‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 15 sur 25 · L'HOMME PRIVÉ · texte numérisé non relu

L'HOMME PRIVÉ

Le oomie de Mérode dans la vie privée. — H possédait Testime et les sympathies de toutes les classes de la nation. — H était honoré de ramitié dn roi et de tous les membres de la famille royale. — Tendances et œuvres de son patriotisme en dehors du parlement : encouragements aux arts et aux lettres ; restauration des monuments nationaux; érection de statues aux hommes illustres. — Elévation de ses sentiments; noblesse et fraocbise de son caractère ; désintéressement et loyauté de ses actes. — Sentiment profond et vif de la fraternité chrétienne qu'il portait dans toutes les relations de la vie sociale. — Ferveur de sa foi catholique. — Intérêt qu*il prenait à toutes les questions religieuses et sociales agitées daus les paya voisins. — Sa lettre à M. Thiers sur la prétendue domination politique du clergé belge. — Sa polémique avec Tévéque de Langres au sujet du caractère prétendument athée de FEtat constitutionnel. ~ Considérations respectueuses qu*il soumet , en 4848 , au Pape Pie IX sur le problème de la suppression de la censure dans les matières politiques. — Après son retour à Rome, S. S. lui envoie le crudflx devant lequel Elle avait prié dans son exil de Gaête.

— Encouragements pécuniaires que le comte prodigue à toutes les institutions religieuses fondées sous l'égide de la liberté consUtutionneUe. — • Son inépuisable bienfaisance. — Preuves et exemples.

— Il se ftùt le quêteur des pauvres au sein de sa nombreuse famille. ^ Ses études sur les moyens d^améliofer le sort moral et

matériel des clawM inférieareB. — Ses voyageB dans TintenraUe des aesBions pariementaires. — Ses derniers joars sont consacrés à la fondation d*an collège ponr les missions américaines. — Sa dernière maladie. — Sa mort. — Eloge funèbre prononcé par Tabbé Gombalot. — Réflexions générales.

Après avoir rapidement raconté les principaux épisodes de la belle et longae carrière politique du comte de Mérode, nous devons, pour compléter notre tâche, jeter un coup d'œil sur les actes, les opinions et les sentiments de l'homme privé.

Un fait qu'il importe de constater en premier lieu, parce qu'il domine toutes les appréciations partielles, c'est que le comte jouissait du rare et enviable privilège d'inspirer de l'estime et de l'affection à tous ceux qu'il rencontrait sur la double scène de la vie publique et de la vie privée.

Dans tous les rangs et dans toutes les professions, depuis l'homme du peuple jusqu'aux sommités de l'aristocratie et de la finance, depuis l'humble artisan jusqu'au fonctionnaire de l'ordre le plus élevé de la hiérarchie administrative, par- ' tout on l'entourait d'une sympathie respectueuse dès qu'on avait le bonheur de le connaître. Au milieu des luttes les plus ardentes et les plus décisives, lorsque la presse semait partout lïrri-

lalion et la haine, jamaÎB il ne se vit eniintte à rinimitié personnelle d'un seul de ses collègues de la Chambre. Après la dissolntion de VUnion^ il rencontra plus d'une fois, sur le terrain de la politique active, des détracteurs aveugles et des adversaires passionnés. En dehors dn parlement, des journaux hostiles combattaient sa candidature, calomniaient ses intentions et dénaturaient ses actes; au Palais de la Nation, il entendait parfois des paroles acerbes et des reproches immérités; mais ces critiques et ces attaques, circonscrites dans le cercle des opinions religieuses et politiques, n'arrivaient jamais jusqu'à l'homme privé. Son désintéressement, son abnégation, sa sincérité, son patriotisme, sa tolérance, son inépuisable charité, universellement reconnus et appréciés dans les deux camps, le plaçaient audessus de toutes les rancunes et le faisaient triompher de toutes les dissidences.

Ajoutons, à l'honneur de cet homme d'élite, que l'estime et l'affection de ses eonoitoyens avaient pour complément la confiance et l'amitié du roi Léopold et de tous les membres de la famille royale. Lorsque le roi, en Juillet 1833, se rendit à Compiègne, pour unir sa destinée à celle de la douce et gracieuse princesse que les Belges entourèrent de tant d'amour et de recon-

naissance, il fit du comte de Mérode Ton des deux témoins de son mariage; et plus tard, chaque fois qu'un nouveau rejeton vint s'iyouter à la souche de la dynastie populaire, il ne manqua jamais d'exiger que son digne ministre d'Etat assistât comme témoin à la rédaction de l'acte de naissance. A Bruxelles et à Laeken, le comte était reçu aussitôt qu'il en manifestait le désir, et ses observations étaient toujours écoutées avec une bienveillance affectueuse (i).

Il n'est pas difficile de découvrir la source de ces sympathies universelles.

Ce n'était pas seulement dans la sphère des intérêts politiques que le comte de Mérode manifestait l'ardeur du patriotisme le plus pur et le plus infatigable. Il ne pensait, n'agissait, ne vivait en quelque sorte que pour hâter le développement moral et matériel de sa libre patrie. Aucun effort n'était au-dessus de ses forces, aucun sacrifice ne lui coûtait, quand il s'agissait d'accroître la gloire du pays ou de pousser

(4) Le comte était profondômeDt reconnaissant de cette bienveillance du chef de TEtat, qui lui permettait de plaider librement la cause de ses coreligionnaires, chaque fois qu'ils étaient menacés d'une mesure attentatoire à leurs droits ou à leurs intérêts. Nul plus que lui ne prenait part à tous les éyénements qui intéressaient la famille royale. Pour en fournir la preuve, nous croyoDs pouvoir, sans. indiscrétion , publier quelques passages de la lettre qu'il adressa au Roi à Toocasion du mariage du prince royal (Voy. cette lettre à Y Appendice (L. H).

la nation dans les voies larges et fécondes du progrès véritable. Encouragements à donner aux sciences, aux arts et aux lettres; restauration des admirables monuments que la générosité de nos pères a disséminés sur tous les points du territoire, et qui tous attestent l'union huit fois séculaire du catholicisme et de la liberté; érection de statues de bronze ou de marbre aux grands citoyens, aux savants illustres, aux héros populaires, aux victimes de la tyrannie étrangère; fondation de sociétés scientiCques et littéraires; publication déd archives nationales : tout ce qui pouvait illustrer le passé ou ennoblir le présent le trouvait constamment plein d'ardeur et de zèle. II ne se contentait pas de combattre, dans l'enceinte de la Chambre, les scrupules d'une économie malentendue; il donnait partout l'exemple en s'imposant des sacrifices personnels. Si la statue équestre du premier roi des Croisés rappelle à la foule qui traverse la place Royale les glorieuses traditions de foi , de courage et d'honneur qui guidaient nos ancêtres dans les champs de la Palestine, c'est en grande partie aux efforts et aux subsides du comte de Mérode que la capitale doit ce chef-d'œuvre de l'art moderne (i).

(4) II contribua pour 3000 fr. aux frais occasionnés par Térection de la statue de Godefroid de Boaillon ; mais à ce don il mit pour

Dans on pays qui se dialingae par le bon sens et la loyauté de ses habitants, l'estiaie et Tadmiration qne proroqnait cette attitude patriotique devaient naturellenient amener la popularité de rhomme privé; mais celui-ci se recommandait en outre par une foule de qualités aussi précieuses que rares.

