BON XL
Le Pape est mort, vive le Pape! Dieu qui veille sur son Eglise d'un œil jaloux n’a pas voulu que le veuvage de son Epouse fût de longue durée. Le successeur du glorieux Pie IX a été choisi aussi promptement que les sages formalités prescrites pour l'élection des Papes l’ont permis.
Admirons la protection visible du Tout-Puissant. Il y a quelques mois on avait lieu de craindre sérieusement une intervention des puissances européennes dans l'élection d’un nouveau pape, on parlait même d’un anti-pape qui serait élu par le peuple romain, et que Bismark et les autres persécuteurs de l'Eglise installeraient de force au Vatican. Mais Celui qui se plaît à déjouer les vains complots des grands de la terre, a prolongé les jours de Pie IX jusqu’au moment où l’Europe, les yeux tournés avec anxiété vers l’Orient,ne songeait plusaux affaires de Eglise Alors il a rappelé à Lui le saint vieillard du Vatican et l'élection du nouveau pape s’est faite paisiblement et promptement. /rridebit eos.
Le conclave s’est réuni le 19 février au Valican. Soixante et un cardinaux y ont pris part {1}. Il y a eu trois scrutins.
() Le 8 février, les cardinaux ont tenu des congrégations extraordinaires. Lis étaient en désaccord sur le lieu du conclave. Après de longues discussions, ils décidèrent de se séparer et de rentrer chez eux pour prier Dieu de les éclairer, Le vote fut remis au lendemain. Le 9, eux lieu une réunion silencieuse. Un vote unanime fut émis en faveur de la tenue du conclave à Rome. Tous se regardèrent avec étonnement. Le Saint-Esprit avait mis leurs cœurs d'accord, —(Correspondance de l’ Univers.)
Au troisième scrutin, dont le dépouillement a été terminé à une h-ure vingt minutes p. m., le 20 février, Son Emele cardinal Joachim Pecci à reçu quarante-cinq votes ; IL en fallait que quarante-un pour lélection. Aussitôt Je nouvel élu a été acclame par tous les cardinaux comme Pie IX l'avait été.
Quelques minutes après l'élection, le cardinal Caterini, le doven de l’ordre des diarres à qui incombait de “roit cette fonction,s’est rendu à la grande Loggia de Saint-Pierre et a proclamé au peuple la joyeuse nouvelle. [n’y avait que peu de personnes aux alentours car on ne s’attendait pas à ne élection aussi prompte. Mais le bruit s'étant repandu avec rapidité que le conclave avait terminé son œuvre, uue foule immense envahit bientôt la place de Saimt- Pierre. À quatre heures et demie de l'après-midi, le nouvel élu, qui venait de prendre le nom de Léon XIIT, a donné sa preniière bénédiction au peuple. L’enthousiasme de la foule était grand (1).
Les journaux impies et ignorants, dont la nourriture quotidienne leur est fournie par des agents télégraphiques non moins impies et non moins ignorants, ont feint de saluer l'avènement de Léon XIII comme une victoire du libéralisme dit catholique sur l’ul{ramontanisme, c’est le nom qu'on donne aujourd’hui au catholicisme. On a voulu faire croire au monûäe catholique que Satan venait de remporter un grand avantage sur le Saint-Esprit au sein du conclave ; que le nouveau pape était un modéré, uu conciiant dont le: premier acte s2rait de tendre la main à lusurpateur du domaine de l'Eglise ; que les ultramontains, c’est-à-dire les catholiques, étaient « furieux, » et qu’il n'y avait de réellement satisfaits du résultat du conclave que Bismark et ses semblables. Ce langage. aussi ridicule que blasphématoire, n’a produit aucun effet sur les catholiques qui savent, eux, que le Pape est le Vicaire infaillible de Jésus-Christ et qu'il ne peut pas conduire l'Eglise dans une fausse route.
Muis la joie de la presse impie, de Bismark et de la juiverie télégraphique a été de courte durée. Déjà leurs chants de triomphe se sont changés en cris de rage et de désespoir. Encore un Pape infaillibiliste, disent-ils, encore
(1) J'ai emprunté la plupart de ces renseignements aux dépêches télégraphiques de Pexcellente feuille le New- York Freeman's Journal dont les nou velles sont toujours très-exactes.