Ou <jui ne vaut ]>as la peine d'être su. — Mais encore?—— Bon! une bagatelle!'. . . . rien . . . moins que rien. Cependant on me l'a dit ^cent f(»is, et je ne l'ai jamais voulu cioire : il est difficile que la plui belle humeur n'en soit pas un moment altérée. . . .• Que voulez vous? c'est un petit nua;^c qu'il fauB laisser passer.— Hosambcrt , vous parlez c mm© un oracle , je reviendrai quand vous serez intelli-~^ gible. Adieu. — Adieu, Faublas. — Au moin» vous voudrez bien présenter mes devoirs à la nouvelle mariée , et l'assurer de mes regrets. — Oui. . .

oui. ... ce soir vous la verrez je vous l'amène-»

rai ce soir. — Etourdi! je m'en allais sans vOur avoir demandé son nom. De Mésanges, répondit-il.— 'De Mésanges, m'écriai-je! — Eh bien, qu'j' à-l-il qui vous étonne ? — Rien. — Il vous a-

frappé, ce nom? — Frappé! c'est que j'ai

connu dans ma province un frère de cette demoiselle.— Elle n'en a pas. — C'était donc un de ses cousins. Adieu, mon ami. — Non, non, chevalierï écoutez donc : quand vous l'avez connu ce cousin , avcz-vous aussi connu la cousine, par hasard ? — i'oiiit du tout. Poui-quoi ? Ah! pour.. .

pour rien. Tenez, Faublas, ayez de 1 indulgence, je jui» aujourd'hui d'une bêtise amérc.

DE FAUBLAS. gS

Je me hâtai de sortir pour que Rosambert ne yit pas sur mon visage trop de gaieté succéder à trop d'étonnement.

Mou père m'attendait avec impatience. Comme j'entrais chez, lui , je lentendis qu il disah à ma chère Adélaïde : Eh! malheureuse enfant I si cela était, me verrais-tu si tranquille? accourez donc, me cria-t-il , dès qu'il m'eut aperçu, votre sœur §e désole. Elle prétend qu'il vous est arrivé quelque malheur, et que je le lui cache. — Oh! mon frère , s'écria-t-elle , je serais morte , si vous n'étiez p;.s revenu. Mais quand est-ce que vous ne vous

battrez plus qu'à cause de Sophie? A propos,

interrompit le baron , je n'ai jamais songé à vous faire cette question que lorsque vous n'étiez pas là. Qu'est devenue , je vous prie , la lettre de M. Duportail?- — ]\fon père, je l'avais gardée, je l'ai perdue à Mûntargis, le soir que je m'y suis trouvé mal. C'est sans doute madame de Lig^noUe qui l'a trouvée ; mais je n'ai pas osé lui en parler. Ce qui m'étonne, c est qu'elle ne m en ait jamais nen dit.

Le soir du même jour, Rosambert nous amena sa femme. D un bout de l'appartement à l'autre , mDdame la comtesse , reconnaissant ma sœur , quelle n'avait pourtant jamais vue , s'arrêta toute surprise. Avancez donc , lui dit son mari ! Qui vous retient à cette porte? Dame! lui réponditelle en regardant toujours ma sœur , c'est fju il me semble que la voilà. — Qui? — Ah, dame! une demoiselle que je crojais ma bonne amie. — Vous connaissez ma 'juioiseUe ?

ijG Vir. DU en F- VA LIER

Pendant ce couil dialogui;, je me tlumandais c» qnc j'av'iis à iau-c, pour eri-p<5clier la jennc (ciiinic de se trahir tont-h-fait. M'éloigncr un inslant , c'était livri'i" ma sœur aux dangereuses ijueslions , aii\ reproches embarrassans de la comtesse, à qui d'iàlli'urs je donnerais bientôt un nouveaii sujet d'élonnement , puisque je ne pourrais me dispenser de reparaître bientôt au salon. Je devais donc tout au contraire me hâter de nie faire renianjuer <le madame de Rosanibert, afin de lui rappeler ainsi le.s éclaircissemens nécessaires, les pruilcns avis «jiK , la vtille du mariage, madame d'Armii)cour avait très - probablement donnes à l'inuucente mademoiselle de Mésanges. Ce fut le j)arti que je pris. Je me jetai devant elle et la saluai respectueusement.

La comtesse fit a'ors un cri , laissa tomber ses htas, perdit toute contenanc», et, prête à se trouver mal, fut obligée de s'appuyer contre la porte. Cependant elle ne cessait de promener ses regards , tantôt sur ma sœur et, tantôt sur moi : je vojais Ijien qii'elle étaB encore embarrassée de savoir qui de nous deux était sa bonne amie. Voiià , dit Rosanibert, une véritable reconnaissanc: ! fort singulière, tout- à-fait théâtrale! mais il m» semble que dans cette scène, d'ailleurs très-amusanle, ce n'est pas moi qui joue le beau rôle. D« l'autre côté^ mon père murmurait tout bas : Encore des quiproquos ! encore une aventure gaV lante! je le parierais. —Vous connaissez donc mademoiselle ? reprit le comte en montrant ma iœur à sa femme. Celle-ci , mal à propos s'avisant

DE F.VUBLAS. 97

cic vouloir être fine, répondit : Ah! mon Dieu, non. D'aI)ord , moi , je ne connais pas «lii tont mademoiselle de Brumont. — De Brumont! répéta Rosambcrt : maiidit soit donc l'infernal génie qui TOUS fait deviner son nom ! ainsi , continna-t-il en •e frappant le front , plus de doute ! aucune espèce de doute; je suis déjà ce qui s'appelle un mari , un vrai mari!. . . je le suis, je l'étais même avant les noces. Le comment? je l'apprendrai pcut-cire

quelque jour — Mon père se pencha à l'oreille

du comte , pour lui recommander de la modération : Songez que ma fille est là, lui dit-il. ^^'^ouî

avez raison, monsieur; et je suis, je l'avoue, inexcusable , moi , inexeusa])!e de faire tant de bruit pour une bagatelle. Mais , vraiment , de quelque manière qu'on y puisse être préparé , on ne reçoit pas le coup sans crier un peu. . . . J'ai du courage , je ne vous demande qu'un instant pour me remettre. Tout à l'heure vous me verrez parfaitement tranquille ]*îéanmoins, convenez

que ce jeune liomme peut se vanter d'avoir \n plus maligne étoile. . . , assez bonne pour lui , mais si fatale à tout ce qui 1 approche! il semble qu'H soit écrit là-haut que pas un de ses amis, pas un ne l'échappei'a ! . . . . II ne pnt s'empêcher d'interroger encore la pauvre petite femme. Madame ,

vous n'avez vu mademoiselle nulle part? "Vnlle

part. Oh, mon Dieu! non. Pas même chez ma

cousine de Lignolle. Ah!'. quelle fureur

aussi de questionner quand... quand on est sûr... Fort bien, madame la comtesse, fort bien! c est

98 VIE DU CHEVALILJl

assez ; le chevalier lui-même me dira le restf. A CCS mots, le comte parut prendre sou pMrti. Cho'-un s'étant assis, la couversaiiou roula sur d(>s objets indifFérens. Cepeudaul la nouvelle ni iriée, qui parlait peu, me regardait beacoup. Elle me ïcgardait d'un air qui semblait annoncer que , si elle était encore un peu mécontente et étonnée de la manière dont j'avais -entretenu ses erreurs en prolltant de son ignorance, elle ne se sentait pourtant pas disposée à garder éternellement avec moi sa surprise et son ressentiment. Kosamb«rt pendant ce temps-là se faisait inie cstrème violence, pour dissimuler les inquiétudes <[ue lui donnait l'attention soutenue dont il voyait sa femme m'bonorer ; et, comme enfui la comtesse se mit a rire, il lui demanda pourquoi? — Dame! je ris, parce qu'il lit , lui. — Li.i I lui I madame, et pourquoi lit il, lui? — Dame! il rit peut-être de ce

que ah I mais , c'est que je ne peux pas vous

dire.... dame! je ne sais pas de quoi il rit. En l'nin le comte voulut retenir un signe d'impaticiipe, en vain il essava d'étouffer un profond sou])ir; et, puisque Rosambcrt mettait de l'amourpropre à no pas laisser voir les petits chagrina que sa mésaventure lui causait , je crois qu'il était temps qu'il s'en allât. Adieu, me dit-îl, et sans rancune. Demain, dans la soirée, vous trouverat-on chezvous? — Oui, mon ami. — Vous pouvez

compter sur ma visite. Y vi;.'udrai-je avec vous,

lui demanda sa femme? — -Quelle question me faites-voiis là? lépondit-il d'un air assez détaché, ce sera comme vous voudrez. Je vous observe néan-

DZ TAUBLAS. 99

moins que les jeunes femmes ne vont pas ains'i c ez Ks garçons , tous les jours , surtout.

Cependant la comtesse allait descendre, je lui présentai la main.—*- vh! dame, je ne demande pas mieux ! dit-elle en serrant la mienne. Mais c'est que pou.tant je vous en veux beaucoupl Vous m'avez bien attrapée , au moins ! Chut , chut , s'écria liosambert : madame, ces clioses-là ne se disent pas quan.i il y a du monde , surtout quand le mari est là.

