CHAPITRE PREMIER
Naissance du P. Vaiin. — Sa jeunesse. — Son entrée au séuiinaire de Saint-Sulpice.
Josepli-Dcsin; Variii naquit à Rcsançoii le 7 février 17G9. Son père, ]\I. Variii d'Ainvelle, issu d'une famille noble et distinguée de la ville de Resanron, qui avait donné à celte cité de nombreux gouverneurs et magistrats, possédait une charge de conseiller au parlement de Ei'anelie-Comté , et jouissait de la considf'raliun que lui avaient méritée des vertus héréditaires. Son fi-ère, M. Varin du Fresne-du-Cange, comme lui conseiller au parlement , n'était pas moins estimé dans le pays.
M. Vaiin d'Ainvelle unit son sort à mademoiselle de Roursières. De ce mariage naquirent trois enfants,
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deux fils et une fille ^ Josepli-Désirc était le plus jeune des trois. Madame Yaiin d'Ainvelle joignait aux qualités aimables de l'esprit et du cœur cette piété solide qui fait le plus bel ornement de son sexe. Yeuvc de bonne heure, elle refusa de contracter de nouveaux engagements, afin de se consacrer entièrement à leducation de ses enfants. On pouvait à juste titre la placer au rang de ces saintes veuves qui, dans les premiers siècles, furent une des gloires de l'Église naissante.
Nous verrons un peu plus loin cette vie, toute de dévouement maternel, couronnée par le martyre.
Le jeune Yarin, que dans sa famille on appelait de Solmon , du nom d'une terre située sur les frontières
^ La sœur du P. Varin épousa M. de Chevroz, conseiller au parlement. 11 lui donna un fils et deux lilles, tous trois mariés et chrétiens exemplaires. Madame de Chevroz, dont nous aurons plus d'une fois occasion de parler dans la suite, fut pendant toute sa vie un parfait modèle de veitu. Dès sa jeunesse, elle inspirait à tous ceux qui l'approchaient un sentiment profond d'estime et de respect. Le P. Varin disait que, pour lui, il n'aurait jamais osé se présenter devant sa sœur, s'il avait eu à se reprocher quelque faute grave. Obligée de quitter la France à l'époque de la révolution, elle n'eut pour vivre, durant ces mauvais jours, d'autre ressource que le travail de ses mains. Les événements du 18 fructidor lui permirent de rentrer dans sa patrie ; mais sa santé, ébranlée par de si rudes épreuves, fut toujours très-chancelante , et durant les vingt-quatre dernières années de sa vie, ses imfirmités s'aggravèrent au point qu'il lui fut impossible de quitter son lit ou son fauteuil. «J'ai eu le bonheur inappréciable, nous a écrit une de ses parentes, de voir souvent cette excellente et respectable dame qui, quoique toujours malade, était un ange de bonté pour tous les enfants de ses parents et amis. Malgré son état de souffrance, elle les réunissait tous les dimanches soir chez elle. Ils se livraient alors sous ses veux à d'innocentes récréations, oil
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de la Suisse, montra des son enfance un naluiel aivîcnt et un cœnr sensible; (^t en même temps une pétulance, une impétuosité, excessives, qui faisaient le désespoir de sa mèi'e. Il s'adonnait avec i)asiion à tous les amusements de son âge, et surtout au plaisir de la chasse. Lui-même racontait dans sa vieillesse que, pendant le temps de son séminaire, avant d'être engagé dans les ordres, il avait quelquefois, malgré ses résolutions contraires, succombé à la tentation de faire une partie de chasse. (( IMa mère, dit madame de Clievroz sa sœur, ma mère lui aurait encoie pardonné ce goût assez naturel à un jeune homme, s'il ne s'y était livré avec une telle fougue que, songeant seulement à son gibier, il laissait les lambeaux de ses vêtements pendus à tous les arbres. Souvent elle m'appelait afin de
ils trouvaient le honhcur et qui les éloignaient des amusements dangereux du monde. J'ai toujours fait partie de ces réunions, et j'en conserverai une reconnaissance éternelle. Elle eut pendant toute sa vie une large part à la croix du Sauveur , et elle l'a constamment portée avec calme et résignation. Je lui ai même entendu dire quelquefois, lorsque ses douleurs étaient moins violentes, que le bon Dieu l'oubliait. Sa réputation de piété était si bien établie, qu'elle avait obtenu des supérieurs ecclésiastiques le privilège de faire célébrer la sainte messe chez elle, lorsqu'elle pouvait avoir un prêtre. » A la suite d'une maladie soulTerte avec la plus édifiante résignation, elle s'endormit dans le Seigneur, emportant les regrets de ses enfants, petits- enfants, et de toutes les personnes qui la connaissaient.
