FÉVRIER-JUILLET
Eyanouissement des illusions qu'avait fait conooToir Félection du Régent. — Anarchie politique et administrative. — Les ministres proclament la nécessité de procéder sans retard au choix du chef définitif de l*£tat. ~ Us jettent les yeux sur le prince Léopold de Saxe-Gobourg. — Us envoient une députation à Londres pour sonder les intentions du prince. — Le comte de Mérode en fait partie. — Résultats de cette mission. — Election du prince. — Le comte de Mérode retourne à Londres en qualité de membre d'une députation nommée par le Congrès. —Son retour à Bruxelles. — Débats orageux qui se terminent par Fadoption des dix-huit articleê. — Discours du comte de Mérode. — Gelui-d fait partie d'une troisième députation envoyée à Londres pour engager le prince à monter immédiatement sur le trône. — Coup d'cdil rétrospectif. — Le comte de Mérode depuis la nuit du 25 août jusqu'à rarrivée du roi.
Les premiers jours qui suivirent Tinstallatioti du Régent furent des jours de calme, de joie et d'espérance. On éprouvait le besoin de se re*
poser après la lutte, de respirer après Torage. On se disait que la concentration du pouvoir exécutif dans les mains d'un homme jouissant de la confiance du peuple aurait pour premier eflFct de faire disparaître les symptômes d'anarchie qui commençaient à se manifester dans toutes les provinces.
Mais cet espoir fut promptement et cruellement déçu! La baron de Chokier ne possédait aucune des qualités que réclame le périlleux honneur de tenir le gouvernail de l'Etat dans une période d'effervescence. Aux manières polies* et faciles qui distinguaient la vieille aristocratie liégeoise, il joignait cet esprit fin, léger et railleur qui suffit pour briller dans un salon; mais il était complètement dépourvu de l'énergie, du courage moral, de la pénétration et de la vigueur, sans lesquels les gouvernements aboutissent à la faiblesse et à l'immobilité en temps de paix , à l'anarchie et à la ruine en temps de révolution.
Les conséquences ordinaires d'une administration centrale privée d'initiative et de force, se firent bientôt sentir. Le désordre et l'esprit d'insubordination se glissèrent successivement dans toutes les branches du service public. Les factions, chaque jour plus audadeuses, multiplièrent dans tous les sens leurs tentatives et leurs intri-
gués, celles-ci pour obtenir une quasi-restauration avec un membre de la famille royale des Pays- Bas, celles-là pour aboutir soit à la république, soit à la réunion à la France. Le défaut de confiance et de sécurité, la disparition des capitaux, la perte des débouchés de la Hollande et des colonies, et, plus encore, les incertitudes de l'avenir, réduisirent le commerce et l'industrie à la situation la plus déplorable. Des scènes de pillage et de révolte attristèrent Bruxelles, Liège, Anvers, Malines, Ypres, Mons ctNamur. L'armée, dont l'ardeur et le patriotisme étaient si vifs sous le gouvernement provisoire, perdait la confiance dans ses chefs, s'affranchissait' de la discipline, repoussait toute organisation sérieuse; et bientôt des ofBciers supérieurs, les uns par amour de l'or hollandais , les autres par aversion du désordre^ formèrent, dans les rangs des défenseurs de la patrie, des complots en faveur du prince d'Orange. L'enceinte du Congrès devint elle-même une arène où se heurtaient toutes les passions du dehors, où des orateurs novices parlaient d'anéantir la Hollande, de soulever les peuples et de braver toutes les puissances de l'Europe. Et pendant que les hommes sages suivaient avec effroi les progrès de cette anarchie générale, le roi Guillaume massait sur nos frontières 70,000
soldats exercés, bien armés, pourvus d'une artillerie nombreuse et jouissant de tous les avantages d'une administration à la hauteur de sa tâche !
Au milieu de ce désordre croissant et de ces incertitudes chaque jour plus insupportables, l'élection d'up chef définitif de l'Etat était incontestablement le premier besoin de la situation.
Les deux membres du Congrès qui reçurent successivement le portefeuille des affaires étrangères dans l'administration du Régent, MM. Van de Weyer et Lebeau, mesurant l'étendue du mal, placèrent au premier rang de leurs devoirs la recherche d'un candidat qui pût être agréé en même temps par la France, par l'Angleterre et par les puissances du Nord. Après plusieurs démarches, qu'il est inutile de rappeler ici, ils jetèrent les yeux sur le prince Léopold de Saxe- Cobourg, veuf de la princesse Cardiine, héritière présomptive de la couronne de la Grande-Bretagne (1).
(4) Les premières avancée avaient été faites par M. Yan de Weyer; mais les négociations sérieuses furent ouvertes et menées à terme par M. Lebeau, qui, avant d'entrer résolument dans les vues de son prédécesseur, avait eu la singulière pensée d'offrir la couronne au général Lafayette. Ce dernier, en faisant connaître son refus, basé sur ses principes républicains, recommanda à M. Lebeau le choix du comte Félix de Mérode (Voy . Œuvres du baron de SUusart, Notices biographiques , Y» Fallot. — De Gerlache , Hist, du roy, des Pays-Bas, t. lî, p. 456. 3« édit.).
