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Louis-Phillippe refuse la oouronne. — Gravité de la sitttatioo. — Energie patriotique du Congrès. — Choix d*un Régent. — Noble attitude prise par le comte de Mérode et le baron Suriet de Chokier. — Le gouyernement provisoire dépose le pouvoir exécutif. — Le Congrès déclare que le gouvernement provisoire a bien mérité de la patrie et lui vote une récompense nationale. — Le comte de Mérode remet sa part à la Commission chargée d*ériger un monument à la mémoire des victimes de la révolution.
Le Congrès national se réunit le 10 novembre i830, et son premier aete, après la formation du bureau, fut de rendre au gouvernement provisoire la puissance executive , que les membres de cette dictature populaire étaient venus mettre à la disposition des représentants légaux et réguliers du peuple belge. L'assemblée prit ensuite, après des débats animés et parfois orageux, trois décisions importantes, que le comte de Mérode, sans se mè^ 1er de la discussion, appuya de son vote afflrmatif. Elle proclama, à Tunanimité, l'indépendance de la Belgique, sauf les relations du Luxemboui;g avec la confédération germanique. Elle se prononça, par 174 voix contre 13, en faveur de la monarchie constitutionnelle représentative, sous un chef héréditaire. Elle décréta, à la miyorité de 161 voix contre 28, l'exclusion perpétuelle de la famille d'Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique (1).
(4) Séances du 48, du 2î et du tt novembre.
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En T^otant rindépendanœ da pays et l'adoption de la royauté constitutionnelle, le comte de Mérode se maintenait dans la ligne de conduite qu'il avait jusque-là suivie. Mais comment expliquer son vote en faveur du décret d'exclusion de la famille d'Orange? Le 38 août, membre de la députation envoyée à La Haye par les notables de Bruxelles, il prend, dans une adresse célèbre, la qualité de respeettietix et fidèle sujet du roi. Le. 11 septembre, devenu membre de }a commission de sûreté publique, il s'engage solennellement à travailler au maintien de la dynastie régnante. Le mois suivant, appelé à faire partie du gouverne* ment provisoire, il répond aux envoyés du prince d'Orange que, ne ressentant ni haine ni rancune et voulant uniquement le bien du pays, il ne s'opposera pas au vœu du peuple, si ce vœu se manifeste en faveur de l'héritier du trône des Pays-Bas. Et voilà que tout à coup, engageant à la fois le présent et l'avenir, confondant Tinnocent avec le coupable , enveloppant le roi et toute sa race dans une réprobation commune, il associe son nom à la décision du Congrès proclamant l'exclusion perpétuelle de la famille d'Orange!
Ce changement radical dans son attitude et dans son langage était le résultat du bombardement d'Anvers. Les quatre journées de Septembre
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avaient nécessité la déclaration d'indépendance du pays. La funeste nuit du 27 octobre amena la déchéance de la femiUe royale. A l'aspect des ruines fumantes de notre métropole commerciale, un même cri se fit entendre dans toutes les provinces et dans toutes les classes de la nation : a Pluê de Nasêau! » Les ressentiments et les haines, déjà très-vifs après Tattaque de Bruxelles, «devinrent tellement profonds et universels que le seul soupçon d'une transaction avec la dynastie hollandaise eût sufiB pour amener le soulèvement des masses. A partir de ce moment, une tentative sérieuse en feveur du prince d'Orange eût inévitablement produit la guerre civile, le triomphe de l'anarchie et la perte irréparable de la cause nationale. Le comte de Mérode crut que, dans ces circonstances, le seul moyen de prévenir les conspirations au dedans et les intrigues au dehors, le seul moyen de ramener la confiance et de clore la révolution en la consolidant, était de voter en faveur de la proposition de déchéance. Serviteur loyal et désintéressé du peuple, il fit taire ses prédilections personnelles, pour se plier aux exigences, désormais irrésistibles, de l'opinion publique (1). Sa détermination, toijyours exempte
(4] M. de Gerlache, qui avait vivement combattu la proposition, avoue lui-même que la majorité du Congrès se conforma aux né-
de toute arrière-pensée d'ambition ou d'intérêt, n'avait ni un autre but ni un autre mobile; et ce fut par suite de considérations analogues, qu'il renonça, quelque temps après, au projet de demander la réunion à la France (1).
Au commencement de janvier, le Congrès national s'occupa du choix du chef futur de l'Etat.
Deux questions préliminaires étaient à résoudre.
Convenait-il d'élire un roi indigène? Etait-il préférable de décerner la couronne à un prince étranger?
La première combinaison, qui avait en sa faveur des hommes considérables (2), fat promptement abandonnée. Deux sections du Congrès s'étaient prononcées dans ce sens, mais toutes les autres avaient donné la préférence au choix d'un prince étranger. C'était, en effet, le parti le plus sage. Un tel choix, bien dirigé, devait pro-
ceflsftés de la situation. « La proposition une fois soulevée, dit-il, j» rexclusiOD âevait être prononcée sur-le-champ , ou il fallait clore n la salle du Congrès au bruit des huées populaires. » {Hist, des Pays-Bas, T. II, p. 368). — Déjà un mois auparavant, M. de Potter avait dit au prince Kosloffski , envoyé par le prince d*Orange : « Si » le peuple me soupçonnait seulement de vouloir présenter le prince » â*Orange comme le seul chef digne de lui commander , il monte- » rait ici pour me jeter par la fenêtre. » (Soucenira, T. I. p. 466).
