HAPITttK Vlll
enjoint pour pûuitence particulière à leurs pénitents, qu'ils tuassent le roi très -chrétien. Il ajoutait que c'était chose notoire que le roi d'Espagne avait ordonné d'exiger de tous les Anprlais qu'il entretenait dans ses séminaires, le serment de comploter contre leur patrie et de tuer la sérénissime reine. Nos jouvenceaux répliquaient que jamais ils n'avaient entendu parler d'un serment pareil, et on leur répondait que cette intention ne se découvrait pas au commencement, mais par après et petit à petit. On leur disait aussi, que le peuple d'Espagne était mauvais, le pays pauvre au regard d'Angleterre, et que c'était folie de vouloir quitter et abandonner les délices de la patrie , pour aller souffrir en autres lieux moins conrunodes : à quoi ces jeunes gens rëponHir^nt
qu iU ttilaient chercher I ' -< la religion et la piété chrétieaoas.
t Survint alors oertain prédicaat fia* mand marié, nommé Scrabia, et résidant en la maison du dit archevêque :
il dit qu'il avait été en Espagne, et que, ^ien qu'il y eût apparence de piété et de religion, de fait il ne s*y en trouvait pas. Alors, un de ces jeunes gens lui ait : Laissez-nous y donc aller aussi nous autres, pour nous convaincre s'il V a de la piété ou non ; si nous n'en pouvons pas, au retour nous serons de votre avis. Alors un des théologiens de l'archevêque s*avança pour disputer avec eux; ils lui répondirent qu'ils : l'étaient pas théologiens, mais simplement rhétoriciens, et qu'ils allaient en Espagne pour apprendre la philosophie et la théologie. Déjà vous avez entendu
80 r!î A PÎTRK VI!I
tout ce que peuvent dire les papistes de leur côte, dit le docteur, maintenant, il faut que vous nous entendiez aussi nous autres. Les jeunes enfants lui répondirent : Monsieur, jusqu'à présent nous ne nous sommes pas occupés de théologie, nous avons seulement appris la foi de nos pères qui étaient catholiques; maintenant, nous allons en Espagne pour ouïr les théologiens. Au retour nous écouterons les vôtres, et alors, probablement, noussauror*? r'^'^'^^^re à tous vos ftrguments.
» Ces réponses augmentèrent encore rirritation des conseillers; la disparition du marchand de Naples, qu'ils tenaient pour être vrai Père de la Compagnie, ne fut pas de nature à la calmer.
Ces jeunes gens parvinrent 1 un après l'autre à s'enfuir de la maison de lar-
CHAPITRB VIII. 81
chevéque« de 8orte que le prélat se trouva bientôt sans pas une de ses brebiettes.
» Quand j'écrivais ceci, deux des principaux d'iceux étaient arrivés au séminaire de Valladoiid, desquels on a appris toute cette histoire. Pour ces événements, ceux du conseil de la reine furent tellement irrités contre les Jésuites . que incontinent ils advisèrent avec Topclifle aux moyens.de se venger.
Topcliffe* leur rappela qu'ils avaient deux Jésuites prisonniers à la Tour de Londres, et on statua quon les ferait mourir. Aussitôt, ils amenèrent le Père Southwell devant le banc de la reine et le condamnèrent, et au même temps ils commandèrent faire retourner Walpole à York, afin de faire prononcer sa sentence par les états de oatte province
pour la plus grande frayeur de tous.
Et par ainsi , maintenant nous irons poursuivant le fil de son laborieux voyage que nous avons incommencé. »
RBToom D« mmxmt waltols a Toas. JOOBMSirr
Dan» le trajet de Londres à York.
Henri Walpole. affhibll qu'il )§talt par
>; torturea et les fatigues d'un voyage pénible, ajouta encore des austërités volontaires aux privations que lui faisaient endurer ses bourreaux. Jamais il
'ut d'autre lit que la terre; jamais il ne réclama le moindre adoucissement; il lui arriva même de refbser ceux qu'on pouvait lui offrir.
84 CHAPITP»' «v
Réintégré dans sa j : .ri, il passa la plus grande piartie dus nuits en prière, assis sur une natte longue de trois pieds. Si la nature réclamait impérieusement un peu de repos, il s'étendait à terre quelques instants, et se remettait ensuite à prier ou à composer des vers sur quelque sujet pieux. Un bon nombre de ministres anglicans se présentèrent encore pour discuter. Walpole ne refusa pas de les entendre : il était venu en Angleterre pour exercer son apostolat, et, à l'exemple de l'apôtre saint Paul, il ne perdit jamais l'occasion de prêcher Jésus-Christ, et de défendre les dogmes de la foi véritable.
Un jour, Sandes, un des fils de TéTéque protestant d'^'ork, vint lui réciter un discours de cinq quarts d'heure, qui était une violente diatribe contre la
< Haï ilRK IX 85
religion catholique Walpole l'éoouta avec patience; puis, quand il eut flni, reprenant chaque point de cette longue harangue, il en rëruta les erreurs avec tant de calme, de lucidité et de force, que les assistants ne purent dissimuler leur admiration, et publièrent partout qu'il était un puits de science et quil n'avait pas son égal.
Les assises avaient été fixées au 13 avril. Les juges Belmont, Hellyard, Elvin, se rendirent dans la salle des séances, et avec eux une foule innombrable de gentilshommes et de magistrats. Jamais on n'avait vu une assistance plus considérable.
On fit comparaître Henri Walpole chargé de chaînes, et avec lui plusieurs criminels notoires, pour ajouter encore à son ignominie.
80 CHAPITRE IJC.
Le greffier lui dit : « Honri Waîpoîp, levez la main. »
Le Père fit d*abord le signe de la croix, et leva la main.
Le greffier continuant : ■ Henri Walpole, vous êtes accusé d'avoir, étant Anglais, né dans la province de Norfolk , sujet de notre reine Elisabeth , Taîné de votre famille et l'héritier de votre père, quitté ce royaume, passé le détroit, et reçu la t)rétrise dans FEglise romaine; et, de plus, d'être rentré en Angleterre comme un traître et un ennemi de la reine, au mépris des lois du royaume, et d'être allé à Kirkham, où vous avez été arrêté.
Vous i*econnaissez-vous coupable de ces trahisons et du crime de î^se-majesté?»
Henri répond : <( Je tie suis pas un
traître, et je n'ai commis aucun onroe contre la reine. »
Le secrétaire : « Par qui voules-vous être jugé? •
Henri : « Je suis clerc, je ne puis dtre jugé que par des clercs; et je ne Tois ici que des laïcs. •
Le secrétaire : « Il n'est point ici question de clercs ni de laïcs ; voulezvous être jugé par Dieu et votre pays? •
Henri : « Puisqu'il le faut, que je sois jugé par Dieu et mon pays. »
Alors, ravoo^t-général Sawel prit la parole. Après une diatribe sans fin contre tous les prêtres de l'Eglise romaine en général, il invectiva plus particulièrement contre les Jésuites, qu il chargea de tous les crimes, leur reprochant surtout de vouloir assojétir toutes les nations au Pape, et leur imposer la Foi
romaine. « Henri, ajouta-t-il, est un de ces hommes détestables; il a vu le Pape; il a été reçu en audience par le roi d'Espagne; il s est mis en rapport avec Persons, Holt, et d'autres traîtres ; il a visité les séminaires anglais, il y a séjourné, il a contribué à les fonder. Bien loin de le nier, il en convient; il en a fait laveu : nous avons sa déclaration écrite de sa main. Son crime est donc manifeste, palpable, aussi clair que le jour. »
On le voit, le long discours de Taccusateur se résumait en ces quelques mots : il est prêtre, il est Jésuite, donc il est traître.
Henri se lève pour répondre à laccusateur; Hillard, irrité, lui crie : a Qu'avez-vous à dire? vous avez tout avoué : nous avons là votre déclaration écrite. »
« ' '»prend Henri, j*ai avoue
que je ^uis prêtre, que j'ai l'honneur d'être Jésuite. Mais comment trouvezvous une trahison dans mon caractère de prêtre, dans ma qualité de religieux de la Compagnie de Jésus? Saint Augustin, l'apêtre de l'Angleterre, et ses compagnons étaient prêtres et religieux comme moi; étaient-ils pour cela des traîtres? Tous les membres de votre clergé, avant les changements survenus sous Henri VIII, étaient prêtres comme moi ; un très-grand nombre d'entre eux étaient religieux; ëtaient-ils pour cela des traîtres? Pourquoi donc le seraisje pour être ce qu'ils ont été? Le sacerdoce est une dignité, un ordre institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, confié par lui à ses apAtres, prêtres eux-mêmes, comme le furent aussi les saints Pères
90 «Il MM TKr- IX.
et les Docteurs de l'Eglise qui convertirent le monde. Je suis Jésuite; comme tel. j'ai fait vœu de pauvreté, de chasteté, d'obéissance : mais ces trois vœux ne sont-ils pas faits par tous les religieux du monde entier? Les apôtres ne les ont-ils pas observés les premiers? Où donc peut être le crime de trahison?