Tous deux ils partirent. Le lendemain , à six heures du soir, le comte vint chez moi; mais il n'amenait pas la comtesse; au reste il entra dans' ma chambre en poussant de grands éclats de rire : Tout cela est fort plaisant , s'écria-til , infiniment plaisant! Quoi? — Ce que la comtesse m'a raconté.— Vous avez vu madame de lignoUe? — Eh 1 non; ma femme. Elle m'a tout conté, vous dis-je; et, devant elle, j'ai gardé nwii air sérieux à cause des bienséances. Maintenant rjue je suis chez vous, perm( ttez-moi de ne me plus gêner; permettez-moi de rire. Vous êtes né pour les comiques aventures.— —liosambert, si vous voulez que je vous réponde, expliqut-i-vous.— Ah! cette fois, je suis clair; mais , si vous m'y forcez, je le serai davantage. — Comme il vous pL.ira. - Oui ? Hé bien, écoutez : Ma femme m'a dit qu'avant de devenir ma femme , elle avait été votre femme. . . . — Cela n'est pas vrai I — Comment! c'est vous qui

niez le fuit I c'est vous! — Je l'interrompis

vivement. Monsieur le comte, un mot, je vous prie. Avant de me continuer vos insidiei ses

Il o \ lE DU cm. VA LIE H

contlJeiKcs , tutcndcz-moi Lien : toutes vos qiirttiens sut une matière aussi délicate seraient , fie quelque manière que vous puissiez les risquer, Seraient, dis-je , absolument inutiles; si le fait est faux, je ne suis pas assez cruellement fat pour en accuser votre femme; s'il est vrai, je ne suis pas assez sottement indiscret pour l'avouer à sonmari. — Mais on ne vous prie ni d'avouer, ni de désavouer; on d<mande seulement que vous écoutiez. Madame de Rosambert m'a raconté que vous aviez eu le bonheur de coucher avec la douairière d'Armincour; que, cette nuit-là, vous aviez quitté le lit de la marquise jicur venir causer dans celui d« mademoiselle de Mésanges, qui bientôt avait cessé d'être demoiselle, mais sans le savoir, puisqu'a-» près vous être comjiorté avec elle comme un trèsgalant homme, vous l'aviez pourtant laissée persuadée que vous êtes une fille. Chevalier, convenez donc que, si la jeune personne m'a fait un» histoire , elle en sait faire de jolies ; et souffrez qu« j'en l'ie. — Uosambert, loin de m'y o]>poser, j'en

vais rire avec vous. J'ai pourtant, rcjirit-il d'un

air un peu plus grave , une question à vous faire... avec les niéuagemens convenables. Supposons. . . , c'est une supposition ; vous comprenez bien ? . . . . Supposons que l'aventure vous lut arrivée, en auriez-vous fait la confidence à madame de B*** ?

Jamais. C'est ce que je pense. Qui pourrait

donc'ie lui avoir dit? car mon maringe , il n'en faut plus douter, est uu bienfait de la marquise: et, comme je vous le confiais hier matin, parce <|ue Ils découvertes de la nuit précédente me l'a^

DE FAUBLAS. lor

valent déjà fait pi-essentir, c'était uniqueinent pour, madame de B*** qu'elle agissait, cette obligeant» comtesse de *** , qui me paraissait toute dévouée. Au moment même où , tout-à-fait dupe de leur stratagème , je dotais d un ample douaire (i) la virginité de mademoiselle de Mésanges , à qui certainement il ne fallait rien pour cela , les deux puissances belligérantes annonçaient publiquement que leur rupture avaient été simulée , et que c'était M. de Rosambert qui pajait les frais de la guerre. Au reste, je suis obligé de le reconnaître;, la marquise est vraiment noble dans ses vengeances : quand elle m'a presque estropié de ce coup do pistokt, elle pouvait en recevoir un. Maintenant qu'elle me lait donner pour fille une demoiselle passablement femme, au moins elle a soin de dorer la pilule ; elle y joint, pour me consoler, vingt mille écus de rente. Chevalier , quand vous verres ma généreuse ennemie, l'emerciez-la de ma part, je vous en prie. Dites -lui que d'abord je n'ai pas été totalement insensible au malheur de me voir, par un sot hvmcn , rangé dans la foule; mais rendez-moi justice , ajoutez que ma faiblesse n'a duré qu'un moment ; qu'à présent je prends fort bien la chose. Surtout , ne manquez pas d'assurer la marquise que , malgré ma propre infortune , je me sens disposé plus que jamais à me moquer des

( I ) Les plus savons jmlsconsultes définissent le douaire : Pretium defloraUe 7'irginilalis. Je veux qu'il y ait aussi de l'érudition dans eet ouvrage, pour qu'on j Uouve un peu de tout.

roa VIE DU CllKVALIKR

rponx mslliciucux. . . . FauLlas , vcincz vmir- avec

moi? — CH'i cela? Je vous vois supciLcl roinmcnt ! l'opLi'! rijabit de ccicnionic ! Faites- vous dis visites de noce? — Non, des visilcs d'adieu, puisqu'il faut (jne je paite demain. — !ît vous demandez c|ue je vous accompagne? — Je soupe au fauboui-ç; Saiut-Honorc ; nous mettrons pied i terre aux. Champs-Elysées , nous feions queli^ues tours de promenade; nous causerons. — J'y coi^scns, pourvu que ce soit sexdemcnt de madame de Lignolle. — Très-volonticvr-. Me voici désormais un mari comme cent mille autres ; mais n'imr.orte , je suis toujours du parti des jeunes gens contre les époux. ..... FailLlas 1 voilà que j'y songe ; n'allez

p'às vous mettre en tète que je vous emmène avec moi pour vous empêcher de courir oi'i l'amour

pourrait vous appeler? Comment? — Oui. Si

vous aviez quelque conquête toute récente , un rendez-vous chfz une jeune femme déj.i faii^ruée àf jon nouvel époux?.... INe vous gênez pas I — • Tiosambert, si vous pensiez réellement que cela fût possible, en parlcriez-vous d'un ton si dégagé? —i D'honneur je le crois! L'adversité ^ient d'éprouver mes forces ; je me seus capable de tout.

Ainsi je crois qu'il ne reste à l'infortunée comtesse d'autre ressource que de se retirer dans sa famille et de plaider en séparation, si M. de Lignolle la tourmente. Quand Rosambert me parlait de la sorte, il faisait presque imit, et nous nous trouvions aux Cliamps-Elijsées , à peu près en face de la maison de M. de Beaujon. M. de B*** souait de la maison voisine : dès qu'il me vit, il

DE FAUBLAS. jo3

vint à moi; il idourna sur ses pas, des qu'il vit Rosamheit. Celui-ci me dit : 11 nous évite ' alloas à lui; ne laissons pas écLapper une si belle ocrasion de passer un moment agréable. Ce fut en vaiii' que je raefibrçai de retenir Rosambert, son malheuieux sort j entraînait.

M. le maïquis, vous ndus fuyez?— —Il est vrai qu'au moins je ne vous cherche pas , lui réponditil d'un ton sec. En effet, beaucoup de gens

m ont assuré que vous me gardiez de vifs resseatimcns. Je vous avoue que je suis très-curieux et

trè.s-impatient de savoir les raisons?

Crojez-vous que je me gênerai pour vous les dixc?... Bon jour, M. le chevalier, contiiiua-t-il tn me donnant lu main. Hier vous avez dû recevoir de Versailles ? . . . .— — Oui, son biTvct., interrom{)it Rosambert. Il l'ai-eçu. — Je l'ai reçu, M. le marquis , et je suis bien sensible à cette pjreuve de voire. . . . — Le comte à mon tour m'interrompit : Faublas! c'est monsieur qui l'a demandé pour vous? — Oui, c'est moi. Qu'y a-t-il là qui doive vous faire rire.' — ^Quoi! monsieur I madame la marquise de son côté ne l'aurait pas un peu sollicité? Pourquoi non ? la marquise est une excellente femme , disposée à rendre service au monde , à tout le monde, vpus excepté 1 J'en demanderai toujours ia raison. La raison ? M. le

comte, quand on se croit aimable au point de ne pas rencontrer do femme qui résiste, et qu'on en rencontre une sage, vertueuse, pleine d'amour

pour son mari — Pardon. J en connais tant

cODimc celles-là , que je ne sais de laquelle vous

roî YIE DU CIÎEVALIEll

rue pnile7. ? De la inii'niie, monsieur. — Dr l;i

vôlrc!.... cil- la vôuo! Oui. Quand on |,i

r<MH:ontr<^ on crlmnc. . . . Ou écliuuu ? >:ni*

doulc. Alors il (;mt prendre palicncc. Von»

en parlez fort à votre aise, vous, monsieur qui n'échouez jamais. — Point de manvaises plaisanteries, M. le comte Je n'ignore pas (ine vont, avez été pins henretix que moi près d'une dcmoisellt^. . — D'une demoiselle? ah! oui, près de niadenioiselle Duportail. — Duportail! on point Duportail! vous avea beau ricaner! au moins pour m'^ venger, moi, je n'ai pas fait de bassesse. — Ah! mcnai^c/.moi. Su reste, expliquez-vous: qu'appelez-von ; une bassesse? — Ce que vous avez fait à ma femme, nx,onsieur. — F.h bien , monsieur! qu'est it; que j'ai f;iii à votre femme? voyons si vous le

savez. Si je le sais! le lendemain du jour que

midemoisclle de Fanblas avait couché dans le lit

de la marquise — Mademoiselle de Faubîas !

ttes-vous sur?