(4) Discours prononcé dans la séance du Googrès du 8 juin 4834 . Huyttens, . T. III, p. m.
(3) Entre autres M. Devaux (V. son discours prononcé dans la séance du 34 janvier 4834 . (Huyttens, T. II, p. 364).
curer à la Belgique, surtout dans ses relations extérieures, une foule d'avantages qui n'étaient pas à la portée d'une royauté indigène. D'ailleurs les chefs de toutes les maisons historiques qui pouvaient prétendre à cet honneur, les de Mérode, les d'Aremberg, les de Ligne, étaient les premiers à protester contre un projet quils envisageaient comme inopportun et dangereux.
Il ne restait donc d'autre parti à prendre que celui d'élire un prince étranger. Mais ici se présentaient des difficultés et des complications d'un autre genre. Il fallait trouver un candidat qui, tout en étant agréable à la France, n'inspirât ni jalousies ni craintes à TAngleterre, à la Prusse, à l'Autriche et à la Russie. Le 20 décembre, la Conférence de Londres , — a considérant que les » événements des quatre derniers mois avaient » malheureusement démontré que cet amalgame » parfait et complet que les puissances avaient » voulu opérer entre les deux pays n'avait pas été » obtonu, et qu'il serait désormais impossible à » effectuer » , — avait prononcé la dissolution du royaume des Pays-Bas; mais elle avait eu soin d'ajouter que cette décision ne pouvait pas avoir pour résultat de dégager la Belgique de ses « devoirs européens. » Or, les seuls candidats sérieusement désignés par la nation étaient le duc de
Nemours et le prince Auguste de Leuehtenbergi» le premier suspect à l'Europe, le second suspect à la royauté de Juillet.
Dès les premiers jours qui suivirent son installation, le gouvernement provisoire avait fait sonder les intentions du cabinet des Tuileries. Cette précaution était sage et nécessaire. La France seule, en maintenant énergiquement le principe de nonintervention , pouvait assurer l'indépendance définitive de nos provinces et la faire reconnaître par les monarques de la Sainte-Alliance.
Le roi Louis-Pbilippe déclara, d'abord officieusement, puis officiellement, que, d'accord avec ses aUiés^ il n'accepterait pas la couronne pour le duc de Nemours, si cette couronne lui était offerte. Il déclara tout aussi nettement que la France ne consentirait jamais à reconnaître le prince de Leuchtenberg ou tout autre membre de la famille de Napoléon I«^ Enfin il émit l'avis que, si les Belges voulaient décerner la couronne au prince Othon de Bavière, ce choix serait tellement agréable à la France que , pour cimenter les liens qui déjà unissaient les deux peuples, elle consentirait Tolontiers au mariage du prince avec la princesse Marie d'Orléans (1).
(4) Voy. les pièces relatives à cette négociation. Huyttens, Di$c. du Congrès nat. T. IV, p. 247 et suit. — V. aussi le discours pro-
Les membres du gouvernement provisoire suivirent ee conseil, et, dans la séance du il janvier, ils désignèrent le prince bavarois aux suffrages du Congrès national.
Le comte de Mérode commença par faire un appel au patriotisme de l'assemblée constituante, ce Je suis, dit-il, tellement convaincu de l'urgence » d'élire pour chef de l'Etat le prince de Bavière, » qui pourrait occuper, sans inquiéter les puis- » sances de l'Europe, le trône de la Belgique, que » je viens vous supplier, au nom du salut de la » patrie, de proclamer ce prince sans aucun re^ » tard. » Il fit ensuite ressortir la nécessité de mettre promptement un terme à des incertitudes qui encourageaient les entreprises de deux factions contraires, dont l'une nous poussait vers la France et la guerre générale, l'autre vers la Hollande et la perte de l'indépendance si heureusement reconquise. Il rappela l'illustration de la maison de Bavière, illustration telle que nulle femille régnante, après celles de Russie, de Prusse, d'Autriche, de France et d'Angleterre, ne saurait se prévaloir d'alliances aussi nombreuses et aussi considérables. II signala les avantages inespérés d'une combinaison qui placerait sur le trône con-
nODoé par M. Gendébien dans la aéanœdu 42 janvier 4834 {IM, T. 0, p. 406).
