‹ Vie du r.p. Joseph VarinChapitre 2 sur 23 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

L'abbé ileTournely et laljbé Chailes de Broglie. — Gonimenccmciits de la Société des Pères du Sacré-Cœur de Jésus.

La Compagnie de Jésus, depuis sa suppression, n'avait cessé d'exciter les regrets du clergé et des hommes sincèrement attachés à la religion. On était persuadé que le saiiU-siége ne s'étaitprêté qu'avec une extrême répugnance à sacrifier un ordre religieux qui avait rendu de si grands services à l'Église et aux lettres. La révoluiion achevait de jeter un jour nouveau sur les

funestes résultais d'une mesure qui avait privé le sanctuaire de défenseurs zélés et d'appuis utiles.

Pleins de ces idées, déjeunes ecclésiastiques, autrefois conqiagnons de ^'arin au séminaire de Saint-Sulpice, l'abbé Charles de lîi'ogiio et Tabbé l'Jéonor de Tournely ', que la lourmeiile révi»luiioiinaii'e avait forcés de fuir en Belgique au mois de juillet 1791, conçurent le projet de faire revivre celle Société célèbre sous un autre nom.

Ils s'étaient d'abord retirés dans le duché de Luxembourg, chez le curé d'Osterst, qui les accueillit avec bienveillance et s'estima heui'cuN. de donner asile à deshoies d'une naissance et d'une veilu aussi distinguées. Ensevelis dans une solitude profonde, ils consacraient tout leur temps au\ exercices de piété, à l'étude des sciences ecclésiastiques et à la lecture des

' Franoois-F^léonor de Tournely, né à Laval le 21 janvier 17G7, montra dès l'enfance le? plus heureuses disposition"?, et se sentit de bonne heure appelé à l'état ecclésiastique ; mais sa piété naissante s'affaiblit pendant ses premières études. Sans tomber dans de grandes fautes, il ne fut pas inaccessible à l'esprit du monde et à la vanité. Après avoir terminé son cours de philosophie à Laval , il alla étudier la théologie au séminaire de Saint-Sulpicc, à Paris. Dans les premiers temps de son séjour au séminaire, sa conduite laissa un peu à désirer. Mais dès son début, il eut le bonheur de tomber entre les mains de M. Emcry, alors supéiieur de la Congrégation, et lui confia la direction de sa conscience. Le sage directeur ne tarda pas à le distinguer de la foule des élèves réunis dans cette sainte maison, et il s'appliqua à le former avec un soin particulier. Le jeune de Tournely répondit avec une parfaite docilité à ces témoignages de zèle et d'intérêt. Sous la conduite d'un si habile maître, il fit de rapides progrès dans la vertu et devint un modèle de régularité et de ferveur. Pénétré d'un souverain mépris

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ouviages composés par des jésuites, ou qui pouvaient leur faire connaître les règles et le genre de vie de ces religieux.

En 1793, les troupes de la république française pénétrèrent dans le Luxembourg, et nos deux solitaires furent contraints de se transporter à Anvers. Cette ville était alors remplie d'une foule de prêtres fiançais qui se réunissaient souvent'pour converser entre eux sur les moyens les plus propres à remédier aux maux de l'Église, à réformer les mœurs et à faire refleuiir la religion. L'abbé de l]roglie et son compagnon furent appelés à ces conférences. Mais ils s'aperçurent bientôt qu'il n'y était question que de projets séduisants au premier abord, mais chimériques et d'une exécution impossible. Se communiquant ensuite leurs réflexions, il leur sembla qu'ils parviendraient plus

pour toutes les choses de la terie, il conçut un ardent désir de ne s'attacher qu'à Dieu.

Nous avons vu qu'il était memhre d'une association dirigée par M. Tassin, et composée des élèves les plus fervents du séminaire. Cette association peut être regardée comme le berceau de la petite Société du Sacré-Cœur. Un jour que de Tuurnely s'entretenait avec le \ertueux directeur du bonheur qu'il ressentait d'être entré dans l'association : «Vous verrez, lui dit M. Tassin d'un ton grave et assuré, vous verrez ces jeunes gens former une Société qui produira de grands fruits dans l'Église.» Ces paroles prophétiques ne furent point perdues. Tournely aimait plus tard à les rappeler à ses confrères pour soutenir leur courage et animer leur contiance dans les épreuves auxquelles ils furent soumis.

