LA PREMIÈRE JEUNESSE DU FRÈRE DIDACE. — CHOIX D'UN ÉTAT
Le jeune Claude fut donc élevé par sa pieuse mère dans la crainte du Seigneur, qui est le commencement de la sagésse, Nous savons par les saintes confidences qu’il fit plus tard lui-même, qu'il n’alla jamais dans la compagnie des jeunes enfants viciés ou corrompus.
Il fut modeste, tranquille, doux de ca ractère, un enfant selon le cœur du bon Dieu.
Les détails nous manquent sur sa vie intime au foyer domestique jusqu'au jour où,ayant connu la vie des premiers missionnaires qui vinrent évangéliser la Nouvelle France, il exprima le désir de quitter le monde pour embrasser le même genre de vie, Nous savons cependant qu'il passa l’âge si périlleux de la première jeunesse dans une grande
ureté de conscience et qu'il fut tou- Jours un modèle, parmi les autres jeunes gens de son âge, dans là paroisse de la Bonne Sainte Anne,
Il eut à cette époque de la vie, où tant de pauvres jeunes gens font naufrage en perdant la grâce de Dieu, il eut, pour conserver le précieux trésor de l'innocence, à lutter lui aussi contre les assauts du démon ; mais soutenu par la prière, une vie sobre et pénitente, la fréquentation des sacrements, une dévotion spéciale à la Sainte Vierge, il conserva son âme pure et ne connut en rien les vices dégradants dont tant d'adolescents, dans ce siècle pervers, se rendent les tristes esclaves, parce qu'ils ne prennent pas les moyens efficaces de les éviter. De là ils traînent, les malheureux, jusqu’à la tombe, avec la honte d’une jeunesse misérable, toute une vie souillée de crimes et se présentent le cœur vide de bonnes œuvres devant le redoutable tribunal du Souverain Juge, n'ayant rien fait de méritoire pour le ciel, parce qu'ils n'étaient point dans l'amitié du bon Dieu, mais dans sa disgrâce. Ils ont ainsi rassemblé sur eux, dit l’Esprit-Saint, la turpitude et l’ignominie et leur opprobre ne sera pas cffacé : il durera pendant toute l'éternité!
Car c’est un proverbe sacré : “ Le jeune: homme suit sa voie: lors même qu'il
sera vieux, il ne s’en écartera pas.”
Ah! si tous les jeunes mondains connaissaient la joie, le bonheur tranquille ?
que goûte un cœur pur, comme ils mépriseraient eux aussi ces plaisirs passagers, ou plutôt ces folies du monde qui ne laissent que du vide autour du cœur et du remords au fond de la conscience.
Samuel de Champlain avait jeté les fondements de Québec, en l’année 1608.
Bien persuadé qu'une colonie naissante ne saurait devenir prospère, si elle n'était arroséeet fécondéedela divine parole cet homme de bien songea à appeler à son aide des Missionnaires. À cet effet il recourut à l'autorité ecclésiastique en même temps qu'au pouvoir civil. Sa Majesté très chrétienne facilita, en pleine harmonie avec le Nonce apostolique, représentant de Notre Saint Père le Pape en France, l'envoi d’une première colonie d'ouvriers apostoliques. Le choix, dans les desseins de la divine Providence, était tombé sur les Enfants de saint François d'Assise. La Province de Saint-Denis, près Paris, des Franciscains de la stricte Observance appelés Récollets, choisit quatre de ses Religieux pour cette première mission au Canada:
le R. Père Denis Jamay, comme Supérieur, avec le titre de Commissaire ; le Père jean d’Olbeau, pour successeur, en cas de mort ; le Père Joseph Le Caron et le Frère Pacifique du Plessis. Les Récollets du reste étaient très connus à la Cour ; car ils exerçaient au nom du Roi la charge importante d’Aumôniers (chapelains) dans les armées de terre et “de mer(1). Ces hommes apostoliques, munis des pouvoirs nécessaires pour leur importante mission partirent de Paris, à pied, suivant la prescription de leur sainte Règle. Ils firent ainsi plus de cinquante lieues, marchant nu-pieds, demandant l’aumône, et arrivèrent à
(1) C’est ainsi qu’un autre Franciscain, André Thévé, le prodige de son temps, ai ef correspondant de Jacques Cartier, avait fait, comme astronome du Roi, jusqu’à cinq fois le tour du monde, chose vrai: ment prodigieuse, si l’on songe qu’à cette époque, on n'avait d’autres moyens de transport que des bâtiments à voiles. Le Père Thévé parlait vergt-huit langues vivantes il a laissé des relations de ses étonnants voyages ; on les conserve, comme ouvrages rarissimes, à l’immense Bibliothèque Nationale à Paris, qui contient au-delà de deux millions de volumes. C’est là que nous avons pu les consulter nous-mêmes, en 1876, sous la surveillance ininterrompue d’un gardien d’office, debout à mes côtés, et les yeux constamment fixés sur mes mains et sur ma plume.