— institutionnel un prince appartenant* à la confédération germanique par son origine et à la France par son mariage futur. Abordant enfin les inconvénients qui résulteraient du choix du prince de Leucbtenberg, il dit : ce Certain nom, que je suis » loin de rejeter par éloignement personnel, a été » mis en avant et semble à quelques-uns d'entre » nous propre à rallier les intérêts intérieurs et » extérieurs. Le prince de Leuchtenberg, dit-on, » ne doit inspirer aucune défiance à la France et » à l'Europe. Mais, Messieurs, a-t-on oublié que » nous vivons à l'époque des révolutions les plus » imprévues; que les esprits inquiets, habitués à » voir tomber les gouvernements qui se succèdent » avec rapidité, s'imagineront longtemps encore » pouvoir recommencer, au gré de leurs ambitions » déçues, ces drames ruineux pour les peuples? » Quelles que soient la popularité, les intentions » généreuses du roi des Français, au milieu du » flux et du reflux de tant de prétentions diverses » qui s'agitent en France, verrait-il avec sécurité, » si près de sa capitale, régner un jeune prince D d'origine française, qui doit sa fortune au chef » de l'empire fameux dont la Belgique faisait » partie? Les membres de la famille Bonaparte ne » viendraient-ils pas de préférence résider dans » nos provinces ? et les nombreux personnages
» que la chate du régime impérial a privés de » brillantes carrières, n'attendraiènt-ils rien d'un » mouvement qui réunirait au territoire français » la riche Belgique, en portant sur le trône de » France celui qui serait déjà assis sur le nôtre? » En vérité, je m'étonne que des hommes graves » et réfléchis aient négligé, dans leurs calculs, de » pareilles chances! Il est permis d'être confiant, » et ma nature ne me porte pas aux précautions » exagérées; mais, j'ose le dire, le ministère du )) roi Louis-Philippe trahirait hautement ses de- » voirs, s'il n'opposait pas une résistance invincible » à l'élévation d'un prince appartenant de si près » à l'ex-dynastie napoléonienne. »
M. Rogier et M. Alexandre Gendebien parlèrent dans le même sens; mais leurs efforts, comme ceux du comte de Mérode, demeurèrent sans résultat. Il était visible que le prince Othon, à peine âgé de quinze ans, ne possédait pas les sympathies de la migorité de l'assemblée, qui redoutait à la fois les périls d'une r^nce et les idées peu libérales que, disait-on, le jeune candidat avait puisées dans sa famille- et dans son entourage. En présence du refus persistant du cabinet de Paris d'accepter la couronne pour le duc de Nemours, le prince Auguste de Leuchtenberg allait inévitablement obtenir la msyorité des
suffrages. On invoquait les glorieux souvenirs qui se rattachaient à son berceau; on vantait la noblesse et Félévation de ses idées, la loyauté de son caractère, la générosité de ses sentiments; on se prévalait même des liens de parenté qui l'unissaient à plusieurs familles souveraines ; on rappelait qu'il était le neveu de l'empereur d'Autriche (François I^^**), le neveu du roi de Bavière (Louis I»'), le beau-frère de l'empereur du Brésil (Don Pedro I«^), le beau-frère de l'héritier présomptif de la couronne de Suède et de Pïorwége (Oscar I«'); on disait enfin que si la France désirait le voir échouer, il y avait loin de ce désir à l'abandon de la Belgique, et plus loin encore à une déclaration de guerre. C'était en vain que, pendant les débats mêmes , le cabinet des Tuileries, s'apercevant de l'impopularité de son candidat, lui avait brusquement substitué le prince Charles de Capoue, frère de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles. Lorsque la discussion, après une interruption de quelques jours, fut sérieusement reprise le 19 janvier, l'élection du duc de Leuehtenberg paraissait certaine.
Alors la diplomatie française, voulant éviter à tout prix un choix dans lequel elle voyait en même temps un danger et une humiliation , eut recours à des manœuvres qui sont loin de faire
honneur à la monarchie de Juillet, dont les relations extérieures étaient dirigées par le général Sébastian!.
Depuis quelques semaines, un diplomate habile, M. Bresson, représentait le roi Louis-Philippe à Bruxelles. A la fin de janvier, on lui adjoignit M. le marquis de Lawoestine, colonel de cavalerie, qui, pendant la Restauration, avait habité la Belgique, où il avait laissé les souvenirs les plus honorables. Ce nouveau négociateur vit l'un après l'autre les membres du gouvernement provisoire et du comité diplomatique du Congrès, et tous lui déclarèrent que l'élection du duc de Leuchtenberg était inévitable, si on ne lui opposait pas le duc de Nemours.
Aussitôt l'attitude des deux diplomates français changea complètement de face. Officiellement, ils continuèrent à déclarer que Louis-Philippe refuserait la couronne qui serait décernée à son fils mineur; mais, dans leurs entreliens confidentiels avec les membres les plus influents du Congrès, ils tenaient un langage tout à fait opposé, et l'acceplation y était présentée comme certaine. De plus , pour renforcer encore les sentiments de sympathie que les Belges manifestaient à l'égard de la France , le général Sébastiani déclara <c que » le gouvernement français n'adhérerait point aux
» protocoles de Londres du 90 et du 27 janvier, » parce que, dans la question des dettes, comme » dans la fixation des territoires, le consentement » libre de la Belgique et de la Hollande était » nécessaire. » Le général ajoutait : « La Gon- » férence de Londres est une médiation, et Fin- » tention du gouvernement du roi est qu'elle ne » perde jamais ce caractère. >j A l'époque où les deux protocoles du 20 et du 27 janvier étaient unanimement condamnés par l'opinion publique^ où les plaintes contre l'intervention bautaine de la diplomatie du Nord devenaient chaque jour plus vives et plus généi*ales, il n'était pas possible de choisir un meilleur moyen de provoquer les applaudissements des Belges (i).