Ayant acquis la conviction que le choix du prince d'Orange, leur candidat de prédilection, aurait amené la guerre civile et probablement l'annexion à la France, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie accueillirent les ouvertures de M. Lebeau avec une satisfaction marquée.
Leurs sympathies, et surtout celles des deux cours du Nord, restaient acquises à la famille royale de La Haye; mais, par une coïncidence on ne peut plus heureuse pour les Belges^ toutes les puissances se trouvaient dans une situation telle que leurs intérêts les plus impérieux réclamaient le rétablissement immédiat de l'ordre et de la sécurité dans l'Europe occidentale. L'Angleterre, agitée par le problème capital de la réforme, voulait se débarrasser des affaires continentales et craignait de trouver dans la question belge un obstacle à l'alliance intime avec la France. La Prusse redoutait la contagion de l'effervescence révolutionnaire pour ses provinces du Rhin. L'Autriche n'avait pas trop de toutes ses forces pour maintenir son influence au milieu des mouve- ' ments insurrectionnels qui agitaient la péninsule italienne. La Russie elle-même, si hostile à la Belgique, écoutait les conseils de la prudence et de la modération, parce que sa puissance était paralysée par la redoutable insurrection de
la Pologne. Le choix d'un prince sage, modéré, loyal et appartenant à l'une des familles les plus illustres de l'Europe, leur semblait le meilleur moyen de prévenir la guerre et de sauver, sinon les intérêts dynastiques des Nassau, au moins les principes d'ordre et de conservation qu'elles désiraient voir régner dans les rapports internationaux.
Le projet du gouvernement belge ne fut pas moins bien accueilli à Paris. Puisque ni l'annexion à la France, ni l'appel au trône d'un prince français ne pouvait avoir lieu sans amener, tôt ou tard, une lutte avec l'Europe, le roi Louis-Philippe, qui désirait sincèrement le maintien de la paix, finit par se rallier, lui aussi, à la candidature du prince Léopold (i).
Les ministres prirent en conséquence le parti de désigner ce prince aux suffrages du Congrès national; mais, éclairés par l'expérience, ils ne voulaient pas exposer le pays à l'humiliation d'un deuxième refus de la couronne. M. Lebeau obtint - du régent l'autorisation d'envoyer à Londres une députation de quatre membres de l'assemblée
(4) Ayant rélection du duc de Nemours, le cabinet français (Lafitte], consulté à Tégard de la canditature du prince Léopold, avait opposé un veto absolu, parce que, bien à tort, il voyait dansœ choix la prédominance de rinfluenoe de TAngleterre.
constituante , afin de sonder les intentions de Léopold, des ministres anglais et des membres de la Conférence.
Cette députation fut composée du comte Félix de Mérode, de M. Henri de Brouckere, de l'abbé de Foere et de M. Hippolyte Vilain XIIII.
Jouissant de la confiance et de l'amitié du Régent, le comte de Mérode avait accepté cette mission avec empressement. Il connaissait tous les détails du problème diplomatique , et il savait que sa présence et celle de Tabbé de Foere avaient pour but de dissiper les calomnies de la presse hollandaise sur le prétendu fanatisme sauvage qui régnait dans nos provinces. Un prêtre et un catholique fervent allant, au nom de la Belgique, offrir la couronne à un prince protestant, fournissaient, à son avis, une preuve irrécusable des idées vraiment libérales qui animaient les représentants de la nation. Ajoutons aussi que Tun des motifs qui avaient si promptement déterminé son acceptation était le concours d'un jeune et brillant député, dont il appréciait la valeur et qui plus tard, sous la royauté constitutionnelle, devait jouer un rôle considé^ rable dans la haute administration de son pays, M. H. de Brouckere.
Le choix des membres de la députation et la
nouvelle, bient6t divulguée, de leur départ pour Londres firent une excellente impression sur les défenseurs de la cause nationale. Un seul catholique mai'quant éleva la voix pour faire entendre une protestation, et ce catholique était le comte de Robiano de Borsbeek, ami intime du comte de Mérode. Dans une lettre adressée aux journaux, tout en rendant hommage aux qualités personnelles de Léopold, il repoussait la candidature du prince, parce que celui-ci était luthérien.
Le comte de Mérode se trouvait déjà à Londres, lorsqu'il apprit Pexistence de ce regrettable incident. Comprenant aussitôt l'urgence de prévenir, par une protestation en sens contraire, Tabus que pourraient en faire les ennemis de la Belgique, il adressa, le 3 mai, la lettre suivante aux rédacteurs du Courrier des Pays-Bas .
