‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 18 sur 25 · CÉRÉMONIES FUNÈBRES ACCOMPLIES A RIXENSART · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES FUNÈBRES ACCOMPLIES A RIXENSART

Le jendi 42 février, vers nenf heures do matin , tous les membres de la famille de Mërode , qui avaient assisté la veille aux obsèques du comte Félix , se trouvaient réunis devant son cercueil à i*église des Minimes, pour l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure. L'assistance était nombreuse et composée de personnes plus particulièrement attachées au défunt. On y remarquait M. Mercier, ministre des finances; M. Mosselman, sénateur; MM. Tremouroox et Mascart, représentants de l'arrondissement de Nivelles ; MM. les généraux Lamoricière et Bedeau; M. le procureur-général de Bavaj; MM. Ludovic, Léon et Victor, comtes de Robiano, et une foule de personnes de distinction.

Après avoir procédé à' la levée du corps , le convoi funèbre^ composé de douze voitures de mattre, se dirigea vers la station du Luxembourg.

Un convoi spécial composé de voitures de première classe reçut les membres de la famille du défunt , les personnes déjà citées et d'autres qui se trouvaient d'avance à la station. En tète de ce convoi était une voiture funèbre tendue de draperies noires et blanches , parfaitement décorée pour la circonstance et surmontée d'une croix. A rintérienr se trouvaient agenouillés à cdté du corps les pieuses religieuses qui avaient soigné riUustre malade et son fidèle serviteur depuis plus de 40 ans. La locomotive , pavoisée de drapeaux tricolores et de drapeaux noirs, ajoutait à ce que ce convoi avait de triste et dMmposant. Il s'achemina lentement , mais sans s'arrêter, jnsqu*à Rixeosart où il était en vue à dix heures et demie.

M. le curé de Rixensart, assisté de M. le doyen de Wavre et d'un nombreux clergé , M. le bourgmestre et tous les habitants de la commune de Rixensart, les bourgmestres des communes voisines ott même trè^-éloignées , des habitants notables de Wavre et de

— zn —

Nivelles , nne popalation eonsidérable aocounie de tons côtés, atteD> daient à la station l'arrivée du convoi funèbre.

Un noaveau cortège se forma. Le corps du bîen-aimé comte de Mérode éuit porté par les bourgmestres; les coins du poêle éuient tenus par MM. Mercier, ministre des flnances, Mosselman , sénateur, Tremouroux et Mascart , représeutants.

Le clergé entonna le chant des morts et le cortège traversa le village , dont les chemins , suivant l*usage , étaient jonchés de paille , au milieu d'une foule considérable et recueillie. Gomme à Bruxelles, cette marche funèbre fut Toccasion de démonstrations non équivoques des sentiments des Belges pour le comte Félix de Mérode; peut-être même ces démonstrations étaient-elles plus touchantes de la part de ces bons habiunts des campagnes qui, avec une sincérité non contenue par Fétiquette des villes, exprimaient leur douleur et leur attachement à l'illustre défunt. Partout sur le passage du convoi on se découvrait, partout on s'agenouillait, ei bien des larmes étaient répandues , avant même que les discours vinssent les provoquer.

Arrivé à l'église du chftteiiu , qui sert aussi d*église paroissiale , un service solennel fut chanté. Dans TégUse tendue de noir et ornée des armoiries des Mérode, brûlaient de nombreux cierges qui formaient une chapelle ardente. Tont avait été disposé par M. le curé avec beaucoup de soin et de goCkt. Avant les absoutes, M. le curé, d*une voix émue, a prononcé les pwoles suivantes, qui ont vivement louché les assistants :

« MEssiiuns,

» 11 ne m'appartient pas de prononcer l'éloge ftonèbre ûm très-bon et très-pieux comte Félix de Mérode.

» Au nom de mfs paroissiens, Je viens seulement rendre un dernier Itommage à la mémoire vénéfée de ce père de la patrie, de ce père des pauvres, de ce frère en Jésus, de ce ils si dévoué de l'Eglise.

» Jusque dans la plus humble comuone du pays, on se souvient avec reoonnaiesanoe, et on se souviendra toujonr», que c'est au conte Félix de Mérede que la Belgique deH en grande partie la eonserva- Uon de sa foi et de sa liberté^ ainsi que les années de bonheur et de prospérité dont elle joulu Aussi partout on plèvre le déhint comme un père ,* conrase pèfs de in patrie.

» Les pauvres de la commune ém Rixensart et tow ses bnbiunu raimaient aussi , car ile ont reçv des marques Mmbrcnses de sa bienfaisance et de sa bonté. Qu'il leur soit permis de mêler leurs

larmes à celles de tous ceox qui plearent U mort de ce dom seigneur, de ce père des pauvres.

1 Fils soumis de l'Eglise , fils tendre et dévoué de cette bonne Mère, il a toujours professé hanlement sa foi et, a?ec la même générosité que son frère Frédéric mourant ponr la patrie , il aurait à chaque instant souffert le martyre pour son Dieu.

» Pénétré de la pensée de Téternel avenir, constamment préoccupé de la défense de la vérité , disposé à rendre service avec la plus extrême affabilité aux grands comme aux petits , il s'oubliait lui-même. Sa seule ambition était de faire tin peu de èim.

1 Cette simple expression peint toute sa vie consacrée k Dieu, aux pauvres , à son pays , et nous amène à répéter pour tout éloge , mais avec d'ineffables consolations , que le tiès>bon et très-pieux comte de Mérode , à l'exemple de son divin Mattre , a passé en faisant le bien.