Le frère (lu P. Varin , M. Varin d'Ainvelle, reçu conseiller au parlement, peu de temps avant la révolution, fut plus tard nommé président de chambre à la cour de Besançon. Après une vie clirétienne, il mourut de la mort des justes, laissant deux fils et deux fdles , dont l'une est morte, fort jeune, religieuse du Sacré-Cœur, estimée dans son ordre pour sa vertu et sa capacité.
savoir s'il lui restait encore un habit convenable pour se présenter devant les personnes qui l'attendaient au salon. Mon frère recevait en fils tendre et respectueux la réprimande maternelle , promettait sincèrement de se corriger ; mais à la première occasion , il oubliait ses promesses : la vivacité de son caractère l'emportait sur son cœur cpii s'est toujours montré excellent même envers les animaux. »
Il aimait aussi beaucoup les chevaux, et était habile écuyer. On voyait quelquefois l'élégant cavalier paraîivc dans les rues de Besançon, monté sur un brillant coursier, le faire c;jracoler, et attirer les regards par son adresse à le manier.
L'art militaire et tous les exercices qui s'y rattachent avaient encore un grand attrait pour notre gentilhomme. Ces goûts étaient tellement prononcés en lui, que, quand plus tard il entra au séminaire, son directeur craignait que cet attrait ne iùt un obstacle à sa persévéï'ance dans sa vocation ; et lorsque, pendant l'émigration, il eut renoncé à la carrière des armes pour se consacrer à Dieu et recevoir les saints ordies, sa famille n'en voulut rien croire d'abord, et disait qu'il aimait trop la chasse ei les chevaux pour pouvoir jamais en faire le sacrifice. Parvenu à un âge très-avancé , il s'est privé plus d'une fois de lire certains ouvrages historiques où il était question de combats et de chevalerie, parce qu'il aurait cra nt d'y prendre trop de plaisir. « La représentation des pièces de théâtre, surtout des belles tragédies, eût été encore une de mes jouissances, disait-il un jour ; mais
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j'en faisais voloiiliers le saciilicc en pensant au ciel ei à toutes les merveilles que nous y verrons, n
rornié à la piété dès Tenfance, par les leçons et les exemples de sa vertueuse mère, le jeune Solmon, malgré celle extrême vivacité, éprouva de bonne heure le désir de se consacrer à Dieu. Après avoir kùl avec succès ses premières études à Ijcsançan , soit au sein de sa famille, soit au colh'ge de celle ville , et avoir reçu à Tàge de quinze ans la tonsure et les ordres mineurs, il entra au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, pour y redoubler son cours de philosophie et suivre ensuite celui de théologie.
Le séminaire de Saint-Sulpice, cette école de science et d esprit sacerdotal , était alors gouverné par le sage et vertueux Émery, pour leciuel Varin conserva jusqu'à la fin de sa vie une tendresse loute lilial(\ Il parlait toujours de cet homme vénérable avec les plus profonds sentiments de respect et de reconnaissance. (( Je l'aimais vraiment comme un père, disait-il ; car il était la boulé même : il veillait sur moi d'une manière toute particulière, et allait jusqu'à me gâter à cause de ma mauvai>e santé. »
Le jeune abbé Tarin eut bientôt captivé l'estime et l'affection de tous ses supérieurs. Pour se mit ux pénétrer de l'esprit ecclésiastique, il s'empressa de faire partie d'une pieuse association composée des plus fervents élèves de théologie, dont les membres s'efforçaient de se portei* mutuellement au bien , et travaillaient de tout leur pouvoir à la sanctification de leurs condisciples. On y remarquait les jeunes
princes de Broglie, Chailes cl son frère Maurice , depuis évcque de Gand% de Villèle, depuis archevêque de Bourges, de ïournely, de Sambucy et de Giivel. Ces trois derniers devaient plus tard s'unir par d- s liens plus étroits encore. Ils s'étaient tous mis sous la direction spéciale de M. Tassin, un des plus vertueux prêtres de Saint-Sulpice, qui entra quelques années après à la Trappe, et y finit saintement sa carrière. Cette association fournit au jeune séminariste le moyen d'assurer son avancement dans la vertu ; elle le prémunit contre les dangers auxquels l'cul exposé la fréquentation de quelques élèves moins réguliers. Il se lia plus intimement avec le jeune de Touriiely et Charles de Bi'oglie, et, encouragé par leurs exemples, il fit de rapides progrès dans la piété et dans les sciences.
