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AVIS POUR UNE AME QUE DIEU MET DANS DE GRANDES ÉPREUVES

LEtat où vous vous trouvez de peine et d'abandon et comme de perte évidente de votre salut, est, à la vérité, un état de perte, non du salut, mais des satisfactions , des connaissances , des goûts, des appuis, de l'assurance que la nature et l'amour-propre recherchent et ne perdent qu'avec une extrême peine. C'est un état d'une pénible, mais utile purgation du cœur. Voici ce que vous avez à faire :

i^ Ne cherchez point que vos peines diminuent ou prennent bientôt fin. Si Notre-Seigneur veut que votre âme soit triste jusqu'à la mort, ainsi soit-il.

2" Ne cherchez point les consolations extérieures ni même spirituelles ; et si Dieu vous en donne, ne vous y attachez pas et ne faites aucun effort pour les augmenter, pour les goûter ou pour les prolonger.

3° Pourvu que vous ayez au fond du cœur une inviolable résolution de ne point offenser Dieu, laissez Dieu disposer de vous comme il lui plaira, pour le temps et pour l'éternité.

4" Dieu veut vous donner, par cette épreuve, une foi sans lumière,une espérance sans appui et un amour sans

goût, c'est-à-dire sans que vous aperceviez ni la lumière, ni l'appui, ni le goût de ces vertus, et, par cette privation, elles deviendront plus spirituelles et plus pures.

5° Croyez fermement ce qu'on vous dit, bien qu'il semble que votre expérience vous dise le contraire, et assurez-vous que vous n'êtes pas la première qu'on ait vue en cet état ; non, sans doute, l'on y en a vu et l'on y en voit encore plusieurs autres.

6° Pour vous affermir davantage, je me rends très volontiers caution pour vous auprès de Notre-Seigneur, et je ne doute nullement que, par son infinie bonté, vous ne le possédiez un jour dans le Ciel.

70 Gardez-vous bien des fautes dans lesquelles cet état de peines pourrait vous faire tomber, comme de parler brusquement, d être moins docile à l'obéissance, de vous porter compassion, de vous arrêter à réfléchir sur vous-même en regardant vos peines, de vous laisser aller à votre humeur.

8° Estimez beaucoup cet état, et remerciez Notre- Seigneur de ce qu'il se sert de cette voie pour détruire votre orgueil et pour vous réduire au point où vous devez vous tenir, c'est-à-dire dans votre néant.

90 Demeurez dans ce néant sec et profond très volontiers et sans demander d'en sortir, ni en la vie, ni en la mort.

10° Cet état est une participation de celui de Jésus- Christ, lorsque, étant sur la croix, il dit à son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ?» Remarquez ici que Notre-Seigneur est sans

doute délaissé de son Père, puisqu'il le dit ; et néanmoins, ayant dit cela, il s'abandonne lui-même : à qui ? à celui duquel il vient de dire qu'il est abandonné. Il s'abandonne à lui en disant : « Mon Père,je remets mon esprit entre vos mains. » Notre-Seigneur, quoique délaissé de son Père, eût pu s'assister lui-même, puisqu'il était Dieu ; mais non, son Père l'abandonne, il s'abandonne aussi. Appliquez-vous ceci, et vous ferez justement ce que Dieu veut. Il vous semble que Dieu vous a abandonnée ; et, quand cela serait, il ne vous ferait que ce qu'il a fait à son Fils unique. Dieu vous ayant, ce semble, abandonnée, qu'avez-vous à faire ? Rien autre chose, sinon de vous abandonner, comme Notre- Seigneur, à celui qui vous a, ce semble, abandonnée ; et s'il veut vous laisser dans cet abandon jusqu'à la mort, comme il y laissa son Fils, continuez jusqu'à la mort, comme Jésus-Christ, à vous abandonner à lui, demeurant ainsi abandonnée et de lui et de vous-même entre ses mains, comme Jésus-Christ.

AVIS POUR LES AMES QUE DIEU ATTIRE A L'ÉTAT DE SIMPLE RECUEILLEMENT ET DE PUR AMOUR.

§ I. — On parvient à Dieu par l'anéantissement de soi-même. Tenez-vous si bas, que vous ne vous trouviez ,ni ne vous voyiez plus vous-même.

A mesure que vous bannirez de chez vous tout ce qui n'est pas de Dieu, vous vous remplirez de Dieu. Ne vous regardez pas vous-même ; oubliez-vous et

séparez-vous de vous-même. Là où vous ne vous trouverez plus, vous trouverez Dieu.