Je m'approchai de Kosambert, et lui dis tout Ijas : Mon ami , prenez garde que votre gaieté devienne excessive, et du moins, j'ose vous en supplier, ne compromettez pas madame de B***.— l.e marquis cependant continuait. Le lendemain , pour vous venger , vous aYez amené chez ma femme le frère sous les habits de la sœur. — Vojez comme je suis malin, s'écria le comte en éclatant de rire : de quelle espièglerie je me suis avisé contre madame la marquise! voilà pourtant de mes tours ! voilà. . . . — Je crois , interrompit avea beaucoup de vchémenec , M. de B***qui s'animait

DE FAUBLAS. io5

visililement , je crois qu'il ose encore se moquer (le nioil M. le comte, non content de cette première perlldie Vraiment 1 quandi je m'ea

mule — Vous avez encore eu la méchanceté

noire. . . . — Diantre! ceci devient sérieux. !-•— Oh! trcs-sérieux. Et rira bien qui rira le dernier , M. de llosambert ; car je n aime pas les airs persilllears , je vous en préviens!— -Ni moi , les airs menaçans,

M. le marquis! Mais vojons voyons d'abord

la méchanceté notre.'*— -Oui ! la méchanceté noire de prendre occasion de la présence du jeune -homme déguisé , pour faire à ma femme , devant moi , la scène la plus impertinente et la plus affreuse. — Oh ! je le reconnais maintenant : je suis nn. ... un malheureux ! . . . un vrai démon ! . . . un roué!-— Riez, riez, monsieur! mais puisque vous avez exigé cette explication, et qu'au lieu d'avouer Tos torts , vous comblez la mesure , apprenez ce que je pense de votre conduite envers la marquise, je la crois indigne d un homme d'honneur, et Tout à l'heure, ajouta-t-il en portant la main sur son épée , tout à l'heure vous allez m en faire raison. — Vraiment I voici le plus drôle ! et, quoique lieaueoup de gens pussent s'en étonner, je voua avoue que je m'y attendais.

Et! messieurs! rp'écriai-je , que voulez-vous faire? Je ne puis souffrir ce combat. M. le marquis ; je ne le puis ! ... Et vous , Rosambert , tous qui détestez les querelles, est-il possible que dans vos gaietés

Toujours, criait M. de B***, toujours j'ai vu daus sa physionomie qu'il était un mauvais plai-

io6 vu; DU i, in:-\ ALI \:i\

9 'Ht — Mauvais? vous me piqui/, 1 — M:ù'. je

n'auiai-ï n:is nu cjn'il 0.1; iiii si nurliant lioinirif.

•——A 1,1 liiMiiic Iirmt' I Vdil.i qui rst plus ii(.M(' !

Il iaut que je lui doiuu' uni.' Ijoiiiic Icroii (lui ]{i

cofrigc —Il est f'àcho tuu: à-lait! tout-ù-faii:

facile, je uc vous iccouiiais plus, M. le marquis! j'avais , moi , toujours vu sur votic figure excepté ] oiut.Jiit otit.iint' matii)éc où vous vouliez, à la Puite.-VaiUot, tuer le chevalier e: le baron! et le comte I et tout le monde ! . . . . e\cepté ce matin-là, j'avais toujours vu sur votre figure que TOUS étiez le plus doux, le ineillear des hommes.

A CCS mots prononcés du ton le plus moqueur , M. de B***, transporté de colère, mit l'épée à la main. Averti par je ne sais quel pressentiment funeste , je ne pus me déféniire de quelque émotion à la vue de ce fer ennemi , de ce fer vcng«ur qui devait, dans un instant, se rougir du sang de Rosambert , et bientôt, bientôt apris d'un sang plus pr:'cii'u;.

Je me jetai sur Rnsambert. M. le marquis , do ■grâce, calmci-vous ! M. le comte, vous ne vous battrez pas! Je ne souffrirai pas que vous vous battiez! — Laissez donc, Faublas , me répondit celui-ci; je suis fâché û'y être ol)ligc , mais c'était la chose<inévita.ble. Au moins ce ne sera pas un duel. .. une rencontre seulement, une rencontre. Et j'aurai su de monsieur une infinité de choses

très-plaisantes. Si tu ne te mets proraptemcnt

«u garde, eria M. de R*** tout-à-fait hors de luiihème, je dis partout que tu es un lâche, et en attendant, je te coupe la figure. — Je te coupe 1*

figure. Je W coupe la figure! répéta Rosambert. 11 se mit à rire : ce serait dommage! on ne verrait plus dans mes traits lés mçcLans tours <jue je m»

permets de jouer à cette femme sage, vertueuse ,

pleine d'amour pour son mari; n'est-ii pas vrai, M. le marquis ?

Alors, pour se dégager de mes bras, Rosam- Ix rt , toujours en riant, fit îrès-lesîemcnt quelques ]>as en arrière; et, du même temps, il rc\Tnt sur M. de B*** l'épée à la main.

Ils se battirent vigoureusement; ifs se battirent ];endant quelques minutes. Ah! que de malheurs m'eût épargnés la défaite du marquis ! Ce fut le comte qui succomba. Le ciel est donc juste! s'écria M. de B***. Périssent ainsi tous ciux qui m'outragent , tous ceux, qui portent une physionomie trompeuse ! Je vais , le plus tôt possible , ajoutat-il , envoyer ici les secours nécessaires, restez auprès de lui. . . Voyez pourtant ce que c'est qu'une figure ! comme la sienne est déjà changée !

Il s'éloigna. Le comte, étendu par terre, me fit signe de me baisser pour l'entendre, et me dit d'une voix très-faible : Mon ami, je suis grièvement blessé; je ne crois pas que cette fois j'en revienne. Faublas , assurez au moins madame de B*** q»ie je ne suis pas mort sans avoir éprouvé le siucèie repentir de mes cruels procédés pour

elle Cruels ! plus que vous ne pensiez

Faublas , il est trop vrai que Rosambert ne put

achever, il perdit connaissance.

Je, tâchais , avec plusieurs personnes attirées par le bruit: du couibat , je tâchais d'arrêter 1«

*o8 vu: DU CIllIVALIKIl

sang de mon malheureux ami , ijiiaïul les cliiiiirgicns anivèu lit. On se hâta de le tiansporter clic/. lui. Quel Sjiectaclc pour sa jeune femme ! La plaie fut examinée; nous n'ol)lii)mcs des ehirnif^ieiis que cette réponse in<|uiétante : On ne peut rien dire que le troisième appareil ne soit levé.

Je rentrai chez moi, I imagination rumplie du fiinestes images: Mon père, il est mourant! — Qui? — M. de Rosamhert. Le marquis vient du lui donner un affieux coup d epée. — Le marquis 1 répondit le haron : puisse-t il au moins n'en plus

donner à personnel.... Cet événement est triste

et fatal; fatal I 11 va ramener sur vous l'attention générale. O mon frtre! me dit Adélaïde en adoucissant par de tendres caresses sa réflexion cruellement juste; mon frère, je ne sais pas précisément quelle conduite vous tenez; mais je vois depuis quelque temps qu'il ne vous arrive que des malheurs.

Qu'elle fut longue pour moi, la nuit qui vin» succéder à cette fâcheuse soirée! quels songes terrihles troublèrent mon pénible assoupissement! Aussitôt que je fermais les veux, je ne vovais plus que des obj<:ts d'horreur. Des épées suspendiuf. sur ma tète! mes habits teints de sang! le ciel en feu ! je ne sais quel fleuvt débordé , roulant avec mille débris un cadavre ! Partout , la mort autour de moi ! je m'éveillais , le cœur serré , le visage couvert de sueur. Et, pour écarter de si épouvantables images, je tâchais de porter toutes roc* pensées sur le jour fortuné qui m'allait luire, sur pevendredi s: impatiemment attendu, qui devait

DE FAUDLASï. 109

m offiir quelques tloux niomens Jans ia socklt du vioonitc de Fiorville, i-t les plus vifs piaisiis dans les hias de mou tléonoii:. Mais en vain je m'efU;!çais do guérir uuc iiîianiualioa irajipéc des pli'J sinistres presseniimeus ; «-lie repoussait toule idée consolante : luo»', âme était profondément triste. Hélas! il vint en eCot trop tôt, ce vendredi qi.i semidait ne me promettre que du bonheur! il vii/t en ellet trop tôt, cet affreux jour, suivi d ïin jour plus affreuv 1

Dès le matin, j'allai chez M. le comte, il avait fort mal [lassé la nuit ; j'y retournai l'après-dînée , on venait de lever ie premier appareil, et 1 011 n'osait point encore assurer que la blessure nq serait pas mortelle.

A sept heures du soir, je quittai Rosnmbert pour courir à la rue du Bac. Je ne vis point ie vicomte de Fiorville; ce fut madame de B***" que j'v trouvai , madame de B*** comme auv jours de I.ougchamp , dans tout l'éclat de sa parure ; Qu'elle était belle!

Emporté par le premier transport de mon admiration, j'allai tomber à ses genoux, et la marquise paraissant m'y contempler avec moins d'orgueil que de plaisir, a\ec une plus douce ivresse que celle dont le seul amour propre est la cause, la marquise ne se pressa pas de me relever.

Ma belle maman 1 n'est-ce pas bien imprudent 'a vous d'être venue dans ce costume si remarqualjle .' Valait-il mieux ne pas venir, répondit-elle? J'arrive de Versailles dans mon wiski;le 5cul Deeprés m"a ramenée; il faisait nuit d'ail- P. lO

i.o VIF. nu chkvalikh

Icin-i.t'i j<' lie suis pas omré« par II im du Bao. — Il y n (Iddc une porif (Ii'toIx'h- ? — Oui , iium riini. Ma IkIIo maman, ])(riii('tt</. ■ Truii <lc vons nssurer tic tonte ma rcconiiaissaiicf ; les paiiieis quo vous in'avie/, promis. .... . — Ont-ils produit

l'effet que nous en attendions?.... Oui, mrui

père no sonj^e plus à vovager avec moi; cepentlaiit une chose encore m'inquiète, je vous l'avoue : c'est d'être obligé de quitter Paris si vite. Ne st rait il pas j)05sible de différer de quelques jours? — Au contraire, s'écria-t-elle : je crains liien que vous ne receviez inccssr.mment l'ordre de partir encore plus tôt. Il court un bruit de guerre, loi jdupart des oflicievs ont déjà rejoint; ce n'est qu'avec beaucoup de peine que j'avais obtenu

jiOur vous ce retard d'unie quinzaine. Mon

Dieu.' comment ferni-je donc pour ? Ella

«l'interrompit vivement : Vous ne me parlez pa» du malheureux événement de la soirée d'hier? — 3>1aman, vous scnible-t-il en effet malheureux? — Pouvei-vous me le demander ? Etait-ce de la main <^le M. de B*** que l'osambert devait mourir? J'aurai donc impunément souffert l'outrage de se$ calomnies et la flétrissuie de ses embrass(!mcns ! il n(! m'aura donc pas été permis de lui arracher devant vous, avec le tardif remords de son dernier crime, l'aveu de toutes ses impostures ! la fortune encore une fois a trahi mon courage et mes espérances. N'accusez pas la fortune. Votre couraga

iFut récompensé par le succès du combat de Com^ piègne ; et, dans la rencontre dhier, toutes vos espérances ont été rejmplie*. — liempliea I — Ap-