Appartenant à Tune des femilles les plus illustres et les plus opulentes du pays, le comte de Mérode avait cette noble simplicité qu'on rencontre si rarement chez les parvenus et qui parait être Tapanage des vieilles races. Au lieu de se prévaloir de son rang, de ses titres et de ses richesses, il était le premier à les oublier pour se mettre au niveau de ses interlocuteurs, quelle que fût la position qu'ils occupaient dans la hiérarchie sociale. Les principes qui dirigaient ses pensées et ses actes lui avaient inspiré un profond respect pour la dignité humaine, et, toin de mépriser ceux qui mènent une vie rude et laborieuseï

condition qu*an arbre de la liberté serait figuré dans Tun des basreliefs du socie, afin de rappeler que le héros des croisades avait reçu les honneurs de la statue sous un régime de liberté oonatitationnelle. — Un arrêté royal du 44 mars 4843 Tavait nommé président de la commission chargée d« proposer au gouvemement toutes les mesures relatives à Texécution du monument.

Nous avons trouvé parmi ses papiers plusieurs lettres de conseils communaux , de conseils de fabrique , etc. , dans lesquelles on lui manifeste une vive reconnaissance pour la part qu'il avait prise à la restauration des monuments d*uoj foule de localités.

il éprouvail pour eux une estime et une affection réelles. Il reeevait Touvrier et Tartisan avec la même aménité que les personnages les plus importants de l'aristocratie et de l'administration. Ce n'était pas du bout des lèvres, mais du fond du ccEur^ qu'il aimait à proclamer l'égalité des hom* mes devant la nature et devant Dieu; car il avait au plus haut degré le sentiment vif et profond de la fraternité chrétienne. Tous ceux qui l'ont particulièrement connu peuvent affirmer qu'il ne se croyait au-dessus d'aucun de ses conciloyens. Les distinctions, les honneurs et les dignités étaient à ses yeux des moyens que réclame le gouvernement des sociétés politiques; mais, comme chrétien et comme philosophe, il savait les apprécier à leur valeur réelle. Il avait l'habitude de dire que la vie n'est qu'un passage; que la mort se hâte de faire Justice de toutes les vanités, et que le rôle le plus brillant dans les choses d'ici-bas ne présente d'importance et de valeur qu'au point de vue du bien qui peut en résulter pour nos semblables.

A des manières simples et franches, à un caractère ouvert et facile, il joignait un cosur droit, généreux et plein d'abnégation. De même que tous les hommes qui sentent profondément, il éprouvait parfois des accès de vivacité, quand il enten-

dait combattre ses opinions ou critiquer ses actes; mais ces mouvements irréfléchis, toujours exempts d'orgueil, de rancune et de haine, étaient aussitôt remplacés par des paroles aflectueuses. Avec lui tout dissentiment sérieux et durable était impos* sible dans le cercle de la vie privée. Jamais il ne se servit de la langue pour voiler sa pensée; jamais il n'eut recours à une seule de ces flatteries banales que le monde autorise , mais que la morale condamne, parce qu'elles font supposer l'existence de sentiments que l'on n'éprouve pas ; jamais il ne profita de sa haute position pour procurer des dignités et des avantages à lui-même ou aux siens; jamais son goût trés-vif pour la politique ne dégénéra en goût pour l'intrigue. Sa franchise, sa loyauté, son abnégation étaient proverbiales* C'était, dans toute la force des termes, un homme simple et bon, dont les tendances, les vœux, le langage, les actes et le^ aspirations étaient naturellement dirigées vers le bien.

Avec toutes ces qualités éminentes, qui, même sans le souvenir des immenses services qu'il avait rendus au pays, auraient suffi pour lui concilier les sympathies de toutes les classes de la nation, le comte de Mérode possédait encore cette foi vive et forte, cette piété solide et constante, que les hommes du monde dédaignent du bout des lèvres,

mais qu'au fond de la oonscieiioe ils sont forcés de respeeter et d'admirer. II était chrétien par r&me, par le cœur, par toutes les forces vives de son être. Il observait les préceptes et se conformait à tontes les pratiques de l'Eglise avec une exactitude scrupuleuse. Plus d'une fois on l'entendit dire à ses amis : « Je suis très-indifférent à tout ce qui » peut m'arriver sur la terre; la vie actuelle n'est » qu'un acheminement à une vie définitive, elle » est le chemin de l'éternité. » Il souffrait beaucoup à l'aspect de toutes les manœuvres à l'aide desquelles certain parti voudrait éteindre dans nos provinces la vieille foi qui fait leur gloire, et qui , malgré tous les sarcasmes et toutes les dénégations, forme encore le boulevard le plus solide de leur indépendance et l'élément le plus pur de leur nationalité; mais ses convictions ardentes ne l'empêchaient pas de se montrer toujours plein de tolérance et de bonté à l'égard de ceux qui ne partageaient pas ses croyances reh'gieuses. Dans les apostasies et les défaillances dont il était entouré, il ne voyait qu'un motif de professer plus haut et de défendre avec plus d'ardeur la foi qui servait de fondement à toutes ses espérances (i).

(0 Voici une anecdote qui peint parfaitement Tattitude qu'il avait coutume de prendre quand on se permettait des plaisanteries déplacées sur sa fidélité aux prescriptions de TEglise. Un jour, pen

Aussi cette foi forte , active , guide et mobile de tous ses actes, se manifestait-elle, avec une remarquable énergie, dans l'intérêt extrême qu'il prenait à toutes les questions qui, de près ou de loin, directement ou par voie de conséquence, pouvaient influer sur les destinées du catholicisme. Chaque fois qu'un problème religieux ou social était soulevé, il l'examinait, le discutait « le sondait dans toutes les directions, et trèssouvent il communiquait le résumé de ses idées aux Revues et aux journaux politiques qui avaient sa confiance. En Belgique et même en France, il se faisait un devoir de combattre Terreur et de défendre la vérité dans la mesure de ses forces. Il en agissait surtout ainsi quand des hommes jouissant d'une autorité réelle émettaient des assertions propres à déconsidérer la liberté constitutionnelle dont l'Eglise jouit en Belgique.

En i844, il répondit avec vivacité à M. Thiers qui, dans son rapport sur le projet de loi relatif à rinstruction secondaire, n'avait pas craint d'af*

dant qu'il était membre du gouTernement proTisoire , il alla dîner aToc tous ses collègues. C'était un vendredi , et le comte demanda

du maigre. Aussitôt M se mit à réciter la tirade bien connue de

Voltaire. Le comte lui répondit gaiement : « Ne Tenons-nous pas » de proclamer la liberté de conscience et de culte? Esi-œ une oo- » médie que nous avons jouée? Laissez-moi mes principes, comme » je vous laisse les vôtres ; mais je crois que les miens méritent la » préféreuce. »

firmer que l'ordre de choses issu de la révolution de Septembre avait eu pour résultai de placer la Belgique sous la domination politique du clergé (1). L'année suivante, il publia, dans la Nouvelle Revue de Bruxelles, la réfutation d'une maxime que Mgr l'évéque de Langres avait développée dans son remarquable livre sur les libjerlés modernes examinées au point de vue de la conscience des fidèles. Le savant prélat ayant dit — après Royer-Collard, La Mennais et Odilon Barrot — que , dans les pays où le gouvernement doit tolérer et protéger également tous les cultes, l'Etat et la loi sont athées^ le comte de Mérode vit dans cette pensée une cause de déconsidération pour