La pratique du parfait anéantissement de soi-même consiste à n'avoir d'autre soin que de mourir entièrement à nous mêmes et à toutes nos opérations propres, pour donner lieu à Dieu de vivre et d'opérer en nous. Se soumettre ainsi à Dieu par un total abandon de soimême, et se perdre dans l'abîme de son néant pour ne se trouver plus qu'en Dieu, c'est produire l'acte le plus excellent dont nous soyons capables, et qui contient en soi la substance de toutes les autres vertus.

C'est cet un si nécessaire que Notre-Seigneur recommande dans son Evangile.

O riche néant, 011 plus l'âme s'anéantit, plus elle devient précieuse aux yeux de Dieu ! Moins elle a d'humain, de créé, de sensible, d'imaginaire, d'intelligible et de tout ce qui lui est propre, plus elle a de Dieu, plus elle est riche en Dieu.

Vous perdre dans le néant, c'est le moyen sûr de vous trouver en Dieu. Si vous cessez d'être ce que vous êtes, vous viendrez à être ce que vous n'êtes pas et ce que Dieu veut que vous soyez. A cela se rapportent ces belles paroles de saint Paul aux Colossiens : Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu; aux Philippiens : Je gagne à mourir; aux Calâtes : Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi.

Demeurez donc, autant qu'il vous sera possible, en état de mort, insensible à tous les changements, à tou- |

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tes les choses de ce monde, à tous les évèments de la vie, comme les morts qui sont dans les tombeaux.

§ IL — Que votre exercice soit un simple souvenir de Dieu, un humble et amoureux acquiescement de cœur àla volonté de Dieu. Par ce seul exercice vous éviterez tout mal et vous vous rendrez toutes choses utiles.

Demeurez constamment perdue et anéantie, sans vous mettre en peine de faire autre chose. Que le corps souffre, que l'imagination voltige, que l'esprit babille, silence de cœur à tout cela : point d'effort violent, point d'artifice ; acquiescement éternel, silence, abandon, anéantissement, tout cela dit la même chose. Demeurez dans la simplicité dont il est parlé dans le petit livre des Reliques de saint François de Sales.

Demeurez toujours dans une docilité d'enfant ; mettez-vous dans le néant et prenez plaisir de vous y voir plus profondément ensevelie que quelque chose qu'il y ait au monde. Acquiescez volontiers à la confusion et à l'anéantissement de vous-même, et soyez persuadée que vous ne vous anéantirez jamais autant que vous le devez faire. Si vous ne devenez comme des enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

Il ne faut point distinguer le repos et le travail, soit l'intérieur, soit l'extérieur. Tout cela est un, quand on se tient dans l'acquiescement et dans le repos intérieur : ceci est bien à remarquer.

Il faut quitter la vue de la sécheresse intérieure, aussi bien que toute autre chose. Cette sécheresse, cette insensibilité purifie l'âme de ses goûts et de ses

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recherches d'elle-même. Le simple acquiescement du cœur sans distinction de tout ce qui se passe dans l'esprit, est la seule chose à laquelle il faille s'attacher.

Les enseignements qu'on a donnés et votre propre expérience vous feront connaître comment vous devez vous tenir sans activité, sans effort, sans multiplicité.

Eussiez-vous jamais pensé, pendant les années que vous avez passées dans l'ignorance de cette sorte de vie silibre,sidégagée,si désintéressée, que vous la dussiez un jour rencontrer en ce monde? Et après que Dieu vous l'a fait connaître, quelle infidélité serait-ce de la quitter et de vous attacher à autre chose qu'à Dieu seul ! Que tout soit donc pour vous un pur néant et que Dieu soit seul en vous, comme s'il n'avait rien créé : ce sera ainsi que dans le néant vous trouverez tout.

Votre manièrede traiter avec lescréatures doit étrede cet air de dégagement et d'éloignement infini de toute tendresse et sensibilité. Il n'est pas concevable combien peu de chose arrête l'âme, et pour longtemps, et souvent pour toute la vie. Un rien est capable d'empêcher les progrès admirables que l'on ferait dans la grâce. Oh ! que Dieu, pour se communiquer aux âmes, y veut un grand vide de toutes les recherches de la nature, et même des plus petites !

Dans toutes les affaires, et dans toutes sortes de rencontres, que tout, hors de Dieu, ne vous soit rien et que Dieu vous soit tout.

Ne pous empressez, ni ne vous inquiétez jamais pour aucune affaire. On ne peut bien faire qu'une chose à la

Fondateurs des Retraites ii

fois. Faites celle à quoi vous êtes actuellement occupée, sans que celle d'après vienne partager votre attention. Son temps et son rang viendront. C'est en ces occasions qu'il se faut affermir dans la paix ; de sorte que non seulement on fasse ce qu'il faut faire, mais qu'on le fasse aussi de la façon qu'il faut le faire, c'est-à-dire avec paix et avec liberté d'esprit.