» Envoyé dans cette capitale pour pressentir » les dispositions de S. A. R. le prince Léopold » de Saxe-Cobourg , sur un objet qui intéresse » vivement le repos de la Belgique et de l'Eu- » rope, j'ai lu avec regret l'article qu'a publié » contre notre mission à Londres un de mes amis » les plus dignes d'estime, M. de Robiano de » Borsbeek. Vous avez expliqué en peu de mots, » dans votre numéro du 50 avril, le motif qui
» dirigeait Thonorable opposant, dont le l>eau
» idéal en fait de gouvernement, dites-vous,
» n'existe que là où FEglise est juge suprême
» du juste et du vrai. Yous lyoutez que, comme
» il est assez diflQcile qu'un pareil état social
» s'établisse jamais en Belgique, si le prince
» Léopold devient roi, il est tout naturel que
» M. de Robiano combatte cette candidature. —
» 11 aurait, en effet, personnellement raison de
» se prononcer contre elle, si d'autres combi-
n naisons devaient transformer en réalité le gou-
» vernement conçu par quelques théoriciens ca-
» tholiques. Malheureusement pour leur système,
» tout prince quelconque sera obligé de prêter
» serment à la Constitution, dont la garantie la
» plus précieuse aux yeux de l'immense majorité
» des catholiques belges est précisément la sup-
» pression de tous les rapports spéciaux de l'Eglise
» avec l'administration civile , qui ne protège et
» ne soutient la foi qu'en faisant payer trop cher,
» tôt ou tard, l'appui matériel qu'elle essaye de
» lui donner. — Il en était autrement du temps
» de Henri IV et de la Ligue. Partout alors les
» églises orthodoxes ou dissidentes se trouvaient
» intimement unies avec les gouvernements; en
» sorte que les croyances religieuses , comme
«certaines plantes,... devenaient la propriété
» exclusive de telle ou telle coutrée, selon qu'il » plaisait aux Majestés souveraines de les cultiver » ou de les extirper du sol. L'influence exercée » par Henri YIII et Elisabeth , l'exemple de » Gustave Wasa, parvenu à étouffer en Suède » l'ancienne religion , au point qu'il n'y reste » pas une paroisse catholique, ne pouvaient per- » mettre aux Français de souffrir qu'un prince » élevé dans la Réforme montât sur le trône du » royaume très-chrétien. C'eût été en quelque » sorte consentir à la destruction plus ou moins » rapide de la foi catholique en France, tant » la religion du prince exerçait encore à cette » époque une redoutable «domination. — Malgré » les grandes et aimables qualités de Henri lY, » j'aurais donc été ligueur avec M. de Robiano, » si nous eussions été Français l'un et l'autre » en iS88; tandis qu'en 4834 j'appelle de tous » mes vœux l'élection et l'acceptation du prince » Léopold de Saxe-Cobourg, persuadé que per- » sonne mieux que lui ne peut préserver notre » patrie et l'Europe centrale des fléaux d'une » guerre dont les suites ne sauraient être préve- » nues par Texpansion des sentiments même les » plus purs et les plus poétiques du romantisme » politico-religieux. — Dès les premiers mo- ».menls de la réunion du Congrès, la position
» do prince Léopold m'a paru très-fiivorable pour » concilier aux Belges la bonne yolonté des z> grandes puissances européennes; depuis mon » séjour à Londres , l'avantage de l'approcher r> dans quelques audiences, où il a bien voulu n recevoir notre députation avec toute la bonté » qui le caractérise, m'a donné pleine confiance » qu'il maintiendrait l'ordre et les garanties so- » claies, avec un esprit de franchise et de loyauté » conforme à celui de notre nation.
» Comte Félix de Mérode (1). »
Le prince accueillait en effet la députation belge avec une bienveillance exquise ; mais aussi, avec cette modération et ce tact politique dont il avait donné une preuve éclatante en refusant le trône de la Grèce, il déclara nettement que le dissentiment survenu entre le Congrès et la Conférence de Londres était, à ses yeux, un obstacle insurmontable à l'acceptation de la couronne; en d'autres termes, il voulait que la question territoriale HA vidée avant son arrivée à Bruxelles. Les haseè de séparation, arrêtées par la Conférence le 20 janvier i83i ,
(\) Courrier des Pays-Bas du 7 mai 4834.
