‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 19 sur 25 · ÉTRANGERS A L'OCCASION DU DÉCÈS · texte numérisé non relu

ÉTRANGERS A L'OCCASION DU DÉCÈS

Une foule de journaux étrangers ont consacré des articles nécrologiques au comte de Mérode. Nous nous bornerons à reproduire les réflexions que sa mort a inspirées aux rédacteurs du Journal des Débats et du Czas de Cracovie.

JOURNAL DBS DÉBATS.

« Il sied , disait naguère un éloquent écrivain , aux grands hommes de mourir avec modestie , et aux grands peuples d*hoiiorer avec éclat leur mémoire. La grandeur est de plus d'un genre : une nation petite par le nombre , un homme de talent et de bien qui n*a point prétendu au génie, peuvent donner au monde des spectacles que des pays plus fameux et plus étendus n'ont pas le droit de dédaigner. » Le 44 février 4867, tout un peuple, parlement, armée, citoyens.

8*est pr<*88é aai AinénUlefi de M. le comte Félii de Merode, Vm des fondateurs de la liberté moderne de la Belgique, en même temps que Tan des descendants de sa pins ancienne aristocratie. M. de Mérode était digne de ces hommages et la Belgique s'est bonorée elle-même en les lui rendant. La France , à qui M. de Mérode tenait par tant de liens et par un constant attachement, se doit à ellemême aussi d'y prendre part.

B Né à Maestricbt en 1791 , M. Félix de Mérode fut Français, comme sa ville natale, pendant toute la première partie de son existence. Il se maria en France avec la fille de M. le marquis de Grammont, Pun des vétérans de nos assemblées, beau-frère de M. de Lafayette. Il passa dans Tintérieur de sa famille adoptive presque toute la durée de la Restauration , pendant que Tunion si peu naturelle de la Belgique avec la BoUande Téloignait à peu près complètement de la vie publique.

» Placé ainsi chaque jour en relation avec les membres les plus éminents du parti libéral de France , sMntéressant à tous leurs débats où la religion était trop souvent mêlée, il prit une partie de leurs idées politiques , sans laisser Jamais ébranler les pieuses convictions de son enfance. De là naquit chez lui ce mélange de sentiments chrétiens et libéraux qui dicta sa conduite et fut Poriginalité de son caractère.

» Plus tard il trouva un gendre digne de lui , et associé à toutes ses croyances , dans la personne d'un de nos orateurs éminents , M. de Montalembert , et il engagea son fils même, M. Wemer de Mérode, né en France , à profiter de ce privilège pour réclamer parmi nous Texercice des droits civiques . mériter le suffrage de ses concitoyens et siéger dans nos assemblées.

1» La révolution qui éclata en Belgique eu 4830, dont la liberté religieuse fut le principe et la liberté politique la conséquence, avait droit à toutes les sympathies de M. de Mérode. Il s*y jeta généreusement ; il en partagea tous les périls. Membre d'abord de la commission municipale de Bruxelles , puis du gouvernement provisoire , il apportait à la révolution belge l'appui d'un grand nom , de toute une illustre maison , de talents variés et d'une réputation sans tache.

» Dans ces crises périlleuses où l'anarchie peut à tout moment sortir de la plus légitime résistance à l'oppression, la présence d*un homme de bien suflSt souvent pour décider si le triomphe d*une insurrection populaire deviendra le fondement d'un gouvernement nouveau ou le commencement d'une ère de désordre. Le nom et les vertus de M. de Mérode donnèrent, pour la nation belge elle-même, le caractère d'un mouvement national et religieux , ii ce qui , sans

1«1 , D'eftt peut-être été ooosldéfé que comme nae conspintloD démegogiqne.

» L'imporunce da conconn de M. de Mérode était si bieo sentie ptr tout le monde qn*on songea un instant à lui offrir la couronne de la Belgiquje émancipée. Son ambition n'en fut point séduite, et son patriotisme lui fit comprendre qu'un nouvel Etat est plus en sûreté sous la garde d*un prince d'une vieille race. Malgré la méfiance de beaucoup d*hommes de son parti , que détournait de la France d'alors la crainte des passions irréligieuses, et de PAngieterre ses préjugés protestante , ce tai dans Talliance de ces deux gouvernements qn*il chercha un point d'appui pour Tindépendance belge.

» 11 vota pour Télectiou au trAne nouveau de M. le duc de Nemours; et à défaut de ce prince , à qui une sage politique ne permit point d'accepter , il fit tomber le choix sur le prince Léopold de Saxe-Gobourg. Le nouveau Roi était protestant : singulier résultat d'une révolution dont la foi catholique était le principal mobile! Mais M. de Mérode avait compris que de nos jours la véritable protection de la conscience chrétienne se trouve dans les garanties communes des ciloyens et non dans les sentiments des princes.

