WALT. I
2 CHAPITRR J.
avaient donné le jour. Il sut conserver ses mœurs toujours pures, au milieu d une corruption devenue presque universelle; ses belles qualités se développèrent avec rage, et, grâce à l'ascendant de ses vertus, il servit de père à quatre frères plus jeunes que lui.
Il fit ses études à TUniversité de Cambridge, et suivit ensuite les cours de droit à Londres, dans le collège de Grayes.
Désireux de défendre la foi catholique, il s'appliqua en son particulier à l'étude de la théologie dogmatique, et se rendit si habile dans la controverse, qu'il convertit à la foi une vingtaine de jeunes seigneurs, après les avoir vaincus par la force de ses raisonnements et subjugués par son ton persuasif et l'aménité de ses rapports. Quelques-
t'UAlMTRK I. :i
uns deutreux quiitÀrent TAngleterre et 86 reodireot à Reims ou à Rome, pour y étudier la théologie; plusieurs embrassèrent la vie religieuse; les autres restèrent dans leur pays, où leur attaohement à TÈgliso romaine et la régularité de leur vie furent une prédication éloquente et aussi efficace que les travaux et les souffVanoea des ouvriers évangéliques.
La conversion d'Edouard Walpole, son cousin, fut celle qui coûta le plus de peine à Henn, parce qu'Edouard appartenait A la secte la plus orgueilleuse et la plus obstinée de toutes, A celle des puritains. Henri ne perdit point patience : il parvint à lui faire lire les Qmfêêmiu de SaiiU Au^tuHm et le livre de ïlmUëiim de Jémê-Ckrist. Dans ses entretiens, il revenait soavent sur
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le mépris déraisonnable que les Calvinistes atfectaient pour les conciles, ainsi que pour les Pères et les Docteurs, que TK^lise vénère comme les interprètes sûrs des saintes Écritures, et nos maîtres dans la foi. Peu à peu le caractère inflexible d'Edouard s'assouplit, et son esprit s'ouvrit insensiblement à la véritable lumière. Enfin, le dernier coup lui l'ut porté par une lettre qu'il reçut de Henri. On ignore quel en était le contenu; mais l'effet quelle produisit prouve bien que Henri Walpole l'avait écrite avec une assistance particulière de l'Ësprit-Saint. Edouard, qui la reçut pendant un repas, en fut si ému et si bouleversé, qu'il se leva aussitôt, après l'avoir lue, et se retira à l'écart, fondant en larmes et rendant grâce à la miséricorde divine, qui avait dissipé sea ténè-
^Mî \P!TRF I >
bres ei triomphé de son obstination.
Sans hésiter an seul instant, sans Atre arrAté par le respect humain et par la perspective des lattes qu'il aurait à soutenir contre sa famille, il se déclara catholique. Ni les caresses, ni le^ larmes, ni les reproches les plus durs, • ne purent ébranler sa rësolutiog. Sa mère lui disait souvent : « J'aimerais mille fois mieux vous voir mort que de vous voir catholique. » Elle l'envoya à Londres et lui ménagea des conférences avec prédicants qui avaient la plus haute réputation de science et d'habileté ; tout fut inutile. Trompée dans son attente, elle rappelle son (ils, et lui donnant deux livres sterlings : « Fuyez loin de mes regards, lui dit-elle, et sachez qoe, aussi longtemps que vous serez papiste, vous devrei cesser de me regarder
oomme votre mère. Voas n'êtes plus mon fils; je ne vois plus en vous que le déshonneur, lopprobre et Tennemi de ma famille. Si vous ne rentrez pas en vousmême, ne reparaissez jamais en ma présence : vous serez toujours pour moi un objet d*horreur et d'exécration. »
Elle ignorait, la pauvre femme, ce que peut sur un cœur l'amour de Dieu et de la vérité! Elle s'imaginait que ce jeune homme de vingt-deupc ans, fils aîné d'un père noble et riche, élevé dans le luxe et dans l'opulence, lorsqu'il se verrait dénué de tout et sans ressources, regretterait le sort si doux, la vie si agréable et si commode qu'il menait au sein de sa famille, et que le souvenir de sa mère, l'amour du bien-être, le désir des charges et des honneurs auxquels sa naissance lui donnait droit, le
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ramèneraient bientôt sous le toit fuiternel. Elle comptait sans la grâce qui fait surabonder de joie, au milieu des privations et des épreuves, une Ame que la charité de Jésus-Christ possède et embrase!
Edouard se retira chez un de ses parents, qui n'était pas hostile aux catholiques, et se tint caché, en attendant une occasion pour s'embarquer et quitter l'Angleterre. Arrêté une première fois au moment où il allait exécuter son projet, il Tut plus heureux quelques années plus tard, et il se rendit à Rome au collège des Anglais, où il s'appliqua à l'étude des sciences sacrées.
Il redoutait le sacerdoce, dont ils se
croyait tout A fait indigne; mais son humilité céda enfin à des conseils pressants; il consentit à recevoir les ordres.
8 CHAPITRI
et, trouvant plus de sûreté pour sa vertu dans la Compagnie de Jésus, il demanda la faveur d*en faire partie. Il fut reçu en 1594, à l'âge de trente-trois ans, et fit son noviciat à Tournai. Pendant les deux années qui suivirent ce temps d'épreuve, il exerça avec zèle le saint ministère, tantôt à Louvain, tantôt à Bruxelles et à Anvers ; il rentra ensuite en Angleterre, où il travailla pendant quarante ans au salut de ses compa* triotes. Il mourut âgé de soixante-quatorze ans, dans les sentiments de la foi la plus vive, heureux de terminer sa carrière, si telle était la volonté de Dieu ; mais acceptant de la voir se prolonger, si Dieu voulait se servir encore de lui pour la défense de sa cause et la sanctification des âmes.
■Kxai WAi,^oui qoirrc LAjioLsrsuui rr oouaQot numat. n. m iuixo a rsims. rvit a AqM, oo il i ftaçv DAXt LA coMrAnmB m Jisot. ton «otmut. i
Henri Walpole entendit, à la Tour de Londres, les disputes d'Edmond Campian avec les ministres protestants, et suivit tout le cours du procès dans la salle de Westminster. Il se trouva à Tyburn au moment de Texëcution, et une goutte de sang jaillit sur lui. Nous avons raconté, dans la vie du père Cam-
pian, rimpression profonde qne produisirent sur Henri le talent, la contenance noble et modeste, et le courage du martyr.
Henri, qui n'avait alors que vingt et un ans, composa, en Thonneur du père Jésuite, un poème élégant et plein de verve, qui eut un grand retentissement.
En même temps qu'il relevait Tinnocence de son héros, il flétrissait l'injustice des juges qui l'avaient condamné.
Ce poème tomba entre les mains d'un gentilhomme qui le publia et qui, ayant laissé croire qu'il en était l'auteur, eut les oreilles coupées et mourut en prison de faim et de misère.