Comme beaucoup d'autres, le comte de Mérode crut que le cabinet des Tuileries avait renoncé à sa politique antérieure. Dans la séance du 2S janvier, il fit, avec cinquante-deux de ses collègues, la proposition de proclamer le duc de Nemours roi des Belges. Intimement convaincu de la nécessité de placer le drapeau de Septembre sous la protection du drapeau de Juillet, il avait agi et parlé en faveur du prince Othon , lorsque celui-ci était
(4) Voy. de Gerlache, Hist. du roy, des Pays-Bas , T. II , p. 427; Th. Juste, Hist. du Congrès national, T. I, p. 247 etsuiv. Huyttens, Discussions du Congrès national, T. III, p. 244.
le candidat de la France. Aiqourd'hui il agissait et parlait en faveur du duc de Nemours, parce que, trompé sur les intentions réelles du cabinet des Tuileries, il voyait dans le choix du fils du roi Louis-Philippe le moyen le plus efficace de nous procurer l'appui et l'alliance du gouvernement français. Il prit ce parti avec d'autant phis d'empressement que, la famille d'Orange-Nassau une fois, écartée, il se serait volontiers prononcé dans le s^is d'une réunion intégrale à la France, si celte politique avait pu se concilier avec les vœux du pays et les exigences de l'Europe (1).
Le discours qu'il prononça à cette occasion mérite d'être reproduit, ne fùtr<^ que pour faire ressortir tout ce qu'il y avait de généreux, de loyal et de franc dans le libéralisme vrai qui dirigeait ses pensées et ses actes. Il dit : ce Après » la discussion qui depuis plusieurs jours excite » la sollicitude de cette assemblée; après les dè- » veloppements donnés en sens divers par les » orateurs les plus capables de faire valoir les » causes soumises à son examen, je craindrais » de contribuer à la perte d'un temps précieux » dans les drconslances qui nous pressent, en
(4) Voy. les dédaratioDs quUl fit à ce sujet, à la fin du discours prononcé dans la séance du Congrès du % juin 4 834 . Huyitens, T. UI, p. M7.
» cherchant à reproduire les motifs qui déjà sous » tant de formes ont été, Messieurs, l'objet de » votre attention sérieuse. Si tous les membres D du Congrès, qui représentent ici le peuple belge, n eussent été aussi faciles sur l'adoption d'un chef » que eeîui qui a l'honneur de vous adresser en ce i> moment la parole, depuis longtemps le chef de » notre Etat nouveau serait proclamé.
» Animé du désir de ne pas compromettre par » des prétentions exclusives l'œuvre finale et né* » cessaire de notre régénération , j'aurais accepté » tous les princes qu'une réputation flétrie ne » m'eut point porté à rejeter. C'est ainsi que j'eusse » voté sans regret pour le prince de Saxe-Cobourg » comme pour le prince de Bavière, ou pour un y> prince de Naples, neveu du roi des Français. » Les qualifications de protestant, d'Anglais, » d'Allemand, de Bourbon, faisaient sur moi peu » d'impression, étant persuadé que tout chef quel- » conque livré à lui-même, au milieu de nous, » ne pourrait être que Belge, ne pourrait cony> tracter d'alliance qu'en se conformant aux vœux 9> du pays.
» Mais parmi ceux qui se présentaient à l'ima- » gination sous des couleurs propres à séduire yy les esprits, soit par l'espérance de conserver la 19 paix, soit par des souvenirs que l'histoire ne
» permet pas d'oublier , deux personnages me » semblaient particulièrement inadmissibles. D'a- » bord le prince d'Orange, non pas principale- » mejat, comme nous l'a dit notre honorable col- » lègue M. Osy, en vertu de l'exclusion prononcée » par la presque unanimité des membres du » Congrès , mais parce qu'il amènerait chez nous » la discorde, la guerre intérieure et les maux » inévitables d'une restauration. En second lieu, » le prince de Leuchtenberg; parce qu'il inquié- » terait la France en établissant, malgré lui-même, » dans son voisinage , un foyer d'intrigues , un » point de ralliement pour les mécontents, nés » et à naître, que la révolution de Juillet et » l'état actuel des choses ne peut satisfaire au » gré de leurs espérances.