Honfleur, vers l'embouchure de la Seine, où ils s'embarquèrent le 24 avril 1615, vers les 5 heures du soir, alors que les vents et la marée leur étaient favorables.
Ils eurent une traversée heureuse, à bord du Saznt-Etienne, bâtiment jaugeant 350 tonnes, et commandé par le sieur de Pontgravé. Le 25 de mai, ils mouillèrent l'ancre dans la rade de Tadoussac.
Après avoir passé 2 jours à Tadoussac, le Père Commissaire envoya le Père Jean d'Olbeau à Québec y préparer toutes choses ; lui-même le suivit, 5 ou 6 jours
‘après, avec les deux autres Religieux.
Le Père Jean d’'Olbeau, d'accord avec M. de Champlain, traça le plan du premier logement des Missionnaires, une petite chapelle avec maison. Le Père Denis ne fit que passer par Québec, où il laissa le Père Jean pour les travaux, et il monta jusqu'à Trois-Rivières, avec le Père Joseph. Lorsque tout fut prêt à la résidence de Québec, le Père Jean chanta, avec une grande consolation, la première messe solennelle ; c'était le 25 juin de l’année 1615 (1). Le Père Com-
(1) Quelques historiens ont inféré de là que cette messe a été la première qui ait jamais été dite ici
missaire revint ensuite de Trois-Rivières où il laissa le Père Joseph Le Caron, pour y administrer les sacrements aux Français et pour étudier les mœurs et la langue des sauvazes. Ce Père y bâtit une résidence et une petite chapelle où il dit la première messe le 26 juillet 1615. Le même Père redescendit à Québec où l'on tint conseil. Il y fut résolu que le Père Commissaire resterait à Québec, comme centre de la contrée, pour s'étendre de là jusqu'à Trois-Rivières. Le Père d'Olbeau fut choisi pour
sur nos rives canadiennes. Mais les savants rejettent cette assertion comme dénuée de vraisemblance. Il leur répugne, en effet, d'admettre que des Religieux (trois prêtres) arrivés ici déjà, depuis deux longs mois, soient restés si longtemps sans dire la messe, puisqu'ils avaient avec eux tout ce qu’il fallait pour cela, c’est-à-dire un autel portatif, des vases sacrés, des ornements sacerdotaux.... Ils ne trouvent même pas vraisemblable que durant l’exploration de Jacques Cartier, la sainte messe n’ait point été célébrée quelque part. Mais ils se demandent quand, où, et par qui a dû être offert la première fois l’auguste sacrifice de nos autels. Chacun donne s:s conjectures. — Le savant et pieux John G. Shea (trop tôt enlevé à l’Eglise et aux lettres) est d’avis que c’est à l'Ordre de St François que revient encore cette
rimauté, et que c’est très probablement le célèbre Père André Thévé, qui, dans ses explorations sur nos côtes, a célébré la première messe qui ait jamais été dite au Canada.
les Montagnais. Tadoussac serait son poste et de là il rayonnerait jusqu’au Golfe. Enfin le Père Le Caron monterait jusqu'au pays des Hurons et des autres tribus de l'Ouest.