Cependant Henri Walpole se sentait pressé d'entrer dans la Compagnie de Jëeus, mais il lui était difficile de quitter l'Angleterre. Les con veinions qu'il
rilAPITRR I» !1
it>.ui tétaient parv^nurs .i l.i
oonnai^>.ul<< de William Cëcil et de I^icester; celle d*Edouard Walpole. son cousin, avait surtout excité les colères de ces deux ministres d'Elisabeth, et de nombreux espions avaient reçu Tordre de le saisir partout où ils le rencontreraient.
Ne marchant que la nuit et se cachant pendant le jour, n'ayant souvent d'autre moyen de salut que de se coucher à terre, dans les fossés ou au milieu des broussailles, il parvint à sortir du comté de Norfolk et arriva à York. De là il poussa jusqu'à Newcastle, en prenant les mêmes précautions, et. Dieu ayant permis qu'il ne f&t pas soupçonné ni reconnu, il s'embarqua et arriva sur les côtes de France.
Après on aases court séjour à Rouen
12 CHAPITRK II.
et s'être arrêté quelque temps à Paris, il vint à Reims, où il étudia pendant un an la théologie au séminaire anglais. Il se rendit ensuite à Rome, où il arriva le 18 avril 1583; il avait alors vingt-quatre ans. 11 étudia encore un an la théologie au séminaire des Anglais et fut admis ali noviciat de la Compagnie de Jésus Tannée suivante, le 24 février. Plus tard, trois de ses frères, Christophe, Richard et %fi^b*^î suivirent son exemple.
Henri ne fit à Rome qu un an de noviciat. Comme il soutirait beaucoup de la poitrine et de lestomac, on jugea que le climat de la Lorraine lui serait plus favorable, et les supérieurs l'envoyèrent achever son temps d*épreuve à Verdun.
Sa santé se fortifia et il se rendit, après son noviniat, à Pont-A-Xfonsson, où il
ITKH II 18
l'-iiililj.i 7>uii LuUI^ uc iiiéolo^e. ApfàS
avoir reçu le sous-diaconat à Metz, le diaconat et la prêtrise à Paris, il fut envoyé dans les l'ays-Bas. à la suite des armées catholiques.
Le duc de Parme, Alexandre Farnèse, qui commandait les troupes de Philippe II, admirant le sèle que son confesseur, le Père Thomas Sailly, de la Compagnie de Jésus ^ déployait pour le salut de ses soldats, avait prié le Père Claude Aquaviva de lui adjoindre d'autres Pères. Il demandait de préférence des religieux qui sussent plusieurs langues, parce que son armée se composait de Français, d'Anglais, d'Espagnols et d'Italiens, et qull désirait pourvoir aux besoins spirituels de tous.
j vojM r
14 < HAPITRI. i:
Le choix du Père général tomba dur Henri Walpole, qui se rendit à Bruxelles, et s'appliqua avec lu courage et * Tabnégation d'un apôtre au ministère pénible qui lui était confié.
Lorsque le temps de prendre les quartiers d'hiver fut venu, il fut envoyé à Tournai, pour y faire le second noviciat d'une année auquel la Compagnie de Jésus soumet ses religieux, lorsqu'ils ont terminé le cours de leurs études.
Les supérieurs l'envoyèrent ensuite à Bruges en qualité de préfet spirituel, lui commettant aussi le soin de nombreux Ecossais qui s'y étaient réfugiés. Comme il se rendait à son nouveau poste, il fut surpris par un corps de Hollandais, conduit à Flessingue, et confiné dans un fort, sous la garde des troupes anglaises que la reine Elisabeth
CIIAIMTKK il. 15
avait envoyées dans les Pays-Bas ao secours des révoltés.
Ces soldats, voyant entre leurs mains un prêtre anglais, soupçonnèrent qu'il était Jésuite, et imbus des préjugés que les calomnies des prédicants répandaient dans le peuple, ils conclurent que c'était un ennemi juré de leur patrie. On ne saurait imaginer les mauais traitements que Walpole eut à supporter de leur part, ni ce qu'il eut à souffrir de la faim, de la soif et de l'intempérie de la saison. 11 sut méma d'une manière certaine, que les soldats avaient llntention de le faire mourir; et qu'ils épiaient le moment où ils le trouveraient endormi , se proposant de publier ensuite qu'il s'était lui-même arraché la vie. Dès lors, Henri ne prit plus un moment de repos, et il
plusieurs mois sans fermer Toeil un seul instant.
Mais Dieu, qui avait accepté le sacrifice de sa vie, ne voulut pas qu'il le consommât entre les murailles d'un cachot. Un plus grand théâtre était réservé à sa constance et à sa vertu.
Un condisciple de Henri, nommé Russel, se trouvait au nombre des officiers anglais. Bien qu'il fût calviniste, il eut pitié du dénûment où il vit son ancien ami. Henri n'avait, pour se garantir d'un froid rigoureux, que sa pauvre soutane ; Russel le força d'accepter son manteau. Cette attention de la part d'un ofQcier, fit une heureuse impression sur les soldats, qui dès lors se montrèrent moins durs envers leur prisonnier. Un peu plus tard, Russel passa en Angleterre et informa la famille Walpole des
'souffrances de Heiin. i m^ m n-vmtavee Christoplu». le plu§ jeune des Walpole , qui. prêt à se dévouer pour son frôre, prit un nom supposé, et sous prétexte (le traiter de son enrôlement, parvînt à prolonger son séjour à Flessingue. De concert avec Russel, Christophe fit des démarches, obtint que son frère (ttt rraité avec moins de cruauté, et stipula qu\\ serait rendu A la liberté, moyennant une rançon. On eut bientôt recueilli en Angleterre et en Belgique la somme nécessaire, car tous les catholiques voulurent coopérer à cette œuvre, et Henri revint à Bruxelles.
Christophe fut frappé du changement qui était survenu dans le caractère de son frère; après l'avoir connu bouillant, fier, impétueux, irascible, il le retrouvait plein de douoeur et de man-
suëtude, patient, sans amertume contre ceux qui Tavaient fait tant souffrir, heureux de ses humiliations et de ses opprobres, et désirant supporter des épreuves plus grandes encore, si tel était le bon plaisir de Diei^ Plein d admiration pour la Société dont l'esprit opérait de pareilles métamorphoses, il résolut de ne plus rentrer en Angleterrre, et se dirigea vers Rome, décidé à se consacrer à Dieu, dans l'Institut de Saint-Igûace, si ceiU^ f-v^nr lui était accordée.
BML1.K> DIAPOIITION* tiK |lk%ni WALM>LS.
Rentré à Braxelles, Henri Walpole (5orit à lun de ses amis :
a Je suis sorti récemment de Flessingue où j'avais été conduit comme prisonnier par les Hollandais. Durant ma captivité, j*ai appris à mieux connaître Dieu, le monde et mon propre cœur.
