‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 123 sur 195 · FONDATION DT COIVENT D K DIJON · texte numérisé non relu

FONDATION DT COIVENT D K DIJON

le Père avait prêché pour la première fois dans la ville qu'il regardait comme sa ville natale, au milieu d'une aftiuence et d'un enthousiasme qui semblaient encourager toutes les espérances. L'idée de posséder à Dijon, dans la patrie de saint Bernard, de Bossuet et de Lacordaire, un couvent de Frères Prêcheurs, s'empara fortement dès lors de l'espiit de l'homme résolu et persévérant dont j"ai parlé ; elle ne l'abandonna plus. La fondation de Flavigny, à laquelle il eut une grande part, retarda naturellement celle de Dijon, mais sans que cette dernière pensée fût perdue de vue. Celui qui l'avait conçue était alors à la tête d'une autre œuvre considérable, qui l'absorbait tout entier. Dès qu'elle fut accomplie, il reprit avec vigueur son idc(^ première et trouva le Père on ne saurait plus favorable. A peine celui-ci étaitil postulé comme Provincial, qu'il écrivait : « Je ne me sens obligé envers aucune villo plus qu'envers Dijon, où j'ai passé ma jeunesse, où ma mère a vécu, où j'ai trouvé les secours les plus généreux et les plus persévérants. L'un de mes plus grands bonheurs serait de ne pas finir mon second et probablement mon dernier Provincialat, sans avoir établi dans ma patrie, à Dijon même, un couvent de mon Ordre. Voilà le fond de mon cœur K » Il n'y avait qu'un obstacle, le manque de sujets. Sous ce rapport, la fondation récente de Lyon et celle de Bordeaux rendaient difficile l'établissement immédiat d'un nouveau monastère. Celui qui poussait à la fondation do Dijon avait le zèle patient: il attendit. Mais, dès ]<^

1 A M. Dufriod, 21 soploniKiv 1858.

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15 novembre 1858, le Conseil provincial des Frères Prêcheurs décidait à l'unanimité qu'une maison professe de l'Ordre serait établie à Dijon et qu'une partie de l'ancien couvent des Gordeliers de cette ville serait achetée à cette fin. Mgr l'Évêque de Dijon, d'une paît, ot le Maître général, de l'autre, donnaient à l'établissement projeté leur assentiment empressé. Le 19 janvier 1859, le Père se rendait à Dijon pour conclure l'acquisition des bâtiments qui devaient recevoir la nouvelle colonie dominicaine. Ces bâtiments avaient été appliqués à des usages profanes. Des travaux d'appropriation à une destination monastique étaient nécessaires : il y fallait du temps. L'acquisition et la prise de possession de Saint- Maximin vinrent à la traverse. Mais enfin, le dimanche 7 octobre 18()0, jour où l'Eglise, cette année-là, célébrait la fête si dominicaine du saint Rosaire, les Frères Prêcheurs de la réforme du P. Lacordaire s'installaient dans leur couvent de Dijon. Les catholiques de cette ville avaient contribué à cette installation pour soixante et dix mille francs : c'était une faveur dont le Père n'avai pas encore eu d'exemple.

On vient de voir que la fondation de Saint-Maximin s'était accomplie dans l'intervalle.

Cette pensée non plus n'était pas d'hier.

Le 28 avril 1853, le Père écrivait à l'abbé Perreyve : « J'ai fait un petit voyage dans le Midi, jusqu'en un lieu de la Provence appelé Bargemont, qui est presque au bout delà France du coté de Nice. J'y allais voir une chapelle et un terrain qu'on nous ott'r«^ pour y élevtM' un couvent

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de» notre Ordre ; mais il ne m'a point paru qu'il y ont lieu de faire là quelque chose. J'ai revu, à cette occasion, Marseille, Toulon, Hyères, et visité de plus, au pied de la Sainte-Baume, notre ancienne église de Saint-Maximin, la plus belle qu'eût notre Ordre peut-être en France. Elle est encore debout. C'est une basilique sans transepts, et pourtant prothique, ce qui lui donne un caractère tout particulier de simplicité et de grandeur. Elle renferme des boiseries d'un travail très-précieux, où l'un de nos frères convers avait retracé la plupart de nos saints, avec des symboles signiticatifs. On y conserve, dans une crypte, la tête de sainte Marie-Madeleine, qui a vécu près de là, dans la grotte de la Sainte- Baume, de longues années. Je n'ai pu monter à la Sainte-Baume, et me suis contenté de vénérer le chef de la Sainte. Vous savez que sainte Madeleine est, avec sainte Cécile, la protectrice de notre Ordre : l'une représente la pénitence, la seconde les arts chrétiens, et ce sont, en effet, deux dons accordés à notre Ordre avec une remarquable persévérance. »

On voit que le Père croyait, sans hésitation aucune, à la tradition immémoriale des églises de Provence sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine et des autres fondateurs de la foi dans le midi do la Gaule. Le travail tout à fait bénédictin de M. l'abbé Faillon, de la compagnie de Saint-Sulpicc, cà l'appui de cette tradition , n'avait laissé dans l'esprit de Lacordaire aucune place au doute sur ce point.

Depuis, cinq années s'étaient écoulées, et l'expérience décos cinq années n'avait point été favorable an choix

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de Chalais comme maison d'études de la Province dominicaine de France. On trouvait que le froid y était excessif : dans les hivers rigoureux, la santé de quelques étudiants en avait souffert. D'ailleurs , ces étudiants étaient devenus trop nombreux ; il fallait bâtir, et il ne semblait pas sage d'accroître encore, à grands frais, une maison d'études placée dans ces conditions peu favorables. Le Père avait un faible pour Chalais; il essaya de le défendre. Mais la clameur était trop forte ; il céda. C'est alors que Saint-Maximin lui revint à l'esprit, avec l'auréole de sainte Marie-Madeleine, qui en est inséparable. C'était autrefois, avec Saint-Jacques de Paris et le couvent de Toulouse, la phis illustre des maisons dominicaines de France. Les Papes lui avaient prodigué les bulles, et les Rois les diplômes. Le Père crut avoir rencontré ce qu'il cherchait : « un grand couvent d'études bien placé your les ressources et ijour le climat. » Il trouvait à Saint-Maximin non-seulement un ciel plus clément qu'à Chalais, non-seulement un lieu d'un facile abord, en remplacement d'une solitude presque inaccessible, non-seulement une ville au lieu d'un désert, mais plus de cent cellules, avec de magnifiques salles au rezde-chaussée et aux divers étages. «L'église, écrivait-il, est entière, et deux cotés du cloitre survivent encore. J'entends deux dos côtés bâtis du carré qui formait avec l'église la totalité du cloître. Nous n'achetons (|ue les deux côtés qui subsistent ; il ne manque plus que d'en rebâtir un troisième, ce qui sera facile avec le temps, et nous aurons reconstitué l'intérieur de l'ancienne cour, qui était comprise entre les quatre ailes. »

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