Le Père Jean d'Olbeau quitta Québec le 2 décembre pour se rendre à son poste, à Tadoussac; il s’y construisit une petite hutte, dans laquelle il arrangea une chapelle en forme de cabine, afin d'y réunir les Français et les Indiens.
Le zélé Missionnaire courut les bois pour visiter les Montagnais presque toujours errants et vagabonds, et il arriva ainsi jusqu'aux plages des Esquimaux,en-deça et au-delà des Sept-Îles, plantant partout la croix ; puis il remonta à Québec pour rendre compte de sa mission au Père Commissaire.
Le Père Joseph Le Caron, de son côté, se dirigea vers Trois-Rivières, et de là partit avec des Indiens venus pour la traite, et douze Français que Champlain envoyait aux Hurons pour les défendre contre leurs ennemis. [Il est impossible de décrire les fatigues d’un tel voyage de cinq ou six cents lieues daus l’intérieur des terres. Le célèbre Frère Sagard, qui arrivera au Canada
huit ans plus tard, et qui fit ensuite luimême ce grand voyage, nous en donne une faible idée, lorsqu'il dit : “ Les dangers et périls qu'on rencontre encht ,n sont si grands et fréquens qu'ils ne se peuvent presque expliquer, car premièrement, en quatre-vingt ou cent sauts qu'il y a de la rivière des prairi-s aux Hurons, i! y en a une quantité où l’on ne se hasarderait jamais si la sage conduite des sauvages ne vous en donnait l'assurance. Il faut advoüer que le marcher pieds nuds et sans sandales, corr ne j'ai fait par tout le voyage, allar *t venant, à limitation de notre Séraphique Père sainct François, et des premiers Religieux de notre Ordre, qui ont parcouru toute la terre habitable en cet estat, m'estait d’une grande peine, contraint d’ainsi faire à cause qu'’estant sur terre nous rencontrions souvent des rochers, des lieux fangeux et des arbres tombez qu'il nous fallait à toute heure enjamber, et nous faire quelquesfois passage avec la teste et les mains par les bois toffus, haïlliers et brossailles, sans sentier, ni chemin ; mais.... la piqueure des mousquites, cousins et moucherons desquels il y a de trois ou
quatre sortes, est un autre tourment si grand qu'il semble autant de petits démons, desquels je pensay perdre la vué, comme j'en fus offencé au visage, aux jambes et aux mains, sans m'en pouvoir garantir pour diligence que j'y apportasse, c’est pourquoi estre chaussé, et avoir de bons gands, et un voile sur la face eut été bien nécessaire. S'il faisait de la pluie ou des orages, nous ne pouvions nous en défendre, ni le jour ni la nuit, car alors elle nous tombait à plomb sur le dos, et nous coulait par dessous comme de petits torrens au penchant des montagnes, mais le pis est qu'elle nous ostait le moyen de faire chaudière et prendre notre réfection. Comme apprentif la peine m'en estait double, car ne sachant encore la langue sinon fort peu de mots, je ne pouvais qu'à peine déclarer mes pensées et manifester mes nécessitez...... :.
Le Père Joseph arriva au fameux village appelé Carragouha,où les Hurons le reçurent avec joie. Il passa l'hiver au milicu d'eux, baptisa quelques enfants et vieillards, à l’article de la mort, et dans ses rares moments de loisir, il se mit à composer un dictionnaire de la
Re
langue huronne pour l'utilité de sa Mission
C’est ainsi que les Pères Récollets, travaillèrent dans ces vastes contrées encore toutes sauvages, jusqu’à l’année 1625, où, à force de prières et de supplications, ils obtinrent des auxiliaires de la Mère-Patrie, des religieux de la Compagnie de Jésus. A leur arrivée à Québec, les Pères Jésuites reçurent une large et cordiale hospitalité chez les Récollets qui leur donnèrent la moitié de leur résidence ; les enfants de saint Ignace passèrent ainsi deux ans, sous le toit hospitalier des enfants de saint François, vivant et travaillant ensemble dans une parfaite harmonie, comme enfants ‘d’une même famille.