Belmont Tinterrompit à son tour :
— Ce n'est pas parce que vous êtes prêtre et Jésuite que vous comparaissez devant ce tribunal, mais parce que vous avez désobéi à la loi, qui ordonne à tout prètio venant d'au-delà du détroit, de se présenter au magistrat, dans un délai de trois jours, pour faire sa soumission à la reine.
— Je ne suis pas sous le coup de cette loi, répond Henri; elle donne un délai de trois jours, et il y avait à
CHAPITRK IX. 01
peine quelques heures que j'étais sur le sol britannique, lorsque vous m'aves arrêté.
— De plus, ajouta Beiraont, tous aves été en rapport avec le roi d'Espagne, voua avez conversé avec Peraona et Holt.
— Mais les amis de la reine, reprmA Henri, vos ministoes. n'ont-ilspas aussi des rapporta avec le roi d'Espagne? Songez- vous seulement, pour ce fait, à les accuser de trahison? Non, car ce n'est point pour comploter contre la reine qu'ils ont des rapports avec lui! Eh bien ! je suis dans le cas des ministres : comme eux, j'ai eu des rapporta avec le roi d Espagne; mais, pas ploa que les minis-res, je n'ai comploté contre la reine et son gouvernement. Je donne à qui qae ce soit le défi de four-
92 ' II AÏMTIM* I \.
nir la moindre preuve du contraire.
Jai conversé avec Persons et Holt; mais entre eux et moi , sest-il agi de complot? Nullement. On ne peut articuler aucun fait, on ne peut citer aucune de mes paroles qui donne à cette accusation l'ombre même de la vraisemblance.
Hillard, stupéfait, gardait le silence; Belmont ne savait que répondre, un léger frémissement prouvait que les assistants donnaient raison à Henri Walpole. Elwin, le troisième juge, vint au secours de ses deux confrères.
— Henri Walpole , dit-il , laissez-là tous ces vains discours; répondez seulement à cette question : Promettez- vous obéissance à la reine Elisabeth?
— Tout bon citoyen, répond Walpole, lui doit obéissance dans fout ce
rilAlMTRR IX. 98
qui neet pas contraire à la loi de Dieu, et, pour roa part, je nai jamais manqué A ce devoir. Je prie tous les jours pour la reine et la prospérité de son royaume.
— Promettes de ne plus exercer les fonctions de votre sacerdoce, dit à son tour Belmont; la reine vous le défend.
Jurez que vous la reconnaissez comme chef de l'Eglise; si vous le faites, nous regarderons comme non avenues toutes ces accusations de trahison qui pèsent sur vous ; nous proclamerons votre innocence.
~ Vous Tavez dit, répond Walpole, être prêtre n'est pas un crime; il n*y a donc pas de crime à exercer les fonctions du sacerdoce. Je suis prêtre par l'autorité de Dieu ; il me commande d'aller, de prêcher l'évangile à toute créa-
94 THAPITRR TX.
ture et d'administrer les Sacrements voyez si je dois obéir aux hommes plutôt qu*à Dieu. Ce n^est pas à la reine qu'a été confié le pouvoir des clefs; ce n*est pas à elle qu'il a été dît : Tu êê Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise; ni ces autres paroles : Paisse» mes agneaux, paissez mes brebis. Mais ce pouvoir a été confié, ces paroles ont été dites à l'apôtre saint Pierre et à ses successeurs légitimes. Puis-je reconnaître à la reine un droit que Jésus-Christ a formellement et exclusivement conféré au Souverain-Pontife , successeur de saint Pierre?
Alors, Belmont, se tournant vers les jurés : « Les débats, dit-il, sont terminés. Vos consciences sont suffisamment éclairées, vous pouvez vous retirer pour délibérer. »
— Messieurs, dit à son tour aux jurés le Père Walpole, vous êtes établis pour me juger. Examinez surtout si Ton me reproche d'autres crimes que ma qualité de prêtre et de religieux de la Compagnie de Jésus.
Après un quart d'heure à peine de délibération, les jurés rentrèrent et déclarèrent Taccusé coupable.
Il était tard, le Père fut reconduit en prison et tenu à la chaîne; la sentence de condamnation ne fut prononcée que le jour suivant, qui était un samedi.
On condamna le même jour un autre missionnaire. Alexandre Rawlin^, et l'exécution des deux martyrs fut remise au lundi.
(1) AWnadra RawUd. (Taprte RayMiiii. aaraH Hé mimh daM U Compsgnk à» iétw, ptoWbliMt pcadtat m captivité. ilkfUBb*, Ti
SA Limi AU rÈMM ElCSAmO HOI :1IT.
Rentré dans sa prison. Henri WaU pôle se vit entouré par ses juges, qui le supplièrent d*avoir pitié de lui-même, et de revenir de ce qu'ils appelaient son obstination. Tout fut inutile. « Pourquoi donc, leur disait-il. pourquoi cherchez-vous à me soustraire au plus grand bonheur que je puisse désirer?
Mourir sur l'écharaud, parce que je suis
98 CHAPITRK X
prêtre et Jésuite, est-il rien Ue plus digne d'envie? Qu*ai-je à faire, sinon de louer Dieu et de le remercier dans les sentiments dune profonde reconnaissance, de ce que, tout indigne que je suis, il daigne maccorder cet honneur. Je vous rends grâce, à vous aussi, puisque cest vous qui me procurez cette gloire. »»
Il écrivit à son père, le priant de donner, comme prélèvement sur le patrimoine qui lui revenait par le droit de sa naissance, et d*après les lois du royaume, la somme de quatre-vingts livres sterlings , pour être partagée entre ses gardiens, à titre de gratification. La souscription de cette lettre était conçue en ces termes : Votre fiU tris-obéissant, Henri Walpole, prisonnier.
Il écrivit aussi au Père Richard H-^îî^v
CRAPÏTRr X 99
une lettre que nous citerons ici tout entière :
m C est demain que je dois être exécute >. il me parait donc utile, nécessaire, de me recommander à vos prières et à celles de nos Pères et de nos FYères. Au reste, je ne doute pas que le Saint-Esprit ne vous ait déjà inspiré, ainsi qu*à tous les cœurs vraiment ca< tholiques avec lesquels je me fais gloire d*étre en communion, de prier notre Dieu, créateur, rédempteur et sanctiflcateur, afin qu'il me vienne en aide dans ce dernier combat que je vais soutenir pour la gloire de son Nom et Texaltation de la Sainte Eglise. Qu'il daigne fortifier rbonune intérieur coo-
(1) BmH Wftlpol* l« croyait ; mata eoMM nom Tai dH plw lua^ l'ciÉMtkMi 6ê U tMiaoe» fot mtim M
100 CHAPITRK X.
tre^ les suggestions de cette chair de mort que nous avons reçue du vieil Adam! Cette prison terrestre qui retient mon âme va tomber; mais Dieu, de sa main puissante, la ressuscitera un jour glorieuse et immortelle, pour la placer dans le séjour de Téternelle félicité, et la rendre conforme à celle de Jésus- Christ notre Sauveur.
» Si je considère Tinfirmité de ma nature, la gravité de mes péchés, le grand nombre de mes imperfections, j ai tout lieu de craindre. Mais le sang de TAgneau sans tache; mais Tintercession de la bienheureuse Vierge Marie, de tous les anges, de tous les saints; mais les prières de ceux qui régnent déjà au Cie| et de ceux qui sont encore sur la terhe, de ceux, surtout, qui vivent dans la Compagnie de Jésus; mais
rHAriTRK X. 101
les mérites infinis de Jésos-Christ .
notre Rédempteur, et les miséricordes inépuisables de Dieu le Père, de ce Dieu de toute consolation, m'inspirent la plus ferme confiance, et me donnent ane espérance que rien ne serait capable d'ébranler,
■ Après tout, je suis condamné uniquement parce que je suis prêtre et religieux de la Compagnie de Jésus.
Est- il un sort plus glorieux que celuilà? Ce sacerdoce, ne Tavons-nous pas reçu de Jésus- Chrit même, le Pontife suprême? Qui donc pourrait refuser de mourir pour une cause qui touche de si près à la gloire et à l'honneur de Dieu notre Sauveur? Quant aux vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, par lesquels je suis lié, ne sont-ils pas tout à fait conformes à l'esprit de Jésas-
WALfOU
Christ , dont nous devons tous être animés, nous surtout qui sommes ses compagnons et ses soldats d'éliteî Dans tout cela, où est la trahison? Une accusation pareille ne pourrait-elle pas être intentée à Jésus-Christ lui-même?
Ah! qu'il pardonne à notre pays cette ipj^^e faite à sa divinité!
» On me reproche aussi d être rentré en Angleterre ; il ne peut pas non plus y avoir un crime dans ce fait, car aucune puissance humaine n'a le droit d'interdire l'accomplissement d'une pareille mission.
