‹ Vie du comte Félix de MérodeChapitre 25 sur 25 · LETTRE DU COMTE DE MÉRODE A M. THIERS · texte numérisé non relu

LETTRE DU COMTE DE MÉRODE A M. THIERS

Voici le texte complet de là lettre adressée par le comte de Mérode à randen président du Conseil des ministres du roi Louis-Philippe :

c Tréhn{Dép^du^otd),i7juiMiSU.

a MoNsiEim,

» Je viens de lire votre rapport sur le projet de loi relatif à rinstructioo secondaire. Ne possédant point en France de droila politiques, je n'ai pas la prétention de me mêler de la discussion de ce projet , bien que de nombreux liens de famille et de propriété m^intéressent an bonheur matériel et moral du pays; mais il me

aamble pemis de rectifier, UdI pour toqs, NoMienr, que pour ceux qui ¥Ous écoutent dans le monde civilisé où retentit votre parole, une assertion qu'il m'est pénible de voir produire par un homme aussi éminent. c Nous avons entendu émettre quelquefois , dites- » vous dans le rapport, le vœu d'une autorité politique pour faire » des examens, exercer la surveillance chez les ecclésiastiques, » apparemment comme en Belgique où les pouvoirs publics élisent 9 les examinateurs : ce recours à des autorités politiques a réussi » au clergé en Belgique, parce quMi domine même lapoHHque, Il » réussirait moins en France où la politique n*est pas disposée à » mbir une telle domîfiaitofi. »

» Ainsi, vous, Monsieur, qui avez visité la Belgique, rapidement peut-être , mais qui Tavez vue de vos propres yeux, vous qui avez exercé longtemps en France les hautes fonaions de ministre des affaires étrangères et de Tintérieur, qui vous êtes nécessairement occupé de la situation politique de la Belgique , de ses tendances tant à l'intérieur qu*à Textérieur, vous pensez qu*elle vit, qu'elle se meut sous la domination politique du clergé. Si votre appréciation est exacte, je ne puis qu'éprouver un profond regret de la part que J'ai prise à la révolution dont l'indépendance belge est le résultat ; puisque l'affranchissement du joug hollandais s'est transformé pour nus provinces en servitude politique à l'égard du pouvoir spirituel. Or, cette servitude m*a toujoura paru la chose la plus funeste , le plus grand danger de perversion auquel puissent être exposés les peuples modernes.

» Antérieurement à 4844, j'habitais l'ancienne France, que je ne quittai point après la chute de l'Empire. Je pus voir de près le régime de la Resuuration, l'enthousiasme dévot qu'exciuit le retour des princes de la maison de Bourbon ; je pus entendre les homélies politiques de certaines missions à la suite desquelles on plantait des croix flturdelysées. J'adorais la croix, j'honorais les fleura de lys comme antiques et nobles armes de France (je ne puis comprendre la répudiation d'un passé glorieux); mais la croix fleurdelysée signiflait alors croix mise au service du roi ou gouvernement accolé à l'Église ; je ne voyais là rien d'approprié à l'état des esprits, rien de fécond , de progressif vero le bien. D'autre part , je ne lisais dans les journaux libéraux qu*attaques perpétuelles contre le clergé, contre les frères de la doctrine chrétienne , contre les jésuites quMI fallait expulser à tout prix. On avait dépossédé M. Feriuz du collège de Sorreze , saisi M. Manuel au sein de la représenution nationale ; puis on chassait de leura maisons des prêtres dits jésuites, et grand nombre de leure élèves les suivaient dans l'exil ; je sentais pour ces actes divers une profonde répulsion. Humble inconnu que j'étais, je

me hasardai de poblier à Paris une miDce brochare inltlalée : L99 Jésuites, ia Charte, les ignorantins, tenseignemeiU mutuei. Tout peut vifjre quoiqu*on en dise.

» Bientôt vinrent les fameuses ordonnances destinées à garantir ia sûreté de fEtat ei qui enfantèrent la révolation de Juillet, pais celle de Septembre à Bruxelles. Je m*y trouvais en ce moment ; une crise périlleuse menaçait mes compatriotes ; j'essayai de leur être utile, soit comme membre d*un gouvernement provisoire, soit comme député à un congrès constituant. IJk furent proclamés et inscriu dans la constitution, en présence de treize ecclésiastiques siégeant sur les mêmes bancs que moi et avec leur assentiment, les principes les plus larges de liberté politique et de liberté de conscience. Depuis quatorze ans, ce pacte national est en vigueur sous un roi qui n'appartient pas à régllse catholique, apffliqué par des ministres d'opinions diverses; et cependant. Monsieur, si vous êtes bien informé , la Belgique subit la domination politique du clergé, domination que la France ne veut pas , et qu'elle a, selon moi , grande raison de ne pas vouloir. Si vous êtes bien informé, j'ai perdu, comme beaucoup de mes amis, libéraux sincères , mon temps et ma peine, en travaillant à fonder le contraire de ce que je voulais, une sorte de théo* cralie , une confusion de la puiébance temporelle et spirituelle, que je croyais non moins nuisible à la Belgique qu'à la France, et que fe me figurais impossible, tant que resteraient debout les institutions votées par le Congrès.