I/expërience m'a fait connaître aussi combien les hérétiques sont méchants
20 ' CHAPITRK m.
perfidie, aucune trahison, aucun sacrilège, aucune impiété. Quel orgueil et quelle bassesse! J*ai éprouvé aussi la bonté de Dieu à mon égard : il a fortifié ma faiblesse; il m'a protégé au milieu des périls; il a donné à mon esprit de nouvelles lumières. »
Ce que Henri avait soufï'ert à Flessingue n avait servi qu à rendre plus ardent le désir dont il brûlait déjà dëtre envoyé en Angleterre, dans lespoir d'y trouver le martyre. Nous ne pouvons donner une preuve plus frappante de ses dispositions que cette note qui a été conservée écrite de sa main :
u Celui qui aime Dieu dun amour véritable, doit juger qu'il ny a rien de plus malheureux, rien de plus déplorable, que d*offenser, même véniellement, la M^esté suprême, et qu'il n'est rien
CHAPITRK III. 21
de plo8 avantageux que d'être plaoé •lans l'impossibilité de loffenser. Mais ne point roflfenser, n'est pas possible en cette vie. Ecrions- nous donc avec le prophète : • Pourquoi mm êéjour $e pro- Umgê'i'ii parmi iê$ enfanU de Cédar? le n'ai déjà que trop vécu au milieu d^eux! » l'^t avec Tapôtre : » Je dMre de mourir et létre avec Jéeuê-Chriei , Malheureux que je xuis! qui me délivrera de cecorpedemortf • Et avec le roi David : t Qui me domiota les ailes de la colombe , et je prendrai mou vol , et je trouverai le lieu de mon repos? » Qui lie donnera de connaître mon Dieu?
r/ayant trouvé, je m'approcherai avec onfiance du trône de sa miséricorde t je dirai : Bienheureux qui possèdes Dieu, que votre sort est digne d'envie! Maintenant, vous nétes plus exposés au dan(7pr dp t»«^rhpr. Am^s millp fois hé»u-
relises, vous êtes sûres daimer P--' ^t de l'aimer toujours.
» Sans doute il est beau, il est méritoire, il est glorieux de travailler, de souffrir, d'être torturé et broyé pour l'amour de Dieu : il est beau et glorieux de gagner des âmes; il est grandement avantageux de vivre avec piété dans la Compagnie de Jésus, et d'acquérir chaque jour de nouvelles couronnes par la pratique de la mortification et par les victoires que Ton remporte sur soimême. Néanmoins, il nous arrive quelquefois d'offenser Dieu. Ah! je préfère une mort prompte à tous ces mérites que je ne puis acquérir sans être exposé à commettre quelque ff\\\i(\ n*^ r.v-^^ qu'une faute légère.
»* Je ne refuse pas lo ii.t^.t.., j- i.repousse* ni los doubMirs. ni los fonr-
rnAPiTRF III f^
fiu'iii»; jf ne vfux pas nie soustraire aux exigences d'une règle sévère . à une vie austère et dure. Si telle était la volonté de Dieu, j'accepterais même les douleurs de Tenfer pour ne pas être séparé de lui. Mais celui qui aime ne peut souffrir que son bien-aimé soit offensé, ni en matière grave, ni en matière légère. S'il pouvait le souffHr, il n'aimerait plus, ou, s'il croyait aimer encore, il serait dans l'erreur. Oui, je le dis avec saint Augustin, la destruction du monde entier serait un moîn- 'Ire mal que la moindre faute vénielle. Cette seule considération : Je ne puis vivre sans me rendre coupable de péché, ne sofBt-t-elle pas pour porter celui qui aime son Dieu A désirer ardemment de mourir?
» Que s'il plait à Dieu qui connaît ma
24 CHAPITRE m.
faiblesse, de prolonger mes jours, j'appelle de tous mes vœux les travaux, les fers, les tortures, les gibets, les lions, les chevalets, tous les supplices. Divin Jésus, entendez ma prière, je vous l'adresse dans toute la sincérité de mon âme ; au nom des mérites de tous vos saints, au nom de vos plaies sacrées, qu'ils viennent tous ces tourments, qu'ils viennent sans tarder et qu'ils durent toute ma vie. Permettez que je sois frappé, pressuré, broyé , déchiré. Je ne refuse aucune de ces soutfrances, je les désire toutes ; faites que je les supporte toutes !
^ Sans doute, je ne suis que cendre et poussière ; mais vous, ô mon Dieu, vous êtes le Dieu qui fortifie. Entretenez en moi, augmentez en moi ces désirs, et dans votre bonté, ordonnez qu'ils soi^nf
ii ? I TRE 111. tb
satisfaits, w^^t <;e péchés D*ai-je pas 'ommis. Seigneur! De grâce, envoyesruoi, dans cette vie, des tortures, des <5preuves qui les effacent et qui m'assurent une couronne éternelle! Permettez que cette chair de péché soit déchirée en ce monde, afin qu elle soit gloritiée au jour des éternelles récompenses. Si vous n agréez pas cette prière, A moa Dieu, faites que je meure, afin que je cesse de pécher et que ma mort devienne pour votre justice un sacrifice d'expiation.
» Que votre sainte volonté soit faite en toutes choses; réglez, selon votre bon plaisir, ce qui concerne votre serviteur. Ce que vous voulez, je le veux; je n'ai point d'autre volonté que la vôtre. A mérite égal, j'aime mieux renoncer à tous mes désirs que de les
WAl^. S
i&O < Il A I' 1 i i\ r. i i I .
voir se réaliser contre votre bon vouloir. 11 est bon pour moi de in attacher à vous et de n avoir avec vous qu'un seul et même esprit. Jésus-Christ est le maître de ma vie; la vie ou la mort seront un gain pour moi. Que dois-je cJioisir? Je ne sais, mais j'aime mieux mourir et être avec Jésus-Christ; car oest bien ce qui m'est le plus profitable. Cependant, Seigneur, si vous jugez nécessaire pour les autres que je demeure encore en cette vie mortelle, que votre volonté s'accomplisse. Je suis votre serviteur et le fils de votre servante ; faites de votre serviteur tout ce qu'il vous plaira. Mais, si cela est possible, ô trèsdoux Jésus! arrachez- moi à cette prison terrestre, afin que j'aie enfin le bonheur de ne plus vous offenser! Quel plaisir peut-on trouver là où il n'y a pas de
I' Il A I» I T » t.* III O^
sécurité^ quelle consolation, là où on ne peut vivre sans être en un continuel danger dencourir la mort éternelle ?
• 0 bienheureux apôtres, que j envie votre bonheur! vous étiez conflrroés en grâce; mais moi, malheureux que je suis! je ne puis passer une heure sans me rendre infldèle en quelque chose.
Lucifer est tombé; David est tombé; l'apôtre saint Pierre est tombé; et moi ne tomberai-je pas? Ils sont tombés ceux qui étaient selon le cœur de Dieu, et moi ne tomberai -je pas, moi qui fus toute ma vie l'esclave du mond^ '^^ U chair et du démon?
«Seigneur, répondez pour moi et jugez ma cause. J'ignore si je suis digne d'amour ou de haine : ce que je sais, c'est que rr-^'^f**'^» sont tombés et que je
2^ CHAPITRr III.
vaux moins qu'eux. J'ignore si je tomberai comme eux; mais je crains, et j'ai raison de craindre.