» Tout cela est assez connu, mais j'y reviens sur les instances d'un excellent prêtre qui me presse de le faire, et aussi pour votre propre satisfaction.
Ils m'ont condamné en vertu de la loi fjui défend à tout prêtre catholique de
M vïMTR»^^ r 106
remeiire les pieds en Aii^'icierre. Qae le Dieu tout-puissant ne leur impute pas ma mort! qu'il ouvre les yeux de la reine et de ses conseillers, afin quils reconnaissent et détestent leur erreur!
Que le Saint-Esprit détruise le règne de Satan, le règne de l'Antéchrist, qui ravage l'héritage du Fils de Dieu , qu'il l'anéantisse bientôt du souffle. de sa bouche! Ainsi soit-il.
» Je ne vous dis rien de tout ce qui 8*est passé pendant l'année de ma détention à la tour de Londres; je me tais aussi sur beaucoup d'autres détails.
Vous les connaîtrez au Ciel, où nous nous reverrons. Que cette lettre écrite à la hâte, mais avec une affection bien cordiale vous suffise. Il est temps que je laisse la plume de côté, pour ne plus m'occuper que de la prière et de ce
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grand Dieu pour lequel je combats, et que demain, je lesp^'-'^ ''^ verrai face à face.
» Quand je serai auprès de notre Sauveur, je ne vous oublierai pas, ni vous, ni aucun de ceux qui sont à lui. (Test là mon espérance; elle est appuyée sur la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, à qui soit, ainsi qu'au Père et au Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire dans le Ciel et sur la terre pendant toute réternité.
» Ce vendredi de la quatrième semaine du Carême,' si rapprochée de
(i) U lettre da P. Walpole e«t du 14 avril : TAogleterre n'âvait pas encore accepté la réfomie du calendrier, et Pâques qui venait, cette année, le Sftmmrt, pooroeax qui suivaient le calendrier réformé, ne venait pour lea autres que le 23 arril (ancien style), qui était le 30 (ttvle nouveau).
niAPITRK X. 106
la semaine de la Passion de Notre-Seigneur. Oh! quil me rende, qull nous rende tons conformes A lui! c'est la grâce que je lui demande avec instance. Gloire au Pèro, et au Fils, et au Saint- Esprit dans tous les siècles des siècles. Amen.»
Le lundi 17 avril 1595, peu >iprÔ8 la pointe du jour, le magistrat se présenta à la prison, et en fit sortir d'abord .Uexandre Rawlin. Henri Walpole n'en' sortit que deux heures après. De nombreux visiteurs se pressaient pour le voir et lui parler une dernière fois. Les uns se recommandaient à ses prières, ou lui demandaient quelque conseil, ou l'encourageaient à la constance. Il leur
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répondait avec cliarité, résolvait avec calme et sérénité leurs difficultés et leurs doutes, ou leur rendait grâce de leurs bonnes et fortifiantes paroles. Les autres le suppliaient d'avoir pitié de lui-même et le sollicitaient de céder ou de paraître au moins céder aux instances des juges. Dans ce cas, lui disaient-ils, sa grâce était certaine. Il ne devait pas, en se refusant avec obstination à une démarche qui, après tout, ne changerait en rien ses sentiments véritables, s'exposer à la honte du dernier supplice. Henri Walpole repoussait avec horreur de pareilles propositions, et il rappelait à ces conseillers perfides, qu'un disciple de Jésus-Christ ne doit jamais rougir de sa foi, encore moins la renier; qu'il n'y avait point de honte â mourir pour une si noble cause, mais
« HAPITKK \l 109
(|U*il se (léslionorerait par une lâche apostasie. On voyait aussi des ministres protestants qui étaient là pour discuter et qui le poursuivirent jusqu'au lieu du supplice. Il leur dit : « Le temps des disputes est passé. J*ai répondu nettement à toutes vos objections, et je vous ai réduits au silence. Je vous ai montré la futilité de vos raisonnements, et vous n'avez su opposer aux miens aucun argument de quelque valeur. Ce que vous avez de mieux à faire, maintenant, c'est de me laisser en repos. Pourquoi perdre votre temps et me distraire dans laccomplissement du dernier acte de ma vie? Je vous en prie, songez à votre salut, et laissezmoi en paix consommer le mien
On conjura le magistrat qui devait présider au supplice de le retarder jus-
WALTOL. 10
quau lendemain; on disait que peut-être on parviendrait, dans cet intervalle, à triompher de lentêtement du Père ; c'est le nom qu'on donnait à son inébranlable fermeté. Le magistrat n avait pas le droit d'accorder le sursis qu'on réclamait; il ne croyait pas non plus que le Père se déterminât jamais à renier sa foi. Cependant, il consentit à faire une dernière tentative, et envoya un de ses hommes demander de sa part à Henri Walpole, ce qu'il ferait et quel conseil il donnerait aux autres, si le Pontife romain excommuniait la Reine et lui déclarait la guerre, u pites au magistrat, répondit Walpole, que jamais je ne ferais rien, que jamais je ne donnerais aucun conseil qui fût contraire à la foi catholique et qui pût souiller ma conscience. »
Le magistrat, dès que cette réponse lui eut été transmise, fit sortir de prison Henri Walpole. Alexandre Rawlin l'aperoevant lui donna les marques du plus profond respect. 11 était déjà étendu sur la claie, mais sa main droite était libre encore ; il la présenta au Père Jésuite qui la serra afiectueusement, et lui dit, en lui baisant la main : « Oh! que je suis heureux de faire avec ▼DOS le voyage de l'éternité ! »
Walpole devait être étendu sur la même claie : Alexandre Rawlin demanda à être attaché dujcôté gauche, parce qu'il voulait laisser la droite au plus digne. Mais, afin que les deux patients ne pussent se parler et s encourager mutuellement, ils furent étendus sur cette claie en sens contraire, de manière qu il leur était impossible même de se voir.
112 rnAPiTui
Dès qu'on ..^^ ,t. nvc au lieu du o^j,plice, Alexandre fut détaché le premier de la claie et suspendu à la potence.
Son corps fut ensuite divisé. Ce spectacle ne fit pas même sourciller Walpole. Détaché à son tour, il monte les premiers degrés de Téchelle, tandis que les ministres protestants lui crient une dernière fois : « Ayez pitié de vous-même; reconnaissez la suprématie spirituelle de la Reine, et nous obtiendrons votre grâce. »
— Le beaa conseil vraiment, leur répond Walpole, que celui d'acheter quelques jours de vie par un crime!
— Au moins, lui disent-ils, faites, avant de mourir, un acte de charité, n'ayez aucun ressentiment contre personne.
— Grâce au ciel» Messuiirs. reprend
' lî M'ITU! \I. ]]^
Walpoie, ja suis en paix avec tout le inonde; je prie Dieu pour la Reine;je le prie pour ma patrie; je le prie pour tous, et spécialement pour ceux qui sont les auteurs de ma mort. Qu'il dissipe leurs ténèbres, qu'il les ramène au sein de la ▼éritable Eglise, et qu'il les dispose à recevoir ses miséricordes.
Le condamné franchit les degrés de l'échelle en récitant l'Oraison Dominicale. Lorsque les ministres protestants l'entendirent commencer la Salutation angélique. ils éclatèrent en imprécations et en blasphèmes, et, par leur ordre, le bourreau se hâta d'achever son œuvre.
La foule était attendrie, on entendit même des pleurs et des sanglots. Jamais exécution n'avait attiré une noblesse aussi nombreuse. Tous admiraient la foi catholique, qui inspire à ceux qui
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la professent tant d'héroïsme et de courage, tant d'abnégation, de patience et de dévoûment.
Henri Walpole était âge ue irenie-six ans, et il en avait passé onze dans la Compagnie de Jésus.
Ses quatre frères lui survécurent. Un d'eux embrassa le parti des armes, et se distingua au service du roi d'Espagne, par sa valeur et par son attachement inviolable à la religion. Christophe, celui que nous avons vu se dévouer pour arracher Henri aux rigueurs de la prison de Flessingue. s'était rendu à Rome après la délivrance de son frère, et termina ses études au collège des Anglais. Reçu dans la Compagnie de Jésus en 1592, à l'âge de vingt-quatre ans, il n'y fournit pas une longue carrière, et mourut en 1606 à Valladolid,
oh il exerçait les lonctions de prétV't spirituel. Il s'était toujours fait remarquer par son goût pour les choses de Dieu, et par un grand arooiir de la vie cachée. Richard, qui était plus âgé que Christophe, entra un an après lui dans la même Compagnie. Après avoir été employé comme préfet des études à Valladolid et à Séville, il succéda â Joseph Cresweill, comme vice-préfet de la mission d'Angleterre. On a de lui quelques ouvrages théologiques, dont Pithser fait un bel éloge. Il mourut à Valladolid, en 1607, à l'âge de quarantedeux ans. Michel le remplaça à Valla^ dolid dans la charge de préfet des études, et devint plus tard supérieur des Pères Jésuites d'Angleterre. Puis, étant retourné en Espagne, il mourut à Séville. en 16S0, n'ayant guère plus de
cinquante ans. On a de lui un Traité de la soumission à Dieu et à fEglise, une Adresse aux Catholiques dAngleterre, un Traité de l'Antéchrist contre George Dowhnam, une traduction en anglais de la Consolation philosophique de Boëce, et une Vie de saint Ignace, traduite de l'espagnol. Henri a la gloire d'avoir frayé la route à ses frères ; seul il a été martyr, mais les autres ont prouvé par le généreux abandon de tous les avantages humains, qu'ils neussent pas reculé devant le sacrifice de la vie, si les circonstances leur avaient permis de verser leur sang pour la défense de la foi.
i»«Oi*
Thomas Sailly naquit à Bruxelles, en 1553. Il embrassa Tétai ecclésiastique et fut pourvu de bonne heure d'un canonicat dans la collégiale de Fumes, puis d*un autre dans la cathédrale d'Arras.