(4) Tout en réfutant Tictorieusement TassertiOD émise par M. Tbiers, le comte de Mérode profita de roccasion pour exprimer de nouTean les sentiments vraiment libéraux dont il fut toujours animé. Il dit à Tex-ministre de la monarchie, de Juillet : i< .... Si Totre assertion est exacte, je ne puis qu*éprouTer un pro- » fond regret de la part que j*ai prise à la révolution dont Tindé- » pendanoe belge est le résultat ; puisque raffranchiasement du •> joug hollandais se serait transformé pour nos provinces en ser- » vitade politique à l'égard du pouvoir spirituel. Or, cette servitude n m*a toujours paru la chose la plus funeste , le plus grand danger » de perversion auquel puissent être exposés les peuples moder- » nés... Si vous êtes bien informé, j'ai perdu, avec beaucoup de mes » amis , libéraux sincères , mon temps et ma peine , en travaillaut n à fonder le contraire de ce que je voulais, une sorte de théocratie , » une confusion de la puissance temporelle et spirituelle, que je » croyais non moins nuisible à la Belgique qu'à la France , et que je » me figurais impossible , tant que resterait debout les institutions » votées par le Congrès.... » Lettre à M, Thiera, p. 2 et 3 (Avesnes, Viroux, 4844). Voy. le texte complet de la Lettre à VAppendice (L. I).

le régime vraiment libéral à la défense duquel il

avait voué ses forces et sa vie. II y répondit en

développant les considérations suivantes : « Si

» l'Etat, selon les institutions fondamentales de

» France et de Belgique, n'adopte point de reli-

» gion déterminée, cetle règle a été admise pour

» protéger le libre exercice du culte et non pas

» pour l'anéantir. Ces constitutions ne prétendent

» nullement que les populations qu'elles régissent

>^ soient dépourvues de religion. La charte fran-

» çaise déclare que la majorité des citoyens fran-

» çais appartiennent à l'Eglise catholique. La

» Constitution belge ne s'exprime pas sur un fait

» palpable; mais elle oblige l'Etat à pourvoir aux

» besoins matériels du culte catholique et des

» autres cultes que professent les citoyens belges.

»» Et de semblables institutions auraient pour base

» l'athéisme, c'est-à-dire, la négation de Dieu!

» Et comment nierait-on l'existence de la divinité,

» quand on prend un soin particulier d'assurer la

» célébration du culte divin, qui s'exerce par con-

» viction et librement? La religion sérieuse chez

» un peuple, est-ce un ordre de cérémonies offi-

» cielies ou bien la piété dans les cœurs? Si le

» gouvernement travaille à détruire cette piété,

» il est athée, quand même il aurait un culte

» apparent. S'il veille au contraire à ce que rien

» n'empécbe le développement des sentiments re- » lîgieux les plus vrais, il accomplit son rôle » moral et juste en ce monde.,.. Un principe » n'est pas responsable de l'application mauvaise » qui le transforme et le défigure (1). »

Toiqours' guidé par le même zèle, par le même amour désintéressé de la justice et de la vérité, il fit, au commencement de i848, une démarché d'une importance infiniment plus considérable.

Au milieu des espérances — hélas! si tôt déçues — que faisaient naitre les généreuses réformes décrétées par Pie IX; au milieu des acclamations qui, de Tune à l'autre extrémité du monde, saluaient les glorieuses et nobles tentatives de l'immortel Pontife, le comte de Mérode apprit que la cour romaine était vivement préoccupée des questions qui se rattachent à la censure des journaux politiques. Aussitôt il se demanda sérieusement s'il ne devait pas soumettre à l'appréciation du Père commun des fidèles les résultats de l'expé-

(4) L'écrit intitulé De V Athéisme légal parut dans la livraison de Janyier 4^5 de la Nouvelle revue de Bruxelles. 11 provoqua deux réponses de Mgr Parisis , suivies de deux répliques du comte de Mérode, publiée» dans le même recueil , n^ de Mars et d* Avril. — Dans cette œuvre do peu d'étendue , mais très-remarquable par le fond des idées, l'auteur se livre à des réflexions on ne peut plus justes sur les souffrances et les humiliations qui sont, tôt ou tard , l'inévitable prix du patronage politique que les gouvernement*} accordent à TEglise.

rience qu'il avait acquise dans la pratique de la vie constitutionnelle, en sa double qualité de ministre et de représentant du peuple. Ses hésitations ne furent pas longues. Quand il s'agissait d'un devoir à remplir, d'un service à rendre, d'une preuve de dévouement et d'amour à fournir à l'Eglise, sa détermination n'était jamais remise au lendemain. A l'un de ses meilleurs amis, qui l'engageait à se tenir en dehors de cet épineux débat, il répondit avec une simplicité pleine de grandeur : « Si mes idées sont bonnes, on en » profitera; si elles sont mauvaises, on les reje^ » tera; mais, dans l'un et l'autre cas, j'aurai » fait mon devoir. » Le U février, trois jours avant la redoutable révolution de Paris, il remit au nonce du Saint- Père à Bruxelles une longue lettre dans laquelle il se prononçait nettement contre le maintien de la censure, en même temps qu'il indiquait au gouvernement pontifical un moyen, facile à son avis, de neutraliser les attaques de la presse hostile. On peut ne pas être convaincu des avantages de son système; mais il est impossible de ne pas reconnaître, dans cette remarquable lettre, un esprit d'initiative peu commun, un ami sincère de la liberté, un homme d'Etat comprenant les besoins de son siècle, et, par-dessus tout, un cœur profondément dévoué à

l'Eglise et au Saint-Siège. Il nous suiBra de reproduire les passages suivants :

c< Bruxelles, 21 février 4848.

» Tais-SAiNT PàRB,

» Au milieu des circonstances toutes nouvelles » et d'une portée si grande où se trouve le gou- » vemement actuel du chef de TEglise, placé au » centre du monde chrétien qu'il doit diriger » jusqu'à la fin des siècles dans les voies de la » justice et du salut ^ les Catholiques , quelle que » soit leur patrie temporelle, doivent au Saint- » Siège apostolique, plus que dans d'autres temps, » le tribut de leur concoars sous tous les rapports » politiques ou religieux.

» La persuasion où je suis de ce devoir sacré 3> m'engage, malgré mon insuflBsance et ma fai- » blesse, à présenter, avec un dévouement filial » et le respect le plus profond, au très-aimé et » vénéré Pape Pie IX, des considérations graves li sur un objet de la plus haute importance pour » la direction morale et humaine de la société, la » paix et la sécurité intérieure des Etats.

» Dans tous les pays de l'univers civilisé où la » liberté politique est introduite, malheureuse- » ment accompagnée de bien des misères et de

n bien des contradictions, la presse exerce une » influence prépondérante, spécialement le jour- » nalisme, par son action continuelle et de chaque » jour. Or il est un fait affligeant et certain tou-- » tefois, c'est que les journaux mauvais ont une » puissance de diffusion infiniment supérieure à » celle des feuilles rédigées dans un esprit honnête » et droit, fût-il même éminemment libéral dans » la juste acception du mot.