enlevaient à la Belgi<[ue le Luxembourg tx les anciennes endaves hoUandaiaes du Limbourg; tandis <iiie le Congrès, malgré les menaces de l'Europe, avait solennellement déclaré qu'il entendait conserver irrévocablement le Limbourg et le Luxembourg, comme parties intégrantes du sol national. Le prince, qui désespérait de vaincre les résistances de la diplomatie, reculait avec raison devant raceeptation d'une royauté, dont le premier acte devait être , soit une guerre insensée avec la Hollande et la Confédération germanique, soit une cession de territoire qui révoltait les sentiments patriotiques des Belges. Il n'était pas non plus sans appréhension sur le jeu des institutions essentiellement démocratiques dont le Congrès avait environné un trône dépouillé de la plupart de ses privilèges; mais, quant à ce dernier point, il s'en rapportait au bon sens du peuple belge et aux lumières de l'expériaice, la Constitution elle*- même ayant prévu le cas où des cbangements deviendraient indispensables^ La question territoriale était la seule pierre d'achoppement. A toutes les démarches, à tous les raisonnements, à toutes les instances de la députation, Léopold répondait mvariablement : « Tranchez la question des limites, » et je pourrai me rendre aux vœux d^ Belges. »
Les députés do Régent revinrent à Braxelles dans l'après-midi du 8 mai. Slls n'avaient pas réussi à obtenir du prince une acceptation définitive de la couronne, ils avaient du moins rendu à la Belgique Féminent service de lui procurer un protecteur puissant auprès de la Conférence.
On en acquit bientôt une preuve significative.
Le 26 mai, les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, — « considérant 1« que l'adhésion » du Congrès belge aux bases de séparation de » la Belgique d'avec la Hollande serait essen- » tiellement facilitée, si les cinq cours consen- » taient à appuyer la Belgique dans son désir » d'obtenir à titre onéreux l'acquisition du grand- » duché de Luxembourg; ^ que le choix d'un » souverain étant devenu indispensable pour » arriver à des arrangements définitifs, le meil- » leur moyen d'atteindre le but proposé serait » d'op/antr les difficultés qui entraveraient tac- » ceptation de la souveraineté de la Belgique » par le prince Léopold de Saxe-Cobourg , » dans le cas oii, comme tout autorise à le » croire, cette souveraineté lui serait offerte; » — autorisèrent lord Ponsomby, leur commissaire à Bruxelles, à déclarer : « Qu'ayant égard au
)> vœo énoncé par le gouvernement belge, de » faire, à titre onéreux, l'acquisition du grand- » duché de Luxembourg , les cinq puissances » promettaient d'entamer, avec le roi des Pays- » Bas, une négociation destinée à assurer, s'il » est possible, à la Belgique, moyennant de » justes compensations, la possession de ce pays, » qui conserverait ses rapports actuels avec la » Confédération germanique. » Seulement, les cinq cours, persistant dans leur politique antérieure, exigeaient, à titre de préliminaire indispensable, l'adhésion de la Belgique au protocole du 20 janvier.
Les ministres du Régent connaissaient trop bien l'esprit qui régnait sur tous les bancs de l'assemblée constituante, pour ne pas savoir que cette adhésion préalable aux bases de séparation était impossible à obtenir du Congrès et de la nation; mais, encouragés par un premier succès et voulant donner au prince Léopold un titre plus imposant dans les négociations ultérieures, ils firent la proposition de lui décerner immédiatement la couronne.
Cette politique habile obtint le résultat désiré. Les membres les plus influents du Congrès se prononcèrent énergiquement en faveur d'un choix dans lequel ils voyaient en même temps le terme
d'un état provisoire désastreux, la consécration de l'indépendance nationale, le meilleur et peutêtre le seul moyen de réconcilier la Belgique avec l'Europe. Après six jours de mémorables débats, qui occuperont toujours^ .une place éminente dans Fhistoire parlementaire du pays, le prince Léopold fut proclamé roi des Belges par 182 suffrages, contre 14 donnés au baron Surlet de Chokier. Dix -neuf membres s'étaient abstenus.
Depuis le premier jour de la révolution, le comte de Mérode, malgré l'éclat de ses services, avait constamment évité de parler de lui-même. Il lui suffisait de faire le bien et de travailler à la régénération politique du pays, sans appeler Taltention du public sur l'étendue des sacrifices qu'il faisait à la cause nationale. Il se départit un instant de cette ligne de conduite dans les débats dont nous venons d'indiquer le résultat. Ayant voté contre un amendement tendant à fixer au prince le délai d'un mois pour l'acceptation de la couronne, il se vit en butte à des critiques et même à des soupçons de complaisance et de tiédeur qu'il était loin de mériter; et ce fut alors que, voulant repousser des reproches qu'il dédaignait pour lui-même, mais qui pouvaient jeter de la défaveur sur l'œuvre
da Congrès, il s'écria dans la séance du 2 join :
c< Dans des conversations particulières, j'ai
» reçu de quelques membres de cette assemblée, » que j'honore particulièrement, le reproche d'à* » voir voté conlre un terme imposé à l'accepta- » tion du prince; on me dit que ses partisans les » plus prononcés éloignent ainsi de leurs rangs » des hommes qui voulaient une fin à nos affaires. » Eh ! Messieurs , qui plus que moi soupire » après cette fin si désirable? Depuis huit mois » je ne vis plus pour moi-même; j'ai abandonné » mon domicile ordinaire, ma famille, tous mes » intérêts, pour ne m'occuper que des affaires » de mon pays; j'y ai sacrifié toute mon exis* » tence; j'ai négligé mes devoirs de père pour X remplir ceux de citoyen, et je n'ai refusé y> aucune démarche pénible. Croyez-vous que ce » soit sans répugnance et sans détriment , que » mes collègues et moi nous ayons rempli à )> Londres notre dernière mission? Et cependant » lorsque nous cherchons à en recueillir les » fruits , lorsque nous essayons de faire pré- » valoir la conduite sage et prudente qui con- » vient à un peuple qui ne compte que quatre » millions d'individus resserrés, menacés par les » grandes puissances de l'Europe; lorsque nous » ne voulons pas qu'on nous ridiculise en pa-
» rodiant, en Belgique, la convention nationale » de France appuyée par trente millions d'hom- » mes..., on nous accuse d'avoir laissé refroidir » notre patriotisme! Non, Messieurs, ce paU*io- » tisme est toujours le même, et c'est parce » qu'il n'a pas changé, parce qu'il sent vive- » ment les besoins du pays et qu'il apprécie sa » situation, qu'il oppose tous ses efforts à des » résolutions dont le résultat ne saurait se pré* » voir.