» Je vous vois, Seigneur , fixer la mesure des péchés et de l'ingratitude des hommes, et permettre qu'ils tombent dans les plus grands péchés. Qui peut me donner quelque assurance, si ce n'est une prompte mort?
» Bon Jésus, aidez-moi, venez à mon secours; placez-moi en un lieu sûr. J'en cherche vainement un autre qu'une mort prompte et sainte. Est-il contraire à votre bonté, d'envoyer la mort à qui la désire? La vie et la mort sont entre vos mains : quoi que vous fassiez, vous n'aurez pas à en souffrir. Si je meurs, la mort sera pour moi un gain, et vous n'en éprouverez aucun détriment. Aocordez-moi ce gain, afin qu'en mourant
CIIAPITRR III. 29
plus tôt, je sois plus tôt délivré du danger de pécher, et que plus tôt aussi je chante avec les anges et les élus : Gloire à Dieu au plus haut des cieux! Cependant que votre volonté s'accomplisse et non pas la mienne! »
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POOR I.AlMURSIimX.
iirtin w .lijiule fit part de son attrait iu père Rol)ert PersoDs. supérieur* sénéral de la mission d'Angleterre, et tu père Joseph Cresweill, qui avait la "^harge de vice-préfet * Il témoignait en ladme temps une entière soumission à la volonté de ses supérieurs, qu'il regar* lait comme celle de Dieu. Il écrivait Il père Cresweill : « Je suis comme une
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flèche dans le carquois : elle y reste aussi longtemps qu on ne Ten tire pas, mais, si on Ten fait sortir, elle s'élance avec l'impétuosité que lui imprime le bras qui Ta lancée. Ainsi, je suis trèscontent de demeurer où je suis, si telle est la volonté des supérieurs; mais je suis prêt aussi, au premier signe, à voler jusqu'au bout du monde. »
Deux mois ne s'étaient pas écoulés depuis sa sortie de Flessingue qu'il fut appelé à Calais, et désigné pour le séminaire anglais de Séville. Après avoir attendu trois mois entiers un temps favorable, il s'embarqua. Arrivé à son nouveau poste, il dut bientôt le quitter pour aller remplir les fonctions de ministre au collège de Valladolid ; cet emploi est celui qui vient immëdi^tf»ment après la charge de reoteuf .
. Il \ l'ITIvI 1 '. '
Après 9ix mois de séjour u Vailadohd, W'alpole fut rappelé dans les Flandres ; •)ici à quelle occasion.
Or&ce aux libéralités du roi catholique, on avait ouvert, près du couvent de Saint-Bertin, à Saint-Omer, un collège qui recevait les jeunes Anglais à TAge où, d'après une loi inique d'Elisa- ' oth, les parents devaient les confier à
s maîtres protestants ^ On attendait a heureux fruits de ce nouvel établissement, mais ceux qui gouvernaient au om de Philippe II dans les Pays-Bas, ne payaient pas ce qui avait été promis. ( est pourquoi Persons chargea Henri Walpole de demander une audience au roi d'Espagne et de solliciter de nouvelles lettres. Il devatt, dès qu'elles auraient été obtenues, se rendre dans
l VoT«s râpp«tidk« II.
34 CHAPITRB IV.
les Flandres pour en presser lexécution, et après la conclusion de cette affaire importante, il lui serait permis de passer en Angleterre. Dans le courant d'août 1593, Walpole vit le roi qui lui fit remettre les lettres désirées, et, peu de temps après, il s'embarqua à Portugalette. Avant de quitter TEspagne, il écrivit au Recteur une lettre ainsi conçue :
« Mon Révérend Père,
« Je n'oublierai aucune des commissions que vous m avez données pour les Pays-Bas, non plus que celles dont vous navez chargé pour l'Angleterre, si Dieu permet que je ny perde ni la liberté, ni la vie. S'il en décide autrement, je me souviendrai de vous devant lui. Recommandez-moi à sa divine Majesté dans vos sacrifices et vos prières
OHAIMTRK IV. 86
virinande la même gràoe à tous oeox
tjue j*ai laissés aa collège; comme, mal-
Td mon indignité. j*en fais partie, mes
tëréts sont les siens. Prions Dieu de Hicnor tout à bonne fin, afin que son
m soit glorifie et notre collège de
illadolid consolé. Je demande pardon, lU nom de Dieu, à Votre Révérence, de toutes les fautes dont j*ai pu me rendre coupable pendant le temps que j*ai vécu sous sa conduite; gardez-moi une place dans votre souvenir, comme à un fils tendre et dévoué qui vous promet de rétre à jamais. Que le Seigneur demeure toujours avec vous!
o PoVtugalette, 3 septembre 1503. »
Le vaisseau qui portait le Père Walpole, fut assailli par une violente tempête , et le bruit courut à Valladolid qu1l avait péri corps et biens. Le deuil
:ki CHAPITRK IV.
Tut général, DOD-seulement dans le collège, mais dans toute la ville, qui avait su apprécier les grandes qualités du Père; on se prosterna au pied des autels, et on pria pour le repos de son âme.
Henri Walpole, ayant abordé sain et sauf à Calais, se rendit à Bruxelles et termina heureusement les affaires dont le soin lui avait été confié ; puis il écrivit à Valladolid les dangers qu il avait courus et la protection dont la divine Providence lavait couvert, a Je ne pouvais pas, disait-il dans sa lettre, périr en mer : c'est en Angleterre que je mourrai, sur Téchafaud, oui, sur Téchaf'aud, pour la gloire et Tamour de Jésus- Christ. » Le 13 novembre, il écrivait au Père Persons : « J espère laisser en bon train Tailaire de notre collège de Saint- Omar. Recommandons-la à Dieu, qui
. Il k t* I T l> U' IV 9*7
daignera ceriamemeni m ueair, puisqu'elle est d'un 81 grand mérite poor îYiez pour moi; demaoluiis a uieu que je fasse toutes mes ictions, que je dépense toute ma vie, t que j'endure la mort pour sa plus grande gloire. Quelques indiscrétions ur mon futur voyage ont compromis ma ùreté; ou plutôt, loin de rien comproiuettre, elles me seront avantageuses.
Je suis ambassadeur de Jésus-Christ, pour consommer ma réconciliation avee Dieu. Si ce grand Dieu voulait bien que je mourusse pour son nom, quel ne serait pas mon bonheur! Mon très-cher et vénéré Père, je lui rends d'immenses actions de grâce de ce qu'il m*a destiné à une telle mission. »
Walpole écrivait encore à Persons, le 19 novembre :
WALTOL.
« Dieu n a pas pcriiiis que je périsse en mer; il me réserve un autre genre de mort. Je demande à sa divine Majesté que toute ma vie soit pour vous un sujet de consolation, et que ma mort contribue à la gloire de Dieu et au bien de ma patrie. Je suis plein de résolution et de courage : je compte sur vos prières et sur celles de nos Pères et de nos Frères. »
Henri trouva dans le port de Dunkerque un brigantin espagnol destiné à faire la course le long des côtes d'Angleterre, et le patron s'engagea à le débarquer clandestinement dans le nord de la Grande-Bretagne.