DE FACBLAS. ml

prenez eu qnu m'a dit le comte prêt à s'évanuuir : Fauùlas, aisurez au moins à madame de i>*** i^ue (ef ne suis pas mort sans a^'oir tprou^'é le sincère re^en-

tir de mes cruels procédés pour elle cruels ! plus

que vous ne pensez il est trop vrai que —

Que ? Ma belle maman, M. le comte n'a pas euj

la force d'achever. — Il n'a pas eu la force d'achever; vous cependant, Faublas , comment avezvous interprété cette involontaire réticence? —

Le sens, ne m'en parait pas équivocjue ? Eh,

Lien? — J'ai compris qn il voulait m'avouer que jamais il n'avait possédé votre personne. . . . votro personne avec votre amour, j'entends.' — Avouer!' «éeria-t-elle en prenant mes mains dans les siennes : Vous croyez donc que c'est hier qu'il vous a dit la' vérité? — -Je vous assure, maman , qu'il me serait

cruel de n'en être pas persuadé. Elle porta ma

main sur son cœur : Vous le croyez ! . . . Faublas !

mon ami 1 sentez , sentez ces battemens

voilà depuis six mois le seul moment de joie qui

m'ait été donné Laissez, mon cher ami,,

laissez couler mes larmes. Depuis ii long-temps celles que je verse ont tant d'amertume! Je trouve à celles - ci tant de douceurs ! Laissez , laissez couler mes larmes ! elles me soulagent d'un fardeau qui commençait à m accabler. .. . Ah! pouitant , Faublas , quelle félicité plus grande , si j'avais pu moi-même dans le sang de mon ennemi laver mes injures, mériter ainsi d'obtenir à te»

propres yeux ma réhabilitation complète !

Que dis-je ? ajouta-t-elle en posant sur mes lèvre» les lèvres brûlantes: qu'importe ma vengeance?

!i.' VIE DU cm; VA f^ter;.

]Ve suis- je- pas désormais |iliiii<ni(i)t jtislilico ? Ne ITIP iltns - tu pas toute ton rstimc , et jnCiin? une icnclvor.se égale. .... Enivré de ses caresses , je lui prodiguais les miennes. — Rli bien, soit! s'énii- !-elle en s y livrant tout entière : qurnlin I ;Ériioiiv, l'iriviiicible amour l'emporte ! De|)uis deux mois j'oppose toute la rc.^i.iliuice dont une niortclie est cai'able. îl m'a vingt fois arraché mon se. ret ! f|!)'il triomphe aussi de mes résolutions! qu'il me lendc avec l'i^niant idoLltré quelques momcns d"uu suprême boniicur; lallut-il les acheter encore de plusieurs siècles de lourmens! dusse- je entendre un ingrat, jusque dans mes bras, appeler Sopln'c et regretter madame de Lignolle! dusse- je cnlin quelque, jour pajer de ma vie !. . . .

Elle n'en dit pas davantage, je venais de la porter sur lin lit de délices où nos Ames se confondaient. Quelle imprévue catastrophe allait nous lirer de notre ravissante extase, ipour f.nire succéder aux gémissrmens de l'amour les cris de la rage et de la douleur!

La porte de la chambre où nous éiions ayant été brusquement ouverte: Maintenant le croyez-vous, ' dit madame de Fonrose à M. de B***'.'

Celui-ci, ne pouvant plusdonterdeson mnllicur, devint furieux. 11 se précipita, l'épéc à la main, sur ' un homme sans armes, et qui. d'ailleurs surpris flnns le plus grand désordre, était aljsolumcnt hors de défense. La marquise trop prompte, ma généreuse amante, se jeta devant le glait^ menaçant; le marquis frappa Grands dieux! M;i-

dame de B*** cependant résista d'abord à la vio-

DE FAUBLAS. ii3

It'ucc du coup; et dans l'iDSlant jnt-nie ayanf tîi'é de sa poche deux pistolets chargés, elle étenàil Ja baioiin(' à ses pieds; elle dit à son mari : \'ou6 venez d'attenter à ma vie, je suis maîtresse de la vôtre : je ne prétends pas venger ma mort, qui sans doute est. prochaine ; mais , ajouta-t-clle en s'appuyant sur moi : Je vous déclare que je suis coiiLre tous déterminée à le sauver.

Quoique je fisse de gi-ands efforts pour la reiciiir, el!<; toml>a sur ses genoux, s'appuya sur sa maiu d;< he, et me présenta le pistolet qu'elle iéuait eiu'Ore de la gauche : Tenez , Faulilas ! — et TOI'-!, M. de Q*** , si vous faites un pas vers lui , qu'il vo]us... arrête. A peine avait-elle dit , qu elle se renversa dans mes bras, où elle perdit tonuaiasauce.

Le marquis ne songeait plus à menacer mayle; <léjà sa faîalc épée lui était échappée des mains, ^«î.-îlhcureuxl s'écria-t-il avec tous les signes du i)!iis grand désespoii t Qu'ai- je fait? où fuir.' ou lue dérober à moi-même?.... Ne l'abaïKloiincz ua>,vous autres; prodigucz4ui tous vos secours... •''lou Dieul comment.soriir d'ici!

Il était si îroubli', qu'il eut en 'effet beaucoup de peine à trouver la porte.

Cependant m^acTamc de Fonrose, dont la mâchoire inférieure, était toate fracassée, poussait d'horribles cris.ïj Recourut une foule de gens que je ne connaissais p;is, que.js voyais à peine. Plu- 'iî :i:> cUirureicns arrivèrent. La baronne fut aasyiortée caei elle; mais, pour l'infortnace . ...i^-i.e, on n'osa- pas ns<juer le transport. Nous;

ii| VIE UU CHEVALIER

la primtfs à quatre. Nous la portâmes mournntosur ce môme lit où quelques minutes auparav;ii)t. .... O dieux , dieux, vengeurs ! si c'est une justia , elle est bien cruelle î

La profonde blessure était au sein paucli* , près du cœur. Madame de B*** ue passerait peutêtre pas la nuit. On lui mit le premier ajvjiareil; alors elle revint de sou loiig évanouissement — Faublas! dit-«lle; où est Faublas? — Me voilà-

Me voilà désespéré. Madame, s'écria le premier

chirurgifn , ne parlc^z pas Dusse — je tout à

l'heure mourir, répliqua-t-elle, il faut que je lui parle ; et d'une voix éteinte , elle balbutia ces m.r)ts entrecoupés : Mon ami, vous reviendrez; vous ne laissevez pas des gens indifierens me fermer ley veux; vous recevrez mes derniers aveux, et mon dernier soupir. Mais quittez -m.oi pour quelques^ minutes , courez; la lettre de cachet va sans doute arriver de Versailles ; courez, sauvez l'infortunée comtesse , s il en est temps encore.

Aussitôt je m'élance ; je ue marche pas , je vol» dans les rues. Mou Eléonore, ils renfermeraient!. ii foudra d abord qu'ils m'arrachent la vie! irais si déjà l'ordre barljave est exécuté; s'il est exécuté, c'en est fait! plus de ressource, pliw d'espoir. La comtesse , également impatiente et sensible , ne pourra pas , seulement huit jours, supporter l'esclavage et l'absence : la mère et l'enfant périront!.... I!t moi, m.alheureux! jje serais donc obligé de leur survivre? moi ! qui pourrifit m'crapccht t de les suivre au tombeau?

Plein d« ces idées si tristes, j'aitive à l'hôtel de

Î)E FAUBLAS. ii5

madame de Ligiiolle. Sans m'aircter devant la loge du suisse, je ciie : la Fleuul En un instant )«î passe, jf tiaverse la cour, je me piccipite sur l'escalita- dérobé , je frappe à la petite porte de mademoiselle de Brumont. On accourt, on ouvre : quel bonheur 1 c'est la com^teîse! un cri de joie m'échappe, elle y répond par uq cri de joie iDéjà^ mon ami! — Mon Eléonore , je tremblais qu'il na fût trop tard. Viens. — Où cela? — Viens areo. moi. — Comment I — Viens vite. Ta liberté est menacée. — Ma liberté I Je ne veiTïis plus moaamant I — Que cherches -tu? — Mes diamans. — — Ils sont cLei moi; tu i>« Tes as pas remportés.—— Ma taAte. — Où est-elle? — Dans le salon. — ~ Cours lui dire adieu... . . mais non. Madame d.'.\r~ mincour voudrait t'emmener avec elle; c'est avec moi qu'il faut venir. D'ailleurs , les frayeu.s de la marquise pourraient nous découvrir ; il vaut mieux qu'elle ignore pendant quelque temps te que tu seras devenue. Mais, viens vite. Hitoasnous. 11 n'y a pas un moment à perdre.

Kous descendons sans bruit. Favorisés par î^* nuit, la comtesse se glisse jusqu'auprès de la pottecochère. Alors, ayant pris ia précaution d'enfoncer mon chapean sur mes yeux, je fra^e aiii earreaux du suisse : C'est moi qui viens de parler à la Fleur; tirez le cordon. Le domestique préoccupé de sa partie de cartes , obéit machinalemeni- Madame de Lignolle est dans la rue , j« m'élance après die. Mon Eléonore saisit mon bras et presse 8a marche autant qu il est possible. Nous n'osons <lizc uu mot ; tout ce qui se passe autour de injus-,.