» De tous les pays de l'Europe régis par le » système constitutionnel moderne, la Belgique » est celui où ces institutions ont été appliquées, » pendant dix-sept années, avec le plus de droi- » turc pour tous. Là aucun privilège n'a été at- » tribué à l'Eglise catholique; mais aussi nulle >' gène, nulle servitude n'ont pesé sur elle. Ses » relations avec Rome ont été libres de toutes » les précautions méticuleuses que prennent ail- ^ leurs tant de gouvernements, livrés à de tristes » préventions ! Les évéques belges ont été nommés » sans l'intervention du pouvoir civil; les corpo- » rations religieuses d'hommes et de femmes se » sont établies, sans être ni reconnues ni trou- » blées, et ont joui seulement de la même indé- » pendance que les loges maçonniques ou autres » associations semblables. Cependant aujourd'hui )i Tesprit du peuple parait moins favorable au

» r^me qui a respecté et conservé les droits de » tous sans exception. Pourquoi?

» Parce que la presse hostile à la religion de- » vient facilement la plus forte ; parce qu'elle » s'empare de tous les lieux publics ; parce qu'elle » reproduit sans relâche les accusations les plus » fausses contre les prétendus empiétements du » pouvoir spirituel sur l'autorité civile; parce que » tous les moyens sont à son usage pour se pro- » pager au détriment de la presse, je ne dis pas » religieuse, mais simplement amie de la vérité. » Des personnes estimables s'abonnent elles- » mêmes de préférence aux feuilles ennemies plus » ou moins décidées du Christianisme et de l'ordre, » par curiosité et par cette disposition naturelle à » l'homme de manger le fruit de l'arbre de la » science du bien et du mal.

» Si j'en crois les nouvelles que je reçois » d'Italie , le même entraînement s'y manifeste » vers le poison répandu par le journalisme, dont » le but, en trompant les populations, est de les » exciter contre les appuis de la religion et de la n paix publique.

» Pendant sept années, Très-Saint Père, j'ai » été membre du conseil des ministres du roi » des Belges, et souvent j'ai médité sur les re- » mèdes à opposer aux effets délétères du méchaut

)) journalisme, qui s'efforce sans relàcbe de per- » vertir Topinion, et je n'en ai jamais vu que » deux : la censure et la vraie puhUcUé.

» Le premier devient aujourd'hui caduc; les » peuples ne veulent plus l'accepter* Partout où » les vieilles institutions s'écroulent, où le pou- » voir absolu est forcé d'accorder des droits et » des garanties aux nations , il devient impossible » d'enchaîner la pensée propagée par l'imprimerie. » Les esprits s'échauffent, s'irritent, quand on » veut leur mesurer, quand on veut leur choisir » la nourriture dont ils sont avides, et la censure » se présente à leur imagination comme l'éteignoir )) fatal destiné à comprimer l'intelligence, à re- » tenir son essor. Mais, si le journalisme mal- » veillant repousse la censure qui s'exercerait au » nom de la religion et de la morale d'une manière » efficace, il craint plus encore, j'ose le dire, la » vraie ptêbUdté.

» Gomme la foule est superficidle et se laisse » plus facilement circonvenir par le mal que par » le bien, la presse mensongère a bientôt acquis » la prépondérance, et elle Texploite de manière à » étouffer les bonnes doctrines, qui ne trouvent » plus d'organes comparables , pour leur force » expansive , aux véhicules de la ^pensée cor- )> rompue.

» Eh bien ! ce sont ces véhicnles mêmes qu'on

» gouvernement honnête, ferme et progressif, doit

» employer à la diffusion de la vérité. Qu'il ac-

» corde, avant d'y être contraint par des révoltes

» victorieuses, la liberté des feuilles périodiques;

» mais qu'il 9e réserve dans chacune de ces pu-

» blications une part, la quatrième page par

» exemple, et qu'il remplisse cette part de docu-

» ments instructifs de diverse nature; qu'il y

» rapporte les faits réels opposés aux faits in-

» ventés ou dénaturés; qu'il y donne des analyses

» de bons ouvrages; qu'il y fasse pa/ailre des

» critiques de ceux qui sont pernicieux. Il les

» trouvera dans les excellentes publications qui

» ne manquent pas aujourd'hui dans toute TEu-

» rope , mais qui ne sont recherchées et lues que

» par un trop petit nombre d'amateurs de véri-

» tables lumières, de ces lumières qu'il faudra

» désormais présenter constamment aux yeux

» malades du grand nombre, sous peine de voir

I» celui-ci de plus en plus frappé d'un funeste

n aveuglement.

» De la sorte tous jouiraient de la clarté mise » à côté des ténèbres, et les ténèbres, dès que la » lumière s'en approche, se dissipent ou devien- » nent moins profondes.

^i Par ce procédé, c'est-à-dire le recours à une

» puissanle publicité, le gouveraement ne de- » viendrait point suspect, comme par Tusage de i

» la censure, d'empêcher la foule d'être bien in- » formée; il lui dirait chaque jour, au contraire : » c< Je veux que chacun puisse vous parler, mais » je veux aussi vous parler à tous, vous exposer » mes intentions par moi-même , en sorte que » tous les connaissent; je veux aussi tous vous » instruire. Nul orateur n'élèvera donc une tri- » bune sur une place publique, sans que ma » parole ou celle que j'adopte retentisse égale- » ment à cette même tribune; car, si je me con- » tentais de ne me faire entendre que dans les » lieux peut-être les moins fréquentés, combien » de mes administrés ignoreraient ce qu'il est in- » dispensable que je leur apprenne! »

)> Le journal du gouvernement est presque toa- » jours peu recherché, et se trouve ainsi dans » l'impuissance de résister à l'immense publicité n du journal d'opposition et d'innovation témé- )> raire. Il en est de même du journal particulier » sincère, comparé à celui qui exploite Tastuce » de la méchanceté et du génie satanique.

)> Il ne faut pas croire du reste que le système » de publicité conservatrice, morale et politique , )> que je signale comme indispensable , soit d'une » exécution laborieuse et entraine de grandes

» diflBcuItés. Quatre ou cinq hommes habiles et » bons, placés dans la capitale d'un Etat, peuvent » le mettre en pratique d'une manière large ; car » il ne s'agit point de redresser, jour par jour et » feuille par feuille, toutes les erreurs par les- » quelles la mauvaise presse cherche à jeter le » désordre dans les esprits. Non, 11 faut simple- » ment répandre, avec l'assistance matérielle de » cette presse même, les documents les plus capa- » blés de contenir ses débordements, et la forcer » à éviter le mensonge par la crainte de le voir .V » mis à nu devant ses propres lecteurs. Il suf- » fit même de s'attacher aux organes principaux » de la publicité, et le nombre de ceux-ci n'est » jamais très-grand ; et si chaque jour ou chaque » semaine, selon sa périodicité, la quatrième » partie d'un journal, <;omme le Contemporaneo » par exemple, se trouvait remplie des meilleurs » articles choisis dans les publications de l'Europe K> vouées au bien et à la franche vérité, quelle » influence ne serait pas exercée sur tant d'âmes » qui ne s'abreuvent que de préventions et de Y> renseignements inexacts ou complètement faux ? » Ainsi la commission , que je voudrais voir nom- » mer Commission de publicité, enverrait d'à- » vance à chaque Journal ou Revue d'une impor- » tance réelle , et de manière à n'apporter aucun

