CONCLUSION
But de rautenr en écriTant la vie da comte de Mérode. — Exemples doDDés par ruiosire défont aux familles patriciennes, aux dirétiens timides, aux ennemis du christianisme, aux riches, aux détracteurs des libertés constitutionneUes. — Pourquoi la Belgique reconnaissante honorera toujours la mémoire du comte Félix de Mérodé.
Quel a été notre mobile en écrivant les lignes qui précèdent? Quel a été notre but en groupant les faits et les œuvres qui brillent dans la vie publique et dans la vie privée du comte Félix de Mérode?
Comme chrétien, nous avons voulu glorifier les vertus, rappeler les bienfaits et honorer la mémoire de l'un de nos frères les plus illustres. Comme Belge, nous avons tenu à mettre en évidence les inappréciables services rendus à la patrie par l'un de ses enfants les plus dévoués. Comme citoyen d'un pays libre, nous nous sommes imposé la tâche de payer un légitime tribut
de reconnaissance à l'un des fondateurs de l'indépendance nationale, à l'un des défenseurs les plus énergiques et les plus désintéressés de nos institutions sagement libérales.
Mais rhommage que, dans la feible mesure de nos forces, nous avons voulu rendre à cet homme d'élite ne serait pas complet, si nous n'élevions sa vie à la hauteur d'un exemple à suivre dans les rangs supérieurs du corps social; si nous ne disions que, pour tous ceux qui ne veulent pas rester étrangers aux grands et redoutables problèmes agités dans le monde moderne, la longue et glorieuse carrière du comte de Mérode est pleine d'enseignements salutaires.
Issu d'une famille grande parmi les plus illustres; possesseur d'une fortune immense; représentant d'un nom qui brille glorieusement dans les annales des monarchies les plus puissantes de l'Europe, il se voue de toutes les forces de son âme à la défense des institutions démocratiques de la libre Belgique.
Enfant soumis et dévoué de l'Eglise; chrétien austère; observateur rigide de tous les préceptes du catholicisme; animé de cette foi vive et forte qui rayonne dans les premiers siècles de notre ère, il compromet sa grande existence, sa fortune, sa vie et l'avenir de ses enfants, pour doter son
pays de toutes les libertés indispensables à la pratique loyale et généreuse du régime parlementaire : liberté des eultes, liberté de la presse, liberté d'enseignement, liberté d'association.
N'est-il pas évident que cette attitude et ces actes jettent une lumière éclatante sur plus d'un problème qui passionne la controverse contemporaine P
A ces nombreuses familles patriciennes qui^ peu soucieuses des idées et des besoins de leur siècle, craignent de ternir leur blason au milieu des luttes des partis et des orages de la tribune, le comte de Mérode a montré que l'illustration des races historiques ne fait que grandir dans la vie parlementaire franchement et courageusement pratiquée.
A ces chrétiens timides qui jettent des cris d'effroi aussitôt qu'il s'agit de sortir des ornières du passé; qui s'agitent et se troublent quand ils entendent les mots de liberté, de réforme et de progrès; qui, par une étrange aberration d'idées, font de l'absolutisme politique le corollaire de l'infaillibilité religieuse; à tous ces Epiménides du dix-neuvième siècle, malheureusement trop nombreux, qui repoussent les institutions parlementaires comme incompatibles avec le dogme catholique, il a répondu par l'éclat de ses vertus et de
ses oeuvres, par Palliance natarelle et eonstante de sa foi religieuse et de sa foi politique (1).
A ces partisans attardés de la phflosophie du dix-huitième siècle, qui ne voient que faiblesse et que servitude partout où pénètre Tinflaenee du catholicisme; qui, s'emparant des idées imprudemment émises par une partie de la presse religieuse, s'écrient à leur tour que la croyance à des dogmes immobiles est Tantithèse du progrès social et de la liberté politique; qui dénient au chrétien fidèle l'intelligenee, le courage, l'indépendance et la force que réclament les institutions libérales; à tous ces ennemis avoués ou déguisés de l'Eglise, il a victorieusement opposé vingt-cinq années d'une vie publique irréprochable.
A tous ces riches qui cherchent le bruit et réclat dhns les folles dépenses d'un luxe effréné; qui croient que les hommages de la foule s'adressent à tout ce qui brille dans une existence déga- , gée d'entraves; qui rangent les promesses évangéliques parmi les superstitions destinées à calmer les terreurs des esprits vulgaires ; à tous ces heureux du monde qui dédaignent la mission de dévouement et de charité que la Providence leur
(4) Quelques jours aTant sa mort, U disait encore : « rài été » ]il)éral en 4830 ; je suis resté ce que j'étais alors , et je m*en B glorifie. •
impose, il a prouvé que, même au dix-neuvième siècle, la véritable gloire s'attache aux pas du chrétien fidèle.