RaiSTATIOM M «ISIftl WALFOLS. LE« Ml«llttmin AKOU CAM TlKMVmMT MaCITTSB Aftc LU. TOfCUVm Ml ■MVOTÉ A VOKK
Le trajet, par un bon temps, n'était que de deux jours; mais la mer se déchaîna contre le missionnaire: mille fois, son frêle esquif fut sur le point de se briser et de sombrer, et ce ne fut qu'après douze jours d'une traversée, durant laquelle les tempêtes succédèrent aux tempêtes, que Henri Walfiole
40 ('HAPITRE V
fut débarqué sur le promontoire Flambourg, dans la province dTork.
Il se rendit immédiatement à Bridlington et à Kirkham, bourgs peu considérables, situés à quatre ou cinq milles de la mer.
Le gouverneur de la province était le comte d*Huntington, indigne neveu du cardinal Polus, et persécuteur acharné des catholiques. Larrivée du Jésuite lui fut révélée soit par Tindiscrétion d'un passager qui se trouvait sur le même vaisseau, soit, d'après une autre version, par la dénonciation d*une femme de qilalité qui, ayant, de sa fenêtre, aperçu ce qui se passait sur la plage, s'était hâtée d'en donner avis. Huntington envoya aussitôt des gardes qui trouvèrent Henri Walpole à Kirkham dans une hôtellerie où il venait
CHAPITRI ' 41
le prendre un peu de nourriture.
Conduit devant le gouverneur, le Père ne cacha rien, il avoua qu il était prêtre, et reli^'ieux de la Compagnie de lësuB, et qu il venait en Angleterre dans le dessein d*y défendre la religion cath> lique. Le gouverneur le fit charger tie fers, envoya sa déclaration aux ministres de la reine, et en attendant det instructions, le retint dans une étroite prison, sans lui défendre pourtant de recevoir quelques visites. Un père jésuite qui exerçait le saint ministère dans les environs, Richard Holtby, trouva moyen de lui écrire; Henri put lui faire parvenir aussi quelques lettres, qui ont été conservées et nous donnent des détails pleins d'intérêt sur sa captivité.
Dès que le bruit se fut répandu qu'on
4t <'HAPITRK V.
venait d'arrêter un Jésuite, les Prédicants ne se firent pas faute d accourir. Les premiers qui vinrent furent Remington, qui avait été condisciple du père Henri à l'université de Cambridge, et Thomas Bell, ancien élève du séminaire anglais de Rome, qui avait eu le malheur d aposfasier.
— Walpole, dit Remington, je ne viens point ici pour réclamer le secours de vos lumières; je viens vous apporter les miennes et vous apprendre quelle est la foi véritable.
-— Cher Remington, lui répondit Henri, je sais qu'en bien des choses vous pourriez m'apprendra ce que j'ignore; mais si vous voulez m'enseigner la science de Dieu, ne perdez pas votre peine. J*ai des docteurs et des maîtres bien plus sûrs que vous : ce sont les
CHAPITRR V. 48
liéoIof;rieD8 catholiques. Leur enseigne- Dent est conforme à celui de l'Eglise catholique, ma Mère, qui m'avertit, par la bouche de TApAtre, de ne pas me laisser séduire par les faux prophètes.
Thomas Bell prit ensuite la parole; il retendit que les Catholiques ne posséiaient pas la foi véritable. « M. Bell, lui iit Walpole, seriez- vous assez bon pour me faire savoir de qui vous (enes votre iiission et de la part de qui vous me parlesf Ce que je crois, je le crois avec l'Eglise catholique, avec les évèqoet catholiques unis au Souverain-Pontife, successeur de saint Pierre, de qui ils ont reçu pouvoir de prêcher. Mais vous, le qui tenez- vous le pouvoir d'enseigner? Avant toutes choses, prouvai- :ioi la légitimité de votre mission. »
Après eux, vinrent le docteur Favoir
44 CHAPITRB V.
et William Hardesty, qui, lui aussi, avait lâchement apostasie; puis un certain King, et le docteur Benêt, lis disputèrent sur TEglise, la tradition, le culte des saints, le sacerdoce et le sacrifice de la Messe, le sacrement de Pénitence, TAntechrist. Walpole rendit compte, en peu de mots, de toutes ces discussions au père Richard Holtby, de qui il avait reçu une lettre anonyme.
Il répondait à ce père :
a Quoique votre lettre ne porte aucune signature, je vois bien qu'elle m*a été adressée par une main amie, par un homme qui combat comme moi sous l'étendard de Jésus-Christ. Vos paroles m*ont grandement consolé. Il me serait fort agréable de vous voir et de m*entreteniravec vous; car, par lettres, il D*e8t pas facile de dire tout ce que Ton
CHAPITRK \ 45
veut. Je me recommande A vos prières
(H à celles de loue nos frères et amis en
Jc^sus-Christ. Jlgnore ce que l'avenir
ne réserve; mais avec la grâce de Dieu,
'* suis prêt à tout. Nous sommes par-
>ut sous la main de Dieu : à l'orient
comme à loccident, au nord comme au
midi, il couvre des ailes de sa protec-
ion ceux qui le servent et se dévouent
I propager la gloire de son saint Nom.
II les étend aussi sur moi, soit que je vive, soit que je meure. Il achèvera ce qu'il a commencé. Vivere miki Ckristuê M, et mari luerum : Jésus-Christ est mat-
re de ma vie, et la mort me sera qq
» Quelques-uns sont venus engager avec moi des discussions. Ces messieurs ne raisonnent pas, et ils ne prétendent pas qu*on raisonne avec eux. Ils ne
VOUS répondent que par des clameurs et des cris... Mais voici le geôlier qui paraît; je ne puis vous en écrire davantage. Je vous recommande avec affection à votre ange gardien et à toute la cour céleste : souvenez-vous de moi, s*il vous plaît. »
Cependant, la déclaration que Walpole avait faite à lord Huntington, et que ce dernier avait envoyée à Londres, avais mis en grand émoi les conseillers d'Elisabeth. Soupçonnant une capture importante, ils réintégrèrent, dans une partie de ses charges, le trop fameux Topcliflfe, et lui enjoignirent de se rendre en toute hâte à York, d'interroger le prisonnier, de chercher à le séduire, et de n'employer contre lui la rigueur des tortures et des questions que lorsqu'il l'aurait à Londres, sous
sa main, dans la prison dont il avait la direction.
Fidèle à son mandat, Topclifle traita d*abord le père Walpole avec égards; il usa envers lui de caresses et mit en œuvre toutes les ruses et toutes les perfidies imaginables pour lui arracher des aveux qui auraient compromis les prêtres et les catholiques résidants dans le royaume. Walpole répondit claireiient et sans tergiversation aux quesions qui ne concernaient que sa personne ; sur toutes les autres, il se tut. — Bien, bien, lui dit Topclifle, qui ne sut plus se contenir, je ne vous interrogerai plus sur ces choses, puisque vous rerusez de parler. Je me réserve d'y revenir quand nous serons à Londres J'ai à la tour et dans la prison Bridewell des machines qui ont une vertu sin-
gulière peur faire parler les muets.