ïi6 \ IK DU (illKVALI Li'.

< aii»i' nos mortelles iriqTiiciudos; uiusi lOuiiinjutcs de mille oiaintes, mai-; cnr.orc soutenus par If j)lii- doux rspoîr, nous ç^affrinns la plan- Vriulôm*'.

< c fi!t par la povtcdu' jardin qxii: nous endâmos ii l'hôtel; otj'côThmc rions nous jetftxnc^ anssiiA) <lans le petit escalier , pci-sonnc ne pni nous ap j^^orccvoir, exrepté .Tasmîri.

■ ' Mon doinestique appoi'ta des bougies : Bon l5ieu! dit madrîme de Lignolle, j'ai du sang snv les mains ! . . . Taul^las , les vôtres en sont pleines. .h' ne pus retenir un eri d honcnr, et tout h eon]> fondant en larmes; re sang, r'rst le sang d'une amante! Dans qtiels momens tu viens nnir tes destinées aux miennes ! El 'onore , m« clièfe Eléonore, veille sur toi! prends garde! je suis environné des 'vengeances du eiel. La mort aulouv de moi frappe ou menace les objets les plus ehers i mon cœur. Veille sur toi! ce sang, c'est eiliii d'une amante!

Quels discours, Fanblas , et quel d^'sespoiv^ rous me glacez, d'effroi. — 'Mon amie, ce sang,

c'est celui d'une amante. I.a marquise. . . . S'est

poîgnardtre! — Non. Son mari. . . — ^Ah! le cruel 1 Mourante, elle a rassemblé ses forcés pour m'a- Vertir du danger auquel t!i restais exposée. . . — Que je la remercie 1 Et pour me supplier de revenir bientôt recevoir son dernier soupir. — Pauvre femme!.... Il y faut courir, mon ami; tiens, j'y vais avec loi. — Impossible! tant de gens qui te menacent! tant de monde auprès d'elle! — Eh bien donc, va seul, va consoler ses derniers momens mais ne rester pas long- temps

DE LAV;i}LAS. 117

chez elle. . . Faublas , tu lui diras cjue ma haine est

éteinte Que je suis pvofonctémeiit aiiligd-e de

son infortune. . . . Que je voudrais pouvoir. . ? .

Oui, mon Eloonovi: , je lui dirai que tu as un excellent cœur.— - Mais revenez bien vite, ne me

lai-^sez pas ici. Bien vite, le ])lus tôt possible. Jas-

iiiin, comme il <?e iiourrait que mon père voulût monter chez moi , laites passer madame de Lignolleaufoudjle lappartementjdans le boudoir... Que iM. de Belcour ne la découvre pas ; que pcr-

S)une ne puisse l'entrevoir Jasmin, je vous

«oufle madame la comtesse , je vous la recommande ; vous me lépoudrez d elle, et songe/, qu il v va de ma vie.

Il n'v a qu'un pas de la place Vendôme à la rue du Bac; aussi je ne mis qu'un moment à retourner près de la marquise.

Un homme et plusieurs femmes environnaient i(on lit. Que tout le monde se retire 1 dit-elle eu me vojant entrer. Le médecin lui représenta qu'elle ne devrait pas parler. Un dernier entretien avec lui, répontlit-elle; vous me gouvernerez ensuite comme il vous plaira. On on nous laiise seuls I II voulut répliquer : un ordre absolu lui ierma la bouche.

f-lle est sauvée ? mon ami.— —Elle est chez moi., — Ne l'y gardez pas long-temps. Au reste, Desjues, chargé de me» instructions secrètes, vient de partir pour Versailles : tant qu un souffle de vie me restera , ne craignez plus rien pour Ui comtesse.

Madame de B**'^ garda quclquu temps un morne

ii8 V ir: DV CIIKVAMER

siliMiff , puis cllf li\n Mir moi ses regards plein» <le laiiiKS; et, m'ayaiit luii signe d'apporter ma main dans la sienne : Eh bien, Fauldas , me <litlille, n'admire/, vous ])as ma triste destinée? Xix~ trefoJs, à ce village d Hollriss, vous m'avez vu(^ tnir un lit d'ojiprobre ; anjourd'liui , vons me voyez au lit de la mort; et le plus cruel n^vers , aujourd'hui comme autrefois, a renversé tous mes projets à l'instant marqué pour leur exécution. Maint(Mîant, aussi comme alors, je veux vous dévoiler toute mon âme; et, quand vous m'aurez entendue, quand von» me connaîtrez tout entière, quand surtout vous aurez comparé mes passagers plaisirs et mes tourmens durables, mes pnmiércs /ài])lesses et mes derniers combats, mes lionnes résolutions et mes desseins condamnables, eniin mes terreurs et leurs châtimens; quand vous aurez tout comparé, Faublas, vous oserez, je n'en doute pas , affirmer que votre amante , ayant vécu toujours plus malheureuse que coupable, est morto encore moins digne de blâme que de pitié.

Pourfjuoi rappellerais - je ici le bonht:nr des premiers temps de notre liaison? Il est vrai qu alors ton amante eut quelques beaux, jours; mais qu'ils furent promptement empoisonnes par de vives alarmes , promptement suivis de votre inconstance et de mon désastre complet! Ahl qui voudrait du même prix payer les mêmes jouissances? qui? moi, Faublas; moi qui, prête à périr, me sens encore brûlée du feu dont je lus consumée sans cesse ! Mais dans le monde entier, je serais apparemment la seule. Va, je n'ai point ou-

hlié ton amour naissant pour Sophie, Icpoqup faiale de son enlèvement , le jour plus funeste où je vis mon amant avec ma rivale au pied des autels, et les horreurs de cette nuit où, par le plus lùche des attentats, ton perfide ami combla mon avilissement, et commença mes véritables infortunes. Fanblas, je te le jure à mon heure suprême, ft j'en atteste le Dieu qui m'attend, Rosambert a mérité la mort. Rosambert, avant du mo flétrir à ti'S propres yeux, m'avait indi£;n(;roent calomniée. 11 est vrai que, séduite par quelques-unes de se» qualités brillantes, je lui donnais plus d'attention qu'à tout autre , une préférence marquée san* doute. Il avait pu concevoir de grandes espé^ rances ; j'ai lieu de croire que l'évéucment ne lea fût jamais justifiées. Je n'entends pas ici, FaubJas, te parler de mes principes , de ma pudeur , de ma «ngcsse , de toutes les vertus auxquelles on a prudemment condamné mon sexe : je n'en ai seule» ment pas avec toi conservé l'apparence! .Que ta dirai-je ? mon amil Placée par le hasard dans un rang élevé , j'avais encore reçu de la nature un esjirit inquiet, une âme ardente; j'étais née peut- £tre pour les crimes de l'ambition : je te vis, tu iii'entrainas , je me plongeai dans tous les egareinens de l'amour.

Oui, ce tut par un crime que Rosambert, S Luxemljoui-jr , renversa mes desseins. Mes de»:seins, je le sais, pouvaient paraître coupables J mais au moins n'étaient-ils pas de ceux dont se fut avisée une amante sans générosité, sans courage ^ una yulgairo amante modérément éprise

T-).. VIE DU CIIEVALIEIl

(I iiii Iidnimc oi-diiiaii'c. Rosamhi-rt 1rs rcnvorsa iDus. Il iuf sc'inljla (juc dcsormais je ne pouvais vctncttic c-ii vt)S l)ra.s uin; feninie tombée tiaiis li; H) jpi'is (relle-inême; et ùcs-lor» présumant ti'0|i de n\es forées, on plutôt ignorant encore; l'irrésisiiijlcî empire d'unepassion,, croyant maîtriser les grands intérêts du rœnr, comme je gouvernais do petits intérêts de oonr, je jurai , 'vous l'entendîtes, je jurai de ne plus vivre (jik- pour ma vengeance et votre avancement.

D'aliord il fallut vous liier d'une jnison d'était <u'i vous n'eussiez pas langui pendant quatre mois, si mes ennemis rassemblés n'ensseut , de mille manières, contrarié mes tlémarclies. Eniin, ]M. de *** ^ porté par mes efforts à la place émincnte qu'il occupe aujourd'hui , M. de ■*** fu' «'cpendant assez ingrat ])otir mettre à votre d('I^vrance une eondilion qui laillit la rendre impossible. Jusrz si le sacrifice demandé me semblait

])énible'' il s'agissait de vous rendre au morde , i;î je balançai plusieurs jours. Mon ami, je vous Je répète , ]<• ne prétends vous vanter ici ni nu vertu, ni la vertu des femmes : parmi tant d'aii- 'tres preuves de mon attachement sans bornes , regarde ce honteux dévouement comme la plus i^rande.

Tu devins libre, j'osai te revoir, je l'osai! en fut ma premièi'e faute, elle prépara mesiderniers égaremens et ma fin tragique.

Quatre mois d'absence jn'avaient apparemment gnérie d'ui* amour fatal? au moins je m'en flattais, ^'tanrl je vous appelai chez madame Montdésir;

DE FAUBLAS. m

au moins ^ans notre première entrevue, je me 3euli-i bien moins qu'autrefois émue de ta présence : je t'ai parlé de Justine sans dépit; de la comtesse sans beaucoup d'aigreur ; de Sophie sans trouble , sans colère , sans aucun mouvement jaloux. Je t'annonçai , dans la sincérité de mon cœur, de louables résolutions que je croyais devoir être immuables. Enfin, je te quittai, m'applaudissant de n'avoir plus que de l'amitié pour toi. ... Insensée , comme je m'aljusais I le feu mal

éleini couvait sous la cendre; une éliuoellc allait

s'ecnapper qui recommencerait 1 luceuclie.