Mais c'est surtout aux défenseurs désintéressés du i^uvemement parlementaire que la vie si belle et si pure du comte de Mérode fournit un argument irréfutable.
Les injustices des partis et le dénigrement systématique des meilleurs citoyens figurent au premier rang des griefe que les amis du despotisme articulent à charge des gouvernements libres. « Voyez, disent-ils, ce qui se passe dans les pays » où les libertés illimitées de la presse et de la » tribune provoquent sans cesse les passions, » les haines et les convoitises des partis qui se » disputent le pouvoir. Honneur, probité, patrio- » tisme, vertu, génie, services rendus à la patrie, » rien n'est sacré aux yeux d'une caste de jouma- » listes sans pudeur et sans dignité, salariés pour » jeter l'outrage à la face de tous ceux qui oflfiis- » quent leurs patrons. Les actes les plus utiles, » les plus nobles, les plus désintéressés, prennent y> Taspect de l'intrigue, de l'égoîsme et de la four- » berie. Depuis le centre jusqu'aux extrémités du » pays, depuis la capitale jusqu'au dernier des » hameaux, chaque jour, à toute heure, des » milliers de lecteurs, appartenant à toutes les
» classes de la nation, se repaissent en quelque » sorte de la calomnie savamment distillée par les » journaux politiques. »
On pourra d^ormais leur répondre :
ce Les institutions parlementaires, de même » que toutes les formes de gouvernement ima- » ginables, ont leurs inconvénients, leurs abus, » leurs misères. Elles reçoivent leur part des » imperfections inévitables qui s'attachent à toutes » les œuvres de l'homme. Pas plus que le despo- » tisme, elles n^nt reçu la mission de faire régner » sur la terre les monotones félicités du règne de » Saturne. La liberté n'est pas le repos, l'indo- » lence et l'apathie ; die est le mouvement, l'acy> tion, le travail, la vie, c'est-à-dire, la lutte. » Pour se mettre à son service, il faut ce mâle » courage qui sait marcher droit au but à travers n les clameurs de l'envie et les calomnies de » l'impuissance. Mais aussi que de force, que de » joies viriles, que de récompenses enviables on » rencontre dans cette vaste carrière dont les » aspérités effraient les égoïstes et les pusillani- » mes ! Quand l'âme et le cœur de l'homme d'Etat » sont à la hauteur de sa mission, il se trouve » à l'abri de tontes les attaques et sort victorieux » de toutes les épreuves. Des milliers d'hommes » l'entourent de leurs sympathies ardentes , le
» vénèrenl, le protégeni; et lorsque, chargé de » gloire et de reconnaissance, il descend dans la y^ tombe, un peuple entier porte son deuil et » pleure à ses funérailles. Voyez la vie et la mort » du comte Félix de Mérode ! »
Ainsi, dans toutes ses pensées, dans tous ses actes, dans tous les incidents de sa vaste carrière, le comte de Mérode, par un rare et enviable privilège, peut et doit servir de modèle aux âmes généreuse».
Chrétien, il édifie ses frères et consacre son or au soulagement des malheureux , à la défense de la vérité, à la fondation des œuvres religieuses que réclame la période si pleine de redoutables agitations qui commence avec la grande révolution du dernier siècle. Citoyen, il donne à tous l'exemple du patriotisme le plus élevé, le plus courageux, le plus constant et le plus désintéressé. Homme d'Etat, il conquiert tous les suffrages en conciliant, avec autant de franchise que de noblesse, ses obligations de ministre et ses devoirs de mandataire du peuple. Diplomate à Paris et à Londres, il place les exigences de la justice et les droits des peuples au-dessus des caprices de l'ambition et des abus de la force. Enfin, représentant de l'une des maisons les plus anciennes et les plus vénérées
du pays, loin de se laisser éblouir par lessplen* deurs d'une grande existence, il témoigne une sympathie active, une affection réelle aux petits, aux faibles, à tous ceux qui mènent une vie rude et laborieuse.
Dans une famille illustre, où abondent les nobles dévouements et les grands exemples, nul ne sut mieux que lui rester fidèle à sa mâle et glorieuse devise :