1 Cette confiance n'a pas élé trompée Un Prince protestant et une Constitution libérale ont ùit de la Belgique le pays du monde où la religion catholique exerce le plus efficacement sur les peuples sa salutaire influence.

» M. de Mérode ftat le meilleur serviteur de ce Roi , qu'il avait unt contribué à foire élire. Il était auprès de lui et son témoin quand la princesse Louise d'Orléans vint partager son trône et faire chérir à la Belgique ces vertus chrétiennes dont elle apportait de France le noble héritage. Successivement ministre des affaires étrangères , de la guerre et des finances , il soriit du conseil lorsque la diplomatie imposa à ses collègues la cession des deux provinces de Limbourg et de Luxembourg : non quMI se crût en droit de blâmer ceux qui cédaient à une pressante nécessité politique , mais il ne pensait pas pouvoir abandonner des compagnons de lutte qui avaient pris part avec lui aux périls de la révolution.

9 Depuis cette époque , la Chambre des Représentants Pa compté au nombre de ses membres les plus assidus ; il assistait k toutes les séances, prenait souvent la parole avec une éloquence dont les saillies , parfois t>izarre8 , ne faisaient que mettre plus en lumière le bon sens original. Dans les divisions qui survinrent entre les deux fractions du grand parti qui avait fondé le gouvernement , il trouva le moyen de concilier cette scrupuleuse fidélité aux engagements politiques . qui est le premier devoir d'un homme public dans un

pays libra , avec une bienvetliance géuérale qui lui attirait le respect et Taffection de ses adversaires.

> Le secret de cette situation exceptionnelle était tout entier dans le désintéressement bien connu de son caractère. Sans être jamais étranger aux grandes luttes de principes , il éuit indifférent et su* périenr à tous les conflits d*ambition , source principale des ressentiments politiques. On connaissait d'ailleurs Tinébranlable consunce de ses opinions , et quand il disait peu de temps encore avant sa mort : c J*ai été libéral en 4830 , je suis resté ce que j'éuis alors et je m'en glorifle, » pas un de ses adversaires politiques, trop pressés souvent de réclamer pour eux le monopole du libéralisme, n*étaii tenté de mettre en doute la parfaite sincérité de sa parole.

» C'est au milieu d'une discussion à laquelle il avait pris part, et qui toucbiit à la liberté d'enseignement, la plus cbère de ses préoccupations, que la nouvelle de sa maladie , d'abord, puis de sa fin prématurée , a été apportée au parlement belge. Aussitôt le chef du parti opposé, M. Charles Rogier, autrefois son collègue dans le gouvernement provisoire, s*est fait Porgane de Témotion générale, et a proposé à la Chambre d*aller eq corps, par une démarche josqu*ici sans exemple, suivre jusqu*à l'église sa dépouille mortelle. Le président de la Chambre a ensuite adressé à M. Wemer de Mérode , au nom de tous ses collègues . une lettre touchante terminée par ces mots qui résument à merveille cette noble vie :

« Fondateur courageux de noire indépendance et de notre natio- » nalité, vétéran du régime parlementaire, qu'il a puissamment » aidé à créer, homme d'intelligence et de cœur, avant tout homme » de bien , Il emporte avec lui les regrets , l'estime et l'affection de » tous... La Chambre des Représentants est l'organe du sentiment » national en s'unissant à vos larmes; il appartient à la religion » seule de les essuyer. »

j) La religion, en effet, ne pouvait être oubliée sur la tombe de M. de Mérode. Elle avait été mêlée à toute sa vie publique. A l'heure où s'effacent toutes les préoccupations de la terre , même les plus nobles, elle avait seule rempli sa pensée. Elle demeure l'unique consolatrice de ceux qui l'ont aimé et qui le pleurent. »

LE G2AS (de Cracovie).

Le Cz€L8 commença par traduire en polonais la notice biographique donnée par le Journal de Bruxelles. Quelques jours plus tard , il publia les réflexions suivantes :

c Nous avons donné ces jours-ci une courte biographie de cet homme célèbre. Le comte de Mérode ékiit un homme dont la mon

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iotéresse toute l'Barope. Non-seulement la Belgique lui doit en grande partie son eiistence politique actuelle, mais le catholicisme a perdu en lui son plus ardent défenseur et toute noble cause un protecteur puissant et un digne représentant. Il est rare de voir dans la sphère politique une position qni soit aussi éminente et aussi pure que celle du comte de Mérode. La disparition d'un tel homme est une véritable perte pour son pays, pour l'Eglise et pour Fhumaoité (4). »

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