‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 101 sur 195 · DERNIER MOT SUR LA M EN NAIS · texte numérisé non relu

DERNIER MOT SUR LA M EN NAIS

Un homme qui, avant elle, avait tenu dans la vie de Lacofdaire une grande place, Félicité de la Mennais, l'avait précédée de trois ans dans la tombe ; il avait comparu devant Dieu le 27 février 1854.

On a le premier cri de Lacordaire à cette nouvelle. « Quelle mort! Aucune, dans l'Histoire ecclésiastique, ne m'a fait une aussi douloureuse impression, pas même celle d'Arius. Arius fut foudroyé honteusement, dans un heu destiné aux plus vils besoins du corps; mais il n'avait })as lui-même écrit le testament de ses funérailles. Cet abandon, ce cercueil des pauvres, cette fosse comnuuic sans aucun signe laissé à un seul ami, ce silence universel sur une tombe qui devait être si illustre, tout cela m(3 fait un spectre qui me poursuit. Il y a trente ans, quand j'arrivai à Paris, je trouvai M. de la Mennais entouré de gloire, porté dans l'opinion comme un Père de l'Egiise : et le voilà mort incrédule, sans principes, sans certitude, sans amis, laissant une mémoire qui demeure dans la chrétienté comme un poids éternel! Puis je me rappelle toutes les circonstances de nos relations, les moments où je l'ai vu bon et heureux, entouré d'une jeunesse tiorissante, les présages que j'ai eus de sa chute, notre séparation, les vingt ans qui se sont écoulés entre l'une et l'autre époque, entre le temi)s où je couchais à sa porte, à Paris, à Rome, à la Chênaie, et ce tombeau, qui ne s'uuvriia plus : quels souvenirs ditférents et qui pi'ennenl l'un i)ar l'autre une puissance où l'àme succombe d'étonnement! Je me sens aussi, je vous l'avoue, fortifié : ce terrible jugement de Dieu me donne un jugement plus libie du passé ; jo remercie Di^u d(.^ iifavoir si prompte-

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ment éclairé sur mes devoirs et inspiré le courag-e de les accomplir publi(|uement. La séparation première avait (jté bien douloureuse; celle-ci l'est encore, mais tempérée par le sentiment de la justice de Dieu. Dieu a prononcé : (]ue son saint nom soit béni ' î »

(Quelques jours après, dans la correspondance du Père avec madame Swetchine, on trouve ces paroles : « Je ne vous ai pas écrit depuis la mort de notre ancien maître, ce pauvre M. de laMennais. Je le connaissais trop bien pour espérer que son àme se retournât vers Dieu avant la mort; mais la mort ost une si grande puissance que je conservais encore sur ce dernier moment quelques illusions. Hélas ! il a dépassé tout ce qu'on pouvait craindre de plus triste et de plus douloureux. Je ne connais rien dans l'histoire de l'Eglise, parmi ceux qui se sont séparés d'elle, qui ait un caractère do réprobation aussi frappant. L'abandon de tous, qui avait été la punition des dernières années de sa vie, et qu'aucun chef de doctrine n'a jamais éprouvé aussi complet, lui a survécu, et s'est assis sur ce tombeau qu'il a voulu lui-même dérober à tous dans la fosse connnune, comme s'il ne lui fût resté, dans sa propre persuasion, pas un parent et pas un ami pour y venir une seule fois. J'ai souvent, depuis loi-s, repassé dans mon esprit tous les souvenirs et toutes les inipressions qu'il m'avait laissés : ce drame ne pouvait sortir de ma pensée, k commencer par la première visite que je lui fis, moi tout jeune homme ai-rivant de pro-

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