]\ous avons peu de détails sur cette partie delà vie du jeune Joseph. On a conservé néanmoins une anecdote qui montre quels efforts il dut faire, et quelles victoires il eut à remporter pour acquérir cette douceur inaltérable qui lui était devenue comme naturelle, et qui paraissait former le fond de son caractère. Il s'éleva un jour entre lui et un de ses condisciples, fils du maréchal de Broglie, une vive altercation dont il ne parlait qu'avec de grands sentiments d'humilité. Les deux séminaristes, quoique déjà revêtus de Thabit ecclésiastique, en vinrent à une bataille d'écoliers. Se sentant ému et un peu fatigué de cette espèce de com-
^ L'un et l'autre lUs du céK'bre maréchal de ce nom.
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bat, Joseph s'enleniia dans sa chaaibrc pour reprendre haleine, après s'être toutefois muni d'un giand pot d'eau pour le jeter au visage de son antagoniste, s'il revenait à la eharge. Soudain il entend frappei* à la porte, et, croyant le moment venu, il se lève, prend son arme, entr'ouvre, lève le bras... Qu'aperepit-il?... 31. Émery... Saisi d'étonnement à celte vue, il recuie confus, en songeant à ce cpi'il allait faire. Le bon supérieur se retira en souriant, mais sans lui adresser aucun reproche : le coupable n'en avait pas besoin. Cette leçon muette, mêlée à lant d'indulgence, calma sur-le-champ cette tempête passagère. Le soir, il se ht un devoir d'aller avouer sa faute au supérieur, et de lui en exprimer ses regrets. « En effet, mon enfant, lui dit M. Emery, vous paraissiez un peu ému ce matin. » En racontant cette petite anecdote, le P. Varin ajoutait que ce seul mot, prononcé avec l'accent de la bonté, l'avait touché plus que ne l'auiaient pu faire toutes les l'éprimandes.
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CIIAriTRE IL
Le P.Vaiin embrasse la cairic're militaire.
L'abbc de Solmon terminait' sa seconde année de théologie lorsque la révolulion éclata. Le jour même de la prise de la Bastille, il quitta Paris et rentra dans sa famille. L'année suivante il l'accompagna en Suisse, où elle se réfugiait pour échapper à des dangers de jour en jour plus menaçants. Depuis quelque temps il éprouvait une affection de poitrine qui, s'aggravaut chaque jour, donnait de vives inquiétudes. Elle était la suite de l'application excessive qu'il avait apportée à l'étude pendant son séjour au séminaire. Pour préparer son examen à la fin du cours de philosophie, il s'était condamné à passer quatorze nuits saiîs dormir. Ce travail forcé, joint à l'usage immodéré qu'il fit du café en cette occasion, altéra pour toujours sa santé, délabra son estomac, et lui causa des insomnies et de fréquents vertiges. Les médecins jugèrent donc qu'une vie plus active, et surtout l'équilation, étaient nécessaires pour arrêter les progrès du mal et en prévenir les fâcheuses conséquences. Plusieurs gentilshommes de Franche-Comté, entre autres un de ses oncles, M. de Boursières, chevalier de Saint-Louis, étaient sur le point de se i endre à l'armée des princes français réunis à Coblenlz : ils engagèrent Solmon à suivre leur
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exemple : sa famille, loin de s'opposer à ee projet, le pressait fortement d'embrasser une carrièi'e à laquelle l'invitaient également l'honneur, la religion et l'état de sa santé. Sa tendre mère elle-méuie ne put refuser son consentement quoiqu'elle le vît s'éloigner avec peine, à raison de sa faible santé. Il entra donc dans un régiment de dragons commandé par le maréchal de Broglie, père des deux, princes Charles et ^laurice, qui avaient été ses condisciples au séminaire de Saint-Sulpice. La veille de son départ, il se relira de bonne heure pour faii'e ses pi'c'paiatifs de voyage : sa mère le suivit et ne le quitta qu'apiès quil fut couché. A peine était-elle reloui'née dans l'appartement voisin, qu'elle renli'e prc'cipiiammenr dans la chambre de son fils : () mon enfant ! lui dit-elle avec vivacité et d'un ton de voix élevé, à mon enfant! je t'en conjure, ne perds jamais la crainte de Dieu. Ces paroles, les dernières qu'il ait entendues sortir de la bouche de sa mère, ne s'effacèrent jamais de sa mémoire, et eurent une grande influence sur toute la suite de sa vie. £lles furent comme une semence (p.ii fi'uclilia au milieu même du tumulte des armes , et j)oria, peu de temps après, des fruits si abondants de grâce et de salut.
