INTRODUCTION
Près deux siècles, une nouvelle édition de la vie du Père Huby et de ses coopérateurs dans la fondation des maisons de retraite, a sa raison d'être et comme sa nécessité, dans un temps qui voit la résurrection de son œuvre.
Parmi les Fils de saint Ignace, je ne sais si plusieurs ont pénétré plus avant dans la pensée des Exercices ; nul, du moins, n'a reçu plus abondamment que le Père Huby, la grâce d'appeler les foules à la solitude; nul n'a mieux connu l'art difficile de les conduire suivant les méthodes inspirées à notre Bienheureux Père.
Cette Œuvre du Père Huby est de celles qui ne meurent pas, et dont les siècles sont appelés à recueil lir l'héritage et le bienfait.
Les quelques lignes consacrées à cette introduction ne peuvent raconter ni même énumérer les effets admirables que produisirent, avant la Révolution, les maisons de retraite en Bretagne, dans toute la France, et dans tous les pays catholiques ( i ).
(i) Monsieur le comte de Caulaincourt a donné au congrès catholique de Paris une charmante esquisse historique de l'œuvre des retraites : elle en montre l'origine dans les Exercices de saint Ignace, puis elle en suit le développement pa les Pères de la Compagnie de J ésus, par saint Vincent de Paul, par les Fondateurs des retraites bretonnes, qui eurent tant de successeurs et d'heureux imitateurs dans toutes les parties du monde. Il faudrait, pour être complet, citer, outre beaucoup de Pères jésuites, saint Léonard de Port-Maurice, le Vénérable abbé Receveur, le Révérend Père Deshayes, digne successeur du Vénérable Père de Montfort,etc,
Il INTRODUCTION.
A Vannes, par exemple, dans celle des hommes, dont le Père Huby fut le Fondateur et le premier Supérieur, on vit bientôt « vingt bajides d'exercitants dont le nombre était si grand qu'il montait chaque année au-delà de deux mille (i). »
La chronique ajoute « qu'on y recevait indifféremment les laïques, les ecclésiastiques, les riches, les pauvres, les savants, les ignorants, gentilshommes, bourgeois, militaires, magistrats, artisans, laboureurs, hommes de tout âge et de tout état; tous étaient admis; aussi avait-on placé sur l'entrée de la maison cette inscription : Domus mea domus orationis vocabitur ommbus gentibtis. »
L'Œuvre du Père Huby ne fit que grandir et s'accroître, si bien que bon nombre de villes en France possédèrent bientôt un de ces pieux établissements (2). Au commencement du XVI 11^ siècle, le Père Houdry écrivait : « La pratique des Retraites étant établie dans presque toutes les villes de France, une infinité de maisons étant consacrées à cet usage, différents auteurs ont dû tracer des méthodes pour les suiv^re avec fruit (3). » Ces institutions se soutinrent et progressèrent jusqu'à la Révolution. — A cette époque désas-
(1) Le Père Nepveu dit « qu'en une seule année on a vu plus de cinq mille personnes venir dans ces saintes solitudes recueillir la manne céleste que la miséricorde divine y répand. » (Préface de sa Retraite pour les Ecclésiastiques. Paris, MDCCVI.) Il s'agit ici de deux maisons de retraites: celle des hommes et celle des femmes.
(2) La Bulle de Benoît XIV Quantmn scccssusilli, 29 mars 1753, loue beaucoup cette Œuvre.
(3) V. au mot Retraite dans la Bibliothhiue des Prédicateurs,