» Et quels moyens emploie«t-on contre une » majorité qui comprend cette situation?... On » essaye de déverser le mépris sur la représen- » tation nationale, parce qu'elle n'est pas entbou- » siaste de sièges et de combats; parce qu'elle » craint de causer la ruine de ^habitant des » chaumières, comme celle du propriétaire plus » aisé; parce qu'elle recule devant les désastres » qui de nouveau pourraient frapper la pre- » mière ville commerciale du pays; parce qu'elle » ne veut pas exposer légèrement la province de » Limbourg aux malheurs qui la désoleraient, si » elle supportait l'invasion militaire des Belges, y> des Hollandais et de ceux qui viendraient à » leurs secours...»
» Je dirai franchement ma pensée jur la » manière de terminer nos difficultés avec la
» Conférence de Londres, dans le cas où elle » refuserait nos offres de conciliation après l'é- » lection da prince de Saxe-Coboarg; je dirai » publiquement, comme je l'ai dit ailleurs en » particulier, que personnellement je suis par- » tisan de la réunion à la France : il m'est » pénible de travailler contre les réunionistes, >i car un Français ne sera jamais pour moi un » étrangei^; mais, député au Congrès belge, j'ai » suivi la volonté la plus générale de mes com- » mettante , et j'ai embrassé vivement comme un » devoir la cause da prince Léopold.
» Cependant, Messieurs, si nous étions forcés » d'adopter le parti de la guerre , ne voulant » point de système bâtard, de guerre de pyg- » mées qui nous conduirait à l'envahissement du » Midi ou du Nord, je conseillerais hautement » à nos compatriotes de déclarer à la Conférence » que , si elle persiste à nous traiter comme » elle l'a fait jusqu'ici, nous élèverons sur tous » nos clochers le drapeau tricolore français, qui » peut encore remuer l'Europe jusque dans ses » fondements. C'est en vain que Louis-Philippe » refuserait de nous reconnaître : trente-cinq » millions d'hommes réunis prouveraient alors » aux diplomates ébahis que Ton ne se joue n point impunément au dix-neuvième siècle de » l'honneur et de la liberté des nations! »
De longues acelamations aecueillirent ces paroles aussi énergiques que franches, et le Congrès s'empressa de donner au comte de Mérode un nouveau témoignage de ses sympathies et de sa confiance. Dans le scrutin qui s'ouvrit, immédiatement après l'élection , pour le choix d'une députation chargée de présenter au prince Léopold le décret de l'assemblée constituante, il obtint 181 suffrages sur 196 votants (1).
Cette deuxième députation se mit immédiatement en route pour Londres, où elle fut bientôt suivie par deux commissaires du Régent, MM. Nothomb et Devaux, qui réussirent à arracher à la Conférence le célèbre protocole du 26 juin, plus connu sous la dénomination de Dix-huit articles. Le même jour, à neuf heures du soir, les délégués du Congrès furent officiellement reçus par le prince, à Mariboroughouse. Léopold accepta la couronne, à condition <c que » le Congrès des représentants de la nation D adoptât, de son côté, les mesures qui seules » pouvaient constituer le nouvel Etat, et par » là lui assurer la reconnaissance des Etals eu-
(4) Voici leB noms des autres députés, avec le chiffre des suffirages obtenus par chacuo d*eux : MM. Vaa de Weyer, 4 37 ; abbé de Foere, 4 4 9 ; comte d'Aerschot , 4 08 ; Vilain XIIII , 96 ; baron Osy , 76 ; Des- (ouvelles , 74 ; comte Duval de Beaulieu , 69 ; Thorn , 67. — Huyttens .Discussions du Congrès nat,, T. III , p. 272.
— in -
» ropéeos » : condition qui fut remplie, le 9 juillet suivant, par l'adoption des dix^huU articles^ que la Conférence elle-même avait qualifiés de préliminaires de paix.