Souvenez-vous, souvenez-vous du jour que, prête à partir pour Compiègne , je vous fis mes cdieux. Jusqu'alors , en préparant le châtiment de JRosambcrt. je n'avais éprouvé que le désir de la vengeance : vous me fîtes connaître la crainte de la mort. Cette idée soudaine, qu'il était possible que bientôt nous fussions à jamais séparés , me glaça d'épouvante. Tout à coup il me parut moins désirable d'accomplir ma vengeance contre un ennemi ; mais aussi je me sentis plus impatiente d'obtenir ma réhabilitation aux yeux de mon amant. Cependant les terreurs nouvelles qui venaient de m'étonner, les irrésolutions momentanées qu elles avaient produites , mes agitations encore violentes, le trouljle de mon cœur, tout me dit assez qu'en attaquant les jours de Rosambert, je devais surtout songer à défendre les miens ; que maintenant il s'agissait moins de triompher quo de ne pas mourir; qu'avant tout il fallait m'cOTorcer de vivre, de vivre afiu de t'adorerl 8. " «ci

132 VIE DU CIÎKA AMRIV

(^oniintut aiUMis-je jui in'avciiwli'r oncore sur mes v<''i'il;il>l('S dispositions, puisque mcme à Compiègne, ditiis ]c moment d'ivresse qui suivit ma vlrioiie, mon secret m 'écli.ippn devant laeoinlcsse ut devant vous. Ce fut pointant sans y réfléchir, ce fut par un instinct de jalousie renaissante que, vous voyant :«iu le point de rejoindre ma plus dangereuse rivale, je vous conseillai de rentrer dans Paris avec madame de Lignolle. Alors, sanrf me rendre un compte (Idèlc de mes sentimens, je démêlai seulement, à travers une foule d'idées contraires, que je m'étais étrangement trompée moi-même, quand je vous avais j>roniis de vous rendre Sophie , et de vous voir tranquillement lui prodiguer vos tendresse». Je reconnus qu'une femme , pour avoir donné le courageux exemple d une entière abnéejation de soi-même, ne devait pas se flatter d'atteindre à l'effort plus héroïque d'un absolu dévouement. Je reconnus que telle amante, capable de renoncer à son propre honlieur, pouvait cependant n'avoir pas assez de force pour souffrir le bonheur d'un autre. Je le reconnus, je m'en indignai, j'en frémis! mais endn , eans oser, d'ailleurs, former pour l'avenir aucun ])iojet déterminé , je m'arrêtai du moins à celui de retarder presentement une réunion dont la seuls idée faisait mon secret désespoir.

Aussitôt Després fut envoyé de Compiègne à Fromonville^ pour avertir M. Duportail de votr» prochaine arivée, et pour multiplier les obstacles autour de vous, si la comtesse vous permi^ttait d'aller à la poursuite de Totre épouse. . . Faublai!

je vous vois pâlir et nombier ? O toi que j'ai

trop aimé, ne va pas me haïr! o toi, l'auteur de mfs cgrircnicns, ne leur reluse pas quelque intlulgeuce I trop heureuse, crois-moi, trop heureuse la femme sensible à qui le favorable amour n'ordonna que des démarches peu condamnables , qui n'eut jamais besoin de trahir un ingrat , ni de persécuter des rivales; hélas! et qu'ua prcmitîr pas vers l'abime n'entraîna point dans ses plus grande» profondeurs I

Si tu pouvais te faire une idée de ce que j'ai souffert à cette auberge de Montargis , à ce château du Gàtinais surtout, à ce fatal château de la comtesse I Inconcevable jeune homme , comment donc pouvez-vous allier tant d'inconstance et tant! de sensibilité, tant de douceur et tant de barbarieL \ otrc Sophie ne vous était pas moins chère, et vous adoriez madame de LignoUe ! Oui, déjà , j'en fus témoin I déjà vous l'adoriez I L'ingrat I et dajis le délire de sa fièvre, il prononçait aussi souvent fjue le mien , le nom de son Eléonore. Le cruel ! et dans ses momens de raison, il me faisait, à moi, la confidence de tout l'amour dont il brûlait pour elle! Ainsi, ainsi, ce n'était point assez de trembler pour les jours de mon amant , de le trouver dans une maison détestée , de voir une autre femme lui donner ses soins qu'avec tant de plaisir je lui eusse seule prodigués; je devais encore, de

la bouche même d'un infidèle ! Mais écartons

CCS Souvenirs terrililes. Qui m'eiit dit pourtant , qui m'eût dit qu'alors je ne mourrais pas de douleur, parce que j'étais léservée à beaucoup d'au-

liT*; t'prcuvcs iimi moins iii-.ii|ipori;il)l<!S , parce qu il liill.iil (jue toutes los liornurs «le ma dcslinéo s'acromplisseiit !

I'"aulilas, mon port('-fouill<î t-st là. Clicrchez-y cet écrit luiicsle qui priii ipiia mes plus fatales rcsolutions. Reprenez la lettre de votre lieau-pcre , reprenez -la. Je la sais tout entière , je n'en ai plus besoin. Quelle lettre! Grands dieux! comme j'y suis traitée! que de crimes on osait me supposer, dont I idée ne m'était seulement pas venue! quel avenir on m'annonçait, quel énouvantaljle avenir que je n'avais pas encore mérité! Le jjrcfond Sentiment d'une injustice irrite un esprit lier , et troj» souvent le porte aux extrémités les jilus inexcusables. J'en fis malheureusement l'expérience : Mademoiselle de Pontis parla^cunt un amant banal et le mt'pris public avec la marquise de B*** ! Va , Duportail," tu la connais bien peu cette marquise de B*** que ta fureur accuse! Elle ne fut jamais passionnée ni généreuse à demi. Ce n était point pour partager Faublas qu'elle courut le chercher à Luxembourg! Ce n'était point pour le disputer à Sophie, qu'ensuite elle lui permit de l'aller rejoindre! Ta haine cependant est la lécompensc des sacrifices qu'elle a déjà faits , ct^ pour prix des pénibles combats qu'elle livre encore chaque jour, t'i lui promets avec le mépris public d'inévitables malheurs. Va! je le savais que la fille et toi vous me détestiez; que les hommes condamnaient sévèrement sur les apparences , et ne revenaient pas de leurs jugeniens ; que la fortune inflexibh^ comme eux nre révoquait point ses ari'èts , et

DE b A L iiL.Vo. 1^5

qu'mi jvraïul rcver; était trop snnvont 1p ga:;e d'iui revers plus j^ranci. Je le savais. Mais toi-même assure que vos communes pcisccutioiis ue finiront point. Eh bien , ne pouvant m'en prémunir , je les justifierai! Dunortail, je suis Insse de ue ra'imposcr que des privativ»ns sans dédommagement , je suis lasse de ni'immolev pour des ingrats. Puisque je ne dois plus rien espérer, puisqu'il ne me reste plus rien à perdre, je veux du moins retirer quelque fiuit de mon déshonneur qui fait ta joie : je veux que l'amour revienne aLi-égev ma vïe dont tu demandes la lîn. Tu verras ce que la mar()uise environnée d'ennemis peut encore entreprendre 1 Tu verras si je suis femme à partager un amant I

Ainsi ,Faulilas, ainsi, dans mon désespoir, je jurai que "Sophie ne vous serait point rendue , et que madame de Lignolle aussi connaîtrait, à son tour, les tOHi'mens que depuis'long-temps j'endurais.

Ooligée de vous laisser rcnfrer à Paris , je devais le plus tôt j.ossiljle vous en éloigner, de peur au un hasard fatal à mes nouveaux desseins ne vous fît découvrir que votre beau-père était eavore revenu chercher uii asile dans la capitale. . . > — Quoil ma Sophie? — 'De grâce, s écria madame • ie B***, ne m'interrompez pas. L'ardente fièvre qiii me soutient peut tout à coup s'éteindre, et je «aurais plus la force de vous parler. Ne m'interrompez pas; tâchez surtout, tâchez de dissimuler votre cruelle joie ; preitez. pitié de l'état où je suisi

ia6 V I r; d u c n k V \ n e r

ÉcoutP/, , re[trit-ille : M. r>iijioif:)il fuvJiit dr. Ffomor.villc avi o votr»; é|)(;)usc rt deux litrangrics que je ne connais point. Despiés chargea l'un cl( » init'ijs de rester à Puy-la-Landc , afin de s'arranjjjcv de manière que voos n'y trouvassiez pas de chevaux. Després ne cessa pas de poursuivre votre Leau-père. Celui-ci, laissant à (jiu;Ique distance tic. Montar^is les deux inconnues «■onlinucr la mèm*; route, mit pied à terre avec sa fille; et, s'étani jeté dans un chemin de travi-rsc, il vint reprendre la poste à Dormans , et le chemin de Paris jtai- Meaux. Ce fiit à Bondy qu'on perdit ses traces. Votre beau-père est certainement dans la capitale ■ mais je ne sais comment il a trouvé rim{)ci»érrrijjle retraite où, depuis plus d un mois, il échappe ù toutes mes recherclies.

Cependant il ne fallait qu un hasard inayjrévtî pour découvrir ce que je cherdiais inutilenuiit ; je devais donc me hâter de vous donner un état qui vous forçât de quitter Paris , et de vivre dann une province éloignée où je me flattais de voui; rendre bientôt votre exil agréable : je vous fis «'apitainc au régiment de ***.

Madame de Fonrose , malheureusement placée enta'c la comtesse et le baron, pouvait doul.lcincjul contrarier mes desseins; il ne me fin pas mah'iisé de commencer sa rupture avec madame de LignoIIe. 'r.i de déterminer M. de Belcour à quitter >.ou iudigbe maîtresse.