— ÏM -

» retard à sa publication, les articles qo'dle aa- » rait rédigés ou extraite d'ailleurs, afin de rem- » plir la part réservée, laquelle serait d'un quart, n comme je l'ai indiqué. Et qu'on ne dise pas » qu'il y aurait dans cette mesure au moins une » apparence d'arbitraire. Lorsqu'un particulier ou » une association de personnes veulent traiter les »> questions politiques, s'occuper d'un gouveme- » ment et juger ses actes ^ non pas privativement » mais publiquement, il est de toute justice que » ce gouvernement ait la faculté directe et certaine » d'être entendu de ceux qui auront reçu diverses » impressions sur son compte, si l'effet de ces » impressions est nubible à la confiance dont le » pouvoir a besoin de la part du peuple. Si l'on » prêche au même peuple des doctrines contraires » à ses intérête réels d'ordre et de paix, il est juste » au moins que cette prédication ne s'exerce pas » sans contrepoids, sans critique contradictoire; » et si l'auditeur se rend de préférence à la place » d'Espagne à Rome pour entendre des disserta- » tiens concernant l'ordre social, ce n'est point au » forum que doit lui parler l'organe de l'Etat, » mais sur cette même place d'Espagne qui l'at^ » tire. Que l'empereur Nicolas accorde aux catho- » liques de son empire le droit de publier libre- » ment un journal politique, à la seule condition

» d'ea mettre la quatrième page à la disposition » du gouvernement, ees catholiques ne se consi- » déreraienl-ils pas comme aflh*ancbis au moment x> où ils obtiendraient semblable concession? Que, r> dans la partie de la Suisse indignement oppri- » mée par le radicalisme , les conservateurs qui » voudraient user de la presse obtiennent l'assuy> rance de n'être point exposés aux avanies de la » populace souveraine, à la seule condition de » publier, sur le quart du papier destiné à Fim- » pression d'une gazette vouée au bon sens, ce y> qu'il plairait aux meneurs de la tyrannie fédé- » raie d'y inscrire, ces conservateurs ne regarde- » raient-ils pas une telle mesure comme la meil- » leure garantie de retour vers la justice et le » droit, sacrifiés aujourd'hui sans défense au des- » potisme exercé au nom collectif des masses » ignorantes et trompées? Non, l'arbitraire ne » sera jamais le résultat de moyens de publicité » franche et complète, assurés au gouvernement » d'un pays où la critique peut se produire contre » l'administration, contre les institutions en vi- » gueur. C'est le monopole effectif de la presse » dont s'emparent certains assaillants qu'il faut » craindre; parce qu'il conduit tôt ou tard à » l'anéantissement d'un pouvoir tutélaire, au ren- » versement des principes sans lesquels l'édifice

» social s'écroule par des révolutions successives » et capricieuses, si différenles des révolotioas » qui brisent un ordre épuisé par le temps et » par des abus accumulés.

» Le monopole qu'obtient la presse qui flatte » les passions n'est d'ailleurs pas moins oppressif, » pour les particuliers qui ne veulent point être » son instrument, que dangereux pour un pou- » voir doux et bien réglé.

» c( Êtes-vous un homme franc, indépendant, » loyal, )> écrivait en France, sous la Reslaura- » tion, le savant baron d'Eckstein, c( les journaux » de toutes les nuances garderont un silence ob- » stiné sur votre compte. Quelle est donc la » publicité aujourd'hui, si tous ses organes sont » muets pour vous ? C'est cet état de choses que » l'on a le cœur d'appeler liberté de la presse. h>

» Dernièrement Son Eminence le cardinal €.

» voulait publier des observations contre certain » écrit d'un homme en vogue suprême maintenant » en Italie. Eh bien! si je suis exactement in- » formé, toute ou presque toute publicité lui » manqua! On ne l'obtiendra donc qu'en bri- » sant, selon l'expression du même baron d'Eck- » stein, ce faisceau oligarchique qui constitue la » haute puissance des journaux. » — <c Qu'on » nous arrache par le plus grand dévdappemmt

» pasmUe donné à la publieité, disait-il encore, » qu'on nous arraehe a ce honteux désordre qui » nous dévore; car la publicité tuerait la médio- »erité, étoufferait la mauvaise foi, renverse- » rait l'intrigue. Etablissez la censure : avec elle » viennent la paresse, la sottise, tous les abus «auxquels la clandestinité sert de sauvegarde. » Admettez la licence : elle ouvre la porte au » déshonneur, à la déloyauté, à l'imposture. La » liberté, au contraire, produit la vérité. La pu- » blicité fait mourir à la fois censure et licence. » » Et quel gouvernement est plus à même que » le vôtre, Très-Saint Père, de se défendre par » la publicité ? Presque tous les autres ont des » vues humaines plus ou moins étroites, plus ou » moins incomplètes à l'égard du bien. Pour Votre » Sainteté, au contraire, le bien matériel et moral » de son peuple et du monde est le seul souci » de son âme, le seul mobile de ses actions. Il )) faut donc que tous en connaissent les motifs, » et pour qu'ils les connaissent, il faut qu'on le^^ » en informe sans relâche. Il faut donc que la » vérité parvienne aux oreilles, à toutes les )> oreilles, et surtout à l'aide des organes de l'hy- » pocrisie prétendue libérale, qui sait si bien » s'emparer de la multitude, qui s'entend si par- » failement à la séduire; et c'est au but que je

» veux atteindre que servirait une par» du pa- » pier qu'elle distribue chaque jour avec l'aiion- » dance désastreuse de la grêle^ part qui serait » pour le gouvernement du Saint-Siège le véhi- » cule des bonnes idées, le véhicule des idées » vraies, qu'il doit s'efforcer de répandre à tout » prixl

/> Que si, au lieu de ce moyen de publicité in- » faillible, on préférait de créer une feuille qnoti- )> dienne sous le nom de Journal général de Rome » et d'obliger tout journal politique à l'annexer » à sa propre feuille, on obtiendrait un résultat » important moins direct, mais cependant très- » ciBcace et plus simple quant à l'exécution.

» Mais, quel que soit le moyen à employer, » il est indispensable que la trompette de la » vérité retentisse autant que la trompette du » mensonge ou du sophisme , plus dangereux » peul^tre. Il est indispensable que la trompette » de la justice et de la bonne foi se fasse entendre » partout où pénètrent les sons des instruments » de l'iniquité et de la fourberie. C'est donc à » la presse et à la presse quotidienne spédaley? ment que le gouvernement pontifical doit ap- » pliquer toute sa sollicitude, sans épargner ni » soin ni dépense.

» Avec la ptMicité on peut vaincre le mal,

» qui en use avce tant de facilité et une bai> bilelé si funeste; sans elle, à notre époque, la x> lutte contre lui est trop inégale et devient

» impossible

» La thèse que je soutiens en faveur de la y> plus forte publicité possible par la presse, » comme moyen principal du gouvernement et )> de la défense de l'Eglise à notre époque, mé- » ritait un champion plus habile que moi, Très- » Saint Père; mais j'aurais cru manquer à ma » conscience d'enfant dévoué du Saint-Siège apos- » tolique, si je n'étais venu déposer mon faible » tribut d'expérience des affaires de ce monde » aux pieds sacrés du Père commun des fidèles, » devant lequel je me prosterne, avec le plus » vif amour et la plus profonde vénération.