Pendant un séjour qu'il fit à Douai, il lit tellement frappé de la modestie et de la patience des Pères Jésuites, ao milieu des vexations suscitées contre eux par les huguenots et leurs parti-
120 ApPFxniCK.
sans, quii lu^uan u entrer dans leur Sociétë. Il renonça à ses bénéfices et se rendit à Rome, où il fut admis au noviciat, le 1*^ mai 1580.
Après ce temps d'épreuve, on l'adjoignit, avec onze de ses confrères, au Père Antoine Possevin, envoyé par le pape Grégoire XIII, en qualité de nonce auprès du czar Jean Basilowitz. Ce prince, menacé par Tarmée formidable d'Etienne Bathoré, roi de Pologne, n'avait pas trouvé de meilleur expédient pour échapper au danger, que de recourir, comme l'avaient fait plusieurs de ses prédécesseurs, à la protection du Pontife romain, en feignant de désirer la réunion de l'Eglise grecque à l'Eglise latine.
Comme Thomas Sailly venait à peine de terminer son noviciat, le Père Possevin, pour consolider sa vertu, jugea bon
de \e UMir : avec uuc ccriauiH scvcnU-, lie rhumiiier souvent par da fortes répri- > ' s et de lui commander des cho- -pénibles. Thomas acceptait ces , i ivuves avec une patience singulière, et pratiquait en toute chose une abnégation admirable. Frappé de tant d'héroïsme, le Père Possevin tomba un jour à ses genoux, se reprochant la rigueur le ses procédés, et le suppliant de vouloir bien se charger de la direction de sa conscience.
Comme ses compagnons, Thomas eut beaucoup à soutl'rir dans ses voyages.
Souvent il fut obligé de traverser, soit le jour, soit la nuit, de vastes forêts, où il n existait aucun chemin frayé, au risque d*étre massacré par les brigands ou dévoré par les bêtes féroces. Souvent, en plein hiver, il n*eut pour lit que
la neige, et il passa quelquefois jusqu'à onze mois sans changer d'habits.
La fatigue causée par tant de marches forcées, l'intempérie du climat, les travaux de l'apostolat qu'il eut à exercer auprès de ces peuples barbares pendant trois années entières, épuisèrent ses forces, et le8 médecins ayant déclaré que l'air natal pouvait seul prolonger sa vie. il fut décidé qu'il retournerait en Belgique.
Le roi de Pologne lui remît à son départ des lettres de recommandation pour Alexandre Farnèse, et le chargea d'importantes communications qu'il n'eût pas été prudent de conter à une correspondance écrite.
Arrivé dans les Pays-Bas en 1586, Thomas se rendit auprès d'Alexandre Farnèse. Il l'avait quitté, apràs 8*étne
acquiuc la- .Nuii message, lorsqun iui rejoint à uoe oertaine distance par un envoyé et informé que le prince désirait )o voir de nouveau. Il revint sur ses pas, et fut introduit chez Tarchiduc, qui lui dit: nMon Père, veuillez entendre ma confession; c'est demain la fête de la Nativité, et je désire faire mes dévoons. > A partir de ce moment, larchi- '?'• v^^ulut le garder auprès de lui, et . ...... aa dans ses expéditions.
Le rère, dans cette position nouvelle, ne se crut pas redevable de son zèle au prince seulement; il retendit sur les ofiBciers et les soldats, dont il sut promptement gagner la confiance. Alexandre Famôse, admirant bientôt les fruits de grâce produits par le ministère de Thomas Sailly, fonda l'œuvre de la Mission dos camps, Mi^ûjiUÂ coâtrenut, et voulut
124 APPBM
qu'elle fût confiée aux Pères .
pagnie de Jésus. Douze relicfieux furent d'abord appliqués à ce ministère. Ils prêchaient et instruisaient les troupes, visitaient les soldats blessés dans les hôpitaux, allaient au feu avec eux et confessaient les mourants sur le champ de bataille.
Au milieu de ces œuvres de zèle et de charité, Thomas Sailly fut atteint de la peste à Burrich, près de Vesoul, où il était allé consoler des soldats malades ; mais il en guérit après un vœu qu'il ût à la sainte Vierge, et reprit ses fonctions.
En 1590, il ne put accompagner le duc de Parme au siège de Paris, parce qu'il était alors soutirant de la dyssenterie et réduit à garder le lit. Par amour pour la pauvreté, il n*avait pas voulu être transporté ailleurs qu'à l'hôpital
Ai'fi .M' 186
du Quesnov. dans la ^lle commune, an milieu des gens de guerre et des roendiant<i
En 1505, on le vit, devant (ambrai, remplir les fonctions de son ministère malgré les balles et la mitraille, protégé par on simple bouclier. Il se trouva cette même année à la prise de Doullens, et usa d*un singulier stratagème pour garantir les femmes de Tinsolence des soldats vainqueurs. Il fit placer au coin des principales rues de la ville de longues ficelles, dont les bouts étaient attachés é sa ceinturo, et invita celles qui voulaient mettre leur pudeur à Tabri des insultes de la soldatesque de se tenir h ces ficelles. Puis il s'avança, traînant à sa suite cette multitude de femmes qu'il conduisit en lieu sûr. Tel était le respect dont il était entouré,
WALfOL. 1 1
que nul n*osa se permettre la moindre licence.
Lannée suivante, il accompagna TAlmirante d*Aragon, envoyé en Allemagne auprès de Terapereur Rodolphe II et du prince Ferdinand, archiduc de Styrie, et en Pologne, auprès du roi Sigisraond. En 1597, il était en même temps recteur du collège de Bruxelles et supérieur de la mission militaire. Il ne fut déchargé de ce dernier emploi qu'en 1603. En 1606. il se rendit à Rome, en qualité de procureur de la province des Pays-Bas, pour assister à la Congrégation générale.
Il se rompit une veine en 1608, et une héraorrhagie qu'on ne pouvait arrêter fit désespérer de sa vie. Après un vœu fait à Notre-Dame de Montaigu.
il crut voir la Mère de Dieu, accompa-
t*L> r V II I |< t.*
gnée de saillie barue ei u uuv inuituuue de vierges, et l'entendre dire au divin Enfant : « Daignes prolonger la vie de ce serviteur que j*airoe. » Il guérit en effet, au grand étonnement des médecins, et il se trouva même plus vigoureux et plus robuste qu'auparavant. Il Ait une seconde fois chargé, en 1611, de la direction du collège de Bruxelles, et en 1620, il reparaît comme missionnaire à la tète des troupes que le marquis de Spinola conduisit dans le Palatinat.
Le 7 mars 1623, le Père Thomas se rendit à l'ordinaire à la chapelle de l'archiduchesse Isabelle, pour y entendre les confessions et offrir le saint Sacriflcc. On remarqua que, les confessions terminées , il se confessa lui-même , avant <^^ *'•••'* *"^ •"'^^se. au Jésuite qui
raccompagnait; ce qu'il n avait jamais fait en pareil cas. On a auguré de là qu*il avait eu un pressentiment de sa mort. Etant monté à lautel pour célébrer le saint Sacrifice, il tomba frappé de paralysie au moment où il venait de prendre le précieux Sang. L'archiduchesse fit en vain les plus vives instances pour le retenir dans son pah»; voulut être transporté au collège, oh il reçut l'Extrême -Onction et expii lendemain, à lage de soixante-dix ans.
11 avait passé quarante-trois ans dans la Compagnie de Jésus, et avait fait profession des quatre vœux à Arras, le 11 novembre 1592.
La nouvelle de la mort du père Sailly fut un deuil pour toute la ville de Bruxelles. Les plus hauts personnage accoururent au collège pour contempler
APPJUiOlCE. 1S9
ne dernière fois les traits de celui Uuni N ne se lassaient pas d'exalter les ver- :4; et le jour de ^s funéraille», on ne j.ut quà grand'pcine maintenir la foule ''t satisfaire la dévotion de ceux qui )Ulaient faire toucher à ses précieux restes des médailles, des croix, des obapelets, ou d'autres objets. La piété tendre et ardente du Père Sailly donnait à sa physionomie un air tout céleste.