Je nourrissais toujours de justes projets devengc-luce contre mon plus crud ])Cr.-écuteur. Je ne tl.i^aspérais Tîas de l'obliger »ous quelques jours à

Lt rAUBLAS., 127

me combattrf- encore ; et si , comme la première fois, je ne portais qn'uii coup mal assuré, si Rosambert échappait à la mort , au moins je poui-rais peut-être lui arracher l'aveu de ses impostures , recouvrer ainsi toute votre estime, et reprendre, à mes propres yeux , quelque valeur. Cependant , comme votre ami ne pardonnerait sûrement pas à madame de B*** les excès dont il s'était rendu coupable envers elle, il me parut d'abord indispensable d'éloigner de vous ce conseiller perfide, et d'essayer de mettre lin aux plaisanteries dont il ne cessait d'outrager rbvmcn en général , et quelques époux en particulier; je lui fis* donner mademoiselle de Mésanges, et l'ordre de rejoindre son régiment.

Une ennemie infiniment redoutable me restait «ncore; c'était madame de Lignolle , que j'aurais beaucoup aimée . si vous ne me l'aviez ■pas donnée pour rivale. Lafleuc, qui m'était vendu, le traître Laflour me faisait tous les jours des rapports dont mon inquiétude s augmentait sans cesse. 11 devenait pressant d'élever, entre la comtesse et vous, il' s obstacles à jamais insurmontables ; je lis venir II- capitaine; il se hâta de solliciter à Versailles uijc lettve-de-cacbet qu on tenait toute prête : madame de Lignolle allait être arrêtée.

J'iuiblas'. pourquoi cette agitation si vive? pourquoi cette pâleur soudaine.' Vous m'accusez <l avoii été cruelle enveis votre Éléonore? Atteit- <Uz , mon ami; si vous me jugez précipitamment , vous me jugerez avec trop de rigueur. Demain le capitaine recevait l'ordre de retouvaer à Brest et

123 V 1 i. DU (. UJ. V ALIKH

do s'y rcinl)aicjii«;j-. La conitiiscc pcid.iit r.a liberté |M luI.Tiit (nalijiH's jouis seulement. On duvail Iiitiitôt lui dtuinei- pour prison la tcvru cjut- sa tante possède en Franche-Comté. Rica, je vous le proleste , nciît été néglig;é pour défonclrt ca lt<mallicurcuse enfant du ressentiment de ses deux lamilies. Mais , après 1 éclat de sa détention , vous n'auriez jamiiis pu la revoir: et je m'étais réservé <1 ailleurs plusieurs moyens de vous en empêcher.

Enfin, vous partie/, po;ir Nancy; c'était dans SCS environs que nous allions nous r(;ncontrer ; c'était sous 1 iieurcu.i ciel de .la Lori^inc que je • devais retrouver m.on amant et mes beaux jours. Que de vains projets! Al^, malheureuse I fjuand j'espérais te consacrer ma vie , ia mort m'atteu dait. L'épée fatale du marquiî , après m'avoir en levé ma victime, est venue jusqua dans tes bras frajiper la sienne. Ceu est donc lait! je vois xan tombe entrouverte; il y faut descendre à vini^tsi.\ ans !

Voilà pourtant où m aura conduite une passion trop tard comba ttue ! Puisse du moins mon e.vemple avertir la foule des infortunées, menacées d'un dcb tin pareil I Puisse-t-il, dans le grand nombre, t-j,sauver quelques uucsTQu on leur apprenne à tontes mes premières faiblesses et mes premiers revers, mon inutile résistance, mes coupables desseins et ma iin déplorable! Qu'elles sachent que l'amour ne me donna pas un instant de félicité , qui n'eût été précédé des plus vives inquiétudes , accompagné des plus grands dangers, suivi de» jliis irréparables malheurs! Qu'elles le sachent:

DK FAUBLAS. 129

rt que , remplies d'un effroi salutaire , elles s'arrêtcut , s'il est possible, sui le pencliaut du précipice où j'aurai péri !

Et, poi!;- qu'elles puissent concevoir le suprême pouvoir de cet amour qui m'enUMnia, toi, Fau- ])las , que j'aurai peut-être étonné jusque dans mes derniers momeus; toi, mon amiint toujours idolâtré , dis -leur que ma réputation, mes ricûesses, mon rang , ma beauté, pero, ^ sans retour, ne me coîitèrent pas un regret; mais que notre éternelle séparation fit mon désespoir! Dis-leur né nmoiits que , prête à te quitter, je me suis estimée trop heureuse d'avoir pu sauver, aux dépens de mcï jours, tes jours plus cliers ; trop heureuse d'avoir pu du moins encore une fois l'appartenir, et, dans un dernier embra's.sement, calmer un peu l'ardeur du ieu dont j'étais consumée, de ce feu dévorant qui ne devait s'éteindre qu'avec. ... !

Elle n'acheva point , elle tomba d;)ns une extrême faiblesse.

Le médecin accourut à mes premiers cris; il me supplia de me retirer si je ne voulais pas , me répéta-t-il plusieurs fois, hâter l'instant fatal.

A mon retour, madame de Lignoile s'écria ; Vous avez été bien long-temps? Est-elle morte? — - ISon, mon amie.— INoh? tant pis. — Comment? — Sans doute! je n'y ai pas songé d'abord! Son mari l'a tuée , parce qu'il vous a surpris me faisant avec elle une infidélité.

J eus beaucoup de peine à rassurer la comtesse. Enfin la pitié qu'elle devait an\ infortunes de madame de li*** , rentra dans son cœur: et la situa-

i3o VI K DU CHKVAI.IEH

tioii critique où eîlc so irouvait elle- im'mc, soUic'iaiit toute son attciuioii , nous son;.f Viiics aux moyens do [iicvinii- les iiân'lieurs qui iioti.-; ineiiarnient. Une lu'uicii.se iiuituous fut encore permise, pendant laquelle uion Eléouorc, en ne cessant de nu; prouver sa tindressc, ne eessa de m'entretcnir de son enlèvement qui devenait indispensable. Nous eonvînmes que daiis la journée proehainc je forais tous lei préparatifs nécessaires, et que la nuit suivante verrait notre fuite. Toujours ple-ine de confiance, madame de Lif^nolle se croyait déjà lohi de sa patrie, et moi, le cœur navré d'un profond chagrin , l'esprit encore agité de mes irrésolutions secrètes. Je n'envisageais qu'en tremi)!ant 1»; douteux avenir, je n osais porter mes regards sur le présent trop certain. O madiune do B***I je vous voyais sans cesse au lit de la niortl ô mon pèrcl ô ma sœur! ô ma Sophie! je faisais d'inutiles efforts ponr écarter votre souvenir qui m'obsédait!

L'aurore enlin parut. Un affreux spectacle , un sinistre augure devait commencer le plus ma! heurcu.x de mes jours .-quand j'entrai chez la marquise, elle avait les yeux égarés, et d'une vois très -brève, elle disait : Oui , voilà mon tombeau. Mais cet autre, à qui le destinez -vous? Où est Faublas , s'écria-t-elle plusieurs fois en me regavdanl. Où est Faubias? Courez, avertissez- le que

mes ennemis veulent l'assassiner que le mar

quis et le capitaine le capitaine! H

a()proche! il traîne Ah, pauvre petite! \ien>

douf' , Faubias! vite! Que fais-tu? Qui t'arrtîc''

DE FAUliLAS. i.li

A i>-iis donc la secourir ! Il n'est pins teni]is,

c Bi) est laitl Dieux I grands dieux 1 C'était

pour elle: qu'ils creusaient cette tombe à côté de la mienne.

Madame de B*** violemment agitée avait trouvé la force de se mettre sur son séant; et, comme on accourait pour l'obliger à prendre une autre situation , elle i-etomba. Je l'entendis fcncore murmurer quelques discours sans suite, qui redoublèrent mon épouvinte et ma douleur. Une lièvre terrible, me dit le médecin 1 Un délire continuel! c'est ainsi qu'elle a passé toute la nuit! ÏVîonsieur, je ne dois pas vous flatter, il est impossible qu'elle résiste long-temps.

Je m'en allai elle?. Rosambert : il commençait à donner quelques espérances; cependant on n'osait encore répondre de rien , et je ne pus obtenir permission de lui p:n-ler.

Il est donc vrai que tout me manque à la fois ; (ju'aucun appui ne m'est laissé dans un moment où j'aurais besoin du secours de tout le monde! Il est donc vrai que je vais abandonner mon j)ère, et quitter peut-ètr ■ pour jamais les lieux où je sais maintenant que Sophie respire! Il le laut, si je ne veux perdre ensemble mon Êléonore et mon enfant. Il le faut, malheureux!

Je courus tout Paris pour me procurer la foula des choses nécessaires à l'enlèvement de madame de Lignolle,'et je ne sais quel pressentiment douloureux m'avi-rtissait qu'elle ailait faire un trop long voyage. En préparant tout pour notre commun départ , il me semblait que j'étais lourmeaté

i3a VI i: DU CM \.\ A 1,1 i: Il

(l'un lève ]i(Wiil)li,' i|iii d. s.'iil liicitot finir; mai»

uiu; \vi\ siciîtc inc criait que le révi-il ocrait

Quand ]v. revins à lliôli?! , je trouvai que ma-i dnme cl'Arniiiu-our m'atteiulait eliei mon ])ére : vUc me demanda (;u que j avais fait de sa nièee. J'iéonore et moi , nous avions prévu la visite et les questions de la marquise; nous étions convenus de la réponse que j'aurais ii lui liiire. Votre jnicce, madame, est partie sous la conduite d'un ami dont je connais le courage et la lldélité. C'est en Suisse qu'elle est allé chercher un asile; elle a préféré ce pays , parce qu il n'est pas très-éloijifné

de votre Franche - Comté. Elle est sauvée,

8 écria la marquise en in'emhrassant ! Ah! que je

vous dois de la reconnaissance I Elle est ])artie

pour la Suisse? J'y cours après elle Ma clière

nièee I comment avez-vous fait pour l'arraciier

à SCS ennemis ? Personne ne vous a vu paraître à l'hôtel! personne ne l'en a vl'b sortir! et pourtant il n'y avait pas un quart d'heure que je lui avais parlé chez elle, quand ils sont venus pour l'arrc-

tei- Elle est sauvéel Mais, quoi! mille

dangers la menacent encore! En sup|)f)sant qu'elle puisse éuiiapper à ses persécuteurs, que va-t-elle devenir loin de sa patrie, loin de ses parens, et faut il le dire, loin de celui qu'elle aime avec idolâtrie. Ah! jeune homme, jeune homme, vous avez plongé mon enfant dans un abime de maliieurs.