» Comte F. db Mérodb, ^ » ministre d'Etat, membre de la Chambre » des Représentants de Belgique (i). »

(4) Les éYéoements qai suivirent détournèreot l'attention du gouTernement poiiUfical des idées émises par le comte de Mérode; mais Pie IX , une fois rétabli sur le trône , se souvint de Fillustre défenseur de l'Eglise en Belgique. En 4850 , après les discussions de la loi sur renseignement moyen , dans lesquelles le comte de Mérode avait énergiquement défendu la cause de la liberté religieuse, il lui envoya, comme un témoignage de son affection paternelle, /« crucifix devant lequel U avait constamment fMrié pendant son exil à Gaëte, La famille de Mérode , qui conserve avec un légitime orgueil

Catholique par le eœur et par rintelligenoe, le comte de Mérode l'était eneore par son dévouement illimité à toutes les institutions religieuses. Il fut Tun des premiers à contribuer par ses conseils et par ses subsides à ce magnifique épanouissement d'œuvres chrétiennes qui suivit la proclamation de la liberté de l'Eglise dans la Constitution de 1834. Des écoles, des collèges, des hospices, des monastères, une Université catholique, s'élevèrent comme par enchantement, et partout la main généreuse du comte de Mérode aplanissait les premiers obstacles et procurait les moyens de prendre les précautions qu'eiigeaient les incertitudes de l'avenir. Ce n'étail

ce noble et touchant souvenir des sentiments du Père commun des fidèles , a fait grayer sur le sodé TinscripUon suivante :

S . R . I Pbilippo . Fblici . CoMiTi . DE Mbrodb

QUOO . PAO . LIBBRTATB . EOCLESlJt . CATBOLICA NUPER . IN . COMITIIS . BELGICIS VERBA . PBCIT . EGREGIA . FORTIA

Pics . IX . Pontifbx . Maximus ■AMC . SSvi « Cbdcifixi . iiiao:nbh

QUAM . IN . GaETJE . EXSILIO

PRiE . OCULIS . APUD . SE . TENVIT . INDIYVLSE

IN . VaTICANLH . REDUX . KANDANDAM . JIJ88IT

PER . MANUS . XavERU . DE . MbRODE . PbILIPPI . F

1P8IUS . AB . INTIMO . CUBICULO ROMA . DIE . IV . IDU8 . MAIAS . AN . M . DCCC . L

jamais en vain qu'on faisait un appel à ses lumières, à son expérience et à sa bourse. S'il n'avait pas eu soin de prendre Dieu seul pour témoin de ses libéralités incessantes; si les quelques notes indiquant les œuvres auxquelles il a contribué permettaient de faire l'addition de toutes les sommes fournies par son infatigable munificence, on arriverait à un capital énorme. Et ce n'était pas seulement en Belgique qu'il prodiguait les preuves de cette inépuisable générosité : la France aussi 9 et surtout le diocèse de Cambrai doivent le compter au nombre des fondateurs et des protecteurs de la plupart des établissements catholiques créés depuis 1830. Ses largesses allaient encourager les pasteurs des âmes jusqu'au fond de l'Orient. Une lettite^, trouvée parmi ses papiers et écrite par un homme aussi célèbre comme savant que comme missionnaire, nous apprend que c'est en partie aux aumônes du comte de Mérode que nos frères de Ghaldée doivent la fondation des écoles chrétiennes de Mossoul (i)!

(4) A cette occasion, M. Bore lui écrivit de Paris, le 42 janvier 4S43 : « Je savais depuis longtemps que vous êtes un des glo- » rieux soutiens de la cause catholique en Belgique et en France , » et que votre main est toujours prodigue à distribuer pour le bien » des ressources que la Providence vous a confiées et que tant d'au- » très emploient pour le mal. Mais je n'avais jamais espéré que » votre œil s'abaiss&t sur une œuvre si lointaine et si obscure , et 9 que les besoins de nos catholiques chaldéens fussent sentis et sou-

Mais c'était surtout dans l'exerdce de la charité qu*il se montrait le Mêle disciple de Celai qui a dit : « Aimez-vous les uns les autres, c'est » à cela qu'on reconnaîtra que vous êtes mes dis- » ciples. » Sa libéralité, sa bienfaisance étaient réellement sans limites. Dieu seul connaît les infortunes qu'il a réparées, les misères qu'il a soulagées, le nombre des malheureux qu'il a préservés du désespoir ou du crime! Simple, modeste, pénétré des conseils divins de l'Evangile, il cachait avec soin le bien qu'il faisait; mais, nonobstant toutes ses précautions, les infortunés dont il allégeait les souffrances trahissaient son secret, parlaient de ses aumônes et proclamaient hautement leur reconnaissance. Nous n'étonnerons personne en disant qu'une part considérable de sa grande fortune était consacrée à des actes de charité. Donnant largement et pour ainsi dire sans compter aux pauvres de Bruxelles et à ceux de tous les villages où se trx)uvaient ses domaines, il accueillait encore avec empressement les demandes fondées qui lui arrivaient des autres parties du royaume.

» lagés , lorsqu'ils avaieRt un avocat aussi peu habile. Grâces en » soient rendues à Celui qui est le maître des cœurs et des oon- » sciences et qui sait leur inspirer le sentiment de soutenir les 9 siens!.... n

II ne se contentait pas même de répondre personnellement aux appels très-nombreux qu'on lui adressait de toutes les communes envahies par le paupérisme. Quand les misères qu'on lui signalait dépassaient les proportions ordinaires, il se faisait le protecteur, le quêteur des malheureux au sein de sa nombreuse famille, et son intervention, toujours suivie d'une abondante récolte, prenait parfois les formes les plus touchantes. Nous en citerons deux exemples.

Le 7 janvier 1847, pendant que la crise industrielle, compliquée d'une crise alimentaire, exerçait de terribles ravages dans les Flandres, il reçut de Mgr l'évêque de Gand une lettre dans laquelle le vénérable prélat plaidait chaleureusement la cause de ses malheureux diocésains. <c Nos pauvres, disait Mgr Delebecque, manquent » de tout, ils périssent de misère. Dans la plupart » des communes de la Flandre centrale la morta- » lité est effrayante. Le nombre des décès en 1846 » a dépassé d'un tiers le nombre des naissances. » Thielt compte 481 décès sur 2S7 naissances; » Renaix en compte 800 sur 393 naissances. La » même disproportion entre les décès et les nais- » sauces se fait remarquer dans les arrondisse- » ments de Gand, d'Audenarde, d'AIost, etc.l...» Le comte de Mérode prit aussitôt la plume, et

écrivit à la suite de la lettre épiscopale : « Je » crois devoir communiquer la lettre de Mgr de » Gand à tous les membres de ma famille, d'à- » bord à mon frère, puis à mon fils Wemer et » au fils aine de feu mon frère. Je les prie de » vouloir de suite se la passer les uns aux autres. » Il me semble que le dernier peut aussi la mon- » Irer à sa jeune sœur prête à contracter une » union sur laquelle il convient d'appeler la bé- » nédiction de Dieu par les (Buvres qui lui » plaisent le plus. » La lettre circula, l'appel fut entendu, et 6,{iOO francs prirent le chemin de la Flandre orientale!

Un autre jour, le 28 janvier 18S1 , la poste lui apporta la supplique d'un humble curé de village, placé à la tète de la paroisse la plus pauvre et la plus malheureuse des Flandres. Le digne pasteur y exposait d'une manière simple mais émouvante les misères matérielles et morales de ses ouailles. Après avoir consacré ses dernières ressources à l'élablissemenl d'un atelierécole, il se trouvait en présence de plus de mille malades, disséminés dans une foule de chaumières où le travail et. le pain faisaient défaut depuis plusieurs semaines !