Doué d'une rare prudence, il était en même tem|>s dune grande simplicité, plein de franchise et de droiture. Son humilité profonde repoussait les éloges les mieux mérités, et il désirait qu on le traitât toiigours comme le dernier de tous. Sévère envers lui-même, il n'avait, pour les autres que douceur et indulgence. La mortification faisait ses délices; aux fatigues de la vie des camp.";.
il joignait des jeûnes fréquents, des disciplines sanglantes et toutes les rigueurs de la plus austère pénitence.
Ingénieux à tourmenter son corps, il se façonna une croix longue d*une palme et demie, garnie de pointes dont cinq étaient plus saillantes, en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur. 11 portait cette croix sur sa poitrine, qu'il frappait de temps en temps pour faire pénétrer les pointes dans la chair et couler le sang. Son «obéissance était parfaite, et il ne se souvenait pas d'avoir jamais transgressé de propos délibéré une seule de ses règles. Il avait en la Sainte- Vierge une confiance sans bornes, et il était industrieux à propager son culte.
Il ne sortait jamais sans vénérer auparavant une de ses images placée dans sa cellule, et «îans mettre sous sa protection
APPR19DICF.. 13!
les aflaires qu'il allait avoir à traiter, 'laqae jour aussi il s'adressait à elle vant de dire la Messe, pour quelle lui obtint de son divin Fils la grâce de célébrer les saints Mystères de la manière la plus digne et la plus méritoire. Il suggéra au prince Alexandre Famôse d'ordonner que trois fois par jour toute Tarmée saluerait la Reine du ciel au son des trompettes et que les drapeaux porteraient son image. Un drapeau fut placé devant le collège de Bruxelles avec cette inscription :
Sancia Maria
castrorum acies ordinata
ara pro tuis alufnnis
gui 8ub Filii tui Jesu
ae dulcissimo nomine tuf
in catholicin ca^trin
Hoc imaçiniê tuœ vexUh lui
operam svam
ah anno Domini 1587 kalend. novembris
ad annum Domini 1609
Prœstitere,
« 0 Marie, qui êtes semblable à une armée rangée en bataille, priez pour vos enfants qui, depuis le l*' novembre de Tannée 1587 jusqu'à Tannée 1609, ont servi dans les rangs de larmée catholique, sous la protection du nom de votre Fils et du Vôtre, arborant cet étendard décoré de votre image. »»
Swertius a dit du Père Thomas Sailly : « Il a été un homme pacifique, et ce qui étonne, cest que, vivant habituellement à la cour, il ne détestait rien tant que la dissimulation et les délices. Comment cela 8*explique-t-il ?
Je vous le dirai pp 'î'^"y ninf«i • n «^'nît un vrai Jé^nifo
• Fuit htnn'j yaciiWHS , it, tfuxt tntnr,,
tn auià assufiu4, mi magU odcrat quam fuewm ac dtUcioê throêonicas. Vis pnucisr erûi venu JeêuUa. •
KOTICB i^VH LKT'i I l»»r.Mt3IT OB4 iÉSOtT» ANOLAW r-OMBR.
Le îit'UHiiaire anglais de la ville d*£u, que les Guise souteuaient par leurs libéralités, se trouvait sans ressource depuis les désastres survenus à cette illustre famille. On ne pouvait guère espérer que le collège de Douai fournirait à lui seul assez d'élèves pour alimenter les deux séminaires anglais de Séville et de Valladolid. Les jeunes Anglais qui arrivaientà Douai, avaient,
inn APPENDirr.
pour ia pluparL, LcriiniM; u-ui.> riuJes,
et devaient être envoyés presque immédiatement à Rome pour y suivre les cours de philosophie et de théologie.
Du reste, depuis les récents triomphes de rhérésie en France, ils sy rendaient en moins grand nombre, et Ton avait remarqué aussi qu il fallait peu compter sur la persévérance de ceux qui, après des études commencées dans les académies d'Angleterre et terminées à la hâte dans un séminaire catholique, abjuraient rhérésie et étaient admis au sacerdoce. De retour dans la Grande- Bretagne, ils se laissaient facilement séduire et retournaient à leurs anciennes erreurs. Robert Persons avait donc pensé qu'il était important d offrir aux jeunes Anglais un refuge, qu'ils ne trouvaient plus dans la ville d*Eu, et
APPBNDICE. 187
^'ouvrir une maison destinée A recevoir
^ enTants anglais parvenus A cet Age
\é par la loi de leur pays, où leurs
j irentii étaient forcés de les confier A
• le s maîtres protestants.
Il lui parut que Saint-Omer serait l'endroit le plus convenable pour l'accomplissement de son dessein. Cette ville avait échappé aux ravages de l'hérésie et conservé la foi romaine dans iite sa pureté. Elle se trouvait sous la domination de Philippe 11, qui s'était déjA. imposé de grands sacrifices en faveur des catholiques anglais, et n'était pas éloignée de quatre villes maritimes, voisines elles-mêmes des côtes de la : ande-Bretagne : Boulogne, Calais, avelines et Dunkerque. Sa tempeiiture et les productions du sol ne différaient pas de celles d'Angleterre, et
les jeunes écoliers n'auraient pas à souffrir du changement de climat et de nourriture. Après de mûres réflexions, le Père Persons se décida à communiquer ce projet au roi d*Espagne. Ce prince lagréa et permit de réunir seize écoliers, s*obligeant à payer lui-même pour la pension de chacun d*eux la somme de dix ducats par mois. Il écrivit en même t^mps au comte de Mansfeld. à larchiduc Ernest, au gouverneur de Saint-Omer, à Richardot, président du grand-conseil , à l'évêque, aux mayeurs et échevins pour leur faire connaître ses Intentions. Le Père Guillaume Place, que Robert Persons avait amené avec lui d'Italie pour laider dans le gouvernement des séminaires anglais dont il avait l'intendance, fut chargé de s'aboucher avec le Père Olivier Manare,
provincial des Pays-Bas, et avec les Pères Jésuites établis à Saint-Omer depuis 15()7. et de communiquer à qui de droit les lettres du souverain.
La proposition ne fut pas accueillie avec beaucoup de faveur. I^s uns trouvaient que la position était mal choisie; que la ville de Saint-Omer, environnée d*eau et de marais, n'offrait pas les conditions de salubrité nécessaires pour un pareil établissement; d'autres prétendaient qu*il y avait à songer à beaucoup d'œuvres plus urgentes que celle-là; d'autres encore craignaient de donner asile à des Anglais au moment même où l'Espagne était en guerre avec l'Angleterre. « Sans doute, disaient-ils, on n'aura rien à redouter de la part des jeunes écoliers qu'on se propose de réunir. Mais leur
140 AI i..
présence ne servirai elle pas de prétexte à d'autres Anglais pour se fixer à Saint-Omer, et n aura-t-on pas à redouter de leur part, dans un tenips donné, quelque entreprise fâcheuse? »
Dautres enfin, sexagéraient les dépenses qu entraînerait ce collège. «Dans les commencements, disaient-ils, tout marchera à souhait; on trouvera des ressources dans la libéralité des catholiques; mais ils se lasseront bientôt, et alors sur qui pèseront les charges? • Guillaume Allen lui-même et BareU, président du collège anglais de Douai, ne voyaient pas d*un très- bon œil la fondation dun nouveau collège si rapproché de celui de Douai; ils craignaient que les ressources et les élèves ne se dirigeassent de ce côtr (tétriment
de leur séminaire.
Cependant le l'ère uuuiaumc i'iacc se procura une petite maison, où il réunit d'abord sept jeunes anglais, et un peu plus tard dix-huit. Philippe II, ayant, par lettres-patentes du 6 mai 1594, ajouté à ses premières largesses une somme de dix mille ducats par an, on acheta une autre maison avec un terrain assez vaste, dans une rue bien aérée et peu éloignée du collège des Pères Jésuites, dont les pensionnaires fréquentaient les classes. Ces différentes acquisitions ne furent autorisées par le conseil des archiducs Albert et Isabelle qu'à la condition que rien ne serait à la charge de la ville; que la maison et l'héritage acqui.s seraient siyets à mettre et payer^guet ot garde, à supporter la charge de la garnison lorsqu'il en surviendrait, en faiêmU acemmmodttr aU-
leurs; que pour raccomplissement de ces conditions, le Recteur donnerait caution et en passerait contrat en bonne forme, au moyen duquel il serait admis à la saisine. Cette ordonnance est du 26 janvier 1608, et le contrat fut passé le 28 mai 1610, aux mêmes conditions et à la charge que les dites maisons et héritageê demeureraient, comme du passé, taillables et justiciables, et que ceux du magistral y auraient toute justice, juridiction et autorité comme ils avaient auparavant.