» Selon plusieurs des partisans d'Auguste de » Beauhamais, Louis-Philippe ne comprenait pas » les vrais intérêts de sa couronne; c'était de » Bruxelles que devait lui parvenir la lumière; » éclairé par elle, il eût appris sans doute que » rien n'était plus assuré^ plus constant que la » faveur populaire; que la versatilité humaine » avait cédé pour toujours aux idées dé stabilité; » qu'enfin les chances de réunir, quelque jour, » sans combat, la Belgique à la France, ne ^> pourraient à aucune époque provoquer le désir
u d'an changement de dynastie; qu'au surplus, » pour éviter tout danger, il suffisait d'un ma- » riage, facile à conclure, puisque les amis du » duc de Leuchtenberg le jugeaient convenable I
» Pourquoi donc. Messieurs, au lieu de charger » nos commissaires à Paris du soin de nous » transmettre des renseignements positifs sur les » intentions du cabinet français, n'avez-vous p^ » enjoint à ces mêmes commissaires de convaincre » Louis-Philippe que rien ne devait lui être aussi » agréable que le choix du duc de Leuchtenberg; » que vous n'aperceviez aucun inconvénient à ce » qu'une fille de France épousât votre nouveau » souverain ; qu'en conséquence , l'obstination » seule du ministère pouvait mettre des obstacles » à un projet de mariage combiné et résolu à » Bruxelles?
» Cependant vous avez cru devoir adopter une » conduite diflérente. Vous avez pensé que la » dignité nationale belge ne s'opposait point à ce » que vous parussiez dans la disposition de n'agir, » relativement au choix du chef de l'Etat, que de » concert avec la France et son gouvernement. » Et je pense que c'était avec raison; car, Mes- » sieurs, malgré les démarches incertaines et » quelquefois contradictoires de la diplranatie » française, vous ne pouvez douter que le roi
x> n'ait pris à vos aftiires un vif et sincère intérêt. » Et seriez-vons donc dispensés de tonte recon- » naissance parce qu'au milieu d'immenses difflx> cultes vous auriez subi l'effet de tergiversations » presque inévitables dans la crise actuelle? Le » ministère français est forcé, non de prendre en » considération les intérêts de la Belgique seule, x> mais de les combiner avec le repos , la sécurité » intérieure de la France et la consolidation de la x> dynastie nouvelle.
» J'éprouve une impression pénible lorsque » j'entends traiter avec dureté, dans cette en- » ceinte , les agents de la seule puissance qui » nous ait mis à l'abri de l'invasion étrangère. » Qu'on se plaigne, à la bonne heure, lorsqu'on » pense en avoir le droit; mais qu'on renferme » les plaintes dans les bornes qu'elles ne doivent )' point dépasser sous peine d'inconvenance !
» Parmi quatre cents députés français, une » trentaine, au plus, désapprouvent l'opposition » que met le ministère au choix du due de » Leuchtenberg; peut-être quelques autres, par » un respect absolu pour l'indépendance des na- » tiens, pensent que la France devrait recon- D naître le prince élu par vous quel qu'il fût. » Je ne contesterai pas leurs maximes populaires; n seuleinenl je ne dévierai point, pour ma part,
» des principes non moins précieux qui ne per- » mettent pas d'oublier les services rendus.
» Sans la France, Messieurs, sans la sympa- D thie de son roi pour notre cause, je ne parlerais » point à cette tribune ; je serais au moins en » exil; les Belges n'auraient ni indépendance ni » nationalité. Impatient des refus, des démentis » trop légèrement donnés par un ministre à notre » envoyé à Paris; fatigué d'une incertitude sans » terme, et poussé par la nécessilé de prendre une » résolution, j'ai pendant un jour consenti à me V réunir aux partisans du duc de Leuchtenberg; >y et c'est, sans doute, pour ce fait qu'une feuille » parisienne, qui se distingue par la grandeur de » son format et sa mauvaise volonté pour les » Belges, a prétendu que je cherchais à soustraire » la Belgique à l'influence française, pour y or- » ganiser la théocratie. Au lieu de dénaturer nos » actes et de mentir à la face du monde, ces » doctes publicistes feraient mieux d'organiser » chez eux, à notre exemple, la véritable liberté » civile et religieuse. Trop faibles pour rendre au » peuple français les secours puissants qu'il nous » a donnés contre les tentatives du despotisme » extérieur, nous lui serons non moins utiles » peut-être, en lui montrant comment les homfnes » de bonne volonté, unis entre eux daqs nos
» provinces, savent y faire prévaloir les droits » légitimes contre le despotisme intérieur des » coteries, et mettre en pratique ce qui ailleurs » n'a encore été qu'une théorie sans application!
» Malgré les erreurs du libéralisme étroit et » réactionnaire qui domine encore la grande na- » tion française, erreurs incapables de résister » longtemps à la raison progressive, aux notions » de justice destinées à se répandre de plus en » plus parmi les peuples civilisés, je suis résolu » de ne pas séparer la cause belge de celle de » la France, et de ne point chercher un appui » inconciliable avec nos principes dans les ca- » binets de l'absolutisme ou de Taristocratie mar- » chaude, toigours prêts à nous remettre sous » le joug de la maison d'Orange : je voterai donc » pour le prince qui nous procurera de la manière » la plus certaine Tappui et l'alliance du gouver- » nement français.