C'est sans doute à ces pieux souvenirs que nous devons attribuer un acte de courage chrétien qui nous a été raconté, ei que nous aimons à consigner ici. Solmou conduisait un jour un détachement de cavalerie par un temps de neige. Ayant aperçu une croix sur le chemin : La salucrai-jc! se dit-il. Non ^ oui.
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Ces réponses se succédèi'oiit plusieurs fois dans son esprit. Enfin, pour terminer cette lutte, il saute en bas de son cheval , et se prosterne les bras étendus dans la neiiîe. Son détachement en fit autant.
Quant à sa santé si débile au moment de son départ, elle se fortifia visiblement au moyen des exercices militaires. Coucher sur la dure, même sur la neige, ou dans la boue, veiller plusieurs nuits de suite, manger un pain détestable, rien ne l'incommodait. Plus tard cependant, lorsqu'il se réunit aux Pères du Sacré-Cœur, ses infirmités reparurent dès les premiers jours. Il disait alors en souriant : « Je connais bien un remède infaillible à mes misères: une promenade au galop de quelques heures chaque jour... Mais non, je suis religieux ; et puis il vaut mieux sentir la misère humaine. »
Naturellement brave, le jeune de Solmon fit avec distinction les deux campagnes de 1792 et de 1793, dans l'armée de Condé , où il était enrôlé au^si bien que son oncle ]\î. de Boursières. On le vil prendre part à plusieurs batailles sanglantes; et ce ne fut pas sans une protection visible du ciel qu'il échappa aux plus grands dangers. Mais au mois de novembre 1793, tandis que l'armée du prince était occupée depuis un mois à faire le siège de Strasbourg, nos deux gentilshommes, fatigués de l'inaction dans laquelle les retenaient les opérations de ce siège, et persuadés d'ailleurs qu'aucune action sérieuse n'aurait lieu avant le retour de la belle saison, demandèrent au prince de Condé, qui honorait M. de Boursières de son estime, un congé
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-{)Our aller visiter le reste de leur famille retirée en Suisse, à Estavayer.