» Je ne me livre pourtant pas. Monsieur, au désappointement non motivé que me laisserait votre opinion. Comment, en effet, le clergé, maitre de la politique intérieure, supporte-t-il que plusieurs journaux l'accusent , lui attribuent de» projets , des intentions propres à le rendre suspect et même odieux ? Comment aucun publiciste anticlérical n'est -il condamné en Belgique, ainsi qu'en France M. l'abbé Combalot , antiuniversitaire , à la prison et à plusieurs milliers de francs d*am%nde? Le souverain qui supporterait les censures, les attaques même violentes de son sujet, avec tant de bénignité, serait vraiment trop bon! Gomment ce clergé politiquement maître permet-il aux Etats provinciaux du Brabant de subsidier l'université éclectique de Bruxelles , tandis qu'ils n'accordent rien à Tuniversité catholique de Louvain, également située en Brabant et qui ne reçoit que des dons volontaires? Comment ce clergé souffre-til que les écoles des firères de ia doctrine chrétienne , reconnues excellentes par MM. Villemain et Guizot, n'obtiennent à Bruxelles et à Uége aucun secours de la caisse municipale , largement ouverte pour d'autres établissements d*instruction primaire? Comment enfin ce clergé dominateur politique, n'oppose-t-ii aucun moyen coêrdtif

aalrtnllda dimaDChe, qni empêche Uot <i*eafrlen d*atiisterM service divin, Uodit qa*ils cbôment le lundi? Si le clergé bdge est politiquement dominateur à ces conditions , vous conviendrez , Monsieur, qii*on ne peut rencontrer nulle part d^autorlté plus acceptable par tous les hommes, quel que soit leur culte on leur insouciance de la religion.

» Cependant le clergé n'est point eu Belgique dénué d^uoe Influence morale qui réagit en certaines circonstances sur les lois. Le clergé libre forme librement des citoyens catholiques qui s'occupent sérieusement d'établir, de maintenir légalement la liberté de TÉglise , parce que cette liberté est pour eux-mêmes la liberté de conscience : comme ils veulent respecter franchement la liberté des protestants, des Israélites, des éclectiques (Je désigne sous ce nom ceux qui ne tiennent à aucun culte déterminé) , ils ne reconnaissent pas è TEtai le droit d'entraver Téducalion, compagne de renseignement. Ils prennent contre toute usurpation semblable des mesures efficaces ; parce que rien n*est plus cher au père de famille catholique et réfléchi , que le droit de ne pas laisser son fils exposé à tout vent de doctrine.

» Atteindre la justice absolue est difficile. Ne sachant à qui confler la collation des grades scientifiques en droit et en médecine , on a cru le concours des Chambres et du pouvoir exécutif préférable à toute autre combinaison , afin d*assurer l'impartialité d'un grand jury d'examen, nommé pour trois septièmes par le Roi , et respectivement pour deux septièmes par chacune des Chambres. Les épreuves des candidats se sont loyalement faites Jusqu'ici ; mais ce mode offke des inconvénients dont on cherche le remède; aussi n'est il que temporairement admis. Et parce que la Belgique envoie dans les Chambres qui la représentent une majorité catholique très-soudeuse de conserver Téducation chrétienne parfaitement libre , sans gêner d'ailleurs Téducation vague pour ceux qui Paiment , s'en suit-ii que le clergé règne politiquement? Que sMl obtient par la liberté vraie, complète, une supériorité de confiance Justement acquise, ce n'est là qu'un avantage légitime favorable à la société. Nous n'en vouions pas d'autre ; nous repoussons la contrainte matérielle , les lois pénales, comme cette loi du sacrilège si bien combattue par M. Royer- Collard et qu'un lèle suranné voulait introduire dans le Code Français.

» Loin de ces tenutives malencontreusement rétrogrades, paraissent en France aujourd'hui les écrits d'évèques qui possèdent la pleine intelligence de leur temps. Rien de commun poUtiquemmi entre les mandements d'un prélat signalé par M*« de Staël dans ses ContidércUions $ur la Révolution française, et les récentes obser-

▼atioDs si logiquement coDslitotionnelles de M. l'éfèqae de Langres.

9 Charles X croyait la iûreté de tEtat menacée par Texercioe libre de la prérogative parlementaire en désaccord avec ses vues personnelles; il interpréta la Charte selon ses craintes. Voas , Monsieur, vous jugea t unité de PEtat compromise par l'application pure et franche de Tarlicle 69 de la Charte , telle qu'elle a lieu en Belgique : de U vos préjugés contre l'ordre politique de ce pays; de là ce long rapport, habile et Jaborieui travail digne d*une meilleure cause : la cause qui se montre en Belgique noblement appuyée sans réserve inquiète et déQante sur la seule justice envers tous , sur la seule liberté. •

• Veuillea agréer, Monsieur, Tassurance de la haute considération avec laquelle j'ai Tbonneur d'être votre très-obéissant serviteur

]> Comte Faux ni Mérode. j»

FIN DE l'appendice.

BARATA.

Pag. 42, ligne 9, aa lieu de de Mérodê, lisez Mérode. • 445, 1 3, Il 9 » exeiieni, » exeeUent, ]» 425. en note, • » » 368, » 358.

» 433, ligne 20, » » » Nemours, > Nemours.

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