Depuis cette époque on le vit s'avancer tous les jours de plus en plus dans les voies de la perfection , et l'on peut dire qu'il ne cessa de croître en sainteté et en union avec Dieu que lorsqu'il cessa de vivre.

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cfllcacemcnt au but si, caclR'S dans quelque relraiie, ils s'y formaient aux pratiques do la vie religieuse, selon les règles cl lesprit de saint Ignace, et s'associaient des jeunes gens qui voudi'aient enil^rasser leur genre de vie. Après avoir liésiti' quelque temi)s, i'al'bp de Tournely crut cpie Dieu deniandnil de lui la ic'nlisaiion de ce projet. Cej)eiîdanl, poui' ne point agir ù la légère dans une affaire aussi iinporianle, il r('solut, ainsi que son compagnon, de preudi'e avant tout l'avis des ecclésiastiques les plus recommandables par leurs lumières, leur sagesse et leur vertu.

Ils s'adressèrent d'abord à l'abbé Pey \ clianuine de la métropole de Paris, qui avait connu en IVauce le jeune de Tournely, et avait conçu une haute idi'c de sa vertu. Ce pieux ecclésiastique voulut, de sun cote'', avant que de se prononcer, connaître plus à fond le caractère, les inclinations des deux jeunes prêtres,

' Jean Pey, né le 2 mars 1720 à SoUiè.-, diocèse tle Toulim, manifesta dès sa jeunesse beaucoup d'ardeur pour la piété et pour le travail. Il fut d'abord vicaire à Ollioulos , ensuite chanoine de la cathédrale de Toulon et vice-gérant de l'oflicialité, puis chanoine de Notre-Dame à I^ari?. L'abbé Pey n'était pas seulement un écrivain laborieux r il joignait au travail du cabinet les pralicjues de piété, s'intéressait à tout ce qui pouvait contribuer au Itien de la religion, exerçait les bonnes œuvres, dirigeait les consciences, et montrait dans toute sa conduite autant de zèle que de régularité. Il refusa constamment le serment à la constitution civile du clergé. Pour se soustraire à la persécution, il se retira d'al'ord dans les Pays-Das, puis en Allemagne, et enlin à Venise, où il vécut dans une profonde retraite, ne s'occupant qu'à revoir ses noml)rcux ouvrages, et à se préparer à la mort, qui le frappa le 15 septendjrc 1797, après une longue et douloureuse maiadie. Il avait consacré toute sa vie à la défense de la leli-'ion. L'assemblée du cleri:é de

IVsprit qui les diii^eait, les opérations de la grâce dans leur cœur, la manière dont ils comprenaient l'exécution de leur projet. Après avoir mûrement tout examiné, il ne douta pas que Dieu ne leur eût inspiié cette pensée, et les exhorta à commencer avec courage une œuvre qui ne manquerait pas de tourner à la gloii'e de Dieu et au salut d'un grand nombre d'àmes. Pour s'assurer de plus en plus de la volonté divine, ils consultèrent encore ]Mgr Asseline, évêque de Boulogne et l'un des prélats les plus illustres de France, etl'abbé Awelange, recteur de l'Université deLouvain. Leur jugement fut conforme à celui de Tabbé Pey. Foris de ces suffrages, et désirant surtout appeler sur eux le secours d'en haut et la protection spéciale de Marie, ils firent à pied et avec des fatigues incroyabl( s le pèlerinage de Xotre-Dame de liai, sanctuaire vénéré dans toute la Belgique.

De retour à Anvers, ils allèrent se renfermer dans

1775 lui accorda des encouragements et des éloges. Ses ouvrages les pl-us estimés sont : Le Fliilosophe catéchiste, 1779 ; Traité de l'autorité des deux puissances, 1781, 3 vol. in-S". Cet ouvrage était destiné à réfuter les ennemis de l'autorité de l'Église. Dévouement du clirétien à la très-sainte Vierge. Ses opinions avaient toujours été orthodoxes : cependant dans ses dernières années, il se» reprochait d'avoir cédé quelquefois aux idées accréditées en France par les jurisconsultes ; et il voulait faire des changements à son Traité de Vautorité des deux puissances, quoique cet ouvrage eût fort déplu aux ennemis de l'Église. Quand l'abbé Pey rencontrait des magistrats exilés et errants comme lui , il ne manquait pas de leur faire remarquer où avaient abouti leur esprit d'opposition et leurs préventions contre l'autorité de l'Église. L'Ami de la religion, t. XLIX, p. 177 et t. L, p. 2G, a donné une notice assez détaillée sur ce vertueux prêtre.

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