Ce dernier résultat ne fut pas obtenu sans peine.
Les préliminaires de paix renfermaient deux articles qui blessaient le sentiment national d'autant plus profondément que leur portée réelle n'était pas bien comprise sur tous les bancs du Congrès. L'article 3 maintenait le statu quo, c'est-à-dire, la possession de la Belgique, dans le Luxembourg, en attendant le résultat des négociations à ouvrir avec le roi grand-duc et avec la Confédération germanique. L'article 5 exigeait que la Belgique et la Hollande procédassent à l'échange des enclaves qu'elles possédaient, en 1790, sur leurs territoires respectifs. On en concluait, par une exagération manifeste, que les diplomates de Londres, en formulant les dix^hmt articles^ avaient irrévocablement attribué à la Hollande la propriété du Luxembourg et des trois quarts du Limbourg.
Il s'ensuivit un long débats entremêlé de reproches, d'accusations, de menaces, d'appels à l'opinion publique indignée : appels auxquels les spectateurs des tribunes répondaient en applau-
dissant à outrance les orateurs qui demandaient la guerre, en prodiguant les huées et les sifflets à tous ceux qui parlaient de prudence et de modération. Ainsi que l'a dit un contemporain, c'étaient de yéritables assauts de tribune, répétéspendant neuf jours et qui ne reproduisaient que trop fidèlement les passions et le désordre qui régnaient au dehors de renceinte (1).
Deux fois, le comte de Mérode prit la parole pour conseiller raceeptation des dix-hwU articles; et il le fit avec tant de modération, de patriotisme et de bon sens, qu'il eut le bonheur d'échapper à ces manifestations hostiles qui , malgré tous les efforts du président, ne cessaient d'accueillir les discours fayorables aux propositions du ministère. Lui aussi souffrait cruellement à la pensée de voir arracher à la Belgique et replacer sous la domination hollandaise des concitoyens qui, dès le premier jour, s'étaient voués corps et biens à la défense de la casse nationale; mais il avait la conviction profonde, inébranlable que, dans les circonstances où se trouvait l'Enrope, le rejet absolu des bases proposées par la Conférence ne pouvait avoir d'autre résultat que l'anarchie, la guerre, la défaite, et par suite la perte d'une
(4) Nothomb, Essai hUt. etpol. sur la révolution belge, p. 466, ^édit.
indépendance à peine reconquise. Répondant à ceax qui cherchaient dans la guerre le moyen de réaliser le bonheur et la liberté des peuples, il disait, dans la séance du 3 juillet : « Pour » satisfaire un amour-propre exagéré, ne sacri- » fions pas Tavenir de notre patrie. Prenons en )' considération ce peuple laborieux dont on parle )> si souvent dans cette enceinte, et que j'aime » avec l'affection la plus sincère, non pour lui » dire qu'il est souverain , inutile flatterie qui ne » lui procure aucun bien-être et ne lui en don- » nera jamais, mais pour le préserver des maux » dont il est trop cruellement accablé au milieu » des tourmentes révolutionnaires et des guerres » ruineuses qui réduisent le pauvre à la dernière » indigence, sans laisser même aux riches les » moyens de la soulager!
» Oui, messieurs, j'ai été témoin des pénibles » souffrances qu'éprouvent les populations dont » le sol sert de théâtre aux excursions, aux » chocs des armées, et j'admire l'impassibilité, » la tranquillité d'âme avec laquelle on parle, sur » ces bancs ou dans les bureaux où s'élaborent » nos feuilles quotidiennes, de l'effusion du sang; » comme si les désastres qu'entraînent ces mas- » sacres où l'homme extermine régulièrement son » semblable n'étaient qu'un jeu pareil aux ba*- » tailles de nos théâtres I
» U est dans le inonde nn pays puissant, dont » le peuple fut aussi déclaré souverain par des » hommes qui exploitèrent habilement sadite sou- » verainelé. Ce peuple, plus fort que nous, pro* » voqué par des gouvernements absolus, et lancé » d'abord dans une carrière victorieuse, où il » nous entraîna bientôt nous-mêmes par la con- » quête, vit ses enfants et les nôtres décimés r dans mille combats jusqu'aux extrémités de » l'Europe.
» Que lui resta-t-il de tant d'efforts? La liberté? » Non, Messieurs, le despotisme du sabre et le » souvenir de trois millions de jeunes gens arra- » cbés à leurs familles pour servir inutilement » de chair à canon pendant vingt années consé- » culives ! Ce ne sont point ces fruits amers que » la nation belge doit recueillir de son affiran- » chissement du joug de la Hollande; il faut » qu'eUe obtienne une existence heureuse et li- » bre; il faut qu'une dette restreinte ne lui im- » pose que le fardeau de tributs légers; or, l'état » actuel de nos finances est de nature à ne pas » nous imposer des charges trop pesantes. Con- » servons cet avantage immense en évitant » les frais d'un ruineux enthousiasme. Il est » beau, il est dramatique d'exprimer des senti- ^ ments hardis et belliqueux, de déclarer que.
