partie? — Pourquoi cette question? — Je ptu
DE FAUBLAS. i3i)
gais que madame d'Armincour aurait pu
t'emmeuer. M'enunencr ? Avec toi? — -Avec
moi? peut-être n'aiirait-elle . pas voulu? — Eh itica ? — Eh bien, j'aurais été vous rejoindre. — Quoi! nous ne serions pas partis ensemble I — - Moii amie, si cela devenait impossible? — Qui, pourrait l'empèclier ? Vous-même, il n'y a pas
Uiie heu.e, vous me disiez? — Il n'y a pas
uuo heure, j'ignoiais. . . . Eh 1 comment l'aurais-je
pu deviii<;r? — Quoi? llien, mon Éléonore ; je
parle saijs r:iflexion nous (juitteions Paris à
minuit piJcij.
Je ne pus retenir mes larmes; et, comme elle me demandait ce, qui les faisait couler, je lui répétai >ette question vraiment cruelle : Crois-tu qu« ta
taule soit déjà partie? Que in importe ma tante,
s*écria-t-elle ? Est-ce afin de m'en aller avec madame d'Armincour que j'ai sacx"ifié ma fortune et ua réputation ? Est-ce pour elle que Je me suis ••xposée à toutes sortes de malheurs? Cepeadant, .■nou»ieur, plus le moment décisif approche, et plus je vois que vos il résolutions i-edoub!ent. Ce n'est pas seulement votre père qui les cause 1 C« n'est pas la mort de madame de B*** qui vous arrache des pleurs 1 Ingrat! vous frémissez, de vous ensevelir dans une solitude où Sophie w: i^oiarait
pénétrer 1 Où Sophie ne pourrait pénétrer l — -
Monsieur, souvenez-vous que j'avais médité ma luiie avant qu'elle devint nécessaire. Persuade »vous bien que ce n'est pas le désespoir de ::;a situatioii pré-ente qui m'oblige à chercher un asiile dans l'étr.iii^er. Si donc, pour venir avec ni'ii.
i^o V IK DU CIIEV-VLIKU
vous 11 avez, cf'riutvf motil qii<! celui (N- me (léF(ib»;r an rca-iiiilimrnt de ma hiiiiilU', v<itis jxjiivcx rester. Je vous déclare ijucr je mu suis méiiagû cotili-o im-s ennemis plusieurs ressources. — Plusieuri ressoiirees? — Oui; mais ne me réduisez pas îi les fm|)lover. Si déjà vous n'aime?, plus la mère , prenez ])itié de l'enfant. Ne me téduise/. pas à les employer, reprit-elle en se précipitant à mes genoux. Je me suis trop loop^-temps flattée de l'espoir de te consacrer ma vie tout entière : il me si'voit tvO]i afTreirx de la terminer tout à l'heure, eu t'accusant de barbarie.
Ces derniers mots de madame de Lignolle ach<vèrent de me troubler. Je ne saurais dire si les rcpoi'.sesriue je lui fis devaient détruire ou fortifier ses inquiétudes; mais je me souviens qu'elle eut, flans tout le cours de cette longue après dînén, 1 air aussi- triste, aussi préoccupé que moi. Plus 1.1 soirée s'avançait , plus je sentais s'accroître mu clotiloureuse impatience et mes combats secrets : mon corps était , comme mon espyit, dans la plus violente agitation. J'allais et venais contiiiueHeînent de 1 appartement de mm\ père à la chambre de mon domestique, demandant l'heure à tftus ceux que je rencontrais, et ne cessant de regarder ma montre, tantôt trouvant le temps excessivement court, et tantôt l accusant d'une extrême, lenteur..
Enfin , comme le jour tombait , une voiture enîra dans la cour de l'hôtel : Pardon , mon Éléonore , c'est une visite qu'il faut que je reçoive ; je- »ui;j à toi dans l'instant, — Une visite, s'âciia-
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t-cllel je n'en entendis pas davantage, je me précipitui dans le conidor. Jasmin y attendait mes ordres. Rentre vite , ne la laisse pas soitir de la chambre h
Je descendis plus promptement que l'éclair, je trouvai dans le vestibule la plus belle des femmes, encore embellie depuis sept mois. Elle se jeia dans mes bras : O mon bien-airaé ! si cet heureux jour ne m'avait été constamment promis, jamais, jamais je n'aurais pu résister aux tourmeos de l'abseucel Mon beau-père m'embrassa. Que ne mat-il été permis de faire plus tôtj son boaheur et la vôtre, me dit-il? Adélaïde, transportée de joie, vint me disputer les caresses de sa bonne amie, el mon père, en pressant M. Duportail sur son sein, versa des larmes délicieuses.
