ALT
182 APhKNDir:
ser en revue les différents instruments de torture, et on lui dit qu'il les essaierait tour à tour. Cette menace ne fut pas exécutée à la lettre; mais, à plusieurs reprises, il eut à subir le supplice du gantelet. Sa constance ne se démentit pas un seul instant, et, au milieu de« plus cruelles souffrances, il ne cessa de répondre à TofiBcier qui lui reprochait son obstination, que s*il avait mille vies, il aimerait mieux les perdre toutes, que de déplaire à Dieu pour se rendre agréable aux hommes.
Il s'attendait tous les jours à subir le dernier supplice. Afin de s'y diposer, il fit, durant un mois, les exercices de saint Ignace. Dans ses moments libres, il Taçonnait des croix et des chapelets avec des écorces d'orange que lui procurait son geôlier. Il envoyait ces objets
APPKNDICB. 183
comme souvenirs à ses anciens compagnons de captivité, qui, à leur tour, les (Usaient parvenir A d*autres. Le Père les enveloppait dans du papier blanc, sur lequel il traçait avec du jus d'orange, des caractdres qui paraissaient A la clarté du feu. Les catholiques usaient du même stratagème pour lui répondre, et ils s'encourageaient ainsi 9|idn^nmment dans leurs épreuves.
Vis-à-vis du cachot du père Gérard se trouvait une autre prison, plus rapprochée du mur d'enceinte. Un catholique nommé Arden y était renfermé depuis dix ans, et semblait avoir été oublié par les persécuteurs. Le Père obtint de son L^'ardien de pouvoir rendre de fréquentes visites à son compagnon de captivité et de passer même quelquefois la nuit auprès de lui. L*in.snoctîon des lîeux
1?54 APPKNDICE.
suggéra la peQsée d une évasion qui ne semblait pas impossible. Le père Carnet informé du projet lapprouva et en favorisa l'exécution. A un moment convenu, pendant la nuit, une barque est dirigée vers les murs de la Tour par le brave Lilly et Richard Fullwood, qui se sont munis de câbles et de cordes.
Mais bientôt une autre barque apparaît sur le fleuve. Craignant une surprise.
Lilly et Fullwood se retirent en toute hâte; ils ont le malheur de se briser contre un écueil et font entendre des cris de détresse. Arden et Gérard, qui, de la plate-forme de la prison, ont tout vu, tout entendu, se retirent la tristesse dans l'âme et fort inquiets des suites de cette tentative. Mais le lendemain matin, ils reçoivent de Lilly un billet qui les rassure. Il avait été heureuse-
ment recueilli, ainsi que son compagnon, par un grand navire qui ëtait Tenu à passer; et ils étaient décidés lun et l'autre à renouveler rcntreprise la nuit suivante, à la même heure. Arden et Gérard, grftce A une somme d*argent qu'ils ont donnée au gardien, réussissent à se retrouver sur la plate-forme, et ils reconnaissent la barque annoncée. Le Père Gérard jette den haut une corde, à l'extrémité de laquelle une pierre est attachée, et attire à lui. par ce moyen, un câble que Lilly a lancé avec force dans le fossé qui entoure le mur de la prison, après l'avoir flxé à une poutre placée sur le rivags. Dès qu'il est maître du cflbie, il l'attache A un canon, et, sur ses instances. Arden dont il veut avant tout assurer la fuite. se laisse glisser le long de la corde. Le
Père Gérard, après avoir invoqué la sainte Vierge, Henri Walpole et Robert Southwell, qui ont été martyrisés deux ans auparavant, se hasarde à son tour.
Mais la corde a perdu de sa tention et fléchit, de sorle quil n avance que par la force de ses poignets. En peu d'instants il est tellement fatigué que, malgré son énergie, il va lâcher prise, tomber dans le fossé et s'y noyer, lorsque l'industrieux Lilly, au moyen d un autre câble qu'il lui jette, l'attire et le dépose à demi-mort dans la barque. On se rend en toute hâte auprès du Père Oarnet, à une petite distance de Londres.
Le lendemain, on trouva dans la prison trois lettres du Père Gérard. La première adressée au gardien, l'informait qu'un cheval vigoureux l'attendait non loin de la Tour, pour qu'il pût Aiir
ApPKIfDlCB. 187
au plus V1U-. Lue somme de quatre renia livrée sterliogs lui avait été pro* mise; on y ajouta une rente annuelle le quatre-vingta livres. Cet homme eut le bonheur d'échapper aux poursuites et d embrasser la vraie foi. La seconde lettre disculpait le gouverneur de la Tour. :La troisième était adressée aux conseillers de la reine. SU avait pris la Tuite, leur écrivait le Père Gérard, ce n'était point qu'il redoutât le supplice et la mort; il n'avait qu'un but : travailler, comme par le passé, au salut de ses compatriotes, convertir les pro« testants et fortifier les catholiques. A la lecture de cette lettre, un des conseillers ne put s'enpècher de dire, en admirant l'audacieuse intrépidité du Père Gérard, que le tour avait été parfaitement joué et t|M'i! /«fitv.iivîiW autant
de joie de la fuite du Père, qu'il en aurait eu à prononcer contre lui une sentence de mort. On sut que Fullwood avait contribué à cette fuite, et sa tête fut mise à prix; mais il parvint à se réfugier à Dunkerque et continua à se rendre utile à la mission d'Angleterre. Lilly reprit son service auprès du Père Gérard.