— A la Tour et à Briedwell comme ici, répondit Walpole, il y aura un Dieu plus puissant que toutes vos tortures et tous vos supplices; il ne permettra pas qu'il sorte de ma bouche une saule parole qui puisse blesser ma conscience, ou mettre en danger la vie des autres.
•joi»! WAuroui asruM oc siva»».
Des amis do père Walpole avaient imaginé un stratagème qui devait assurer son évasion ; ils Ten informèrent, en le suppliant d'accéder à leur désir. Son premier mouvement fut de repousser une oflnre qui lui arrachait des mains la palme du martyre, cette palme après laquelle il soupirait depuis si longtemps. Mais, réfléchissant qu il devait par-dessus tout accomplir la volonté de Dieu et craignant de trop altonder dans son
60 ciiAi'i I m. vî
propre sens, il consuiia Kicliard llulib^ , dont la réponse serait pour lui l'expression de la volonté divine. Holtby, après avoir prié et pesé toutes choses devant Dieu, fut d'avis que les avances ne devaient pas être accueillies, t Un refus, disait-il , sera un acte d une grande vertu et d'un grand mérite aux yeux de Dieu. Que si vous acceptiez, bien des personnes croiraient que vous avez craint la mort et regarderaient votre fuite comme une sorte d'apostasie. Toutes les précautions sont parfaitement prises, j'en conviens, toutes les mesures habilement concertées; mais quelque infaillible que paraisse le succès, il n'est pas impossible cependant que l'entreprise vienne à manquer. Dans ce cas, le blâme ne sera pas épargné à une tentative avortée. Qu'elle réussisse, au
contraire, les héreiui ront pour exercer, dans luui le rujaume des perquisitions rigoureuses dont un grand nombre de catholi|ues seront oertainement les victimes. •
Henri Walpole répondit au père Holtby :
« J'accepte d'un grand cœur uue décision que Notre-Seigneur lui même vous a inspirée. Cest celle vers laquelle j'inclinais. Cependant, afin de contenter ceux qui offraient de se dévouer pour moi, j'ai cru bon de vous demander votre avis, et en agissant ainsi je me suis souvenu que notre Compagnie nous recommande de ne point prendre une détermination grave sans avoir consulté auparavant. — Je sais qu'un ange est descendu vers saint Pierre pour le tirer de sa prison; mais saint Pierre
était le chef de TEglise, et Dieu voulait que, avant de mourir, il se rendit à Rome et y fixât son siège. Mais Rome, à moi, c'est la prison; et le parti que je dois embrasser est celui-là même que choisit le même apôtre, lorsque, sortant de Rome, il rencontra le Sauveur et lui dit : Seigneur, où allez- vous? A la réponse qui lui fut faite, saint Pierre comprit que c'était le temps, non plus de fuir, mais de mourir, et il revint sur ses pas Puis je vous dirai toute ma pensée : je ne vois pas où exercer mon ministère plus utilement qu'ici . C'est pourquoi, à moins que la voix de Dieu, c'est-à-dire l'obéissance, n'exige de moi une conduite contraire, je ne quitterai pas ce lieu et je dirai toujours : Seigneur, me voici, que votre volonté se fasse. Je rends grâces à Notre-Seigneur
CHAPITRK VI. 63
Jésus-Christ de ce qu'il me traite avec plus de lil)ëralité que je ne mérite. La résolution ne me manque pas, et j'ai une confiance entière en Celui par qui jo puis tout. •
Le père Oarnet fut si édifié de Tesprit qui avait inspiré ces deux lettres qu'il les transmit au père Général.
Henri Walpole ajoutait :
» Par ordre de celui qui préside aux disputes, on vient de me remettre cinq feuilles de papier : je dois écrire mes sentiments sur l'Eglise, sur l'Eucharistie, sur le Souverain Pontife, et sur d'autres questions. Si je vis, jlnformerai de tout, Votre Révérence; si je meurs. Dieu y suppléera d'une manière plus parfaite. Quant à moi, je jouirai de la paix. Que Notre-Seigneur soit avec vous : prions les uns pour les antres. •
WA.LMM.. S
tvT«R«ao«TotR« Ml mmsnu WAtroti.
I,e père Walpole eut bientôt termine le travail qui lui était demandé. Comme le président paraissait mieux disposé que les prédicants, le père accompagna son envoi dune lettre fort polie, par laquelle il le priait de lui procurer un bréviaire, et aussi quelques livres de théolo<ne dont il pût se servir pour traiter plus à Tond les questions. « Il me suffirait, disait-il, d'avoir les oon-
troverses de Bellarmin ; on peut y joindre les institutions de Calvin, en latin ou en anglais, et les autres livres que vous jugerez convenables. »
Le président fut très-touché de cette lettre et fit donner à Henri Walpole des livres, du papier et tout ce dont il avait besoin pour composer et pour écrire. Henri se mit à Tœuvre, et composa en peu de temps deux traités, Tun qui avait ce titre : // faut se garder des faux prophètes, et l'autre sur le Culte et Vlnvocation des Saints, On a su que ce dernier surtout avait été singulièrement goûté par le président.
Cependant, ce qui se passait entre le père et les ministres protestants, perçait dans le public. On lisait ses écrits, on parlait de son savoir, de sa prudence, de ses vertus. Le gouverneur Hun-
CHAPITRB Vil. 57
tiogton et TopclifTe n*y trouvaient pas leur compte; et ils crurent qu'il était temps d'arrêter Fintérét qui s'attachait i leur victime. Ils firent cesser les discussions, retirèrent au Père la faculté ^ d'écrire, multiplièrent les interrogatois, et enfin lui commandèrent de répondre par écrit à sept questions qu'ils loi proposèrent. Les voici avec les ré* penses du père Walpole.
1^ Question. — Dites-nous à quelle aque vous avez quitté le royaume, si vous avez eu la permission de le re?
Répatue. — Il y a douze ans que j'ai
quitté l'Angleterre : je l'ai quittée afin
pratiquer librement la religion catbo-
jue. Je ne me suis pas mis en peine
ci'' demander une permission.
2^ QueêtUm. — Où étes-vous allé
58 CHAPITRK VII
d'abord, et quels ont été vos compagnons de voyage?
Répanfê. — J*ai voyagé seul; qaelquefois, je me suis joint à des personnes qui m'étaient tout à fait inconnues. Je siiis allé d abord à Newcastle, dans la province dTork. Là, je me suis embarqué sur un navire qui se rendait au Hâvre-de-Grâce, en France ; il n'y avait pas d'autres passagers que moi, et les hommes de l'équipage n'ont su que j'étais catholique qu'au moment du débarquement.