» La mémoire de ce juste restera en bénédiction sur la terre , landis que son ime agréable à Dieu est reçue au ciel. »

Les prières de l'Eglise étant terminées, on se rendit au caveau de famille qui se trouve sous une chapelle de l'Eglise, et qui^ k raison d'un mouvement de terrain , offre un accès facile et presque de plein pied avec le chemin qui y conduit. Ce caveau très-spacieux put recevoir un instant plusieurs des parents et tout le clergé. Avant de franchir le seuil de ce lieu de repos, le corps fut déposé à terre et des discours furent prononcés par M. Mercier, ministre des flnances, M. Tremouroux , représentant , et par M. le comte Victor d^ Robiano.

M. Mercier, ministre des finances, s'est exprimé en ces termes :

ff Messieurs,

9 Tout finit ; tout est périssable sur cette terre ; tout est soumis k cette fatale nécessité ; Thomme cependant ne meurt pas , il ne fait que changer de vie en passant k l'éternité.

» Mais que de regrets, que de douleurs cause à ceux qui restent dans ce monde la perte de personnes qui leur sont chères ! Pourquoi faut-il que les plus belles âmes soient ÎBitôt séparées de leur enveloppe mortelle ! Pourquoi l'homme illustre que nous pleurons autour de cette tombe, a-t-il été enlevé si prématurément à la .patrie, à ses nombreux amis! Pourquoi ne pouvons-nous conserver de lui que la mémoire à jamais fidèle du bien qu'il a fait !

1 Des voix éloquentes ont rappelé la carrière toute de dévouement du comte Félix de Mérode. Elles l'ont montré se rendant à l'appel de la patrie et jetant les fondements de la nationalité belge au péril

de aet Jonn; aecepUni et remplimnt tvec honnear la nitalon difficile et dangerease de membre da goavernement provisoire; siégeant an Congrès national et dans les Chambres législatives; y exerçant Tautorité dn talent et l'ascendant qne donne un grand et noble caractère; faisant partie des conseils du roi qui n*acesBé de l*honorer d*une confiance si justement méritée.

» Je n'essayerai pas de retracer le tableau des services signalés que le noble comte a rendus 4 la patrie; dès aujourd'hui il est déroulé devant la Belgique reconnaissante.

» Les qualités de Thomme privé ne sont pas moins dignes de notre admiration.

» Si la mémoire de Thomme éminent que nous pleurons est chère à tons ceux qui ont eu le bonheur de le connaître , c'est que tous ont trouvé en lui un cœur droit, généreux, désintéressé, plein d'abnégation ; c*est que tous l'ont vu faisant le bien , uniquement pour le bien ; et comme il avait , selon la devise de sa noble famille , rhonneur dans l'âme , il ne recherchait ni les honneurs ni les applaudissements , nV>béissant qu'au sentiment du devoir et au désir ardent d'améliorer la condition morale et matérielle du peuple, qu'il aimait de toute son âme , sans Jamais le flatter.

> Animé de l'esprit de charité , jamais il n*a repoussé la main du pauvre tendue vers lui; sa bienfaisance était sans bornes.

1 Mais nous voudrions en vain énumérer toutes ses éminenies qualités ; son cœur était un trésor inépuisable. Disons , en toute vérité, qu'aucune des vertus chrétiennes ne lui fut étrangère et qu'il les a pratiquées toutes au plus haut degré.

» Comte Félix de Mérode , cher collègue , noble ami , le plus grand hommage que nous puissons rendre à votre mémoire, c'est d'imiter les grands exemples que vous nous avez laissés; c*est celui qui doit surtout réjouir votre âme.

1 vous qui êtes Tobjet de notre vénération et de nos éternels regrets ! soyez encore notre soutien dans le ciel qui 3'est ouvert pour l'homme de bien , pour le chrétien dont la vie fut toujours pure. Si vous ne respirez plus sur cette terre , vos belles actions et vos sages conseils y laisseront de longues traces , et votre mémoire sera précieusement conservée dans nos cœurs reconnaissants.

» Adieu , Félix de Mérode ; adieu , noble ami ! »

M. Trémouroux est venu k son tour rendre ce bel hommage au défunt :

« Dire simplement la vie du comte Félix de Mérode serait faire le plus bel éloge de ce grand citoyen que tons nous pleurons. Mais déjà les organes de toutes les opinions , déjà des bouches plus éloquentes que la mienne ont répété à l'envi les pages de cette vie si belle et si bien remplie.

» Bo présence d'une aussi grande calamilë, les partis ont dit trêve à leurs dissentiments , ils se sont rénnis dans un cri unanime de douleur pour déplorer la perte que fait la patrie dans Tun de ses plos illustres enfants, dans Tun de ces hommes courageux et dévoués qui ont le plus contribué k la rendre libre et indépendante.

» Et d'ailleurs , pourquoi redire encore ici ses qualités privées, ses irertus civiques ! Nous avons tons été témoins de la noblesse et de la bonté de son caractère , de sa franchise , de sa loyauté , de son désintéressement et de son dévouement sans bornes à la patrie.

» Sa vie entière est gravée dans notre mémoire, comme son soavenir impérissable restera à jamais dans nos cœurs; elle servira d^exemple au pays et à ses descendants. »

Après que le corps du comte Félix de Mérode eut été déposé à côté de ceux de ses deux épouses , marquises de Grammont , et de son petit-flls Herman , moissonné à la fleur de son âge , le caveau fat fermé avec une pierre scellée et recouverte de terre.

i/oumal de BruxdUi).

Page 1