Tous ensemble nous montâmes dans l'appartement de M. de Bclconr. Je ne vous peindrai paa les transports de Sophie, les transports de son amant, 1 indicible satisfaction de ma sœur et de nos heureux pères, ^'ous saurez seulement qu'une heure entière s écoula comme un instant. Hélas! vous saurez que , pendant une heure entière , l'inlortunée madame de Lignolle fut complètement oubliée.
Je ne me trompe pas ? j entends crier, dit le ha-
a'on. Crier ? mon père !.... Bon Dieu !.... Ahl....
c'est Jasmin cjui s'amuse à contrefaire une voix de femme. . Je vous quitte pour une minute.
Je trouvai la comtesse dans un accès de colère «pouvantablc. Enlln , vous voilà , monsieur; suisje ici votre prisonnière? Votre in»olent valet ra'os«
i.\?. viK DU (;iij:valiek
iTtciiir J<' force. Tandis qu'cllo mv. parlait ai liai , Jasmin de son côté me disail : Monsieur, elle voulait se itler dans largeur : voilà pourquoi j'ai barricadé cette fenêtre. Vous avci eu tout le temps
de recevoir votie visite, reprit madame de Lipnolle ; j'isp.'r<; <|ue vous nt; me quitterez, plus. — On m'attend pour souper. Il e-t trop tôt ; d'ailleurs, vous ne souperez point aujourd'hui. Quand
partons-nous .' — Mon nmie, je te demande
un jour. Seulcnienl un jour. — Lu jonrl le perfide :
Elle s'élança vers l.i porto; je la retins. Laissez-moi . s'écria -t- elle : .le veux sortir. — Sortir, pour te perdre? — Je veux descendre; je veux lui parler; je veux lui «lue que c'est moi qui sriis votrt^ femme ! Comment ! perfide !... je l'ai vue descendre de voiture. Je l'ai reconnue à sa taille, à sa clievelure. Je lai reconnue, cette femme de Fiomouviile... Ah! que je suis malheureuse; ah^ qu'elle est belle,!... et le cruel me demande un jour!... Je resterai là.... dans un grenier de son hôtel.... Je resterai dévorée d'ennuis, d'inquicfadcs, de jalousie... tandis qu'avec elle il occupera l'appartement où la nuit dernière... ingrat!.. Je resterai là, taudis que dans les bras d'une rivait;!... Un jour! pas r^eulemont une heure. Écoute, Faublas, poursuivit-elle avec la plus grande véhémence : M'aimes-tu? — Plus que ma vie, je te le jure., — Sauve-moi donc. Je t'avertis qu'il n'y a pr.'; un instant à perdre; qu'il ne te resie pas deux îfioyens de me conserver. Partons tout à l'heure. — Tout à l'heure! — Oui. La nuit est déjà noire :
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dcscenilons, jetons-nous dans un fiacre , gagnons la prochaine hai-rièie et la première auberge. C'est là que Jasmin nous amènera notre chaise de postç.
— Mon Éltonore?... — Oui ou non.
Je voulus me jeter à ses genoux; el'e m'échappa:
Mon Éléonoie! Oui ou non! répéia-t-elle. —
Considère que pourrie moment il est Impossible...
— Impossible! tiens, perfide! et "ouviens-toi que tu m'as donné la mort I
Elle tenait cachés dans sa main droite de courts ciseaux dont elle se frappa. Quoique j'eusse arrêté son bras un peu tard , la violence du coup fut tros-diminuée. Cependant le sang coula bientôt avec abondance, et la comtesse s'évanouit. Ciel! ô ciel! ceci manquait à mon infortune! ^ a, Jasmin , va donc chercher le premier chirurgien. Cours , amène -le par la petite porto du jardin Cours, mon ami, la jilus chère moitié de moimême est en danger !