» On vous a dit hier que les partisans du can- » didat opposé au duc de Leuchtenberg représen* » taient l'avenir de la Belgique comme assuré, » si le fils de Louis-Philippe était appelé à régner » sur nous : non. Messieurs, personne ne peut » vous promettre une sécurité pleine et entière, » quelle que soit votre décision. Partout nous » rencontrerons des écueils, et jamais nous ne
» ponrrons être certains d'éviter on la guerre ou » la conquête. Faisons tous nos efforts pour rester i> nation; mais préparons-nous avec prudence aux » événements , et sachons du moins préserver T> notre patrie du plus grand des malheurs , le » morcellement de notre territoire! »
L'imposante démarche de cinquante-trois députés, venant simultanément proposer l'élection d'un prince français , entraîna la majorité du Congrès. Sur 192 votants, 97 suffrages furent donnés au duc de Nemours, 74 au duc de Leuchtenberg, et 21 à l'archiduc Charles d'Autriche.
Le lendemain , l'assemblée nomma une députation chargée d'aller à Paris, avec le président du Congrès, annoncer au roi des Français l'élection de son fils encore mineur. Le nom du comte Félix de Mérode fut le premier qui sortit de l'urne.
Les événements qui suivirent sont assez connus. La France, ayant atteint son but par l'échec de la candidature du prince de Leuchtenberg, s'empressa d'adhérer aux protocoles du 20 et du 27 janvier; et la députation du Congrès, fêtée aux Tuileries, logée dans un palais de la liste civile, comblée de prévenances et d'égards dans tous les cercles officiels, acquit bienlôt la certitude que les mandataires du peuple belge avaient
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été victimes d'une rouerie diplomatique. Louis- Philippe, refusant la couronne offerte à son fils, eut l'occasion de donner une preuve nouvelle et éclatante de son inébranlable désir de conserver la paix européenne; et cette occasion, dont ses diplomates ne tardèrent pas à tirer parti dans toutes les cours, lui avait été fournie par la confiance généreuse, mais inexpérimentée du Congrès national (1).
Mais si le désintéressement du roi des Français, habilement exploité, amena des conséquences heureuses popr la paix du monde, il eut des suites tout à fait différentes pour la cause nationale des Belges. L'industrie et le commerce retombèrent dans leur marasme; les factions levèrent la tète, et les incertitudes de l'avenir, d'autant mieux aper* çues qu'on croyait avoir enfin trouvé une solution définitive, jetèrent le découragement dans l'Ame d'une foule de patriotes. Au milieu de l'indignation des uns et de l'effroi des autres, on vit reparaître toutes les manœuvres que l'attitude courageuse et patriotique du gouvernement provisoire avait ré-
(4) Plusieurs droonstanoes nous portent à crofire que le oomte de Mérode arait conçu des doutes sur la sincérité de la diplomatie française; mais, adversaire déterminé du Duc de Lenchtenberg et songeant déjà au prince Léopold de Saxe-Gobourg, il se disait que, dans tous les cas, Félection dHin prince français aurait pour conséquence de faire plus facilement accepter par l'opinion publique en France le cboix d*un prince offrant un caractère plus on moins anglais. ,
duites à l'impuissance avant la réunion de l'assemblée constituante. Le parti français disait, qu'on devait forcer la main à Louis-Philippe et provoquer une explosion du sentiment national, en votant la réunion pure et simple à la France. Le parti républicain, peu nombreux, mais redoutable par l'énergie de ses membres, s'écriait qu'il était temps de rompre avec la diplomatie des rois et d'orga-* niser le pays sur les bases de la démocratie la plus large. Appuyés sur un grand nombre d'armateurs et d'industriels, les Orangistes, répandant l'or et les promesses à pleines mains jusque dans les rangs de l'armée , présentaient la vice-royauté du prince d'Orange comme l'unique moyen de terminer la crise et de consolider les avantages politiques conquis en Septembre (1).
Heureusement pour la cause nationale, le Congrès, secondé par l'immense majorité de la nation, trouva dans le patriotisme et la persévérance de ses membres la force requise pour se mettre audessus de l'orage provoqué par les passions démagogiques ou réactionnaires. Pendant que ses députés étaient encore à Paris, il reprit paisiblement ces débats mémorables qui, quoique cir-
(4) J'ai exposé ailleurs, avec les détails nécessaires, la situation des divers partis au commencement de 4831 (La Belgique som le règne de Léopdd I**, T. U, p. 64 et suiv).
