‹ Vie du frère Didace récollet [microforme]Chapitre 8 sur 21 · VÊTURE DU FRÈRE DIDACE, SES VERTUS · texte numérisé non relu

VÊTURE DU FRÈRE DIDACE, SES VERTUS

Les Pères Récollets purent donc enfin retourner dans leur ancienne fondation du Canada. Notre intention n'est pas, on le devine aisément, de faire ici l’histoire de la Mission des Récollets, encore moins celle du Canada; mais que le lecteur nous pardonne de lui transcrire, sinon textuellement, au moins dans son vrai sens, une page de cette histoire, écrite toute à l'honneur de nos ancêtres par un des premiers historiens du Canada (1).

‘“,,.., Le Canada, depuis la fondation de Québec, par M. de Champlain, c'està-dire depuis l’origine de la colonie, a toujours eu l'avantage d’être gouverné par des hommes remarquables par leur naissance et par leurs brillantes qualités.

La simplicité, la droiture, le désintéres-

(1) Le Père Leclercq: Etablissement de la foi. . Le Père Leclercq arriva au Canada en 1675.

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sement, l'amour, l'union, la concorde:

qui régnait dans les premiers temps, fut.

il est vrai, mise un moment en péril

par les desseins inavouables d’une société de spéculateurs sans honneur et

sans conscience ; mais la fermeté des

gouverneurs et le zèle vigilant des mis-

sionnaires arrêta le mal, en l’empêchant de s'étendre. Tous sans doute n'étaient

point nobles,comme les De Tilly, De la Potherie ; Robineau De Bécancour....

Mais il faut connaître que d’autres chefs.

de familles, avant de passer au Canada étaient en France d’honorables bourgeois, artisans, fermiers, soldats ; tous gens honnêtes, probes, droits, religieux. Bien plus, un bon nombre de ces.

chefs de familles se rendirent au Canada avec le sincère désir d’aider les Jésuites.

et les Récollets dans leurs travaux ct leurs fatigues pour la conversion des sauvages. On essaya bien d'envoyer ici,.

de France, des grns suspects ; mais ni les gouverneurs, ni les missionnaires, ne voulurent jamais les admettre. Les colons étaient examinés et choisis. — Jen'oublierai point ce qui me fut dit un jour, peu avant mon départ pour le Ca-

nada, par un homme de mérite qui a.

résidé dans ce pays et qui a restauré notre première mission, le T.R. P. Germain Allard, depuis évêque de Vannes.

Ce digne religieux me dit donc que je serais surpris de trouver au Canada un peuple si bon, qu'il ne connaissait point en France une province qui pût égaler le Canada ; que j'y rencontrerais généralement plus de talent, de pénétration d'esprit, de politesse, d'élégance même dans le maintien ; peu d'ambition et de désir de paraître; une volonté capable de grandes choses. En arrivant ici, je n'ai point trouvé d’exagération.” (1) Mgr François de Laval-Montmorency, évêque titulaire de Pétrée et nommé €vêque de Québec le 1er octobre 1674, ayant cbtenu les bulles d’érection de l'évêché et de son Chapitre, arrivait de France à Quétec, au commencement de septembre 1675. Son retour causa

(1) Ah! si nos chers Canadiens se rappelaient bien la noblesse de leur origine et les grandes qualités de leurs ancêtres, comme ils verraient s’accomplir vite la divine promesse faite autrefois au Père des croyants. Comme ils verraient leur race se multiplier pour devenir un grand peuple ; grand par la supériorité du don de l'intelligence que Dieu lui a départi avec usure, et grand dans sa reconnaissance, en restant un peuple inébranlable dans sa foi.

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dans la colonie une joie universelle :

Dieu, dans sa bonté, donnait un saint au Canada (1). Le KR. P. Potentian Ozon, Ex-Provincial de la Province de Saint- Antoine de Padoue, en Artois, alors Custode de celle de Paris, vint au Canada, en même temps, comme Visiteur de la Mission. De nouveaux renforts de religieux venus de France, permirent d'établir la vie régulière à Notre-Dame des Anges. Toutefois le local était trop restreint pour les besoins de la communauté. Le Comte de Frontenac eut la bonté d'élever à ses propres frais et dépenses, une bâtisse de 60 pieds de long, sur 31 de large. Ilen donna la partie supérieure aux Récollets où ils établirent chœur, cloître et neuf cellules pour les Religieux ; le bas, il se le réserva pour lui-même. Et c’est là qu'il se retirait pour faire sa retraite de dix ou q''nze jours, à chacune des cinq grandes fêtes de l’année ecclésiastique.

(1) Oh! quelle gloire et quelle allégresse, si le- Canada, et tout spécialement le diocèse de Québec, voyait, en un même jour, élevés aux honneurs de l'autel, son premier Evêque et le premier-né de la bonne Sainte Anne, (Mgr de Laval et son diocésain le bon Frère Didace). Prions et espérons.

Cette générosité du Gouverneur permit aux Pères d'établir leur noviciat à Notre- Dame des Anges.