» quoi qu'il en coûte , on ne veut céder aucun V village. Le rôle de la prudence qui calcule les » événements et ne joue |NI8 à l'aventure pour » quelque»-utt8 Texistence et l'avenir de tous , n est moins poétique, moins chevaleresque, j'en » conviens; mais est-il moins juste au fond, » moins noMe , moins conscien^ux , surtout » s'il est conforme aux grands intérêts de la li- » berté européenne, s'il contribue à la délivrance » de quatre millions d'hommes qui jamais ne re- » trouveront les chances qu'un courage héroïque » a su &ire naître? Sera-t*il indigne de la na* » tîon bdge, ce rôle pacifique que nous désirons » pour elle en ce moment? On nous assure qu'à » défaut de bonheur, l'honneur ne nous man- » quera pas. Je le veux bien ; mais je ne puis » cependant m'empécher de désirer vivement » le bonheur de mon pays , et de croire que )> si la témérité commence les révolutions, elle » ne parvient pas à les clore a« bâiéfice des peu- » pies et de la liberté.
» Avant l'invasion de l'Espagne sous Louis » XVIII, on offrit aux Certes, il m'en souviendra » longtemps, car j'ai toujours pris l'intérêt le » plus vif à la cause du bon droit contre le des- » petisme et l'intolérance apostolique ou phil<H » sophique; on offrit aux Certes de transiger
» avec elles au moyen de cbangennents à leur » eousiilulion , que les membres de la représen- » tatioD nationale, éclairés par l'expérience, trou- » vaient eux-mêmes d'un libéralisme exagéré.
» L'honneur, cria-t-on tout d'abord , l'honneur ne » permet point qu'on cède à de pareilles proposi* » tiens qui viennent de l'étranger. Et la tribune » parisienne d'applaudir, et les journaux et les » chansonniers politiques de promettre aux cou- » stitutionnels d'Espagne la sympathie du soldat » français et les plus beaux triomphes ! Le brave » et malheureux Riégo, livré par les méme^ Fran- )> çais, ignominieusement traîné au supplice des » meurtriers et des voleurs , el la Péninsule héroî- » que rejetée à cent ans en arrière : tel fut le » résultat de l'honneur aveugle qui prévalut en ce >j pays! » Cinq jours après, répliquant aux orateurs qui déniaient au Congrès le droit de consentir, même éventuellement, à la cession d'un seul pouce du territoire national, il ajouta : «.... Je » range parmi les argumente sans valeur contre » les préliminaires de paix celui qu'on a tiré » de notre mandat. On a dit qu'il se bornait à » constater un fait, el rien qu'un fait indépen- » dant de notre volonté. Eh 1 qui a circonscrit » nos devoirs dans ces limites étroites? EstHse le » gouvernement provisoire lorsqu'il a eonvoqué
» les éleclears? Je ne vois aucun article dans » Tarrèté de convocation qui indique cette idée. )i Sont-ce les électeurs? Je n'en crois rien; je le >> crois si peu que, s'ils étaient réunis pour de » nouveaux choix, je suis persuadé que la très- » grande majorité des hommes envoyés dans » cette enceinte pour représenter le pays, sc- » raient choisis parmi ceux qui partagent l'opi- » nion qu'on ne doit pas l'exposer à tout perdre )> pour essayer de tout obtenir; et à cet égard » je m'appuierai de nouveau sur l'exemple des » Cortès d'Espagne que j'ai rappelé dans mon » premier discours. Il a été dit depuis lors, que » l'Espagne avait succombé parce qu'elle n'était » pas mûre pour la liberté. Je sais que, nais- » santé encore, la liberté était faible en ce pays; » mais enfin ce n'était pas avec des étrangers » que le généreux Riégo avait renversé le gou- » vernement absolu; et l'armée dite de la Foi » n'aurait pas rétabli le despotisme, si c^nt mille » Français ne fussent venus au secours des » Quesada et des Bessière. Eviter l'entrée de » cent mille Français; c'était donc sauver la ré- » volution espagnole; comme éviter maintenant » des dangers analogues, c'est sauver la révolu- » tion bejge, plus forte dans son essence, il est » vrai, que celle de l'Espagne, mais non moins