Cette fois encore, le comte de Mérode écrivit à la suite de la lettre une apostille à l'adresse

d'une dame de sa famille : « Je vous commu* » nique, ma ehère nièce, la lettre de M. le curé » de Maeter, sachant que vous aimez les bonnes » œuvres. Je vais envoyer pour mon compte cent » francs à ce respectable Monsieur. Si vous voulez » y joindre une offrande , je la réunirai à la » mienne pour la lui expédier, persuadé que ce » secours sera des mieux placé.» — La nièce 2\jouta son aumône à celle de Fonde, et 250 fr., accompagnés d'une lettre d'encouragement, aUèrent relever le courage du charitable prêtre. L'aumône fut répétée les deux années suivantes, et en 18B3, grftce à de nouvelles démarches du noble bienfaiteur, elle s*éleva à 500 francs. Alors le modeste et pieux curé manifesta sa reconnaissance avec effusion : « .... Pendant le reste de l'hiver, » écrivit-il , je pourrai à midi nourrir cent en- » fants pauvres de mon atelier-école. Sachez » donc, Monsieur le comte, que journeUement » vous nourrissez cent enfants pauvres de la » commune de Maeter; qu'à Maeter cent petits » innocents prient chaque jour pour vous et pour » votre noble famille. Chaque jour le curé et le » vicaire de Maeter se souviennent de vous à «l'autel (1)1 »

(4) Cest M. le curé de Maeter qui , après le décès du comte , écrivît la lettre que noua avoua reproduite d-desBua , p. M.

Ne suffit-il pas de citer ces deux traits, — aux({ue]s nous pourrions en ^jouter une foule d'autres, — pour prouver que, dans les limites de Tinfirmité humaine, il est permis d'appliquer au comte de Mérode ce que Tapôtre disait du divin modale du chrétien : « Tratmit henefa^ ciendo9 »

Et qu'on ne s'imagine pas que le comte de Mérode, si sympathique pour toutes les souffrances, si généreux dans le soulagement de toutes les misères , bornât les efforts de sa bienfeisance à la distribution d'abondantes atamènes. La hideuse et redoutable lèpre du paupérisme, qui se montre partout à côté des merveilles de l'industrie et de l'incontestable accroissement du capital national, le préoccupait sans cesse. H se faisait un devoir d'étudier avec un soin scrupuleux les innombrables projets successivement imaginés pour hâter Tamélioration du sort matériel et moral du grand nombre. Aimant le travail et mettant à tout ce qui llntéressait cette ardeur courageuse qui distingue les âmes à la fois énergiques et sensibles, il lisait les livres des philanthropes et des économistes avec une attention infatigable. Laissant à d'autres cette philanthropie bruyante qui cherche le bruit et l'éloge, bien plus que le soulagement des malheureux, il poursui-

vail lenlemeot et laborieusement la vérité, au milieu de cette foule de systèmes de régénération sociale qui, depuis trente ans, font tour à tour retentir les échos de la presse. Rejetant les utopies, accueillant les idées saines et pratiques, il appuyait avec un zèle soutenu les motions utiles qui se produisaient, à la tribune ou ail* leurs, dans l'intérêt des classes laborieuses. Il se plaisait surtout à défendre de toutes ses forces les institutions que la charité privée, si active et si ingénieuse en Belgique, a créées dans toutes les provinces, pour donner renseignement à Feu* faut, le travail à Fadulte, un asile au vieillard et à rinflrme. C'était avec une conviction profonde qu'il aimait à se dire le frère et l'égal du dernier de ses concitoyens; et nous avons déjà rappelé que ce sentiment, puisé dans son édu* cation chrétienne et fortifié par ses études, lui inspirait un respect sincère, une affection réelle pour les petits et les faibles. Un jour, dans une rue escarpée de Bruxelles, il vit deux manoeuvres traîner péniblement un fardeau aunlessus de leurs forces. Simplement, sans affectation, affectueusement, il se mit à leur côté, saisit un des bouts de la corde, tira avec vigueur et ne partit que lorsque la pente moins rapide du sol eut rendu la tâche plus facile. Grand fut Tétonne-

ment des deux prolétaires lorsqulls apprireat qu'ils avaient eu pour compagnon de travail le comte de Mérode (I) !

Plus on pénétrait dans les détails de la vie intime de cet homme d'élite, et plus on était forcé de Taimer et de Tadmirer. Dès qu'on était honoré de son estime et de sa confiance, on découvrait pour ainsi dire chaque jour une vertu nouvelle, une qualité solide ou brillante. Son désintéressement extrême lui permettait une liberté d'allures et de langage qu'on rencontre très-rarement chez les ministres d'Etat. Sa con* versation franche, vive, animée, parsemée de mots heureux, pleine de verve et de charme, prenait un remarquable caractère d'élévation quand il abordait les grands problèmes religieux et sociaux qui agitent l'Europe moderne. Son abnégation, son honnêteté, sa candeur, sa noble simplicité, se reflétaient en quelque sorte dans toutes ses paroles. II n'était pas possible de l'entendre sans se sentir attiré vers lui par une sympathie respectueuse. Son amitié , une fois acquise, était inaltérable et ne disparaissait pas

(4) Il portait le même respect de Touvrier et du pauvre dans les actes de la vie religreuse. Quacd il s'approchait du tribunal de la pénitence à Tégllse des Minimes , les indigents qui le reconnaissaient s'empressaient de se lever et de lui céder leur place. Jamais il ne voulut profiter de ces actes de déférence.

même avec la vie de ceux à qui il l'avait accordée; il ne cessait de regretter les amis qu^il avait perdus 9 et en parlait souvent avec émotion. Son cœur, ouvert à toutes les impressions généreuses, étendait son affection jusqu'aux lieux où s'était écoulée une partie de son existence; il aimait à les revoir et à s'y arrêter; il semblait leur attribuer nne part du bonheur qu'il -y avait goûté dans les joies de la famille, dans les épanchements de l'amitié, dans les inspirations de sa foi toujours si active et si fervente. Sons des dehors modestes et dégagés de toute prétention, il cachait une âme très-poétique. Quand l'intervalle des sessions parlementaires lui en laissait le loisir, il se plaisait à voyager à petites journées, visitant les églises, les cloîtres, les vieux châteaux, les sites historiques, aimant à répéter, en foce des mines d'un passé triste ou glorieux, des vers ordinairement empruntés au Ghild-Harold de lord Byron ou aux Méditations de M. de Lamartine. Il avait un sentiment vif et profond de toutes les beautés de la nature. La Suisse, avec ses montagnes, ses lacs, ses torrents, ses glaciers, ses vastes horizons, lui offrait des attraits inépuisables et toijuours nouveaux. La dernière fois qu'il visita cette belle contrée, le coucher du soleil, vu d'un point élevé, lui inspira une foule

de réflexions sur le passé , sur Ta venir, sur «eux qn'il avait aimés et perdus, sur sa propre destinée, sur la brièveté du temps où il pourrait jouir encore de ee beau speetacle, sur la lumière plus éclatante qui réjouit l'âme du chrétien quand elle aborde aux rivages de l'éternité (i).

Comment un tel homme n'eût-il pas été aimé et vénéré dans toutes les dasses du corps social? Gomment les passions politiques eussent-elles réussi à ternir cette vie si belle et si pure, cette grande existence si noblement consacrée à la défense de la religion, de la vertu, de la patrie et de la liberté constitutionnelle?

De même que dans la carrière politique du comte de Mérode, Dieu permit que les dernières préoccupations de la vie privée de ce grand chrétien fussent en quelque sorte le couronnement de toutes ses œuvres.