3"»« Question, — Où avez-vous vécu la plus grande partie du temps que vous avez passé hors du royaume? Dites en détail ce que vous avez fait depuis que vous avez quitté l'Angleterre.
Répanse. — Après m'étre arrêté fort peu de temps à Rouen ot à Paris,
CHAPITRK VII r>0
je me sois dirigé sur Reims, où j*ai étudié pendant un an la théologie; jde Reims, je me suis rendu à Rome, où
li été admis dans la Compagnie de Jésus. Une première année de noviciat a été consacrée à Texercice de la prière,
^ l'oraison mentale et à des pratiques d'humilité et de mortification. Vers la f\n de l'année, éprouvant de grandes «îouleurs de poitrine et d estomac, j'ai
e^ envoyé par mon général, Claude Aiuaviva. en Lorraine, à Pont-à-Mous-
>n, dans le collège de la Compagnie.
De là, je suis allé à Verdun faire ma seconde année de noviciat. Ma santé s'y remit parfaitement, et je revins à I^ont-à-Mousson, où j'achevai ma théo-
>gie. Pendant ces deux ou trois années
: études, je reçus à Met2 le sous-diaoo-
>at. Envoyé ensuite dans les Pays-Bas.
je m'arrêtai à Paris, et j*y reçus le diaconat et la prêtrise. Arrivé à Bruxelles, j'entendis les confessions en italien, en anglais, en espagnol et en français. Je remplissais ce ministère, lorsque mes supérieurs m'envoyèrent à Tournai, pour y faire, selon la coutume de la Compagnie, une troisième année de noviciat. Cette année terminée, je fus désigné pour exercer à Bruges le ministère de la confession. Peu après, sur les instances du père Persons, mon Général m'envoya en Espagne. Là, je demeurai deux mois à Séville, dans notre maison professe et au séminaire anglais. Puis, on me fit passer à Valladolid, où je séjournai six ou sept mois. Enfin, ayant été chargé de solliciter auprès du roi d'Espagne des lettres de recommandation au sujet de l'érection
CHAIMTHF v:i 61
d'un séminaire. <* ^.....^ w...^i, je demandai et j'obtins une audience de ce prince^ Des qu'il m'eut remis les lettres que je désirais, je me rendis dans lee Pays-Bas, et je les présentai au gouverneur et aux magistrats. De retour i Saint-Omer, je travaillai avec les autres pères de la Compagnie à l'œuvre de ce séminaire. Cette affaire terminée, je passai en Angleterre.
40^ Queuion. ~ Quelles sont les personnes, anglaises ou étrangères, hommes ou Temmes, avec lesquelles vous avez eu des rapports pendant ce tempef Quels sont leurs noms?
Répcnu. — Pendant le temps de
mes études et de mon noviciat, je n eus
.:Qère de rapports quavec les membres
te la Compagnie de Jésus. Plus tard« je
on versais habituellement avec les élè-
62 CHAPITRR VII.
ves de nos collèges anglais. Quant aux personnes du dehors, je neus de rapports qu*avec celles qui se confessaient à moi, et je confessais peu d'Anglais.
Au reste, ces rapports se réduisaient à peu de chose, car nos règles nous laissent peu de latitude à cet égard ; et Taccomplissement de nos devoirs, les occupations nombreuses qui remplissent toos nos instants dans les collèges, ne nous permettent que de faire de très-courtes visites , et seulement celles qui sont exigées par les bienséances. Je n'ai eu aucun commerce avec les personnes d'une autre nation, sinon quelquefois pour leur servir d'interprète. J'ai visité aussi des prisonniers *et des malades de diâèrents pays. *
5°** QuêêHan. — Quel but vous proposiez-vous dans vos conversations
dan» les consens qu^ donniez {
Quelles sont les personnes qui vous ont consulte?
RépoHiê, — Mon unique but fut ton* tours la plus grande gloire de Dieu et ie bien du prochain. J*ai employé tous les moyens qui ont été en mon pouvoir lorsque je lès ai jugés propres A soulager les autres et à les rendre meilleurs. Jai tâché de ramener les protestants à la foi catholique, d'apaiser les haines et les divisions, et de iaire régner entre tous la paix et la charité. Quoique je sois moi-même fort imparfait, cependant, j*ai toujours cherché, par mes prières et par mes conseils, à conduire tous les hommes A la connaissance et à Tamour de Dieu, notre souverain Maître; je les ai toujours portés à la pratique de sa loi;
je ne me suis jamais (•: d'autre
but dans toutes mes actions. i^(j.s moyens que j'ai employés ont toujours été conformes à l'esprit de ma vocation, qui est un esprit de droiture, de douceur et de charité. Pour assurer à mes compatriotes la grâce du salut, je suis disposé à tout souffrir. Car j'aime mon pays et lui suis dévoué; je le préfère à tous les autres, comme il convient à un chrétien sincère et à un sujet Adèle. Pour son bien spirituel, même pour son bien temporel, je suis prêt à tout faire, excepté ce qui serait mal et constituerait une offense envers Dieu. 6"® Question. — D'oîi, par quel intermédiaire et de quelles personnes avezvous reçu des avis ou des nouvelles?
De qui avez-vous reçu uue direction pour traiter n'importe quelle affaire
•tans 06 rov;)ntii«>« f!pr>ni<« que Toas y tes entré ?
Répomêe. — . :. ... , en d'autre
r1ir<^ction que celle du Père Peraons. Je ne suis expliqué plus haut sur les oyages que j*ai faits en Espagne et
iaos les Pa\*8-Bas. Depuis que je suis i\ Angleterre, je n'ai reçu aucune nouille, ni du dedans, ni du dehors, à part lelques lettres, asspz ingi^nifiantes, > plusieurs amis.
7^ Question, — Dans quel dessein os- vous venu en Angleterre 7 A quelles rsonnes avez-vous été adressé? Onds •ot leurs noms { Réponse. — Rentré en Angleterre,
mon intention était de chercher à con-
litre quels sont les Pères Jésuites qui
trouvent en prison, afin de savoir
. ir eux de quelle manière je pouvais
WALfOl 6*
me mettre en communication avec mon supérieur. Car c'était à lui à m'indiquer ce que j'avais à faire, et à me donner des conseils dans les difficultés que je pouvais prévoir ou qui auraient pu survenir. Quant à vous nommer quelqu'un et à compromettre qui que ce soit, je ne le ferai pas. Ce serait trahir ma conscience et commettre une action indigne, que d'exposer mes frères les catholiques, qui me sont unis par les liens d'une même foi. Je suis prêt à faire pour ma patrie tous les sacrifices qui ne Mront pas contraires à ce que je dois à Dieu ; mais l'obéissance à Dim avant tout : rien au monde ne me décidera jamais à faiblir dans cette résolution.
Après avoir reçu cette déclaration.
Topcliflfe signifia à Henri Walpole one.
CBAPITRK VII. 67
par ordre de la reine, il allait être transfère à Londres. Il quitta York le 26 février 1894. Durant un voyage de plus de quarante lieues, Topcliffe ne lui (épargna ni les humiliations, ni les opprobres, ni les mauvais traitements.