En attendant qu'il revînt, je prodiguai mes secours à madame de Lignollé. De quelK- joie fut suivie ma crainte mortelle, quand je reconnus qu'en arrêtant le bras de la comtesse , j'avais trèsheureusement détourné le coup : le double fer, au lieu de s'enfoncer dans la poitrine, avait glissé sur la surface , où je ne voyais qu'une seule blessure. jVéanmoins, je ne bandai la plaie qu'en mè- Jant mes pleurs au sang précieux, qui s'échappait encore.
Je venais de finir, quand le baron lui-môme cria : Faublas, ne descendez -vous pas? — Tout à l'heure , mon père. .■"
i4i VJ v: DU CUVA A lu: Il
Le inu^eii <.1'abitncl(iiuu:r nioii Éléonore, qui n'avnit pas encore repris l'usage de ses sens. Je restai prc'S d'elle , et l'iippclai cent fois iuulilemcnt.
Enfin pourtant elle romincnçait à donner (juclqiu.'s signes de vie, lorsque le baron , du ton de lu ])lus grande impatience , vint «-rier une sticonde foi} : Ne dcscende/.-vous pa» ? — Un moment I mon père , un momeui I
Jugez de mon effroi , quand j'entendis M. <l« IJeleour , au lieu de rentrer dans son appartrmcnt , juonter à la chambre de Jasmin. Dejniis diucr , s éciiait-il, que peut-il faire contintiidlemeul elie/. .son domestique? Je n'eus que le temps de m'eniparer des fatals ciseaux , de tirer la porte et de me jeter au-devant du baron, l'our lui donner une excuse vraisemblable, je me hâtii de lui représeuter que , malgré le retour de Sophie, j'avais quelquefois besoin d'être seul.
ISous rentrâmes. Il a pleuré ! s'écria ma femme. ¥A\ii me dit tout bas : C'est le souvenir de madame (de B*** qui vous coûte ces larmes? Je vous le
pardonne , elle a fait une lin si malheureuse 1
O mon bien-aimél je m'efforcerai de vous rendra Tout ce que vous avez perdu , et je vous aimerai
tant que désormais vous ne pourrez [>lus eu
aimer d'autres. Mon père, M. Duportail et ma sœur se joignirent à Sophie pour me prodigiLCB leurs cnielles consolations : je voulus m'y déro- J)er , Je voulus sortir , tous ensemble me retinrent. i)n ne peut se figurer ce que je souffrais alor.s : Icuts cjupreâseiueuâ xdc déàespéraleut , les anaiÈns ,
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mcme de Sophie m'étaient insuppo.'tables. Vu quart d'heure enfin s'étant écoulé dans ics plu* 'violens combats, l'inquiétude l'emporta sur toute espèce de considération; je m'élnnçai vers la porte, en criant : Laissez-moi! laissez-moi seuil
Je monte, je trouve dans le corridor du quatrième élace un cliirurgien qui m'attendait aveq mon domestique. Je mets la clet dans la serrure, la porte s'ouvre d'elle-même : Comment 1 je lavai i fermée I II est vrai, répondit Jasmin , que la seirurc ne tient à rien.,Nou& entrons dans la chambre: madame de Lignolle n'j était plus. Un coup de poignard m'eût fait moins de mal. Bon Dieu 1 qu'est-clle devenue? où peut-elle être allée?
Je m'élance dehors , je rencontre au milieu de l'escalier ma sœur, ma femme, son père et le mien , je passe au milieu d'eux, je leur échappe :
Où court-il ainsi loin de moi ? s'écrie Sophie.
La retrouver , la sauver , ou périr arec elle !
Oui, monsieur, me répond le suisse,. il y a peut-être dix minutes qu'elle est sortie; j'ai cru que c'était une femme que madame avait amenée.
Oui , monsieur , me répond une bonne dame qui venait de se mettre à l'abri sous une portecochère de la place Vendôme; je viens de lui parler, à cette pauvre enllantl elle avait l'air terriblement agité. Elle n'a pas voulu prendre mon para^. pluie : Non , non , m'a-t-elle dit, j'ai besoin d'«aii, je brûle. Je l'ai vu gagner les Tuileries par le passage des Feuillans ; la pauvre petite sera bien mouillée.
Ce q;ii devait en effet redoubler mes terreurs.