Le Père Jean Foucart, Jésuite appartenant à la province de la Gallo-Flandre, fut le premier investi de la charge de Recteur, avec l'agrément de Philippe II. Il eut pour successeur le Pore Gilles Scoondonck. Ce noi^veau supérieur régla que les jeunes Anglais ne fréquenteraient plus les classes du col-
APPRNDICR. 143
lége; il sut imprimer une felle direction aux études et inspirer à ses élèves une (elle émulation et une ardeur si grande pour les devoirs de la piété ciirétienne, que bientôt Ton cita partout ce pensionnat comme un établissement modèle* Les Anglais protestants eux-mêmes ne pouvaient s*em pécher d'admirer la solide éducation que les jeunes gens j recevaient. Sous le rectorat du Père Sooondonck, qui remplit cette charge pendant dix-sept ans, on compta dans cette maison plus de cent pensionnaires. A Scoondonck succéda le Père Philippe Dentiers. Quatre ans après, la mission anglaise ayant été érigée en vice-province, le vice-provincial pour les Pays-Bas Tut un Anglais, et, an commencement de 16S2, le magistrat consentit à ce que le Recteur du collège
144 APPRNDICK
fût aussi uii .iij-lais. Ceiu- « ii.u^« iu\ confiée au Père Guillaume Bauduin. qui peu de temps auparavant avait été arrêté en Angleterre et jeté en prison. Il remplit cet emploi pendant dix ans : sous lui les pensionnaires dépassèrent le nombre de deux cents.
Lorsque la ville de Saint-Omer fut devenue une ville française, Louis XIV, à l'exemple du roi d'Espagne, porta toujours un vif intérêt à la prospérité du collège anglais, et lui donna des preuves éclatantes de sa munificence royale.
En 1763, lorsque les Jésuites furent expulsés de France et les collèges enlevés à leur Compagnie, le collège anglais de Saint-Omer qui avait été fondé, bâti et restauré après un double incendie, par les libéralités des catholiques, fut
oonsidërëcutiitiiu la |»tLF|jiicic ut? i r.giise catholique d'Angleterre. II passa des mains des Jésuites qui nen étsiint que les administrateurs, à celles du clergé catholique anglais. Par arrêt du 7 septembre 1762, monsieur Thomas Talbot, issu d'une famille illustre et chère aux catholiques, fut nommé président du nouveau collège, et on lui laissa le choix des autres sujets dont cette maison devait être composée. Les Jésuites quittèrent Saint-Omer le 19 octobre, emmenant avec eux leurs écolier?, qui tous voulurent suivre leurs anciens maîtres, et leurs successeurs ne furent intallés que le 29 du même mois. Monsieur Talbot y transporta une école d'enfants anglais, qui avait été formée à Eaquerchin près de Douai, par les libéralités de »u famille. Le collège de Douai, qui
«ALMM.. ï*
était le plus ancien établissement du clergé anglais dans ces provinces, céda quelques-uns de ses pensionnaires, et fournit à monsieur Talbot tous les maîtres dont il avait besoin. Le nombre des étudiants fut d abord de trente-deux :
on ouvrit les classes, et le collège entra en exercice sous la direction de monsieur Talbot, d un préfet général des études, qui fut en même temps procureur de la maison, d'un préfet de discipline qui remplit aussi la charge de directeur spirituel, de trois professeurs et d'un maître de langue française. Ce personnel fut augmenté, lorsque le nombre des élèves devint plus considérable. La chaîne des traditions n'avait pas été rompue; les prêtres anglais, élevés et formés par les Pères de la Compagnie de Jésus qu'ils aimaient.
APPKXDUK. 147
étaient afliMiionoés à leur méthode; et la maison de Saint-Omer recouvra bient<^t. avec aa première splendeur, son ancienne réputation de scienoe et de vertu. De 1765 à 1792, ce collège fut, comme il Tavait été sous les Pères Jésuites, une pépinière d*apôtres zélés et de catholiques inébranlables dans leur foi. De tant de noms célèbres que nous pourrions rappeler, nous ne citerons que celui d'O'Connel, dont la gloire, a dit un savant historien, est d'avoir été le perpétuel avocat, Tindomptable athlète du catholicisme et de l'humanité contre les lois oppressives de l'Angleterre protestante, et d'en avoir triomphé par une lutte d'un demisiècle.
En 1792, les prêtres anglais furent forcés de quitter Saint-Omer, mais leur
propriété lut rc^pf'.tuf : on transigea avec eux, et leur ancien collège sert aujourd'hui d'hôpital militaire.
Peu de temps après l'érection du collège anglais de Saint-Omer, le père Robert Persons qui avait recueilli une somme considérable en Espagne de la libéralité de Louise de Carvajal, avait fait bâtir pour ceux de sa nation une seconde maison à deux lieues de la ville, sur la montagne de Watten. L*évêque de Saint-Omer, Jacques Biaise, avait mis à sa disposition, en 1608, une partie des biens de l'ancienne collégiale fondée en 1072 par la comtesse Clémence, belle-fille de Robert-le-Frison.
C'est dans cette seconde maison que l'on recevait les enfants anglais du plus bas-âge, pour leur apprendre les premiers éléments des lettre^^ '' l^'s mettre
Ari'KNDM'K. ÏVJ
en eut d*entrer au collège anglnis.
C'est lA aussi quon réunissait ceux de oe collège qui, après leur cours d'ètu* des, demandaient à être reçus dans la Compagnie de Jésus. Ils y Taisaient leur noviciat, rentraient ensuite au collège de Saint-Omer pour leur cours de régence, et, leurs études thèologiquea terminées, ils étaient admis au sacerdoce et employés selon les besoins de la mission. Cette maison de Watten pouvait contenir, en 1763, plus de cent pensionnaires. Le prix de la pension était pour chacun deux de SO livrée sterlings, et les Pères fournissaient tout aux élèves. Les bâtiments étaient vastes et de construction récente. Outre les classes, les salles d'étude et les dortoirs, les salles de billards et une quantité considèrablede chambres parti-
150 APPBNDICE.
culières, on y trouvait une brasserie, une boulangerie, une cordonnerie, une lingerie, un magasin dhabillements, pour les écoliers et pour les maîtres, une menuiserie, un atelier de charpentier et une pharmacie en fort bon ordre. La salle destinée aux séances académiques était spacieuse et magnifiquement ornée. Au-dessus se trouvait la chapelle de TAnge-Gardien, où se réunissaient les Congréganistes.
Les pères Jésuites quittèrent cette maison le I**" avril 1763, au milieu des regrets de toute * la population. Un bateau les transporta à Bergues-Saint- Vinoc, doù ils gagnèrent la ville de Bruges, qui n'était pas sous la domination française : ils y demeurèrent jusqu'à la suppression complète de leur ordre.
APPKNDICB. 151
l'ar arrêt do 19 mai 1765. le Parlement de Flandre ordonna quon établirait à Watten on pensionnat pour Téducation de ta jeunesse anglaise, et les prêtres anglais en obtinrent la direction : mais Tëvêque de Saint-Omer, monseigneur Marc-Hilaire de Conzië fit opposition, et Taffaire fut portée devant le Conseil-d'Etat. Après de longs débats qui durèrent plusieurs années, le Conseil d*Etat donna gain de cause à Tévéque, qui fut envoyé en possession, à la charge de donner annuellement au collège anglais un certain nombre de mesures de blé.
Dans llntervalle, Téglise et la maison avaient sin<^ulièrement souffert, les cloches avaient été vendues et les arbres abattus. Monseigneur de Conzié, pour éviter les réparations. 8t jeter bas tous
152 ^ fM.f.- '.M 1
les bâtiments, ul avec irs inalciiaux (jUl
en provinrent on construisit une maison que l'évéque liabitait fréquemment, et une ferme assez considérable. Ces nouvelles constructions furent vendues comme biens nationaux en 1792, et de nos jours on ne voit plus sur la colline de Watten que la ferme et la tour de rëglise.
r. «CR II ft. r. ilAX OkRARD.