A ces mots, juAdaaie d'Anaincour partit en pleurant.

DE FAUIÎLAS. i33

Je me hâtai d aller au quatricrae étage joindre madame de Lignollc , qui devait toute la jounico rester cachée dans la petite chambre de mon domestique : Ma chère Eléonorc, j'ai tout préparé, rien ne parait plus devoir empêcher notre fuite :

tiens-toi prèle à minuit précis. Tiens-toi ]irètc'.

répeta-t-elle. En tout temps et partout, mais aujourd'hui surtout ci dans cette chambre, qu'ai-je: à faire autre cliosc que de l'attendre avec une impatience dont tu n'as pas d'idée. TieuS-toi prête', l'aiihlas, pourquoi donc me pai-lez-vous , sana' .songer à ce que vous dites':' l'our(juoi cet air toujours préoccupé? Pourquoi ce visage si tristo, lorsque l'heureux moment approche qui doit noiiS rcuuir pour ne plus uous séparer , lorsqu'il est certain que désormais nous pourrons vivre eU

mourir ensemble? Mon amie, madame d'Ar-

mincour vient de venir Je le sais, je l'a»

viie de cette fcnètre. Madame d'Armincour part

tout à l'heure pour la Suisse ; elle croit n'y arrivet qu'après sa nièce' elle j sera quelques heure* avant nous. Ta tante y sera! mon père et ma sœur n'y seront point 1 — Laisse une lettre pour fiî. de Delcour. — Sans doute I j'y pensais : un»

lettre Mais au'est-ce qu'une lettre? Mon.

tléonore, il m'attend, le baron. Je ne puis me dispenser de paraître à table. J'en sortirai le plus tôt possible, et je remonterai pour essayer de dîner avec toi.— —Oui. \a, Faidjlas , et reviens vite. Panique je te vois , je suis tranquille: je meur» d'inquiétude dès qnu tu u'c* plu» là. Elle m'ejU'» ))f assa , ju descendis.

lift \\r. i)\: cuv.x vl: j:!i

M. (If nclciiiir ini.' vit vffuscr loist'* osprrr»- di; iiouiriliirc ; il m'cnlciiilit ne lui réponrln; que j^Tr iDonosyllalics ; i! retira mouillé*; de pli^urs la )ii.!i;i nu'il venait <lo nie préseiilei- : Tu n'as pas rjuitt/ ton jièie et ta sœur pour suivre ta maîtresse, me «.liî il enfin; I'Mi jM^re et la sœur t'en vilcom[ien!"<' ■ i-i)nl. Ils te prodigueront dans tnn infortune les consolations les plus tendres; et tts peines, ainsi partagées, ne t'accaLJcrout point. IMon lils, c'est de vous que j'ai su qu 'avant-hier M. de Rosamhert était touil)é sous les coups de M. de B***; Jtinis c'est la voix puljjique qui vient de ni'apjnendre que depuis, dans une auti'e rencontre, le marquis avait exercé sur un ennemi plus cher, une pins terrihle vengeance. Mon fils, tôt ou tard, tous les objets de nos afTcctious illégitimes doivent périr ou nous éehaj^pemialheureuseineiit; mais rio pouvez -vous point csj>érer une félicité durahle , vous à qui le (^'.él , en attendant qu'il vous iinde l'adorahle épousH dont vous êtes iilol.lîre, laisse de bons paif'us qui vous chérissent.

Le baron parlait tncore , lorsqu'on lui remit une lettre : Dieu de bonté, s'éeria-t iî après l'avoir lue! déjà votîs prenez pitié dj luil tiens mon ami, lis , lis toi-mêmc-

« "Enfin la m,arquisc n reçu le châtiment de ses f crimes , et l'infoitunéc comtesse est désormais « perdue pour votre fils. Votre fils , je le veux « croire , est maintenant plus malh«-ureux qu'il ne « fi-'t jatr.rtis coupable; et les leçons de l'adversité « df'ivf i.t î'nvnir corrigé pour toujours. Dites-bii

PH lAL BL \S. i3j

(( qiif dons deux heures je lui ramène son épouse, u et s'il est tout-à-fait digne de la retrouver, le « jour où nos enfans aiirout et." réunis >era con- (( stammcnt compté pnruii mes pitis î)eanx jours, (i Le comte Lovzj:«ski. h

iîîor» premier mouvement fut un transport de joif : Quel bonheur! quel inespéré bonheur I mai» {ju instant de réflexion me ût apercevoir les cmharras et les dangers de ma nouYelle position.

Mon dieu ! mai<... Quoi donc, mon frère? Qu'a-

ve/.-vons? — Rien , ma sœur. D'où vient i cx.-

tréme agitation où je vous vois, mon fils? Qui peut troubler?... — Vous allez me le demander, M. le baron ! madame de B*''* se meurt 1 mille périls envirronnent encore madame de Lignoîle , et vous m'allez demander ce qui trouble ma jorç.. S.ins doute j'adore mon épouse; mais dans quel moment elle m'est rendue 1 vous ne savez que la moiirdre partie de mes inquiétudes ; vous ne connaissez pa; la moitié des chagiins qui pèsent sur mon rœur... Tenez, mon père, j'ai besoin d'une cnlière tranquillité... Tenez, je vous demande en gr.'ive, et k vous aussi, ma chère Adélaïde, perjnett«'X que je la aband.'nne librement k mes rêv^eries; laissez-moi seul, absolument seul, jusqu'à

l'arrivée de ma Sophie. Où courez- vous , mon

Uitil? — Chez Jasmin pour l'appeler non.

Dlins ma chambre, point du tout; je descends au jardin ne m'y suive?, pas, je vous en conjure.

S'iphie revient dans deux heures; et je pars oetK! nuit avec madame de Lignollel Je pars.

iSô vir: DU ^^l•:^ Ar.iKH'

lorsq^u Vnfiii ('an.-) les hnis dr nioii cnnus<v, l'ainour me jji'énarc le |iii\. . . . Aiii:iiil int^iMt (l'iiléonorc ,

■qui'l désir osé-je loiimi- jiniir .Sci|»liiel Ah!

de (H'fi deux leiiiiui-s si cliarinautcs , ]t\ snis lauiicllu fe préfère; mai» qui iDe dira de laquelle je snis lu Jihis ;unii; ?

Il laiit pourtant an jonril Inii , pour assurer le l)(uiliini de l'une, causer le désespoir de l'autre. Causer le désespoir de Sophie? que plutôt, eieiife ibis, madame de Liyuolie périsse!

Qu'elle périsse! ni' n l^léonore ! mou /'léonor» et mon enfant! O! le jilus harhire des hommes, qu'as-tu dit .'

Si je n'enlève madame de Lii^nolle , elle est perdue. Poursuivie par la famille de son mari , déshonorée dans sa propre famille, menacée d'une éternelle prison, elle n'a plus dans le monde que celui pour (]ui sa teivdresse a tout sacrifié. C'est en moi qu'elle a mis ses espérances. Si je les trahis , la comtesse trouvera dans son cœur son plus cruel ennemi : comment se pourra-l-elledéfenflrc contr* 6es persécuteurs * comment , surtout , écliapperat-elle à la violence de sa passion ?

Sophie , jusqu'à présent, a supporté l'absence , parce que notre séparation n'était pas mou <;rime; mais quand , le jour même de son arrivée , j'aurai pris la fuite avec une rivale, ma femme délaissée ? Si j'abandonne Sophie , elle meurt de

ciiagriu.

Mailieurcux! qu'ai-je donc à faire? Rien? que de me dérober par une prompte mort à mes horribles jierplexilés. Rien! que do finir par un crime

DE FAUBLAS. i3j

MiiC \if déjà. ... Si je nilmmole , aucune des deux ■\f; iue suivit I

Maiheuieux! subis ta destinée : elle t'impose ia loi de vivre, et do choisir, entre deux objets presque également chers et sacrés , une victime.

\'oilà donc le fruit de mes égaiemcns ! .... Desremords 1 grands dieux! et pourquoi? Vous m'avez doané le cœur le plus aimant et lea sens les' plus vifs ; vou» avez voulu que je rencontrasse à la fois plusieurs femmes , exprès formées pour plaire aux jeux et chanacr l'âme : je les ai toutes

ensemble adorées adorées moins encore

qu'elles ne le méritaient I Voilà toutl Si jamais je fus coupable, la faute en- est à vous. Si maiote— joant je suis trop cruellement puni, Ik fewte •» sera-t-elle imputée tout entière à cette autre infortunée que ïous n'rivet pu guérir de son faueste amour? O madame de B*** , que vous m'avez été fatale !

Si je n'enlève mou Éléouore , elle est perdue., Ma Sophie j si je l'aLandonne, meurt de chagrin. ■ Quel homme à ma place, après les plus vioienâ combats , quel homme assez ferme, ou plutôt asseT?" barbare, pourrait encore se déterminer? Si due moins quelqu'un daignait m'aidcr d'un conseiL secourable,... Allons con.sulter mon père..,. In" sensé !

Quoi! n'y aurait-il pas quelque moyen de e&o.-^ eilier?.... Monsieur I interrompit mon domestique, que je n'avais pas vu s'approrcher : madame, ^ui vous apereoit de cette fenêtre, s'étonrie qutr vnis la iaisgicz scultf cliuis ma-chanrbrc, pour yohS"

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