Dans tous les lieux où on s'arrêtait, il publiait qu*il conduisait à Londres un criminel des plus dangereux, un enne* mi capital de la reine et du royaume; qu'il avait entre les mains les preuves U's plus évidentes de ses trahisons. Il uborna même des témoins, qui promi« ront d'affirmer sous la foi du serment •^>i^ Walpole avait tramé un complot .. :e la vie de la reine. Mais il fut si difficile de donner à cette accusation l'ombre de la vraisemblance, qu'il fallut renoncer. Le Père Walpole fut enferif' k \îA Tour de I^ndrf»». Laissé à la
discrétion de Topclifl'e, il fut mis quatorze fois à la torture, et notamment suspendu par les pouces qui cédèrent et se détaphèrent de la main. Son dénuement était si grand qu'un geôlier, homme pourtant sans cœur et sans entrailles, en fut ému de pitié, et fit informer quelques parents du prisonnier de Textrême nécessité où il seitoivait : sans lit, sans habits, n'ayant TOn pour se garantir du froid pendant un hiver très-rigoureux, on ne lui permit daccepter qu'un peu de paille pour se reposer. Le cœur barbare de TopcliflFe dut même faire effort pour pousser la com* passion jusque-là.
Après une année de souffrances endurées avec la constance la plus héroïque, il comparut devant les conseillers de la reine. Ceux-ci décidèrent quil serait
reconduit à York et ju^^'t- aux plus prochaines assises.
Il n'avait quitté la prison de la Tour
i)ue depuis peu, lorsque le Père Jean
r^rani fut arrêté et jeté dans le même
'^ me tournai de tons câtés
•ur reconnaître le lieu où Ton m'avait
nfermd. raconte ce Père, lorsque,
ut à coap, un faible rayon de lumière,
i traverser lobscurité de ma
w> découvris le nom de Henri
tracé sur la muraille, puis les
ufchœurs des Anges. Celui
' la ViefL'e Mane se trouvait au-des-
18 de Tordre des Séraphins, et celui de
•sus au-dessus de celui de Marie. Le
ut était surmonté de oeini de Dieu,
crit en hébreux, en grec et en latin.
^ fut pour moi une bien grande con-
I VojM rapp«erfic# III.
solation de me voir dans ce cachot sanctifie par les souffrances et les prières d*un si saint religieux et dun si glorieux confesseur. Plus tard, on m'envoya d'York le fragment d'une discussion que le Père Walpole avait soutenue à la Tour, et des méditations composées par lui, sur les souffrances du Sauveur. L'écriture ressemblait beaucoup à celle d'un enfant; le caractère était quelquefois indéchiffrable, et Ton reconnaissait facilement que cela tenait, non pas à la précipitation avec laquelle les lettres avaient été formées, mais à l'affaiblissement de la main qui les avait tracées, et à la privation de quelques doigts. »
Ainsi, dit le Père Henri More, de même que le sage, en quelqu'endroit du monde qu'on le conduise, retrouve
rMAUiTpvvM 71
une patrie, un ^dini reii^^ieux, eu quel- ()ue lieu que le renferme la malice dat liommes, sait retrouver le Ciel.
c^ rtsiK rnojtrMiHmsr aviu. lk pâui wtsiiii wauolm.
Nous laisserons parler ici le Père Cresweil, dont nous citerons le récit sans rien changer à la naïveté de son langage :
« Il ne sera pas peut-être éloigné de notre propos, quoique ce soit avec quelque digression, de déclarer ici la cause pour laquelle ceux du conseil de la reine prirent, si soudain, la résolution défaire mourir Walpole et Robert Southwell,
7 1 CIIAPITKK VIII.
après avoir ic-iiu i uii un au cii iui.>uu, et lautre près de trois ans. Il semblait à un chacun que ni l'un ni Tautre ne (levait mourir, d'autant que la fureur de la persécution personnelle contre les Jésuites semblait être affaiblie, et avoir du tout pris fin, ayant Robert Southwell enduré dix fois la question, et l'autre quatorze fois. La commune opinion d*un chacun, était que la reine avait fait serment de ne plus faire en sa vie massacrer aucun Jésuite; d'autant que cette sorte de traîtres (ainsi les nommait-elle), avec la fausse opinion de science et de sainteté qu'ils avaient acquise aux yeux du peuple, comme aussi la constance et la fermeté avec laquelle ils enduraient la mort, lui apportaient plus grand dommage par leur mort que non pas par leur vie. Aussi.
CHAPITRB VIII. 75
depuis les années 1581 et 8;^, où forent martyrisés les Pères Campian. Cottam et Briant, ils n'avaient fait mourir au-
m religieux de la Compagnie, bien qu'ils en eussent plusieurs prisonniers en leur puissance, sauf le Père Jean Oernil, qu'ils firent mourir Tan 1594, lequel, toutefois, ils ne connurent pour Jésoite que lorsque, arrivé au lieu du supplice, lui-même se déclara tel, les hérétiques l'ayant toujours jusque-là tenu pour simple prêtre des séminaires.
n Donc, voici le cas Jnopiné qui les porta à changer de manière de procéder, et à agir contre le serment de la reine, si toutefois elle l'avait réellement fait. Six jeunes Anglais ayant quitté le sémi* naire anglais de Saint-Omer, pour se rendre aoaéadtiaife d'Bspagne, s'étaient
embarqués au port de Calais avec un Père de la Compagnie, qui était comme leur pédagogue, bien qu*à l'extérieur il parût un marchand de Naples. pour avoir vécu longtemps en Italie et savoir bien la langue. Faisant voile en mer, ils furent pris par les Anglais, le 25 janvier 1595, jour de la Conversion de saint Paul, et menés à la cour de la reine, où ils furent interrogés d'abord par le grand-amiral, puis ensuite par l'archevêque de Cantorbéry et autres du conseil. Le jeune âge de ces écoliers, et la ferme résolution où ils étaient de persévérer dans la foi, l'éducation qu'ils avaient reçue à Saint-Omer, la noblesse des familles auxquelles ils appartenaient, le vif désir qu'ils témoignaient d'arriver en Espagne, le récit qu'ils firent de la haute protection que le roi
M * «"TRK Vin. 77
donnait au .^rniniaire de Saini-Otner, <]U*il avait placé particulièrement sous le patronage du prince d'Espagne, tout enfin enflamma leur colère. Ils se montrèrent aussi très-irritës de ce que les Pères de la Compagnie ou Jésuites « avaient la charge de ce séminaire de Saint- Omer; car ils assuraient que c'étaient gens plus méchants et plus pestilentieux qu'il y avait au monde.
Un des examinateurs, nommé Fontanus, poussa les choses à tel point, qu'il perdit toute patience et dit mille maux en public des Jésuites, aflSrmant que lui-même désirait être le bourreau pour les égorger, vu qu'ils étaient la peste de toutes les républiques : et pour preuve, il alléguait comme chose connue et fort assurée, que les Jésuites de France avaient enseigné à leurs diaoiples et