Travailler peu, travailler beaucoup, agir ou souffrir, plus de distinction. A tout cela, simple acquiescement et égalité, ou égalité d'acquiescement.

Pour toutes sortes d'événements et d'afflictions, de maladies, de mort de qui que ce soit, de pertes de quoi que ce soit, égal acquiescement. Les sens s'émouvront, la tristesse serrera le cœur; la représentation de la perte qu'on aura faite passera.

Pour toutes vos peines, sans beaucoup examiner d'où elles viennent, acceptez-les en paix, anéantissezles et anéantissez-vous vous-même avec elles, pour vous tenir dans un anéantissement de toutes choses.

C'est dans les occasions les plus fâcheuses et les plus contraires qu'on pratique un parfait dénuement, et qu'on s'établit dans une plus grande confiance en la cause première par la perte des causes secondes. Acquiescement à toutes les pertes, hormis à celle de Dieu.

Seigneur, faites-nous la grâce de bien comprendre cette perfection, et de la pratiquer encore mieux.

Quand ces pensées de... se présentent à votre esprit, changez-les en la pensée d'être toute à Dieu, et en l'abandonnement de vous-même à Dieu. Ainsi, vous demeure-

rezdansvous-même ou plutôt dans votre néant. Du reste, laissez ces pensées s'évanouir comme toutes les autres qui viennent vous distraire. Tâchez de ne vous retrouver plus, mais demeurez perdue pour jamais, et jetée dans cet abîme infini où il n'y a que l'être infini et un grand vide de tout le reste. N'y cherchez pas d'autre appui que celui de votre abandon et de votre confiance.

§ III. — Ne revenez plus d'où vous êtes partie : je veux dire, ne cherchez plus l'appui humain et ne vous amusez jamais plus aux choses créées. Qu'elles s'enfuient et s'évanouissent pour jamais. Plus de recherche des satisfactions ni des sens, ni de l'esprit, ni du cœur ; mais indifférence et insensibilité pour tout, avec un vide et un abandon tout pur et sans bornes.

Perte de tout sans ressource, et de vous-même plus que de tout le reste , comme si vous n'étiez plus rien. Ne tenez non plus à vous qu'au néant d'une créature qui n'est point et qui ne sera jamais.

Dans la perte de tout, on trouve Dieu et la paix ; et possédant Dieu, jouissant de la paix, a-t-on sujet de se mettre en peine de tout le reste ?

Ne vous empressez pour rien. Ne vous laissez resserrer le cœur pour quoi que ce soit. Où il n'y a que le néant, il n'y a ni empressement ni resserrement mais un vide paisible et immuable. C'est là que vous vous établirez, ne vous établissant en rien de créé, et, vous vous trouverez heureusement, en cessant de vous chercher et ne cherchant plus rien. Que Dieu seul soit éternellement en vous. Perdez tout pour trouver tout.

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§ IV. — Plus VOUS irez par le chemin où vous allez, moins vous trouverez ce que vous cherchez. Vous pensez trouver Dieu par vos efforts ; ce sera par la cessation de vos efforts qu'il se fera trouv^er à vous. Quittez toutes ces violentes applications de tête, pour ne retenir qu'un simple souvenir de Dieu présent et opérant en vous. Voilà pour la conduite de l'esprit. Quant à celle du cœur, tenez-le dans un doux acquiescement à l'opération de Dieu. Gardez constamment cette pratique, et vous verrez que votre cœur se remplira de Dieu, se dilatera en Dieu, et sera gouverné de Dieu.

Réduisez-vous à l'Unité qui est Dieu. Tout ce qui n'est point cela, n'est point ce que vous voulez. Si vous savez bien vouscontenter de cette éminente Unité, vous ne vous soucierez nullement de tout le reste. Oh ! que cette Unité bien entendue et bien pratiquée retranche de choses : même de celles qui nous semblent être bonnes, saintes et nécessaires, et qui, au fond, nous nuisent au lieu de nous servir pour arriver où nous aspirons, savoir à être faits une même chose avec la suprême Unité !

Que votre devise soit donc ce mot du Bienheureux Gilles d'Assise : tine à un. Une âme à un Dieu. Allez encore plus avant,et perdez-vous vous-même dans cette Unité. Oubliez tout et ne vous souvenez que de cette Unité. Unité divine. Unité infinie. Dieu seul.

Ce mot d'Unité est fort lumineux. Il vous fera retrancher toutes les multiplicités superflues. Il est très

efficace pour vous appliquer parfaitement à tout ce que Dieu veut de vous. Vous trouverez là-dessous des trésors de lumière, de grâce et d'innocence.

MADEMOISELLE DE FRANCHSVILLB

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Vie de Mademoiselle

deFRANCHEVILLE

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