Le Père Ozon donna l’habit du premicer Ordre de saint François, le 9 mai 1677 à l'aîné des fils de M. Denis, un -des principaux colons de la Nouvelle- France ; le jeune novice reçut en religion le nom de Joseph ; et le Père Joseph Denis fut le premier Récollet canadien dans l’ordre de la prêtrise.

Deux ans plus tard, le 3 février de l’année 1679, le Père Valentin Le Roux qui avait succédé au Père Potentian Ozon, donna le saint habit à notre Claude Pelletier, qui prit en religion le nom de Frère Didace ; le Frère Didace fut ainsi de son côté le premier fran- <Ciscain canadien dans Île rang des simples frères.

La beauté de l’âme d’un saint se reflète dans les vertus qu’il a pratiquées et dont il nous a laissé l’édifiant exemple.

Le Frère Didace, dès son entrée au noviciat, travailla à acquérir les vertus qui avaient été les plus chères au cœur de St François et à s’y perfectionner tous les jours davantage jusqu’à sa mort, durant

es vingt années de sa vie religieuse,

Nous dirons ici un mot de celles qu'il a.

pratiquées à un degré plus héroïque.

LA PAUVRETÉ. — Saint François d'Assise avait établi son Ordre sur la.

plus stricte pauvreté. Ilen posa ainsi la pierre angulaire: “ J'ordonne fermement à tous les Frères de ne jamais recevoir, en aucune manière, ni argent ni monnaie, ni par eux-mêmes ni par aucune personne interposée.... Et que les Frères n'aient rien en propre, ni maison, ni lieu, ni aucune autre chose ; mais se regardant comme des pèlerins et des étrangers en ce monde, servant Dicu dans la pauvreté et dans l’humilité, qu'ils aillent avec confiance demander l’'aumône. Et qu'ils n'aient point honte de le faire, puisque Notre-Seigneur s'est fait lui-même pauvre par amour pour nous. Voilà, mes très chers Frères ct:

mes enfants bénis à jamais, l'excellence:

de cette sublime pauvreté qui vous a faits.

héritiers et rois du royaume des cieux :

elle vous dépouille des biens de la terre ; mais qu'elle vous rend grands en vertu!

Que ce soit là votre partage : c'est ce qui conduit dans la terre des vivants.

O mes Frères bien-aimés, attachezvous-y donc entièrement et pour le nom.

de N.-S. Jésus-Christ ne désirez jamais posséder autre chose sous le ciel...”(1)

La pauvreté du Fils de Dieu dans sa naissance, durant toute sa vie et à sa mort, dépouillé de tout sur l’arbre de la Croix, avait fait tant d'impression sur le cœur de François, que lui-même embrassa cette vertu avec une ardeur inexprimable. Bossuet, dans son inimitable panégyrique du Saint l’appelle /’aswaleur désespéré de la pauvreté. Pour sa nourriture, il aimait toujours mieux ce qu'il demandait de porte en porte, pour l'amour de Dieu, que ce qu’on lui offrait spontanément. Et lorsqu'il rencontrait queïque pauvre qui semblait vêtu plus pauvrement que lui, il s’en faisait un reproche, se frappait la poitrine et se prenait à pleurer amèrement.

La grande sollicitude de ce saint homme était vis-à-vis des églises et des habitations des Franciscains, ses religieux et ses frères, Il voulait absolument que tout fût très petit et très peuvre.

Or le Frère Didace étudiait tous les jours cette grande leçon de pauvreté

(1) Chap, VI, de la Règle des Frères-Mineurs,

donnée par son séraphique Père. Dans ses ferventes prières, il en demandait le secret à Notre-Seigneur et son âme toujours recueillie, en savourait silencisusement toutes le délices.

Son biographe, le Père Joseph Denis, qui avait promis une Ve plus ample et plus intime du bienheureux Frère, avec lequel il avait toujours vécu, ne nous a laissé malheureusement que quelques mots échappés à son amitié et à som affectueuse admiration. Et néanmoins ces quelques mots sont toute une révélation pour nous.

En parlant de l'esprit de pauvreté du Frère Didace, le Père Jeseph dit: “Sa pauvreté était si extrême qu'il n’a jamais voulu avoir seulement une tunicelle de rechange, dans les grandes chaleurs de l'été, lui qui y était continuellement exposé, travaillant à la charpente de:

toutés les maisons et églises que nous.

avons eu à bâtir, dans nos missions au Canada...”

En se refusant ainsi des choses de:

première nécessité, on devine ce que ce:

vrai disciple du pauvre d'Assise a dû s'imposer de mortifications et de privations continuelles pour avoir tout le

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mérite de la sainte vertu de pauvreté pratiquée ainsi jusqu’à l’héroïsme.

