‹ Vie du chevalier de Faublas (volume 4)Chapitre 7 sur 12 · VIE DU CllEVALIEir · texte numérisé non relu

VIE DU CllEVALIEir

c'est que personne n'eût osé courir les rues par 1 aflieiix temps qu'il faisait; la eltaleiir avait cto grande (hiraiit tout le jour; le veut du midi ven.iit de s'cievev; il amoncelait d'épais nuages que plusieurs tonnerres déchiraient, et du sein desquels la grêle et la pluie se précipitaient par torrens. Mon àme était consternée : la fureur des élémcu» ne m'annoiirait-elle pna la vengeance des dieux '.'

Je me jette dans le passage, je questionne les garçons tiu café de la terrasse des Feuillans : elle a pris le chemin du Pont-Toiirnaitl : j'v cours, j'y trouve un invalide en faction • elle a lait deux fois le tour de ce bassin, puis elle a monté sur lagrando terrasse. S'y vole, j'arrivechez leïuisse deiaPor/e- Royale. Adressez-Tous à la sentinelle du ])ont.

Dans ce monieiit. ... je crois l'entendre encore , et la plume m éclia])pe des mains. .. . Dans ce mo- Kient, l'iiorlnge des Théalins sonnait neuf heures.

Sentinelle I une femme jeune, jolie, vêtue d'une robe blanche, la tète enveloppée d'un mouciioir? — Elle est là, me ré-pond-il iroidement. Le cruel étendait le bras et me montrait la rivière. — (Jom-

iiientl làl Sans doute! elle vient de s'y jeter j

c'est elle qu'on cherche. — Malheureux! que ne i'as-tu ret(mue? Et sans attendre la répou.-e du barbare, je me précipite après I infortuuée.

D'abord je résiste; à peine à l'onde furii.usc qui s'entrouvre, mugit et m'em)iorte. Enlin j'ai rassemblé mes forces, et dans les flots qui me pressent, je cherche au liasard ce que ces bateliers cliei'chent aussi. Tout à coup la fouflre éclate, tûiabe et frappe les eaux,, A la funèbre clarté

qu'elle a répandue sur le erouffre, J'cj tlistingué je ne sais quoi qui ne s est montré que pour disparaître. Aussitôt je plonge, je saisis par les cheveux et je ramène au rivage. . . . Quel objet je ramène ! quel objet d'une éternelle pitié ! Voilà donc mon amante !....• Je détourne les j eux , je tombe auprès d'elle , trop heureux de perdre avec le sentiment de mon existence, celui de me* maux.

Les cruels viennent de me rappeler à la vie ; ils me demandent où l'on doit porter cette femme; ils me demandent sa demeure et son nom.— —Que vous importe? — On me répond qu'il iaut l'examiner; qu il est peut-être encore possible de la

sauver. La sauver! toute ma fortune ne suffirait

pas à payer un aussi grand service! Vite, place

Vendôme. . . . Mais non. Quel spectacle pour

Rue du Bac. Il y a plus près du Bac.

Madame de Lignolle fut portée d«ns la chambre à coucher, voisine de celle où madame de B*** respirait encore. La marquise avait même repris toute sa connaissance. Elle entendit gémir; tlle reconnut ma voix. On vint de sa part me supplier tle paraître au chevet de son lit. Pourquoi ce grand bmit? me demanda-t-elle d'une voix presque éteinte. J'allais répondre, lorsque je vis entrer le comte de Lignolle, suivi de deux inconnus. Le voilà ! leur cria-t-il en me montrant ; et l'un de ces messieurs s'étant aussitôt approché > me dit : Je vous arrête de la part du roi.

La marquise entendit ces mots, et ranimée par l'excès de la douleur : Est-il possible ! s'écria-

i4S' YIE DU CiîlEVALIKK

t-eJle : q*uoi ! jt- n'ai pas encore les yeux feimûs,

et (li'in nus cnarniis triomplient ! et cK-j i I ingrat

M. di; *** m'oublie ! Ah ! l'aublas , ma (ici te

oura donc t-ntrainé la tienne! — Oui, baiL.ive '. lui icjiliquai-je dans l'accès d'un affreux désespoir; et le malheur dont tu me plains c»t le moindre de ceux que m'a causes ta passion iatnje. Victime de ta rage, madame.de Lignolle est là f]ui se meurt! Que dis -je? elle fst 'morte peut- ^tre! Ahl pourquoi nioi-Rième ne suis-je pas mort le jour que je t'ai cunnui; ! ou plutôt , pourquoi le juste ciel ne'ta-t-il pas dès-lors accablée de tout

le poids I Elle m'interrompit : Impitoyables

«.lieux , v/ous devez être satislaits ! Votre plu» cruelle vensçc^ance est accomplie : je descends au tombeau, chargée des malédictions de FauLlas!

tlle retmnba sur son lit, elle expira.

Et, comme. je repassais dans 1 autre pièro où le9 "iTiénecins entourai tut m;idame de LignolJc , l'un d'entre eux disait : Pourquoi la dépouiller devant tout le monde? pourquoi violer iâiutilement le» bien.séaaccs?ll n>ya pas.de ressource, elle est morte.

Ainsi, presqu en même temps, frappé de [iluffieurs coup^ mortels , je perdis connaissance uno seconde fois. Alors , surtout , ce fut une grande inhumanité fie me rappeler à la vie. Oui, ma Sopliie, f il fallait maintenant, sous peine d être séparé d» (toi par un prompt trépas , retomber seulcmeu t jiour une heure dans l'étal où je restai plusieurs semaines; s'il le fallait; ô ma Sophie! juge de ce que j'ai souffert ! j'aimerais mieux te quitter et mourir!

nS DES AMOUJRS Un CHETALIEK DE FAUBLAS.

DE tAUBLAS. 14.

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