Ce Père, après avoir passé quelques jours auprès du Père Garnet, retourna à Londres et y loua une maison où il recevait les catholiques pendant la nuit, pour Jes instruire, et leur administrer les Sacrements. Il courut bientôt de nouveaux dangers. Il donnait les exercices de la retraite à quelques personnes pieuses chez un gentilhomme catholique, lorsqu'il fut trahi de nouveau par un serviteur infidèle.
AF'rKNDICB. 180
Deux aj^entiî de la police arrivont inopinément. Le Père Gérard ae renferme dans sa chambre et, tandis qu'on en cherche la clef, il se réfugie dans une cachette. Dàs qall est en sûreté, Lilljr, à qui la vie du Père est plus chère que la sienne, sort de la chambre et s'avance résolument vers les agents qui lui disent : • Qui étes-vous? — Vous le voyez bien, répond celui-ci, je suis un homme. — Mais vous êtes prétref — Je suis catholique; prêtre ou non, ce n'est pas à moi de vous dire si je le sois; c'est à vous de le prouver. » Ils l'arrêtent et le conduisent en prison. Le Père Gérard sort de sa cachette et quitte la maison. Le lendemain Lilly comparait devant les juges qui, reconnaissant qo1l n'est pas le Père Gérard, mais Lilly, naguère encore apothicaire
dans la cité, ne peuvent dissimuler leur honte et leur fureur. Ils ordonnent de nouvelles recherches, mais sans atteindre le fugitif.
Cependant le sort de Lilly inspirait de vives inquiétudes au Père Gérard.
Il n avait pas tardé à être informé que la femme du geôlier de la Tour dont la vigilance avait été surprise, avait dénoncé ce fidèle serviteur à Poppam, comme le principal auteur de Tévasion dont nous avons parlé plut haut, que Lilly en était convenu et qu'il s'en faisait gloire ; que mis à la question et à la torture durant trois heures entières, il avait constamment refusé de découvrir la retraite de son maitre, et qu'il s'attendait à de nouvelles souflVances.
Enfin transféré, après quatre mois d'angoisses, dans la prison où l'on ren-
fermait les coupables de lèse-miyestë , Lilly parvint à s'échapper avec on prè< re que la pensée de Téchafaud remplis- ;iit de terreur, et lun et Tautro rejoignirent le Pure Gérard dans sa retraite. Ce bcave serviteur ne demandait qu'à rester à la disposition du Père; mais celui-ci ne crut pas devoir l'exposer à de nouveaux périls, et* l'adressa an Père Garnet qui trouva moyen de le faire passer à Rome où il fut reçu dans la Compagnie de Jésus en qualité de Frère coadjuteur. Sept ans après il fut saisi d'une fièvre lente, et renvoyé en Angleterre pour y respirer l'air natal.
Il s'éteignit peu à peu et couronna par une précieuse mort une vie qui avait toi^jours été pure et qu'il avait sanctifiée par tant d'œuvres héroïques de dévoûment.
Après la mort d'Elisabeth, on voulut impliquer le Père Gérard dans la conspiration des poudres, et des émissaires furent envoyés dans toutes les directions pour se saisir de lui, mais ils ne parvinrent pas à le découvrir,' et dans quatre lettres que le Père écrivit de sa retraite, et qu'il fît répandre en grand nombre pendant la nuit, dans les rues et sur les places publiques de Londres, il se disculpa si complètement que le roi Jacques lui-même le déclara innocent. Cependant, peu de temps
(1) Monsieur labbé Dettombét, dam m belle Butotn dé Ut persécution religieuse en Angleterre^ a été induit en erreur : la torture subie par le père Gérard ne se rapporte pas à la conspiration des poudres. — Vojas Henri More, page 338, numéro xui ; — Patrignani, Èfénolog., ^7 juillet; — Bartoli, Angtiet^ page 586; -~ JouTency, Bpttomkê hietorim SoeIttatU Jesu, tooM m, pag«n8.
API'KKDICK. 1V8
aprte, la persécution dirigée contre lai redoubla de violence, et il se serait livré à la justice pour éloigner tout soupçon de culpabilité, si les catholiques et le Père Garnet ne s*y Tussent opposés.
Il fut décidé qu*il partirait pour les Flandres. L'ambassadeur d*Espagne et celui des Pays-Bas quittaient TAngleterre; ils le firent passer pour un homme de leur suite, et il s'embarqua sur leur vaisseau le 3 mai 160G, le jour où le Père Garnet mourait à Londres du dernier supplice.
Le Père Gérard se rendit dabord à Rome où il fut pendant quelque temps pénitentier au Vatican. Envoyé ensuite dans les Flandres, il fonda à Liège, pour les Anglais, un noviciat dont il fut le premier recteur. Sept ans plus tard, il partit pour l'Espagne, où il s'occupa
des séminaires. Enfin, il fut rappeld à Rome, et y remplit, durant dix années, la charge de confesseur au collège an- ' glais. Il mourut en odeur de sainteté, le 27 juillet 1637, -à 1 âge de quatrevingts ans.
eomnacaitiiT M LA mnoM, iuiLLsr UM lutQo'm iTlt.
Edmond Campian, supplicié à Londres, le 1* Décembre 1581. L'auteur de ?t ouvrage a publié sa vie, en 1864, liezBloquel-Castiaux, à Lille.
Alexandre Briant , supplicié le même jour.
Thomas Cottam, supplicié à Londres, le 25 Décembre 1582.
Nous avons parlé longuement de ces
196 APPKNDICK.
deux* derniers dans la Vie du Père
Campian.