^ Le Père Jean Gérard, qui prit en France et en Belgique le nom de Thomson, pour donner le change aux espions de Walsingham, naquit en Angleterre, vers 1557, dans le comté de Derby, diocôse de Lechfleld, de parents illustres par leur naissance, mais plus illustres encore par leur attachement inéi)ran1able à la foi catholique. Aprèa ivoir appris avec dés maîtres particu-
154 APPENDIOK.
liers le grec et le latin, il fréquenta, vers rage de quinze ans, le collège d'Exeter, Tun des plus célèbres de TUniversité d'Oxford. Il n'y passa qu'une année, parce qu'il ne voulut pas assister aux prêches des Calvinistes, ni participer à leur Cène. Trois ans après, il vint en France et demeura quelque temps à Reims, où il étudia la langue française, les saintes Ecritures et les ouvrages des deux grands maîtres de la perfection chrétienne, saint Bernard et saint Bonaventure. Il se lia d'amitié avec un saint jeune homme qui, à cause de sa santé, avait été obligé de quitter le noviciat des Jésuites. Il apprit de lui la pratique de l'oraison mentale, et il y trouva tant de consolation et de goût, que, dès lors, il consacra plusieur» heures chaque jour à ce pieux exercice. Eprou-
\PPK.ND1CK. 166
vant le désir d'entrer dans la Compagnie
de Jëâus. il se présenta au Père Robert
Persons, qui, à cette époque, habitait
Rouen, et sollicita la faveur d'y être
admis. Le Père Persons lui conseilla
de retourner d'abor^ en Angleterre pour
régler ses aflaires domestiques. L'année
suivante, comme il retournait en France
sur un vaisseau qui portait plusieurs
catholiques, une tempête contraignit de
regagner le port de Douvres. Là, on
découvrit que les passagers étaient des
catholiques fugitifs, et on les conduisit
à Londres sous bonne garde. Un des
oncles de Gérard ne négligea rien pour
le déterminer à embrasser la religion
établie; Tévêque anglican de Londres
s*y employa aussi de son côté, mais ces
tentatives furent vaines. Oérard fut
donc condamné à une grosse amende
150 AIM'J. NhHK.
et à une prison perf>étuelle. La seconde année de sa captivité, un généreux catholique, sans tenir compte des risques qu'il courait, soffrit à se porter caution pour lui. Mis en liberté, il parvint à quitter l'Angleterre et se rendit à Rome. Le Père Persons lui conseilla d'étudier au séminaire anglais la théologie morale et les points de la doctrine catholique qui étaient plus particulièrement attaqués par les protestants; puis, ordonné prêtre, il fut reçu dans la Compagnie de Jésus l'année suivante, 1588, le jour de l'Assomption, en même temps qu'Edouard Oldcorne, et envoyé immédiatement avec lui en Angleterre. En passant à Bâie en Suisse, il eut le bonheur de convertir un prêtre apostat et de le réconcilier avec l'Eglise. Il s'arrêta peu à 1?..;..^
ei a i'arii. ri arnva uioaioi a Lu a. $00 compagnon. Là. ils apprirent que non-fteulement les portes de l'Angle* terre, mais encore les plages les plus écartées étaient rigoureusement surveillées et rendues inaccessibles , et qu'à l'intérieur les moindres débouchés étaient gardés de la même manière.
Sans rien perdre de leur conâance, ils résolurent d'alironter tous les obstacles, et s'adressèrent à un bon marin, qui consentit à les aider dans leur entreprise, et les débarqua au milieu de la nuit, en un lieu solitaire.
On se trouvait à la fin d'octobre; une pluie glaciale tombait à torrents. Nos deux missionnaires, ne sachant de quel côté porter leurs pas, prennent, à tout hasard et avec les plus grandes précautions, le premier chemin qui se
présente à eux. Bientôt, ils entendent retentir de tous côtés les aboiements des chiena, et, craignant d être découverts, ils se réfugient dans une forêt, où, transpercés par la pluie et tremblants de froid, ils attendent les premières lueurs du jour. Alors ils se séparent; le Père Oldcorne retourne vers la mer et le Père Gérard se met en route à travers champs. Au bout de quelque temps, il aperçoit une troupe de paysans qui se dirige de son côté. Que fera-t-il pour ne pas éveiller des soupçons? L*idée lui vient de se faire passer pour un chasseur, et dès qu*il fut à la portée de la bande : « Braves gens, leur crie-t-il, nauriez-vous pas va voler un faucon avec une courroie à la patte, et une petite sonnette d\rgentf » Ceuxci répondent qu'ils n*ont rien vu, et
s'éioigDeni en mi iounuiiani bonne ohanoe. Le père Gérard continue ta route, appelant toujours son faucon, jetant des pierres dans les buissons et dans les haies, comme pour le faire lover; et interrogeant tous ceux qu'il rencontre, il s*avanoe de la sorte jusqu'à huit milles dans les terres. Enfin, il s'arrête épuise à une auljerge qu'il trouve sur son chemin, et fait encore usage du même stratagème. S'étant un peu remis de ses fatigues, il continue son voyage, le lendemain matin, sur un mauvais cheval qu'il vient d'acheter de l'hôtelier. Mais, à peine a-t-il fait quelques milles, qu'il est saisi par des gardes et conduit au gouverneur. Celui-ci, se trouvant au préclie, ordonne d'introduire Gérani dans le temple :
Gérard refuse d'y entrer. Alors, sor-
100 AHPKiNDICK.
tant du temple, le gouverneur lui dit : tt Uuoi! vous ne voulez pas entendre la parole de Dieu ^ Ce nest pas le moyen de rendre votre cause favorable; entrez donc. » Comme le Père Gérard s'obstine dans son refus, le gouverneur, d'un ton sévère, lui demande d'où il vient, où il va, qui il est? Le Père répond avec adresse à toutes ces question, et le gouverneur ordonne qu'on le conduise au juge. » Si vous le croyez nécessaire, dit le Père Gérard, je ne refuse pas le moins du monde de comparaître : mais il y a longtemps que je suis hors de mon logis ; mon retard doit y causer de vives inquiétudes, et il me serait fort agréable d*y retourner le plus tôt possible. Je sais bien que les temps sont fâcheux; que vous avez besoin de prendre beaucoup de prëcau-
APPKNDICR. 161
tfons; mais, après tout, voyez- vous un grave inconvénient à ce que je m'en retourne à Noni^ich! « I.e gouverneur le flxe quelques instants, puis, prenant on air de bienveillance : • Dans le fait, dii-il, il me parait être un honnête garçon; pourquoi le molester? Allez, ajoute-t-il, et que le Seigneur vous accompagne. »
A peu de distance de Londres, il entre •lans une hôtellerie qu'un voyageur inconnu lui a indiquée. Il y est A peine «iepuis quelques instante . qu'il voit entrer un vieillard, et à quelques-unes de ses paroles reconnaît un catholique fervent. Le prenant à part, il le supplie de lui venir en aide. Le vieillard llntroduit à Londres, et le met en rapport ivec un gentilhomme d'une foi à toute épreuve, qui lui fournit un cheval et
des vêtements, et ladresse au Père Henri Garnet, supérieur de la Mission.
Le Père Gérard trouva, auprès du Père Garnet, le Père Oldcorne et le Père Robert Soutwell. Comme la solennité de Noël était proche, les trois Pères furent envoyés en divers lieux, pour travailler au salut des âmes. 1*6 Père Gérard se rendit chez le gentilhomme qui Tavait accueilli à son arrivée, et commença un apostolat qui devait se prolonger durant dix-huit années.
La vertu du Père Gérard était si grande, dit le Père Patrignani, que TAn^leterre a vu peu de Jésuites qui puissent lui être comparés sous le rapport de la sainteté et du zèle. Il portait partout avec lui la charité de Jésus- Christ; il avait un don particulier pour toucher les âmes et pour les faire
avancer dans la voie de la perfection.
Par son habileté à donner les Exercices de saint Ignace, il convertit un trèsgrand nombre de protestants, et fortifia une foule de catholiques. Il gagna même à la Compagnie dont il était membre plusieurs sujets de mérite.
Nous mentionnerons Thomas Everard, Guillaume Starkey, Robert Standisb, dont le nom véritable était Wiseman, et François Pages.
Guillaume Starkey et Robert Standisb tétaient frères utérins; ils quittèrent l'un et lautre TAngleterre, et se rendirent À Rome, où ils furent reçus dans la Compagnie de Jésus. Robert mourut vers la fin de sa première année de noviciat, à rage de vingt-et-un ans, alors que ses vertus faisaient concevoir de lui les plus belles espérances. Guillau-
164 APPBNDICK.
me» après avoir terminé ses humanités et sa philosophie à Cambridge, avait employé neuf années à l'étude du droit. Possesseur d'une grande fortune, il la consacra tout entière aux besoins de la mission d'Angleterre. Peu de temps après son entrée en religion, il reçut Tordre de quitter Rome, où la peste s'était déclarée; mais il avait déjà contracté le germe de la maladie, et il succomba à Saint-Omer, au milieu des regrets de tous ceux qui, l'ayant connu» appréciaient ses talents et sa rare piété. Thomas Everard fut aussi atteint de la peste, mais il guérit, et remplit plusieurs années, à Saint-Omer et à Watten, les charges de ministre et de procureur. 11 fut aussi socitut du maître des novices à Louvain. A un âge asses avancé, il rentra en Angleterre, exerça
APPKNDirK. 106
les fonctions do saint Ministère dans le comté de Norfolk, avec de grandes t'ati^es, faisant tous ses Voyages i pied, et moumt Agé de plus de soixantedix ans. Vers la fin de sa vie, devenu .iveagle et presque paralj-tique, .il sanctifiait son isolement par la récitation du Rosaire. On a de lui des traductions en différentes langues de plusieurs traités spirituels : on peut en voir le catalogue dans la bibliothèque du Père Alegambe.