La lieenee et le tumulte des camps, le mauvais exemple de beaucoup d'émigrés, mille occasions de chute avaient, dans les deux campagnes précédentes, exposé la vertu de notre jeune militaire ; et s'il eut été moins solidement alTei'mi dans la pratique de ses devoirs, il aurait infailliblemeni succombé. Xulle part cependant son innocence ne courut plus de péril que là même où elle semblait le plus cire en sûreté, au milieu de sa respeclabl-; famille. Le petit nombie d'émigrés qui s'étaient réfugiés dans ce coin de la Suisse y avaient appoité, comme partout, l'enjouement et le laisser-aller naturel au caractère IVancais. On se réunissait, on se livrait à de dangereux divertissements; et, quoique les lois de la décence ne fussent peut-être pas formellement blessées, le jeune Varin prit tant de goût à ces relations toutes profanes qu'il faillit être victime de son imprudence. Mais Dieu veillait sur cette ame d'élite. Après une soirée où il s'était abandonné plus que de coutume à l'entraînement du plaisir et avait ouvert son cœur avec moins de réserve aux séduciions du monde, il se sentit tellement agité qu'il ne put prendre aucun repos. Une véritable lutte s'était établie dans son cœur entre Dieu et le monde. Conwiie il devait le lendemain retoinner dans cette société, sa sœur , qui avait i emarqué ses manières un peu trop légères, lui dit avec bonté : (( Prends garde, mon ami; rappelle-loi la gravité de tes premières années. » Ces paroles,
tout en le contrariant, le forcèrent à réllécliir. Rentré dans sa chambre et toujours déierniiné cependant à prendre une part active à la soirée projetée, ses yeux tombent par hasard sur un vieux livre dont la première page lui présente la prière attribuée à saint Bei'nard : Souvenez-voiis. Il l'avait à peu près oubliée. A l'aide du livre, il la récite une fois ou deux comme machinalement. Enfin, une troisième fois, il la répèle du fond du cœur; et, tombant à genoux, il y ajoute un acte de consécration à la sainte Vierge que renfermait le même livre. La grâce avait tiiomphé ; et ce triomphe, il le devait à Marie. Dès ce moment, Varia prit la résolution de ne pas paraître à la l'éuuion, et le jour même il quitta Estavayer. Le lendemain, il voulut se fortifier par la réception du sacrement de Pénitence. Depuis lors il ne laissa passer aucun jour sans redire la prière à laquelle il attribuait son salut ; de son côté 3Iai le ne cessa de l'environner de sa protection maternelle. Trente ans plus tard le souvenir de ce Memorare excitait encore en lui les affections de la plus tendre piété. Sans révéler le secret des faveurs dont cette prière avait été pour lui l'occasion ou l'instrumeni, il ne pouvait en parler sans laisser voir qu'il avait appris par sa propre expérience que Marie exauce toujours ceux qui ont recours à son amour de Mère.
Cependant Dieu demandait à Varin quelque chose de plus, et la grâce devait livrer à son cœur encore plus d'un assaut avant que de le posséder sans réserve. Après avoir fait l'acte de consécration à la sainte
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Vierge, il avait cru entendre une voix qui lui disait iiit('Mieurement : Où vas-tu y ce n'est pas là (jan Je f appelle. Où ras-tu? ce n'est pas là que Je t'appelais -J'ai d'autres desseins sur toi. Il fui si frappé de cet appel de la gi'àce que, se jetant à genoux, il répondit : Oui, mon Dieu, J'entends. Je voiis promets de me donner à vous; mais n'exigez pas que ce soit avant un an, Jusqu'à ce que J'aie pu réparer le malheur d'acoir quitté mes compagnons d'armes la veille d'une bataille. Je vous le promets, dans un an Je me donnerai tout à vous. Cette nuMue voix se fit entendre dans plusieurs auli'es lenconires ; il y rc'pondait toujours de la même manière : Je vous le promets , mon J)ieu , Je serai tout à vous ; mais accordez-moi encore un an.
Pour donner au lecteur rintelligence de ces dernières paroles, hàtons-nous de dire qu'à peine arrivé à Estavayer, Yarin apprit que, peu de jours après son déi)art, un combat meurtrier avait été livré contre toute apparence, et que la plupart de ceux avec lesquels il se fût trouvé dans la mêlée avaient péri sur le champ de bataille. Ce nouveau trait de providence, à son égard, lui inspira de vifs sentiments de reconnaissance envers le Seigneur. J)'un autre col('',sa bravoure ne pouvait se consoler d'avoir manqué une aussi belle occasion de payer de sa personne. Assurément il n'avait rien fait contre les lois de Thonneur militaire, et il pouvait se présenter à son corps la tète haute. Il pensa néanmoins que cette circonstance, quoique tout à fait indépendaaie de sa volonté, ne lui
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permettait pas de demeurer dans rarmée de Condé sans s'y trouver dans une position fausse, et lui imposait lobligatiun d'entrer dans un autre corps au moins pour un an et d'y donner des preuves de sa valeur. Il se détermina donc, malgré le cri de sa conscience et rinipulsion de la grâce, à prendre du service dans le corps autrichien commandé par le prince de Cobourg. Cobourg était avec son ai'mée sur les frontières do la Hollande; notre jeune militaire se mit en roule pour la Weslphalie. La Providence ménageait toutes choses pour le conduire, à son insu et comme malgré lui, au terme on il était appeh', ainsi que l'on en jugera par les faits que nous allons raconter.