Vers ce même temps, le Canada eut ses deux premiers matyrs,et le sacrifice de leur vie sera un germe de nouvelles et plus abondantes conversions.
Deux années avant l’arrivée des Pères Jésuites, la Province des Récollcts de Saint-Denis avait envoyé au Canada deux autres Religieux sans compter ceux arrivés déjà depuis la première expédition de 1615.
C'étaient le Père Nieolas Viel, Reli-
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gieux de grand talent et d’une rare vertu, au témoignagne de ses contemporains, et le Frère Gabriel Sagard, que nous avons déjà cité plus haut. Ils étaient partis tous deux de leur couvent de Paris le 18 mars 1623. A leur arrivée à Québec, ils s’arrêtèrent à peine et montèrent au pays des Hurons, où ils arrivèrent le même été, 20 août 1623.
Le Père Nicolas, après avoir passé deux ans chez les Hurons fut invité par eux à descendre, pour les accompagner Jjusqu'à Québec. Le pieux Missionnaire prit avec lui un de ses disciples, le petit Ahautsic, baptisé et instruit dans la foi catholique. Nos voyageurs touchaient presque au terme de leur longue navigation, lorsqu'une tempête agita les flots et lorsqu'ils arrivèrent dans le bras de la rivière d'Ottawa à l’endroit où maintenant la voie ferrée traverse cette même rivière, entre Terrebonne cet la station du Sault, des sauvages poussés par le démon, voulant se venger du Missionnaire, en haine de la religion et de celle de son jeune disciple, les prirent tous deux, profitant de la tourmente, et en vrais barbares les jetèrent dans le rapide, où ils disparurent dans les flots.
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Ils moururent pour la gloire de Jésus- Christ et l'honneur de la foi catholique (1) et plus tard le peuplé fidèle les considéra comme les premiers martyrs du Canada. Ce sault ou ce rapide, aujourd'hui connu de tous, a pris son propre nom, de celui de la famille religieuse à laquelle appartenait le Missionnaire :
il s'appelle le Saw/t-au-Récollet.
Tout le monde connaît les graves événements qui suivirent presque l’arrivée des Pères Jésuites: la prise de Québec par les Anglais, et l'expulsion des Religieux de toute la Coïlonie canadienne. Après ia tourmente, ce sont les Jésuites qui purent revenir les premiers, et se souvenant de l'hospitalité première,
- à leur tour ils firent des instances et des
prières, et après mille difficultés, les Récollets purent enfin, mais longtemps après, revenir dans leur ancienne mission. Ils s'installèrent de nouveau à Québec, y établirent leur résidence, et y ouvrirent un noviciat. Ce sont ces nouveaux Religieux que connut le jeune Claude Pelletier et dont la vie édifiante
(1)‘< Ils furent jetés à l’eau par des hommes brutaux et ennemis de la foi.” L'abbé Ferland : Histoire du Canada.
le détermina à entrer lui-même dans l'Ordre séraphique.
J'ai entendu dire très souvent, en Europe, en Asie, en Afrique et également ici en Canada que l’habit de saint François impressionne beaucoup le peuple fidèle, et qu'il exerce je ne sais quelle attraction secrète sur les cœurs des jeunes gens. C’est pour cela peutêtre que du temps de N. P. S. François, et plus tard encore du temps de nos (ll grands missionnaires, comme saint Ber- (fl nardin de Sienne, saint Jean de Capis- 1!
tran, saint Jacques de la Marche, et | ici en Amérique saint François Solano | | le grand apôtre du Pérou, les jeunes | gens, à l'aspect de ces hommes vénéra- | bles et de leur vêtement de bure, entraient en masse dans l'Ordre très pauvre | du Patriarche d'Assise. |
Le fils de Catherine Vannier, dont [| l’âme, à l’âge de 21 ans, était restée | h | innocente et pure, sentit lui aussi cette 1h attraction de la bure franciscainc. Il (| quitta ses p'rents et sa pieuse paroisse M de Sainte-Anne pour se rendre chez les | Récollets à Québec, au noviciat dans leur | couvent de Notre-Dame des Anges.