François Pages renonça à un trèsriche mariage qu'il était sur le point ie conclure, après qu'il se fut mis en rapport avec le Père Gérard, à qui il avait été adressé par sa fiancée. Il passa en Flandre pour y faire nés études de théologie, et, après avoir reçu la prêtrise, il retourna en Angle-
terre pour travailler à la conversion de ses compatriotes. Il obtint la faveur d'entrer dans la Compagnie de Jésus; mais, comme il se disposait à se rendre dans les Pays-Bas pour y faire son noviciat, il fut arrêté et supporta glorieusement les tortures et la mort à Londres, le 29 avril 1602.
Le Père Gérard avait aussi une adresse particulière pour sinsinuer dans l'amitié des protestants nobles. Il se faisait passer pour un gentilhomme catholique, amenait habilement la conversation sur les questions religieuses, et défendait la foi véritable par les raisonnements les plus propres à convaincre les esprits, ayant Tair de i*épéter seulement ce qu'il avait entendu dire à d'autres. Il parlait avec tant d'onction des choses spirituelles, que
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l'on venait fréquemmeDt lo trouver de la part des prétrea apostats qui voulaient se réconcilier avec TEglise.
Un gentilhomme protestant, sur les instances de sa femme, qui avait secrètement abjuré l'hérésie, et de son frère qui était ouvertement catholique, avait consenti à recevoir chez lui le Père Gérard, dont il ignorait la qualité. Le Père parvint peu à peu à éclairer Tesprit et à toucher le cœur de son hôte, qui, un jour, exprima le désir d'être mis en rapport avec un prêtre catholique, se déclarant prêt à rentrer dans le sein de la véritable Eglise. • La nuit prochaine, lui dit le Père Gérard, vous serez satisfait; d*ici lA, excitezvous à la contrition de vos péchés. • Lorsque toutes les personnes de la maison se furent retirées pour prendre
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leur repos, le Père vint annoncer à son converti (^ue le [»rétre ne tarderait pas à paraître; puis, quelques instants après, il se présenta, revêtu du costume de son ordre. Le gentilhomme le prit d abord pour un étranger; mais l'ayant hientôt reconnu, il se jeta dans ses bras, et le considéra dès-lors comme un père, comme un ami, comme un frère.
Le Père cherchait d'abord à gagner l'atfëction des chefs de famille : il lui était ensuite plus facile d'arriver aqx enfants eit aux serviteurs. Déjà, lors de son premier voyage en Angleterre, il avait réussi en peu de temps, par ce moyen, à ramener une vingtaine des familles les plus nobles; quant à celles d*Qne classe inférieure qu'il arracha à rhérésie, il serait impossible de les
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oomptar. 11 fit des oon versions jusque dans le palais d'Klisabeth. Les borles d'une notice ne nous permettent :*as de raconter en détail toutes les conquêtes qu'opéra le zèle du père Gérard : nous n*en citerons qu'une seule.
Une dame de la cour, déji avancée en Age et engagée dans Terreur, avait demandé, au nom de Dieu, à un professeur célèbre de l'Université de Cambridge, de lui dire en toute sincérité laquelle des nombreuses religions répandues dans le royaume était la véritable. «Madame, lui avait répondu le savant professeur, si vous voulez vous mettre A l'abri des persécutions dont la eine accable les catholiques, vivez, omme elle, en calviniste; mais en vue (la la mort et de ses conséquences, il
vaut mieux être catholique. Pour moi, je me montrerai calviniste pendant ma vie, mais je serai catholique à ma dernière heure. • Celui qui parlait ainsi fut puni de sa coupable présomption :
il mourut victime d'un accident et sans avoir le temps de rentrer en lui-même.
La dame qui lavait consulté agit plus sagement. Ayant rencontré le père Gérard, elle se convertit, et persévéra jusqu'à la fin de sa vie dans la foi véritable.
Le gouvernement d'Elisabeth n'avait rien tant à cœur que de s'emparer du père Gérard, mais la Providence veillait sur lui.
Une nuit, il était attendu dans une réunion nombreuse de catholiques. Le gouverneur de Londres, averti par un espion, y envoya aussitôt des soldats;
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inai« le père Oërara ne se trouva j is aa liea indique : Dieu lui avait inspiré de ne pas s}* rendre. Les soldats ne saisirent que quatre catholiques, qu'ils emmenèrent, et le ser\'iteur du Père,, nommé Richard Fullwood, qui, malgré les tortures, ne fit aucune révélation.
Peu de temps après, le Père ftit dénoncé par un ancien serviteur d'un catholique chez qui il demeurait. Cet homme affectait à Tégard de Gérard un dévoûment sans bornes, alors qu'il avait •iéjà pris l'engagement de le livrer au 170 Young. Instruit que le père devait se rendre à Londres avec son hôte, il en informa la justice. Des mesures furent prises en conséquence; mais Gérard échappa, et le catholique qui l'avait accompagné ftat seul arrêté. Conduit en prison, il eut la permission de se faire
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servir par celui-là môme qui lavait trahi. Se confiant en cet homme, dont il ne suspectait pas la fidélité, il le chargea de prévenir sa femme que le pore Gérard se rendrait à leur château le lundi de Pâques. Au jour indiqué, de nombreux cavaliers se présentent à la porte du château. La messe était commencée; on se hâte de cacher les vases sacrés et de conduire le Père dans unç cachette placée sous une cheminée.
Il y en avait une autre, moins étroite et plus comode; ce ne fut pas celle que Ton choisit. Les commissaires se mettent à visiter toutes les boiseries, et, après deux jours de peines inutiles, ils se retirent, emmenant prisonnière la maîtresse de la maison. Cette femme généreuse, avant de s'éloigner, appelle lo traître et lui recommande le père
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Gérard; mais Dieu permet qu'elle ne lui désigne pas le lieu où se trouve la cachette, si oe n'est par une indication vague. A peine s'est-on mis en marche \\ie le misérable dépêche un soldat vers les commissaires. Ceux-ci reviennent sur leurs pas et passent le reste du jour à faire de nouvelles recherches.
Enfin, vers le soir, ils prennent le parti de remettre au lendemain une dernière tentative.
Cependant, le père Gérard n'avait pris aucune nourriture depuis trois jours, et il était résolu à se laisser mourir de faim, plutôt que'de compromettre ceux qui, depuis quatre ans, lui donnaient l'hospitalité. Pendant la nuit, les soldats, voyant le feu préparé dans la cheminée, l'allumèrent et s'assirent auprès de FAtre. Bientftt les briques
commencèrent à se disjoindre sous Faction de la chaleur, et laissèrent paraître une planche qu'elles recouvraient. Un des sohlats sen aperçut et fit remarquer qu'il pourrait bien y avoir là une cachette; toutefois, on remit au lendemain le soin de s'en assurer, et Ton ne fit pas même attention que la planche brûlait, et laissait tomber au-dessous des cendres et des charbons ardents.
Le Père, moins touché du danger qui le menaçait que du péril d*autrui, passa * la nuit en prières, conjurant Dieu de ne pas permettre que sa perte entraînât celle de ses bienfaiteurs.
Le lendemain matin, on recommença les recherches, mais il ne vint pas à lesprit des soldats de vérifier l'exactitude des soupçons qu'ils avaient conçus la veille. Ils ne découvrirent que la
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grande cachette. La trouvant vide, ils abandonnèrent l'entreprise et rendirent à la liberté la maltresse de la maison, contre laquelle il n'y avait aucune preuve de culpabilité^.
Le Père tiré de sa captivité ressemblait au Lazare sortant du sépulcre.
Celui qui l'avait trahi fut un des plus empressés A lui prodiguer des témoignages de joie et à le féliciter d'une délivrance si inespérée.
Après avoir pris un peu de repos, le Père Oérard se met en route, suivi, à son insu, par Tennemi qui a juré de ne point l'épargner. Arrivé à Londres, il est arrêté au milieu de la nuit, dans une maison qui lui a été louée par un protestant. Sa première |iensée est de s'écrier : • Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que nul catholique ne
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souffrira à cause de moi. » Conduit devant les magistrats, il confessa ouvertement qu'il était prêtre et Jésuite.
Le cachot où il fut jeté, était bas et très-étroit. Une petite fenêtre, ouverte jour et nuit, n y laissait pénétrer qu'un air fétide provenant des exhalaisons d'un égoût, où tombaient toutes les immondices des autres prisons. Il y était depuis quatre jours, lorsqu'il fut conduit devant Young et Topcliffe.
Ceux-ci lui demandèrent comment se nommaient les catholiques avec qui il était en rapport et de qui il avait reçu l'hospitalité, et quel était le domicile du Père Garnet. « Vous perdez vos peines, répondit le Père Gérard ; vous n'aurez jamais de moi une parole contraire à la loi de Dieu; jamais un mot qui puisse compromettre mes amis et