conscrits dans l'espace de quelques semâmes, eurent pour résultat de doter des institutions les plus libérales de l'Europe un pays connu par son inébranlable attachement au catholicisme : proclamation de la souveraineté du peuple; liberté illimitée de la presse et de renseignement; liberté illimitée du droit d'association ; inviolabilité du domicile; égalité de tous devant la loi ; suppression de la mort civile et de la confiscation des biens; déclaration formelle que le roi n'a d'autres pouvoirs que ceux qui lui sont conférés par la constitution et les lois; défense aux tribunaux d'appliquer les arrêtés du chef de l'Etat qui ne sont pas conformes à la loi; inamovibilité de la magistrature; attribution aux tribunaux de toutes les contestations qui ont pour objet des droits civils; coexistence de deux Chambres, nommées par les mêmes électeurs et périodiquement renouvelées; responsabilité des ministres; liberté de conscience et de culte; liberté absolue dans les rapports du clergé catholique avec le Saint-Siège; défense faite à l'Etat d'intervenir dans la nomination et dans l'installation des ministres des cultes ; attribution aux provinces et aux communes de tout ce qui est d'intérêt provincial ou communal; élection directe de tous les corps représentatifs; publicité des budgets et des comptes ; publicité des débats judi«*
eiaires; impôt voté parles mandataires du peuple; coût des comptes nommée par la Chambre des Représentants ; intervention des Conseils provinciaux dans la nomination des conseillers de cour d'appel; intervention du Sénat dans la nomination des membres de la cour de cassation; en un mot, partout et toujours l'application la plus large des libertés modernes €t des principes fondamentaux du gouvemenmit constitutioonel. Le comte de Mérode vota en faveur de toutes ces mesures si éminemment libérales; mais il ne prit que rarement la parole pour les défendre contre les hésitations ou les préjugés de la minorité de l'assemblée. Au milieu de l'agitation des esprits et des innombrables détails de la réorganisation de tous les services publics, le pouvoir exécutif confié au gouvernement provisoire suffisait pour absorber les études et les loisirs de ses membres (1). Ce fut le 9 février au soir, que le comité diplomatique du Congrès reçut communication du célèbre protocole de la conférence tenue au Foreign- Office, le 7 février 1831, entre les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie. Ce document renfermait une déclaration de l'ambassadeur du roi des Fran-
(4) Voy. à TAppendice (L. E.) le disooars que le comte de Mérode prononça dans les débats relatifs à Torganisation du Sénat.
çais, portant que « Sa Majesté, informée que Toffire » de la couronne belge allait effectivement être » faite au duc de Nemours, avait chargé son plé- » nipotentiaire de réitérer sous ce rapport ses dé- » clarations antérieures, qui étaient invariables. » La Conférence, prenant acte de celte communication, ajoutait de son côté : ce Ayant unanimement » reconnu que le choix du duc de Leuchtenberg » ne ! répondrait pas au principe posé dans le » protocole du 27 janvier 1831, qui porte que le » souverain de la Belgique doit nécessairement » répondre aux principes d'existence du pays » lui-même, et satisfaire par sa positiofi person^- » nelle à la sûreté des Etats voisins , les plénipo- » tentiaires ont arrêté que, si la souveraineté de la » Belgique était offerte par le Congrès de Bruxelles » au] duc de Leuchtenberg, et si ce prince l'ac- » ceplait, il ne serait réconnu par aucune des » cinq'^cours. w
La politique aussi habile que peu franche du cabinet des Tuileries obtenait de la sorte un succès complet ; mais , en Belgique , l'exclusion du seul candidat qui, à côté du duc de Nemours, eût réuni un nombre considérable de voix au sein de l'assemblée constituante, ne pouvait, produire d'autre résultat que d'accroître les incertitudes et les embarras déjà si considérables de la situation.
Aussi le Congrès, toujours à la hauteur de sa mission, s'empressa-t*-il de prendre une décision de la plus haute importance. Réservant pour lui-même les pouvoirs constituant et législatif qu'il tenait directement de la nation et dont il ne pouvait se dessaisir avant d'avoir accompli son œuvre, il résolut de mettre le pouvoir exécutif entre les mains d'un Régent, chargé de diriger Fadministration du pays jusqu'au jour de l'installation de la royauté constitutionnelle.
L'élection de ce magistrat suprême se fit dans la séance du 24 février.
Par la nature même de ses fonctions, le vénérable président du Congrès, M. Surlet de Chokier, se trouvait désigné au choix de ses collègues; mais quelques membres croyaient que le principe de la révolution recevrait une consécration plus solennelle, plus éclatante, par l'élection d'un frère du héros mort à Berchem en combattanl pour l'indépendance de la patrie. Si le comte Félix de Mérode, dont la très-grande majorité de l'assemblée partageait les convictions religieuses, avait eu la moindre velléité d'ambition , il lui eût été on ne peut plus facile d'exploiter cette communauté de principes^ et d'afifections pour se faire décerner la magistrature suprême. Mais, au lieu d'agir de la sorte et de réduire la manifestation de la volonté
nationale aux proportions mesquines d'une lutte de personnes, il alla trouver le baron Surlet; et ces deux hommes, dont les idées étaient si différentes sous une foule de rapports, mais dont le dévouement et le patriotisme se trouvaient à la même hauteur, remirent à un député, leur ami eoDMnun, un biUet conçu en ces termes :
« Faites ce que vous trouverez bon : nous » sommes d'accord.
» 24 février.
» E. Surlet de Chokier.