» compromise, vu la situation géographique du » pays et l'infériorité numérique de ses habitants. » — Je reriens à l'objection que nous sommes » ici uniquement pour constater un fait. J'ai com- » pris ma mission d'une manière plus large, et » je pense que son objet est de traiter toutes les » affaires du pays pour son plus grand bien, en )> raison des circonstances et de la nécessité. Mais » le Congrès, dit-on, renonce à ses propres actes » en agréant les conditions proposées; il accepte » les protocoles; il renie l'intégrité du territoire. » J'ai déjà prouvé, et bien d'autres avant moi, » que les protocoles et les préliminaires de paix » étaient loin d'offrir l'identité qu'on leur prête. » II est vrai que nous entendions l'intégrité du » territoire autrement que ces préliminaires, et » là je trouve l'objection de nos adversaires forte » et digne de la plus sérieuse attention : non » parce que le Congrès changerait de résolution , » o^r les Congrès, comme les ministères et les » oppositions, sont composés d'hommes faillibles » et peuvent s'être trompés, surtout lorsqu'ils » ont jugé dans leur propre cause, mais parce » qu'il est très-pénible de renoncer peut-être à » des frères qui ont participé à toutes les chances » de notre affranchissement; parce que ce serait » une injustice à leur égard de ne pas les défen-*
» dre, s'il ne s'agissait que d'efforts ordinaires et » qu'il ne fallût pas exposer l'existence du pays » tout entier. Je n'ai pas eu besoin qu'on m'ex- » posât ce motif pour le sentir; il parle au coeur, » c'est tout dire. Cependant, en rendant de nou- » veau hommage aux sentiments qui font insis- » ter sur cet argument généreux, je ne consens » pas non plus à être un lâche* un homme sans » honneur et sans patriotisme, parce que je n*y » trouve pas la force nécessaire pour me déter- » miner â diriger mon pays vers un précipice! »
Les diX'^iuU articleê ayant été adoptés par 426 voix contre 70, rien ne s'opposait plus â ce que le prince Léopold acceptât définitivement la couronne. Le Congrès nomma séance tenante une nouvelle députation de cinq membres chargée d'annoncer à Son Altesse Royale le vote du Congrès et de l'inviter â se rendre en Belgique aussitôt que possible. Le comte Félix de Siérode fut une troisième fois au nombre des députés (i).
On le voit : jusqu'à l'installa lion de la royauté constitutionnelle, aucune preuve de confiance, aucun témoignage de reconnaissance et de sympathie n'avaient manqué au comte Félix. Le
(4) Voici le résultat du scrutin : IfM. Lebeau, 436 suffirages; de Môrode, 432; Pleuasu, 447; de Meuleuare, 403; baron J. d*Hoogvor8t,94.
38 août, il est nommé membre de la députation des notables de Bruxelles, .envoyée à La Haye pour plaider les intérêts de la eause nationale auprès de Guillaume I^. Le 8 septembre, il devient membre de la Commission de sûreté publique, instituée pour veiller au maintien de Tordre et de la sécurité, dans une grande capitale que les représentants du roi avaient abandonnée à elle* même. Le 36 septembre, il répond aux vœux unanimes du peuple, en acceptant la redoutable responsabilité de faire partie du gouvernement provisoire. Le 37 octobre, il est envoyé au Congrès national, par les districts de Bruxelles, de Maestricht et de Malines. Le 4 février, H est élu membre de la députation allant à Paris offrir la couronne au duc de Nemours. Le 30 avril, il est associé à MM. H. de Brouckere, de Foere et Vilain XIY, pour aller à Londres sonder les intentions et réclamer l'appui du prince Léopold. Après l'élection de ce prince, il reparait dans la capitale de la Grande-Bretagne, pour y assister, en qualité de délégué du Congrès, à l'offre officielle de la couronne de Belgique. 11 y revient une dernière fois, en la même qualité, le 11 juillet, pour engager le prince à combler les vœux de la nation en montant immédiatement sur le trône.
Simple, modeste et complètement dépourvu d'ambition, il n'estimait ces honneurs que parce qu'il y voyait une preuve de l'estime et de l'aflèction de ses concitoyens. Un seul jour, il éprouva un sentiment, nous ne dirons pas d'orgueil, mais de fierté légitime : ce fut lorsqu'il vit l'assemblée constituante se rendre à l'église de Sainte-Gudule, pour y assister en corps au service solennel célébré pour le repos de l'àme de son illustre frère, le comte Frédéric, le héros de Berchem. Il lui semblait que les ossements de ses ancêtres devaient tressaillir dans leurs tombes, à l'heure où tout un peuple venait, par l'intermédiaire de ses représentants, honorer la mémoire d'un comte de Mérode, mort pour la défense de tout ce qu'ils avaient eux-mêmes aimé et protégé sur la terre : la religion, la patrie, l'indépendance et les libertés nationales (i).
(4) Cette touchante cérémonie eut Heu le 20 novembre 4830, dix jours après Tinstallation du Congrès.
On voit à réglise de Sainte-Gudule un magnifique mausolée, œuvre de M. Geefs , érigé à la mémoire du comte Frédéric. On y lit rinscription suivante :
Frederico. comiti. de, Mérode
inter. Uberatores. Belgiù propugnatori. strenuo
qui, catholicœ. fidei, patriœque. jura, luendo
percuMus, ad, Berchem, Mechliniœ, pie, occubuU
anno, Damini. MDCCCXXX
vn.