SON ESPRIT DE MORTIFICATION ET DE PÉNITENCE. — L’honnête artisan, le jeune homme robuste, le vertueux père de famille qui a travaillé toute la journée à un travail dur, pénible, sent, le soir venu, le besoin de réparer ses forces par une nourrituré fortifiante, suivie d’un repos convenable. Mais si la nourriture n'était point assez substantielle ou que le sommeil vint à lui manquer, la pauvre nature de ce travailleur s’abandonneraïit sans doute à des plaintes amères ; les forces de cet homme le trahiraient sans délai et, dépérissant de jour en jour, il se sentirait devenir incapable de continuer son labeur et d'en porter la fatigue.

Hier, le Frère Didace était ce tramailleur, jeune homme encore d: # dé, plein de vigueur, port:

le poids du jour et de la ialeu , snais aussi prenant bon sommeil et bonne nourriture, Aujourd'hui nous le voyons tout transformé, il est devenu un autre homme. Il travaille encore, maïs il ne mange presque plus ; il se fatigue encore,

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mais il dort à peine. “ Et en effet, nous dit le Père Joseph (qui était son directeur de conscience et qui fut aussi presque toujours son supérieur) lorsque dans tous ces grands et pénibles travaux de charpente et de constructions, je voulais modérer ses abstinences et ses jeûnes, il me suppliait de le laisser faire, afin de ne pas le priver de la satisfaction de pratiquer sans dispense toutes les austérités de sa sainte Règle. Et il en observait rigoureusement les abstinences et les jeûnes prolongés.”

Il est d'usage, dans les couvents de l'Ordre de saint François, comme généralement dans tous les autres grands Ordres, de se lever au milieu de la nuit pour chanter ou pour psalmodier les Matines ; tout le monde comprend combien est dur à la nature ce lever de la nuit, cette interruption et cette privation de sommeil, surtout après une journée d’abstinence ou de jeûne et accompagnée d'un travail fatigant.

Or, ici encore, le Frère Didace voulait vivre sans dispense ; et lorsque le même Père Joseph lui représentait qu’en agissant ajnsi, il abrègerait notablement sa vie, ne donnant aucun relâche à la na-

ture, il lui répondait humblement qu'il aimerait bien mieux mourir dix ans plus tôt, en observant sa Règle, que d’avoir à se reprocher plus tard de s'être trop écouté lui-même; que du reste, l'Ordre de saint François qui s'était passé de lui avant son entrée, pourrait bien encore après sa mort s’en passer de même.

Et c'est ainsi que cet humble Frère, par ces raisonnements et d’autres semblables, obtint de pratiquer toutes les austérités de sa Règle et qu'il nous montre en même temps 5on grand esprit de mortification et de pénitence.

Nous ne dirons rien de la vertu d'obéissance ; il la pratiqua toujours et en toutes circonstances, avec la plus grande perfection : “ Son obéissance était parfaite, dans les petites choses, comme dans les plus grandes.” Ce qui ne pouvait provenir que d'un grand fonds d’humilité: “ Son humilité était si profonde, qu'il s’estimait toujours serviteur inutile, bien quil fût doué de beaucoup d'esprit et d'une grande pénétration pour ies arts (1 ).”

(1) La charpente de l’église de nos Pères Récollets, aux Trois-Rivières, æst, dans je genre, un véritable

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SA DÉVOTION A MARIE. — Tous les Saints se sont distingués par une dévotion toute spéciale envers la très sainte Vierge Marie. Le Frère Didace avait | pour sa Reine et sa Mère une grande || vénération, accompagnée d'un sincére et filial amour. Pour garder toujours le souvenir de sa douce présence, il s'était fait une règle de réciter, à chaque heure de la journée, un Ave Maria en son f honneur. Il suivit aussi, malgré ses tra- | vaux, les exercices religieux de la com- | munauté et le long office des Pater | prescrit aux frères lais dans l'Ordre de

saint François ; il récitait encore chaque | jour l'office de la sainte Vierge en entier. -Chaque semaine il disait son Ro- | saire, sans manquer à la récitation quo- | tidienne de la couronne franciscaine, ou pu du chapelet des sept dizaines, en l’'hon- | neur des sept Allégresses de Marie, pour gagnerchaquefoisl’/ndulgenceplénièreat- | tachéeà cetterécitationet quiest applica- | bleaux âmes du Purgatoire.Tousies mois,

petit chef-d'œuvre. Nous l’avons visitée, dans ces derniers temps, grâce à l’exquise amabilité du Rév. M. Stuart, et nous en sommes resté dans l’admiration. , Cette charpente se trouve en outre, après deux cents ans, dans un état parfait de conservation.

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il récitait l'office des morts à neuf lecons tout entier pour l’âme du Purgatoire qui durant sa vie avait été la plus dévote à la très sainte Vierge. Enfin il jeûnait au pain et à l’eau à toutes les veilles de ses principales fêtes.

Ce bon et fidèle serviteur de Marie demandait une dernière et suprême faveur, par sa miséricordieuse intercession,

celle de faire une sainte mort et de

mourir un jour de samedi, en l'honneur de cette bonne Mère. Dans ce but, il pratiquait un jeûne spécial, le samedi de chaque semaine et la précieuse faveur lui fut accordée.

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