Le dernier acte de sa vie parlementaire fut un discours en faveur de la liberté de l'enseignement. Les dernières sollicitudes de sa vie privée eurent pour objet la fondation d'une institution religieuse.

Afin de remédier à la disette d'ouvriers évangéliques qui se fait si cruellement sentir dans

(4) Tous ces détails nous ont été communiqués par les amis îd- Urnes du comte de Mérode.

leurs vastes diocèses, les évéques des Etats-Unis avaient conçu le projet de fonder à Louvain un collée destiné à former de jeunes prêtres pour les missions américaines. En plaçant cet établissement au centre des études religieuses de la Belgique, ils espéraient que des élèves européens ne tarderaient pas à venir se joindre aux élèves américains, et que tous pourraient puiser, dans la fréquentation des cours de philosophie et de (théologie de TUniversité catholique, une instruction à la hauteur de la science et des besoins de l'époque. Mais comment réunir les ressources nécessaires pour couvrir les dépenses de cette vaste entreprise? Où trouver les sommes requises pour l'achat et l'entretien des bâtiments, pour la nourriture, le vêtement et les frais de voyage des élèves sans fortune? Ils s'adressèrent aux bienfaiteurs de l'Eglise et des pauvres, et leur attente ne fut pas entièrement trompée. Le comte de Mérode manifesta l'intention de leur donner pour sa part une somme de 60,000 francs 1

Il n'eut pas le bonheur de voir inaugurer cette maison religieuse; mais les catholiques américains se rappellent avec émotion que, portant déjà le germe de la maladie qui devait le conduire au tombeau, il se rendit à Louvain pour s'occuper de l'avenir de leurs jeunes lévites. II

y arriva dans la soirée du 36 janvier 18S7.

Quoique le temps fût pluvieux et froid, il ne s'était pas même muni d'un manteau, et Mgr de Ram, son ami intime, chez lequel il alla passer la nuit et le jour suivant, lui reprocha vivement de n'avoir pris aucune des précautions que réclamaient son âge et un rhume intense dont il souAait depuis plusieurs semaines.

Les craintes manifestées par le savant recteur de lUniversité catholique n'étaient qtie trop fondées. Le surlendemain de son arrivée, le comte reprit le chemin de Bruxelles et y arriva dans un état d'aflhissement complet. Deux jours après, il se mit au lit, les symptômes d'une pleurésie aiguë se manifestèrent, et bientôt tout espoir de le conserver fut perdu.

On l'avertit que la mort était là. Il écouta cet avis sans manifester la moindre émotion. Consolant lui-même sa famille en pleurs, il demanda les derniers sacrements et les reçut avec un calme parfait et dans toute la lucidité de son intelligence. Résigné, plein de confiance dans les promesses divines, il continuait à donner agx siens l'exemple de cette grandeur d'àme et de cette force de caractère dont il avait fourni tant de preuves dans sa longue et belle carrière; puis, quand Theure suprême fut arrivée, il répondit

liiiHinéme, d'une Voix affaiblie mais ferme encore, à oes admirables prières des agonisants, qui rappellent si bien au chrétien mourant les espérances immortelles garanties par la parole et par le sang du Rédempteur. II rendit le dernier soupir dans la soirée du 7 février, après avoir manifesté jusqu'à la fin cette confiance sereine qui, dès id-bas, fait la récompense de ceux qui ne se sont jamais écartés des sentiers de la justice et de la vérité.

Quelques heures auparavant, il avait reçu la visite d'un illustre orateur français, M. l'abbé Combalot, son ancien ami, qui prêchait alors à Bruxelles. A l'aspect de tant de résignation, de ferveur et de foi, le vénérable prêtre comprit sans peine que les consolations banales étaient inutiles près du lit de mort du comte de Mérode. Il songea moins à encourager qu'à féliciter le grand chrétien qui allait recevoir sa récompense, ce Rappelez-vous, lui dit-il, la parole de Notre- » Seigneur : « Celui qui n'a pas rotigi de moi^ » mot je ne rougirai pas de lui devant mon » Père céleste! » Vous avez toiqours confessé » Jésus-Christ, et votre vie tout entière a été » la manifestation publique de votre foi. C'est » pourquoi Jésus-Christ va vous recevoir dans le » sein de son Père, par la sainte Vierge que » vous avez honorée, et par la sainte Eglise, son

— 5ia —

» épouse, que vous avez servie. Allez en paix ! » Un sourire humble et doux, expression de foi vive et de sereine espérance, fut la réponse du mourant.

« Le soir, dit un journal, on eut une première » preuve du sentiment public. Une foule immense » se pressait dans l'église de Sainte-Gudule pour » entendre M. l'abbé Gombalot. Celui-ci, mon- » tant en chaire, recommanda aux prières de » l'assistance l'illustre comte de Mérode, qui était » à l'extrémité. A ce nom, à cette nouvelle, il » y eut un mouvement saisissant de pitié et de » douleur. C'est qu'en effet nul autre nom en )j Belgique ne peignait mieux le chrétien et le » citoyen.

» Le lendemain, M. le comte de Mérode avait » rendu à Dieu son âme pleine de toutes les belles » ferveurs. La même foule était à Sainte-Gudulc » pour la clôture de la mission. Un millier d'hom- » mes se préparaient à recevoir le corps de Notre- » Seigneur. M. l'abbé Combalot voulut annoncer x> la mort de M. de Mérode, afin de demander y> que cette communion solennelle fût faite et of- » ferte pour lui.

» L'éloge funèbre le plus soudain, le plus at- » tendri et le mieux justifié jaillit du cœur sincère » de l'apôtre. L'Ecriture-Sainte le lui fournil tout

» entier. Il commenta ou plutôt il récita le psaume x> Beatus vir qui timet Dominum, plein de traits, » en efiét, qui peignent au. vif ce grand chrétien, y> et que chacun reconnaissait : <c Heureux Thomme » qui craint le Seigneur et qui se plaît dans Tob- » servance de ses lois. — Heureux l'homme qui » plaint et secourt le pauvre. — Son cceur est » inébranlable. — La gloire et les richesses sont » dans sa maison, et sa justice demeure. — Sa » postérité sera puissante sur la terre; la race » des justes sera bénie. — Il réglera ses paroles » selon la prudence. — Sa mémoire sera éter- » nelle, il ne craindra pas les mauvais discours » des hommes. » On devine tout ce que ces pa* » rôles pénétrantes, appliquées par l'abbé Gomx> balot à cette vie si connue et si constamment » honorée , devaient exciter d'émotion et rencon- » trer d'adhésion. Aussi l'éloquent missionnaire, » quoique habitué aux plus doux triomphes de » la parole, aime-t-il à dire que jamais il n'a » senti un accord plus intime entre son audi- » toire et lui (1). »

Gomme chrétien , le comte de Mérode quitta la terre dans l'enviable position du serviteur fidèle qui va recevoir son salaire. Gomme honune po*

;4) Univers (Février «857).

litiqae, il moarat dans la plénitade de ses e^érances libérales.

Dans le splendide anniversaire de 18S6, où tous les yeux s'étaient fixés sur l'ancien membre du Congrès et du gouvernement provisoire, il avait salué la consécration définitive de la monarchie constitutionnelle, à la fondation de laqudle il avait si glorieusement contribué par vingt-cinq années de sacrifices, de travaux et de luttes.

Il n'eut pas la douleur de contempler les tristes scènes de l'année suivante :

NiM vidit Agricoia oàsessam curiam (i)/ - (4)Tacit.,Fi<.i4flfric.,XLV.

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