» Félix de Mérode. »
Nous ne croyons pas que l'histoire moderne offre wù plus noble exemple d'abnégation, de désintéressement et de patriotisme. Un peuple, longtemps soumis à la domination étrangère, vient de reconquérir son indépendance et sa liberté; ses législateurs ont fait disparaître les entraves qui arrêtaient son essor, les abus qui minaient ses forces, les usurpations qui menaçaient ses croyances; sur un sol qui, pendant des siècles, servit de théâtre aux luttes sanglantes des monarques absolus, ce peuple s'est vu doter de la CoAstitution la plus libérale de l'Europe ; fatigués des lenteurs et des ruses de la diplomatie étrangère, ses représentants
vont confier à l'an d'eux le grand et enviable rôle de marcher à la tête du pays, afin de l'initier à la pratique loyale et généreuse des institutions nouvelles : et voilà que les deux hommes, qui seuls pouvaient prétendre à cet honneur insigne, ne veulent pas même que leurs amis fassent une dé^ marche ou émettent un vœu dans l'intérêt de leur candidature !
Quoi qu'il en soit, avec cette attitude des deux candidats particulièrement désignés par l'opinion publique, le choix du Congrès ne pouvait être douteux. Le baron Surlet obtint 108 suffrages, le comte de Mérode 43 et le baron de Gerlache S. Un membre de la légation anglaise, envoyée à Bruxelles par la Conférence de Londres, dit à cette occasion : « Le comte Félix de Mérode, peu am- » bitieux de l'honneur qu'on voulait lui conférer, » n'avait fait aucun effort pour assurer son élec- » tion, laquelle aurait probablement eu lieu, s'il » l'avait voulu (4). »
L'installation du Régent, immédiatement effectuée, fit cesser la mission confiée au gouvernement provisoire. Celui-ci plaça sur le bureau du Congrès un acte par lequel il déposait le pouvoir
(4} White, Révolution Belge de 4830, T. III , p. 6. -^ Th. Juste , loc, cU,, p. 285etsuiv.
exécutif; puis il adressa au peuple belge la proclamation suivante :
« En quittant le pouvoir où nous avait appelés » l'énergie révolutionnaire, et dans lequel le Gon- » grès national nous a maintenus, nous nous faisons » un devoir de proclamer, à la face de l'Europe, » que la conduite pleine de loyauté, de bon sens » et de dévouement du peuple belge ne s'est pas » démentie un seul jour pendant toute la durée » de notre pouvoir. Le gouvernement provisoire » emporte te satisfaction bien obère de s'être vu , » dans les moments les plus difficiles, toujours » secondé, toujours obéi.
» Si, en retour de ses efforts, il pouvait avoir » quelque chose à demander à ses concitoyens, ce » serait de les voir continuer à suivre, sous le » vénérable Régent que le Congrès vient de leur » donner, cette admirable ligne de conduite qui » leur a mérité la réputation du peuple le plus » raisonnable de l'Europe, après s'être montré )) l'égal des plus braves.
» Vive la Belgique! Vive le Régent! Vive la » liberté!
» A. Gbndebibn. Ch. Rogibr. S. Van » DE Wetbr. C^ Félix db Mérodb.
» F. DB COPPIN. JOLLY. J. VaNDER- » LINDElf. »
En déposant leur autorité, les membres du gouvernement provisoire jouissaient de l'avantage, si rare en temps de révolution, d'avoir exercé le pouvoir suprême pendant plusieurs mois, sans que leur popularité eût reçu la moindre atteinte. Ils avaient sans doute commis quelques fautes : mais qui oserait se vanter de ne pas en commettre à letir place? Ces fautes, d'ailleurs en petit nombre, disparaissaient dans l'importance immense des services qu'ils avaient rendus, dans la grandeur incontestable des résultats obtenus sous leur direction. Lorsque, le 26 septembre, ils ouvrirent leur première séance à l'hôtel de ville, au bruit du tocsin et de la fusillade, ils avaient pour tout mobilier une table de bois blanc prise dans un corps de garde et deux bouteilles vides surmontées chacune d'une chandelle. Leurs seules ressources consistaient dans la somme de fr. 21,96 que renfermait la caisse communale (1). Lorsqu'ils se retirèrent le 2S février, la dissolution du royaume de^ Pays-Bas était proclamée par la Conférence de Londres, et la Belgique, à la veille d'être reconnue par les monarques de la Sainte- Alliance , avait une armée, une administration, un trésor, un pouvoir régulier, une assemblée constituante et la charte la plus libérale de l'Europe !
(4} Discours de M. Alex. Gendebien. Séance du 42 janvier 4834.
Expression fidèle des sentiments de .la nation, le Congrès ne pouvait s'abstenir de rendre un hommage solennel aux citoyens courageux qui n'avaient pas attendu la fin de la lutte pour se mettre à la tête des forces révolutionnaires. Le 28 février, il décréta par acclamation que le gouvernement provisoire avait bien mérité de la patrie. Le lendemain, il alloua à ses membres, à titre de récompense nationale, une indemnité de cent-cinquante mille florins.
Le èomte de Mérode n'accepta sa part que pour la transmettre immédiatement à la commission chargée d'élever, sur la place Saint-Michel, un monument aux victimes des journées de Septembre.